‹ Harivansa, ou, Histoire de la famille de HariChapitre 24 sur 55 · COMBAT DE TARACA : NAISSANCE DU FEU ORVA · texte numérisé non relu

COMBAT DE TARACA : NAISSANCE DU FEU ORVA

Vêsampâyana dit :

Les dieux paraissaient animés de l’ardeur de leur chef, de ce Vichnou qui est la divinité, la vertu elle-même. Suivis de leurs troupes et remplis d’espoir, ils attaquent rapidement les Dânavas. Les deux armées se pressent en tumulte, et cherchent à s’entamer mutuellement : chaque parti aspire à la victoire. Dressant leurs armes menaçantes, ils se précipitent les uns sur les autres, comme des montagnes qui viendraient heurter d’autres

établi entre la péricKie aoDueilc et la période du grand Calpa.

*' Cesi-à^direCouvéra, GU de Visravas, cl surnommé pour cette raison Eéirara/ia. 5raiai eliruvana sont deux mots synonymes.

** Ce fils de I (t<oiirdn , nom qui désigne le

soleil . n est autre qu'Yama , régent du midi.

** Ce passage renferme un rapprochement puéril de mots ayant la même terminaison. Voici

le ve«: flW 1

qrt

montagnes. Dans ce combat des dieux et des Asouras , c'était une chose étonnante à voir que la piété aux prises avec l'impiété, la sagesse avec l'orgueil. Les chars sont lancés, et les montures des combattants poussées aver vigueur. Des bras armés de glaives ou de massues s'allongent de tous côtés dans le ciel; les arcs frémissants décochent au loin les flèches : horrible mêlée de dieux et de Dânavas , qui répand la terreur dans le monde et ressemble é la destruction générale de la fin des éges.

Mais enfin les Dânavas, avec leurs masses de fer et leurs quartiers de rochers, accablent les soldats d'Indra. Forts et victorieux, ils les pressent et les terrassent sous leurs coups. Les dieux sont abattus et consternés. Une grêle de traits jette la confusion dans leurs rangs; leurs têtes fléchissent sous les masses de fer, leurs poitrines s’ouvrent déchirées par les traits, et de leurs blessures jaillissent des torrents de sang. Ils se trouvent saisis par les nœuds coulants de leurs ennemis, et privés de tout moyen de résistance. Les Dânavas emploient aussi contre eux l’art de la magie. L’armée desSouras se trouve tout â coup dans l’impossibilité d’agir; elle reste immobile, sans respiration, comme enchaînée , et incapable de tenir ses armes. Mais Indra , d'un coup de tonnerre , brise ces liens et ces traits magiques : en même temps il pénètre au milieu de cette armée terrible de Dêtyas, et les frappe de traits ' dont la nature est telle qu’ils couvrent le champ de bataille d’une obscurité profonde. Au sein de cet efifiayant brouillard, créé par Indra, les dieux et les Asouras ne peuvent se reconnaître. Ceux-ci, arrêtés par ces ténèbres magiques, font de vains efforts pour résister aux formes mystérieuses qui viennent les assaillir au milieu de l’ombre. Découragés, éperdus, enveloppés de cette noire obscurité, les Dânavas tombent , comme les montagnes quand elles perdirent leurs ailes. Leur foule se trouve confondue, submergée dans ce noir océan de ténèbres, composé de sombres nuages.

Pour détruire cette arme magique de l’obscurité , le chef des Dânavas , avec le feu d’Ôrva, fit une autre arme magique et incendiaire, brûlant comme la flamme qui doit consumer les mondes à la fin des siècles. Cette arme dévora les ténèbres; et en même temps des Dêtyas, sous la forme de soleils, apparurent au milieu du combat, et les dieux attaqués avec l’élément d’Ôrva , furent brûlés et recherchèrent le voisinage protecteur de Soma , de

nuiçùil.

ce dieu aux rayons glacés. Privés de toutes leurs forces, ils demandèrent le secours de celui qui porte le tonnerre. Dans cette cruelle extrémité, Indra fit appeler Varouna, qui lui tint le discours suivant *.

Varouna dit :

O roi du ciel, un fils de Brahmarchi, nommé Oarva, se livra jadis aux rigueurs de la plus austère pénitence : par son éclat, par ses qualités, il ressemblait à Brahmâ. Son zèle ardent, comme le soleil, éclairait, échauffait le monde : les Mounis, les Dévarchis et les dieux vinrent le trouver. Hiranyacasipou lui-même, roi desDânavas, lui adressa au.ssi quelques représentations respectueuses. Les Maharchis lui firent entendre le langage du devoir. • Pieux Mouni, lui dirent-ils, tu veux donc couper par la racine, « parmi les familles de Richis, celle dont tu es sorti? Tu prétends rester « seul et sans enfants, négligeant le soin de perpétuer ta race : tu persistes • dans le célibat, abandonnant les affaires de ce monde. Un grand nombre

* Le récit qui va suivre est assez mal placé au milieu d'un combat. Celte légende retrace l'origine du feu ôrva , qui , dans les livres sanscrits, peut être considéré comme une espèce de feu grégeois. Lorsque mon excellent et docte maître, M. de Chézy , a publié son édition de Sacoantalâ , lui ai fourni l'analyse de ce petit conte, et je me suis même permis d'en donner l'explication qui me semblait la plus naturelle. Le lecteur, qui a maintenant sous les yeux l'ensemble de l'histoire d'Ourva .jugera si j'ai eu tort de supposer, dans cette analyse , que les poètes ont voulu, par ce personnage, désigner une montagne stérile, que l'on avait inutilement essayé de cultiver, de même qu’ils ont personnifié l'Himâlaya, le Vindhya, etc. Je prf'sume que sur un point de l'Ourva, s'ouvrit un de ces volcans que les Indiens connaissent sous le nom de djwdlâmoukhû ; que les eaux de la mer rongèrent et engloutirent cette portion de la montagne . et qu'il ne resta que la Iwuche du volcan , qu'on appela Badavûmoakha ; phénomène purement physique, auqiid je réduis

toute cette histoire que la poésie a jugé à propos d’orner de ses fictions. Ce volcan fournissait sans doute une espèce de bitume ou de napbte, que l'on employait dans les armes à feu ou projectiles enflammés de ces temps antiques. Ces djwàlàmoukhts ou bouches de feu sont en général des objets de vénération : on s'y rend en pèlerinage, et l’on y (ait des sacrifices. On les regarde quelquefois comme des formes apparentes de la déesse Dourgâ. M. Wilson cite, entre autres lieux de cette espèce, un endroit près de Balkh , d'où le gax hydrogène s'exhale en telle quantité, qu'il s'enflamme dès qu'il se trouve en contact avec l'air extérieur: quelquefois il suffit, pour allumer ce gaz, d'approcher une lumière de l'orifice des trous qui se forment dans ces lieux, et la flamme se trouve ensuite entretenue par le torrent de gaz qui s'en échappe. Voyez aussi Nouv. Journal asiatique, n* 64 . pag. 358. Donnez de preils phénomènes à décrire è un poète : il voudra personnifier cette flamme, et l'histoire d'Ourva sera inventée avec des détails plus ou moins bizarres.

« de familles de saints Mounis se sont déjà éteintes, parce qu’ils ont voulu

• rester isolés. Mais que nous font ces anciens personnages qui ont rejeté

• leur propre postérité? Toi, illustre pénitent, non moins brillant qu’un « PradjApati , songe à propager ta race et à doubler ton existence. De ta

• propre substance fais sortir un autre toi-même. »

A. ces mots, Oui^^a fut vivement piqué , et gourmande les Ricbis en ces termes : « Le Brahmane, qui descend d’une race pure et sainte, conservera

• en lui-même l’être divin, .s’il suit les règles du Brahmatcharya ^ : tel est « le devoir autrefois imposé aux Mounis, devoir à jamais indispensable pour

• ceux qui aspirent au titre de Jlichis et se nourri.ssent de fruits et de ra-

• cines. Les Brahmanes qui veulent être pères de famille*, ont trois moyens « de subsister. Pour nous, qui vivons dans la forêt nous n’avons que l’eau « pour boisson et l’air pour nourriture : notre dent est le seul mortier ® « dont nous nous servions : le rocher est notre lit, et, sans cesse jeûnant, « nous nous exposons encore à l’ardeur des cinq feux Des Brahmatchârins « tels que nous s’ouvrent la vole suprême par les œuvres d’une pénitence « pénible. Le Brahmane même ne tient son nom que de ces règles saintes , « appelées bralima *, et que l’oblige d’observer sa qualité de Brahmatchârin : « ainsi l’ont déclaré autrefois ceux qui ont possédé la science divine. La « fermeté et la pénitence constituent le Brahmatchaiya : les Brahmanes « qui en suivent les pratiques, sont déjà dans le ciel. Point de perfection « sans dévotion, point de gloire sans perfection; on ne connaît dans ce « monde aucune source de gloire au-dessus de la pénitence, et de la péni- « tence du Brahmatcharya. Que peut-on comparer à l’état de celui qui sait

‘ Le Brahmatcharya , qu'ou regarde comme le premier des quatre âsramus, est IVtat du jeune Brahmane se formant par Tetude et par la pratique, sous les yeux de son gourou, aux devoirs de sa caste. Mais ce mot s'applique aussi à l'état de ceux qui veulent poursuivre toute leur vie le cours de ces saintes études , ou de ceux qui, par la mortification et la pénitence, cherchent à s'identifier avec Dieui.c'est dans ce dernier sens qu'il faut ici l'entendre.

* I.e second dsrama est l’état de Grihastha ou chef de maison.

* Cel état est celui du Vanapnutha.

* Nous avons vu ailleurs que |)our nettoyer le riz, les Indiens se servent d'un pilon et d’un mortier de bois.

’ Genre de pénitence auquel se livrent certains dévots pendant l'été; ils allument quatre feux autour d'eux dans la direction des quatre points cardinaux-, le cinquième feu est celui du soleil qui darde sur leur tète.

‘ Le mot brahma ne s'applique pas seulement à l'Etre spirituel et suprême : il s'entend aussi de la loi sainte et de la science sacrée.

• se rendre maître de ses propres sens et des cinq éléments? Porter le djatâ

• quand on n'est point dévot ; faire des œuvres de piété et do religion , quand

• le cœur n’y entre pour rien; se livrer à de simples pratiques, quand on n’est

• point un vrai Brahmatchàrin, voilà trois actes de fourberie. Où était la

• femme, l’union charnelle, le désordre de la passion, quand Rrahmâ tira de

• son manas la race spirituelle des Mânasas'*? Si votre âme est vraiment ferme

• et forte dans les voies de la pénitence ", faites comme lesPradjâpatis; c’est

• avec elle qu’il vous faut procréer des enfants. Qu’elle devienne une espèce « de matrice que la pénitence se chargera de remplir. Il n’est pas besoin

• du rapprochement des sexes : la seule semence ici néce.ssaire, c’est la mor-

• tification du pénitent. Imprudents! sans mauvaise intention sans doute,

• vous m’avez provoqué à abandonner mon devoir : vous agissiez envers moi ■ comme des ennemis. Eh bien I je remplirai vos vœux. Je vais donner une > forme à ce sentiment intérieur qui m’enflamme. Sans le concours d’une

• femme , je ferai naître un lils de mon propre corps : c’est ainsi que je

• mettrai au jour un second moi-même par une méthode convenable à un « habitant de la forêt : mais je vous préviens que cet enfant ne vivra qu’aux

• dépens des autres qu’il consumera. » 11 dit, reprend sa pénitence, et plaçant sa cuisse sur le feu, il agite avec une tige de darbha " le foyer où s’accomplit la conception de son fds. La cuisse s’entr’ouvre ; il s’en élève un feu couronné de flamme et destructeur, qui manquant d’aliment veut brûler le monde; ce fds redoutable d'Ourva s’appelle Oma. A peine né, il dit à son père d’une voix éclatante: • Mon père, j’ai faim, laissez-moi dévorer

• le monde. » De sa bouche qu’il ouvre s’élancent vers le ciel des flammes qui envahissent les dix régions : tous les êtres sont consumés et servent à l’accroissement de ce feu exterminateur.

Cependant Rrahmâ, qui veille au bien de toutes les créatures, se rendit à

' Los pénilenU K^unissent onUnaireiiient en touffe leurs cheveux, qu’iU ramènent ensuite an-dessu» du front en forme de corne. Cette chevelure s'appelle djatà , et c est celle du dieu Siva.

“ Voyei lect. l, pag. 6, la création des êtres appelés Mânata$, formés <lii manas.

'* Ici le manuM'fit de M. Tod intercale neuf ▼07 qui n*ajoutcnt rien au sens de ce discours

et qui ne font que l'allonger. Ils sont un [>eu incorrecLi : je suis parvenu à les restituer, mais d’une manière trop arbitraire pour que j'en donne la traduction.

'* Le darbha est ordinairement le même gazon que le cotisa. ()n donne aussi le nom de darbha à deux espï'ces de roseau, distingua par les dénomination» de «zee^arum spontanenm et cyhndricum.

l'endroit où le Mouni venait de donner naissance à un fils si redoutable. 11 vit la jambe d'Ourva tout enflammée par l’incendie qu'allumait le nouveauné; il aperçut les mondes el les Richis bnllés par le feu de la colère d’Orva. Brahmâ, saluant d’abord le Mouni, lui adressa ces mots: « Mon enfant,

• contiens ces feux, aie pitié des mondes. O Brahmane, je veux donner <i à ton fils une demeure convenable et une nourriture qui lui tiendra

• lieu d’ambroisie. Je te fais une promesse que je saurai accomplir. • Ourva lui répondit : • Je suis bien heureux de cette faveur et de cette protection I divine que vous accordes à mon fils. Mais dans les jours de fête " et de

• joyeux rassemblement, par quels holocau.stes, ô dieu, voulez-vous qu’on

• l’honoreP Uii sera sa demeure? Quel aliment lui donnerez-vous, qui puisse

• ré|>ondre à sa force et i son ardeur? » ■ J’établirai, reprit Brahmâ, sa de-

• meure k Badavàmoukha au sein “ même de la mer. O pieux Brahmane,

• c’est de l’eau que je suis sorti, et c’est aussi l’eau que je donne pour de-

• meure k ton tils : qu'il sache s’y contenir. Qu’il reçoive l’eau pour oflrande, ■ comme Agni reçoit le beurre consacré. Quand viendra la fin des âges et

• l’heure de la destruction des êtres, lui et moi nous nous unirons pour dé-

• vorer les mondes, et ce feu, à qui je donne aujourd’hui l’eau pour nour-

• riture, consumera tous les êtres, dieux, Asouras et Râkchasas. • « Ainsi

• avicnne, • dit Ourva; et ce feu, comme un tourbillon enflammé, se précipita au sein de la mer, couvrant son père d’un grand éclat.

Brahmâ s’en alla, et tous les Maharchis, après avoir contemplé la puissance du feu Ùrva, retournèrent dans leur demeure. Hiranyacasipou avait vu cette merveille: il se prosterna devant Ourva et lui dit: • O vénérable Mouni, voilà

• un grand miracle dont le monde vient d’être témoin. Le père de la nature a

f^les, et l’on y oflrail la pouiljâ et des holocaustes.

" Uailaràmottkhtt désigne en général un volcan sous-marin ; mais ce même mot signifie tétr de carale : peut-être le cône du volcan présentait-il cette forme à l'œil de l'observateur; et si nous entendions sahra comme je l'ai propose^ dans la note i3. nous pourrions placer ce volcan au nord de la céte de Malabar.

’* L'expression sanscrite (ïTPT synonyme de mouA^}, Umehe.

'* J'ai (|uelc|ue scrupule sur la maniéré dont j’ai remlii sahya. Ce mol ne serait-il pas

un nom propre* désignant ta position géographique du volcan ? Le Soliya est une chaîne de montagnes , qui a donné son nom à une contrée située dans le nord-ouest de la presqu'île de rindc, vers Pounali.

" Nous avons fait remarquer plus haut que les volcans et lea U>uchcs du feu souterrain étaient des lieux de rendex-vous pour les dé<vots : à certaines époques on y célébrait des

• paru Htisfait de votre pénitence. Quant i moi, je suis le serviteur de votre

• Gis et de vous; faites quelque chose pour moi. Vous me voyez soumis à ■ votre volonté , et attendant l’effet de votre faveur. O le plus fervent des

• Mounis, si jamais je succombe , vous vous ressentirez de ma chute. • Ourva lui répondit : • Je veux que tu puisses te réjouir de m’avoir pour maître. Fort

• de ma protection, tu n’as rien k craindre désormais. Prends cette arme ma-

• gique faite de l’essence même de mon Gis, arme qui brûle sans aliment et

• qu'un autre feu ne peut détruire. Quelle devienne la propriété de ta race

• pour la destruction de ses ennemis ; qu’elle te protège toi-même , qu’elle

• sauve ton armée et dévore celle de tes adversaires. • • Ainsi soit- il, • dit le prince des Dânavas : il prit cette arme, salua respectueusement le grand Mouni, et s’en retourna dans le ciel, heureux de ce qu’il venait d’obtenir.

Voilà, continua Varouna, cette arme magique et pernicieuse, faite jadis avec le feu du Gis d’Ourva , et contre laquelle les dieux ont peine à se défendre. Notre ennemi avait perdu ses forces : mais sans doute cette arme les lui rend, et tel est l’effet des paroles autrefois prononcées par le puissant Mouni qui l’a donnée aux Dânavas. Si cependant ta gloire exige que je lui résiste, ô Indra, donne-moi pour compagnon celui qui est le principe du fluide et l'auteur de la nuit. J’irai au combat, accompagné de Soma, suivi des monstres de la mer, et sans doute, avec ta faveur, je parviendrai à dissiper l’influence magique qui nous accable.

COMBAT DE TARACA : APPARITION DE CALANÉMI.

Vêsampàyana dit :

• Ton désir sera accompli, ■ s’écrie le roi des dieux, et aussitôt il appelle Soma, qui va combattre, armé de frimas et de glace. • Soma, lui dit-il , unis

• tes efforts à ceux de Varouna pour détruire les Asouras et donner la vic-

• toire aux habitants du ciel. Ta force est incomparable, et tu règnes sur

IIARIVANSA.

les astres. l.es personnes instruites savent que tu es la source du fluide qui coule dans tous les mondes. Pareil à la mer qui ramène ses flots dans son lit, tu répares les pertes successives de ton disque. Tu formes la révolution du jour et de la nuit, et tu es pour le monde la mesure du tcinj)s. L’astronome, avec toute sa science, ne peut expliquer ces ombres qui tachent ta face , et que l’on a comparées à des lièvres. Ta voie est plus élevée ' que celle du soleil, et que celles des autres astres. Chassant devant toi les ténèbres, tu viens illuminer le monde entier. Ta lumière est blanche, ton corps est glacé, 6 roi des constellations, auteur de l’année, âme du temps, maître vénérable, inépuisable fluide* du .sacrifice, souverain des plantes, source des cérémonies sacrées, astre qui engendres l’eau et dont les rayons sont froids et gelés, dépositaire de l'amri/a, entraîné dans ton cours inconstant sur un char éclatant de blancheur; tu es l’agréincnt des formes, le soma * pour ceux qui boivent cette liqueur; tous les mondes te désignent [wr l’épitbète de Sômya *, à toi, vainqueur des ténèbres et roi des étoiles. Va donc avec le belliqueux Varouna, ettâchex d’éteindre cette flamme magique des Asouras, qui dans le combat nous brûle et nous consume. «

• O roi des dieux, maître du monde, répondit Soma, puisque tu m’ordonnes de combattre, voilà que déjà je fais tomber une pluie de glace qui doit amortir le feu desDètyas. Regarde comme ils sont engourdis par mes frimas, enveloppés d’un vêtement de givTe, désarmés de leurs traits magiques, et trompés dans leur fol orgueil. »

En eflet, de froides vapeurs, s’étendant comme de larges nuages, se résolvaient en pluie et pénétraient les terribles Detyas, arrêtés dans leur course. Ces dieux, tous les deux maîtres de l’onde, se jettent sur leurs ennemis. L’un, armé de ses frimas, accable les Dânavas de ses traits glacés : l’autre les enlace dans son nœud coulant (pi’il leur jette. On dirait, en les

* !>es liulienn regardaient la Uine ccMninc plu» élevée dan» le de) que le »oleil et le» autres astre». Ce»l cette opinion erronée que rappelle ce passage.

* ïfsqTT yaJjnartua. Ce mot rasa que j*ai rendu par fïnide , signifie encore ^oât et

* Soma est un des noms de la lune; mai» c’est aussi la liqueur de» sacrifices, formée du jus de fasclépias.

* Il peut paraître singulier qu'une de» épithètes de Sonia soit l'adjectif sâmya formé de ce même mot soma , comme si Ton disait lana hnaris. Sàniya veut dire aussi dottx.aimai/r.

voyant courir, deux mers immenses dont les flots sont soulevés. Le monde se trouvait couvert de vastes nuages qui se fondaient sur la terre, et qui submergeaient l’armée des Dânavas. Ainsi Varouna et Soma , se servant chacun des moyens qu’ils avaient à leur disposition, éteignirent l’incendie allumé par les Dètyas. Ceux-ci enchaînés dans le combat et par les rayons gelés de l’un et par les lacets de l’autre, restaient sans mouvement : ils ressemblaient à des arbres dont la cime a été coupée. Percés par le froid, ils tombaient insensibles et perclus de tous leurs membres, et s’éteignaient comme des feux sans chaleur. Leurs chars, si brillants et si magnifiques, avaient perdu leur éclat : ils erraient çà et lé dans le ciel.

Maya vit que ses feux, naguère vainqueurs, étaient arrêtés par Varouna ou éteints par Soma aux lueurs glaciales. Aussitôt, par son art magique, ce chef des Dôtyas forma une montagne ® immense , hérissée de larges rochers et de pics aigus, couverte d’arbres élevés, remplie de bols et de cavernes, peuplée de lions, de tigres, d’éléphants et de loups; les échos y répètent les cris des chefs Dètyas, et le vent qui agite la cime des arbres augmente encore ce bruit terrible. Cette montagne que Maya vient de créer de la substance de .son fils Crôntcha ®, s’élève dans les airs : une grêle de pierres, de rochers et d’arbres tombe sur les dieux et sauve les Dânavas. Les armes de Soma et de Varouna s’émou-ssent , et leur force magique s’évanouit. Les bataillons des Dévas se trouvent couverts de quartiers de roches aussi durs que le fer, qui viennent les heurter. Le ciel encombré de pierres, d’arbres, de pics amoncelés, ressemble à des terres coupées par de hautes montagnes. Frappés, meurtris par des éclats de rochers et par les arbres, les dieux ont disparu sous ces masses accumulées. Leurs arcs .sont brisés, leurs armes fracassées et rompues; incapables de résister, ils lai.ssent seul, exposé à tous les coups, le dieu qui porte la massue, le puissant Djanârddana Ce maître du monde, ferme au milieu du combat, ne témoignait ni faiblesse ni colère. Pareil au nuage azuré , lui qui connaît le temps, attendait le moment favorable, et contemplait la lutte des Dévas et

’ CpfÔ^TrTT HIMi pànrati màrâ (montOM magia.)

• Crénteka esl à la foi» le nom d’une partie de l'Himâlaya, et celui d'un A»oura. vaincu

par le dieu Girtikéya. Le poète fait ici Crdntclia fds de Maya , et confond ensemble la montagne et le mauvais génie.

’ Surnom du dieu Vichnou.

llAhlVANSA.

(les Asouras. lin cet instant, le dieu envoie Vdyou et Agni, et leur ordoime d’arrèler les trioiiiplies de Maya et le succès de son invention magique.

Alors s’excitant mutuellenieut, l’un aident, l’autre inipi'-tueux , ils pailenl dociles à l'ordre de V ichnou, et attaquent le llèau qui accable les dieux. Cette montagne, produit de la magie, est brûlée au milieu des tourbillons (jue lorment œs deux chefs, et bienteit réduite en cendres. Le vent et le feu, confondant leurs ell'orts, répandent sur l’armée desDétyas des flammes pareilles à celles qui brilleront à la lin des siècles; et le souille de l’un et les ardeuis dévorantes de l’autre semblent se jouer cruellement à travers le.s rangs des Dilnavas, dont les chais eiiibiasés par un feu vainqueur, ou brisés par le vent, s’égarent çà et là dans leur course.

l.a puissance magique des Détyas se trouvait abattue; leurs elTorts semblaient dé.sormais vains et impuissants. Dans les trois mondes, rendus à la liberté , retentissaient les louanges de Vichnou ; b*s dieux, heureux de ce triomphe, applaudissaient à la victoire d'Indni et à la défaite de Maya. Tout, dans les diverses régions du ciel, était rentré dans l’ordre; la lune parcourait librement sa route,le soleil avait repris sou cours accoutumé. On observait le culte prescrit par la loi et adre.ssci aux trois ordres de parents décédés, mais vivant cm'.orc dans la nature * : la inoii ne brisait point les liens de la famille, et le feu du sacrilice était allumé (pour les mânes par les vivants). Les dieux, apjielés à partager les oflrandes, donnaient en échange la possession du ciel. Tous les gardiens du monde veillaient dans leur char au poste qui leur est conlié. Il n’y avait plus que des êtres purs et mortillés; nulle ap|>arence de péché. La joie régnait parmi les dieux , la confusion parmi les Détyas. La Piété s’appuyait sur trois pieds®, l’Impiété n’en avait qu’un. I.a bonne voie

celle ilcmière id(?c que le poète me pariiil «voir voulu ev(»rimer.

’ Voici le vers entier r

Je l'ai traduit

»ous i'impressinn du 8i* sloca de la première lecture des lois de Manou , où ii c»t dit que la Pi(^té (Dharma) a quatre pie<U dans le 0*1 ta* jfouga, et qirdlc en perd un à chaque âge. G?s quatre pimls sont le sa/ra (vérité) « ou plutôt le tapas (|)éniteuce) , le Jjnàna (science) . Yyatijna (sacritice)« et le Hdna (libéralité}. Il résulterait

Il in'a semblé que ce passage faisait allusion à un ordre de parent» désignés par le nom de sapubdas. \oyet renpIk;ation t|uc donne a ro sujet le Dictionnaire de Wilson, \ 0ye2 aussi le> R«H:h€ivhes asiatiques, tom. \ fî. Je pense qu'il s*agtt ici dti Srôddha appelé pâneana, et qui s’offrait en I lionncur de trois ancêtres.

le pere, l'aïeul et le bisaïeul. Au mot

bantOioa, M. Wilson parle aussi de trois espèces de parents, ronsidén^ sons le rapport de leurs droits à un licritagc. Mais ce n'est point

(■lait large et ouverte : on suivait religieusement les règles des castes et des (|uatre états de la vie. Les rois, environnes de splendeur, s’occupaient de la défense de leurs sujets. Par de saints canticpies on célébrait les louanges des dieux ; le péché ne souillait plus la terre, et les ténèbres avaient partout disparu. Tel était le résultat de la victoire d’Agni et de Vâvou. I..es mondes, purs comme eux, se rc-jouissaient de leur triomphe.

En apprenant cet exploit d’Agni et de Vâyou, les Dètyas éprouvèrent d’abord une grande terreur. Alors apparut unDânava, nommé Câlanèmi^' : sur .sa tète brille un diadème d’or; des bracelets de clochettes entourent scs membres, tout couverts d’ornements d’argent. Il re.sscmble, pour la hauteur, au Mandara. 11 porte cent armes menaçantes; il a cent mains, cent visages, cent pieds, et se dresse avec la majesté d’un mont à cent tètes. Son immense et riche ceinture brille comme un feu placé au milieu des neiges'*. Sa chevelure est pourpre, et .sa barbe verte de larges dents gamis-sent sa bouche. De son vaste corps il remplit l’intervalle des trois mondes : ses bras vont toucher le ciel, et ses pieds battent les montagnes de la terre. Sa respiration produit des nuages orageux. Ses grands yeux sont farouches et rouges. 11 semble vouloir con.sumcr de ses feux tous les Dévas : il lesgotirmandc avec violence. Sa masse couvre les dix régions du ciel. En le voyant, on prendrait l’orgueilleux Dânava pour la Mort .se levant affamée au moment de la destruction universelle.

Il élève son bras droit que parent de magnifiques guirlandes; il étend ses longs et larges doigts, qu’il agite quelque temps; il dit aux DAnavas frappés par les dieux : • Levez-vous I • Ainsi parie ce Càlanémi, semblable A r.âla : le combat va recommencer, et les Souras n’ont aperçu cet ennemi qu’en tremblant. Pleins de frayeur, tous les êtres l’ont vu marchant avec

Je ce ven que l'événement raconté dans ces lectines serait censé avoir eu lieu danslcdeiixièmo âge, cest'à-dire dans le Trélà, pendant lequel le Dharma perd un pied que gagne 1’^ifharma. Cependant il est juste d'obeener que l'auteur se trouve en contradiction avec luiméme; car U a dit» lect. xi.ti, pag. 198: le Cnta-^'Ott^a ivnait de touertr : mais il nous a arcoutumés à ces défauts d'exactitude CesI à-dire des quatre asramas

" Ce mot signifie roue de Càh. Câla est le Temps qui détruit le monde , ou la Mort. Le lecteur jugera si» dans I histoire de ce personnage, il doit voir un conte astronomique, ou bien le récit poétique de l'invasion d'un ancien conquérant

Cette comparaison porterait à croire que Càlanémi avait un \étement blanc.

" On se rappelle que te vert est aussi la couleur des chevaux du soleil.

oi^ucil, et pareil à l'immortel Nârayâna, qui en trois pas s'empare des trois mondes. Le terrible Asoura n’a encore levé le pied qu’une fois pour s’élancer au combat ; le vent tourbillonne dans son vêtement, et la crainte est au cœur de tous les dieux. Il marche, tenant embrassé Maya, le roi des Dêtyas; et ce groupe ressemble à celui que formerait le Mandara avec Vichnou. Les dieux et Indra lui-même sont épouvantés à la vue de Câlanémi s’avançant escorté de la terreur qui environne Cala.

COMBAT DE TARACA : SUCCES DE CALANEMI.

Vésampâyana dit :

Le grand A.soura, Câlanémi, prêt à secourir les Dânavas, apparaissait, étendu et brillant , comme le nuage â la fin de l'été. En le voyant marcher dans l’intervalle des trois mondes, les chefs Dânavas se relevèrent et reprirent des forces nouvelles, comme s’ils eussent goûté un breuvage d’immortalité. Les soldats de Maya et de Tara, auparavant mornes et consternés, maintenant exaltés par l’espoir de terminer glorieusement le combat de Tàracâ, couraient à l’ennemi avec ardeur et remplis d’une ivresse belliqueuse. A l’aspect du Dânava Câlanémi, tous saisissaient leurs armes et volaient à leur rang, au milieu des tran.sports de la joie la plus vive. Rassurés à sa vue, auprès de lui accourent Maya et ses généraux les plus habiles, Târa, Varâba, le vaillant Hayagrîva, Sweta fils de Vipratchitti, Kchara, Lamba, Arichta fils de Bail, Kisora, Ouchtra, et le grand Swarbhânou, que les dieux nomment Vaklrajodhin ' : tous expérimentés et savants dans l’art de la guerre, tous éprouvés par la pénitence. Ils se rangent auprès de Câlanémi, armés de lourdes massues, de disques, de haches, de pilons meurtriers, de traits, de longs maillets, de pierres énonues, de débris de rochers, de javelots, de piques, de masses de fer, de cognées, d’instru-

' Voy^ la lecture xuii*, pag.aoS, et la frayotMtn. qui signifie quo ce Dana^a cornai/ «/e note 8 Ce passage explique le surnom de Vak- ta bouche.

ments qui tuent cent hommes; plusieurs portaient des machines en forme de jougs de chars, ou des espèces de balistcs et de béliers quelques-uns n'avaient que leurs bras nerveux et tendus; d’autres se présentaient avec des nœuds coulants, des dards barbelés, des flèches jtareilles à des serpents à la langue menaçante, des projectiles fulminants, des lances enflammées, des épées nues , des tridents aflilcs et brillants. Remplis d'ardeur et brandissant leurs armes, ils se placent à la suite de Càlanémi et sur le front de bataille.

Cette armée de Dètyas, d’où s’échappent de sombres lueurs, ressemble à un ciel parsemé d’étoiles et de nuages au lever du soleil. De l’autre côté apparaît l’armée des dieux , conduite par Indra, resplendissante des brûlants rayons du soleil et des rayons glacés de la lune , forte de l’impétuosité de Vâyou , belle des grâces de Sonia étincelante des feux des étoiles qui sont comme ses enseignes, environnée des nuages jetés autour d’elle en forme de vêtement, ornée de l’éclat des planètes et des constellations, dirigée par Yama, Indra, Varouna et le sage Couvéra, enflammée de toute l’ardeur d'Agni et de Pavana *, et soumise au commandement suprême de Nârâyana. Magnifiques par leurs armes, terribles par leur nombre immense, ces dieux, auxquels se sont joints lesYakchas et les Gandharvas, ressemblent aux flots d’une mer agitée. Les deux armées viennent alors s’attaquer, comme un jour, à la fin des siècles, viendront se heurter le ciel et la terre : spectacle afireux que cette mêlée de dieux et de Dànavas, où la modération combat contre la violence, la sagesse contre l’orgueil.

Les Souras et les Dètyas s’avançant en fureur les uns contre les autres, ressemblaient à des nuages s’élevant de la mer orientale et de la mer occi-

' Je ne me tais pas bien rendu complo des eipressioDs de ce vers, indiquant toutes des instruments de guerre : qjïïOT

0“ lîTrl lîirl ï , Yoaga est

le joug d'un char, et peut-^tre parextension poétique, le limon ; yantra est une machine quelconque; argaia est une barre de porte. J'ai pu me tromper dans l'interprétation que j'ai donnée de ces mots, et à laquelle m'ont amené les (^ithétes qui les accompagnent. Dans la XLi* lecture, pag. 191. le poète a déjà fait

mention d'une machine à lancer des picnes, nFîîTW asmayantra. Je crois qu'il veut parler ici d'une petite baliste. et non pas d'une simple fronde. Comme le mot j'ou^a signifie couple^ l'you^a pourrait bien être une espèce de fléau composé de deux pièces assemblées, et servant à chasser les projectiles. Je me figure Vargala comme une barre de fer aplatie par le haut et offrant une espèce de (été, agratàdila.

* C’est répilhète $6mya, que nous avons vue dans le chapitre précèdent. Voyez note k

* Surnom du dieu du vent, de Vàyou.

dentale, et poussés par la violence de deux vents ennemis; ou à deux éléphants rivaux sortant de deux forêts opposées, dont les arbres chargés de fleurs couvrent au loin les montagnes. On entendait le bruit des tambours, le son des conques guerrières. Le ciel, la terre, les dix régions en retentissaient avec fracas, et les échos répétaient le frémissement des arcs et le .sourd nmgissement des tambours detyas. Les deux partis s'attaquaient avec i-age, se renversant mutuellement : les bras tombaient sous les coups qu’on se portait de part et d’autre ; en (juelques endroits la lutte générale avait dégénéré en combats singuliers. Les dieux brandissaient leurs masses de fer, les Ddnavas leurs cimeterres et leurs lourdes massues. Les corps des combattants étaient ou brisés par ces massues ou percés par les flèches. Les uns, couverts de blessures, tombaient çà et là; les autres continuaient à lancer leurs traits. Quelques-uns, portés sur des chars rapides qu’entraînaient de légers courtiers, s’approchaient pour se combattre, animés d’une mutuelle fureur; et dans cette vaste mêlée de chars et de fantassins, l’œil ne voyait qu’un horrible tourbillon où tout était confondu. Le bruit tumultueux des chars, joint aux cris des guerriers, monte dans l’air comme les clameurs gémissantes des vaches qu’on retient attachées. Tandis que ceux-ci font voler les chars en éclats, ou tombent abattus sous les roues, ceux-là ne peuvent avancer et maudissent l’obstacle qui les arrête. Les uns , menaçants et superbes, élevant leurs bras, s’élancent l’épée haute et le bouclier en avant; et sur tous leurs membres résonnent l’or et l’argent de leurs parures. Les autres, ble.ssés et percés de traits, vomissent des flots de sang, comnie les nuages qui, au commencement de l’automne, répandent l’eau dont ils sont gonflés. Des traits lancés et se croisant dans l’air, des coups de massue reçus et rendus, des Dévas, desDânavas acharnés les uns contre les autres, tel était l’aspect de ce champ de bataille. Ainsi éclaterait un grand orage, où les Dànavas seraient la nue grosse de tempêtes, les armes des dieux l’éclair qui la sillonne, et les flèches des deux partis la pluie qui traverse l’air.

Cependant le terrible Asoura , Càlanémi , croissait dans sa fureur comme le nuage qui .s’enfle des eaux de la mer. De la partie de son corps appelée Nagasiras ^ se détachent des nues entourées comme d’un collier d’éclairs

* J’ignore enticremenl ce que l’auteur dé- ou d'arhre. Dans un autre endroit nous avons

signe par ce mot, qui signifie tête de montayne vu pareillement Brahmasinu [tête de Brahmd).

QLARANTE-SKPTIÈME LECTURE.

tremblotants, vomissant la foudre étincelante, et se grossissant de la sueur qui se forme entre ses deux sourcils. 11 respire avec rage, et de .sa bouche s'exhale un air mêle de flammes. Il agite dans le ciel ses longs bras qu’il abaisse ou qu’il relève, et qui ressemblent à de noirs serpents à cinq tètes et aux dards menaçants. De scs armes varices, de ses arcs, de scs masses de fer il remplit les airs : on dirait autant de hautes montagnes. Son vêtement est soulevé par le vent; et placé devant le front des combattants, il ressemble au Mérou, dont la tète se trouve éclairée par les feux du crépuscule. Des troncs d’arbres énormes et des pics de rochers qu’il brise d'un coup de genou, il accable les dieux, qu'on prendrait pour de hautes collines frappées par la foudre. De ses traits aigus, de ses armes tranchantes, Câlanémi perce, fend leurs têtes, leurs poitrines: les Souras sont comme paralysés par la terreur, et parmi les chefs des Vakchas, des Gandharvas et des grands serpents, quelques-uns sont abattus par la force de son poing ou taillés en pièces par le fer de ses armes. Les autres effrayés, éperdus, renoncent à tenter un dernier effort. Indra vient, sur l’éléphant Erâvata, es.sayer de combattre ce rival : il est percé d’une grêle de flèches qui engourdissent tous .ses mouvements. Varouna, privé de son nœud coulant et réduit à une honteuse inaction, ressemble à une nuée épuisée d’eau, ou à une mer desséchée. Le fils deVisravas, Couvéra, le plus illustre des régents du monde, fléchissant sous le poids de masses meurtrières, abandonne le combat. Yama lui-même, accoutumé à tout enlever, l’immortel Y'ama , qui porte les armes de la mort, est repous.sé vers le midi, et va se cacher dans sa propre région.

Vainqueur des gardiens du monde, Câlanémi se chargea de leurs fonctions : il fit de son corps quatre parts, et se plaça aux divers points du ciel. Swarbhânou lui montrant la voie divine des constellations, il y entra hardiment. Il enleva à Soma sa beauté et son noble domaine ®; il cliassa de la porte céleste le soleil aux rayons de flammes, et lui ôta son

\oytt lect. XXV, note SI cette fable e»t astronomique, on doit supposer que l’auteur indique ici un |M)int particulier de la splière céleste.

* Je retrouve

dans ce passage le mot

nckaya, qui m'embarrassait dans la iii* Wc> turc, note i8. Il se rapporte ici à la lime et

au soleil , et je le rends par domaine et empirr. M. Wilson me semble l'e-xpliquer fort bien par depariment, ^)hert, province» etc. Il était plus diflicUed’en rendre compte dans la ni* lecture, où le poète faisait une classe d’étres animés de ce que je regarde comme l'entourage ou l'atmosphère de la terre. En astronomie, l’ho riton se nomme kckitidja {né de la ferre).

empire , scs deux voies et la charge de présider au jour. Il aperçut Agni dans la bouche des dieux ^ ; il le prit et le plaça dans la sienne. 11 vainquit Vâyou et le soumit à ses ordres. Il enleva à l’Océan tous ses fleuves, et par la force il réduisit sous ses lois les mers elles-mêmes qui devinrent une partie de son corps. Il réunit sous son empire les eaux terrestres et les eaux célestes, et consolida la terre à laquelle il donna de forts appuis. Il brille comme Swayambhou, maître des éléments et souverain des mondes qü’il renferme et qu’il épouvante. Il e.st l’unique gardien de la nature entière; il est l’âme de la lune, du soleil, des planètes; il est le feu et l’air, et ce Dânava, couronné par la victoire, va se placer au trône de Brahma ®, père inépuisable de tous les êtres; là, il reçoit les hommages desDêtyas, comme l’aïeul des mondes y recevait ceux des Dévas.

Page 1