OR.XCLE DE BR.U1MA
Vèsampâyana dit :
Ainsi parla Nârada : le maître des dieux sourit, et lui répondit avec douceur: • ONârada, puisque tu t’intéresses au bien des trois mondes, apprends
• quelles sont mes résolutions. Je sais que les Détyas ont revêtu des corps sur < la terre; je sais quelle forme a prise chacun d’eux. Je n’ignore pas ce que
• c’est que Gansa fils d'Ougraséna, le cheval Késin, l’éléphant Gouvalayâ-
• pîda, les lutteurs Thânoûra et Mouchtica, et le taureau Arichta. Je con-
' Ville ou coatrée que M. Wilson place dans l'Asam.
• nais Kliara , et le grand Asoura Pralamba , et Poûtanâ fille de Bali , et
• Clliya qui, craignant le Gis de Vinalâ, s'est rérugic dans les marais de
• l’Yamounâ. Rien ne m’échappe, ni Djarâsandha placé à la tête des rois,
• ni Naraca devenu prince mortel dans la ville de Prâgdjyoticha pour le
• tourment des hommes vertueux, ni BAna habitant aujourd’hui Sonlta-
• poura, fort comme Càrtikéya, fier de ses mille bras, et redoutable même
• pour les dieux. Je vois d’avance tout le poids de la guerre entre les en-
• fants de Bharata retombant sur moi, l’arrivée de tous ces rois, leur des-
• truction sur la terre , et les honneurs rendus dans le monde d’Indra à
• tous ces héros qui se sont revêtus de corps étrangers à leur nature : j’aper-
• çois clairement ce qui doit nous arriver, à moi et aux autres, pendant notre « Incarnation'. Arrivé dans le monde terrestre et couvert d’une forme hu-
• maine, je donnerai la mort à Gansa et à tous ces grands Asouras. C’est en
• moi que sont les voies par lesquelles chacun exécute ses fonctions et par-
• vient au repos. Oui , ces ennemis des Souras périront dans le combat. C’est
• pour le bien de la terre que viennent de naître les habitants du ciel, les
• Souras, les Dévarchis, les Gandharvas; c’est moi qui l'ai voulu, et j’ai
• promis de les suivre, ô Nârada. Je tiendrai parole; mais BrahmA ne m’a
• point encore dit quelle devait être ma demeure. O père des êtres, indique-
• moi le lieu où je dois naître, et la forme que je prendrai pour détruire
• ces ennemis. ■ Brahmâ lui répondit :
BrahmA dit ;
O NârAyana, je vais te dire par quels moyens tu dois arriver A ton but, quels seront parmi les hommes ton père et ta mère; en quel lieu tu vas naître; comment, chef d’une nombreuse famille, tu soutiendras la noble maison des Vâdavas; comment , après avoir exterminé ces Asouras, tu étendras ton illustre race, et fonderas la vertu sur la terre.
Autrefois, ô Vichnou, Casyapa enleva au grand Varouna les vaches qui lui donnaient du lait pour les sacrifices, et en Gt cadeau A ses deux épouses Aditi et Sourabhi. Varouna se présenta devant moi, et baissant la tête
' Le mol |i| yoga, employé pour cipriroer observation que nous croyons iililc à l'explica-
l'eue idée, est cçalomciil en a&trononiie; tion de celte légende-
avec respect, il me dit: • Mon maître m’a enlevé mes vaclies, et il refuse « de me donner satisfaction. Elles sont maintenant sous la direction de ses
• deux femmes, Aditi et Sourabhi. Ces vaches immortelles et divines,
• qu’on peut traire à volonté, qui parcourent toutes les mers, protégées t par leur propre force, qui donnent un lait inépuisable et pareil au breu- « vage d’immortalité, qui oserait les enlever, sinon Casyapa? Qu’un souve-
• rain, un précepteur, ou un autre, commette une injustice, ô Brabmâ,
■ c’est toi qui les punis tous , c’est toi qui es notre premier maître. Si les
• puissants, qui connaissent le mieux l’ordre du monde, ne se soumettent
• point à l’autorité d’un supérieur, alors tout est perdu. Que chacun rem-
■ plisse ses fonctions: toi, tu dois commander. Que je recouvre mes vaches, « et je m’en retournerai dans mon .séjour. Et ces vaches, ne sont-elles pas
• une partie de toi-même? ne sont^clles pas l’essence étemelle*? Ces mondes
• que tu gouvernes ne forment-ils pas un seul tout, composé de vaches et
• de Brahmanes (Gobrâhmana)} 11 faut d’abord conserver les vaches : elles
• conserveront les Brahmanes; la conservation du Gobrâhmana sera le
• salut du monde. > Ainsi me parla le maître des eaux : instruit de l’action de Casyapa, je le maudis : > Le grand Casyapa a enlevé des vaches; « il descendra sur la terre * et y sera pasteur. Ses deux épouses, Sou-
• rabhi, et Aditi, mère des Souras, l’y accompagneront. Cet ansâvatare de « Casyapa, habitant sur la terre au milieu des vaches, brillera comme Ca-
• syapa lui-mcmc, et portera le nom de Vasoudèva. Non loin de Mathourâ
• existe une montagne nommée Govarddhana. Là même demeurera le sage
• Vasoudèva, heureux de sa condition, et chargé de percevoir les droits
• de Cansa. Aditi et Sourabhi seront ses deux épouses, appelées la pre- « mière Dévaki, et la seconde Rohini. •
' Langage emphatique, qui exprime le respect que les Indiens ont pour la vacbe. Ainsi» tout sc réduit aux biens delà terre représentée par la vache , et aux Brahmanes appelés k en jouir et à en faire jouir le monde et les dieux par le sacrifice.
* Cette phrase renferme un mot que je n*ai pas traduit, mais que j'ai expliqué dans la première note de la lecture précédente : c'est anta. On dit que Catyapa viendra sur la (erre ai«c eet ansa, dans lequel il a péché 11 faut
donc considérer ce Casyapa comme un personnage astronomique qui a divers aspects, ou dont la répon est partagée en plusieurs parties; de la même manière que le soleil, ou plutôt sa région est divisée en douxe amas. Ne suis -je pas fondé à ne voir dans ce récit qu'une allégorie toujours astronomique , dont je n’ai pas la clef, mais qui perce à chaque instant? N'oublions pas encore que Varouna est le régent de l'ouest . et do plus un Aditya.
CINOüANTE-CINOUIÈME LECTURE. 257
C’est là, ô vainqueur de Madhou, c’est là que tu vas descendre pour le bonheur des mondes, t’enveloppant toi-même d’un corps mortel, et fécondant heureusement le sein de Dévakî et celui de Rohinî. C’est là que tu jwsseras la première enfance sous l’hahit d’un pasteur , trompant les yeux par cette forme que produira ta divine magie, comme autrefois tu apparus •sous la forme d’un nain, qui entrois pas s’empara des trois mondes. Les .suffrages et les hcncdictions des dieux te suivront, et proclameront d’avance ta victoire. Des milliers de jeunes bergères trouveront en toi leur bonheur: elles admireront les charmes du pasteur qui parcourra les bois, orné d’une guirlande de fleurs sauvages ‘. Tes yeux seront comparés à la fleur du lotus; aimable berger, enfant adorable, le monde, à ta vue, tombera dans une espèce d’heureuse enfance. Les femmes attachées à tes pas, occupées de ta seule pensée, te suivront constamment dans les bois, dans les pâturages, partout où tu mèneras ton troupeau; et quand tu te baigneras dans l’Yamounâ, elles seront transportées d’amour pour toi. 0 fortuné Vasoudéva, qui s’entendra appeler par toi du nom de père, et qui pourra te donner le nom de fils! Et quel autre père peux-tu souhaiter que Casyapa? Quelle autre mère plus digne de toi qu’Aditi? Va donc consommer cette union avec l’humanité; va, ô Vichnou, la victoire t’accompagne. Pour nous, nous retournerons dans notre séjour.
Vêsampâyana reprend:
Alors Vichnou, saluant les dieux, se rendit vers le nord, dans son habitation de la mer de lait, dans un endroit du ciel secret et solitaire. Sur le mont Mérou est une caverne de difficile accès, appelée Pânvati, que l’on ne manque jamais, dans les fêtes nommées Parwans, d’honorer avec ses trois gardiens *. Là , le grand Hari laissa son antique forme , et il descendit ensuite dans la mai.son de Vasoudéva pour s’y unir à un corps mortel.
* C'est la vanrimdta, (;iiirlan(le (le fleurs, ou chapelet de graines des bois. Les rosaires communs sont Faits avec les graines de Veleocarpus.
' J'ai traduit par gardien le mot
auquel M. Wilson donne le sens de héros, guerrier. J'avoue que je ne sais à quoi cette
expression peut avoir rapport. Iæs gardes du palais de Vichnou sont au nombre de deux, Djaya et Vidjaya. Qui l'auteur désigne-t-il par ces trois vicrântas? Ferait-il allusion aux trois pics du Mérou, et aux trois dieux qui y président ? Voyci , dans le tome II des Reclierrbes asiatiques , le dessin du mont Mérou.
VISITE DE N.VRADA A CANSA.
Vèsampâyana dit :
Nârada, MchanI que Vichnou et les dieux s’étaient incamés, vint à Mathoiiri pour annoncer à Gansa les malheurs qui le menaçaient. En descendant du ciel, il s'arrêta dans un bois voisin, et de là envoya au prince un messager pour lui faire part de son arrivée. A celte nouvelle. Gansa accourut de sa capitale avec empressement auprès de nilii.stre Moiini; et, l’œil aussi rouge que le lotus, en voyant cet hôte vénérable qui venait le visiter, ce saint Dévarchi qui, tout resplendissant de feu, ressemblait à un soleil, il le salua, lui présenta l'oflrande ' d’usage, et lui donna un siège éclatant comme la flamme. Le Mouni, ami d'Indra, s’assit, et dit à ce fils d’Oiigraséna, dont la colère était si terrible: ■ Prince, tu m’as reçu avec honneur.
• Ecoute en récompense mon discours, et tâche d’en profiter. Parcourant
■ les mondes célestes où régne Brahma , j’arrivai au va.ste Mérou , aime
• du soleil; je visitai le jardin du Nandana et le bois de Tchètraratha
• je me baignai avec les dieux dans leurs étangs consacrés; je vis le Gange
• dont les ondes coulent dans les trois mondes, et eflacent tous les
■ péchés dont on se repent; je fis des libations aux divers lacs, suivant
• l’usage; enfin, j’entrai dans le palais de Brabmà, habité par la troupe
■ des Brabmarchis, et retenti.ssant des chants des Gandbarvas et des Apsa-
• râs, et je me présentai, avec ma guitare, dans l’a-ssemblée des dieux qui
• .SC tenait .sur le sommçl du Mérou. Je les vis, ces dieux, sur leurs sièges
• divins, présidés par le père des êtres, ornés de turbans blancs et de mille
• pierres précieuses. Ils délibéraient .sur les moyens de causer ta perte et celle
• de tes compagnons. Apprends que le huitième enfant de Dévakî, la ,s<eur
' Cette offrande qui porte ici le nom giinéral Tar^A^a. dont noua avoua déjà parlé ailleura. de QîTT pouif/ô. âoit être la cérémonie de ’ Jardin et parc de plaiaance du dieu Indra.
CINQUANTE-SIXIKME LECTURE.
• de ton père, doit te donner la mort. Cet ennemi qui te menace, c’est
• relui qui renferme en soi toutes les qualités divines, qui est la voie du
• ciel, le grand mystère des dieux , celui qui parmi eux est le plus grand,
• et qui n’existe que par lui-même’. Je te révèle cet important secret. Tu
■ dois le respect à celui qui va te frapper è mort; car c’est le premier des
• êtres : il faut t’en souvenir. Cependant, si tu le peux, Cansa, attaque-le,
• tant qu’il n’est encore qu’un embryon. L’amitié que je te porte m’a con-
• duit auprès de toi. Essaye donc de tous les moyens. Adieu, je le quitte. •
■\insi parla Nârada, et il partit. Cansa, en pensant à ce discours, se mit à rire; dans son rire indécemment prolongé, il montrait toutes ses dents. Il dit à ceux de ses serviteurs qui l'entouraient : « Il mérite bien
• qu’on rie de lui, ce Nârada qui doute de nos moyens! suis-je donc fait
• pour avoir peur des Dévas et de leur chef Vâsava? Assis ou couché, je « puis, en badinant, de ces deux larges bras, ébranler la terre : qui donc,
• dans ce monde terrestre, est capable de m’ébranler? Je veux aujourd'hui
• la perte de tous ces êtres qui dépendent des dieux : hommes, oiseaux,
■ quadrupèdes. Qu'on instruise de mes volontés le cheval Késin, Pralamba,
■ Dhénouca, le taureau Arichta, Poûtanâ et Câliya. Parcourez toute la terre
• sous la forme que vous voudrez , et armez-vous contre ceux qui sont du
• parti de nos ennemis. Epions le moment où ceux-ci, enfermés dans le < sein de leur mère, apparaîtront au jour; car Nârada n’a point dit que
• ju.sque-là nous eussions rien à craindre d’eux. Quant à vous, livrez-vous
• au plaisir, bannissez toute alarme , ayez confiance en moi , et ne redoutez
• rien des dieux. Ce brahmane Nârada aime à jouer la comédie et à semer
• partout la division : il prend plaisir à brouiller ceux qui sont unis, cou-
• rant sans cesse les mondes, capricieux, malin, et fomentant par ses intri-
• gués les inimitiés des rois. ■ Ainsi s’exprimait publiquement Cansa; mais il rentra dans son palais, l’âme dévorée d’inquiétude.
' Cwl-à^lirv ^a^ambhou
CONCEPTION DE CALI.
Vèsatnpâyana dit :
Dans sa colère, il donna scs ordres à ses amis intimes. " Faites tout, « leur dit-il, pour détruire les fruits de Dévakî. N’épargne?, pas même les « sept premiers. Là où il y a du doute , il faut couper le mal par la ra- « cine Que Dévakî soit gardée à vue dans sa maison; qu’observée avec « soin à travers les jalousies, elle se croie libre, et surtout que la vigi- « lance redouble au temps de son accouchement. Mes femmes m’averti- « ront des signes qui dénonceront la grossesse , et nous en suivrons ensuite « les progrès. Il faut donc que Vasoudéva et sa femme, dans les riches « domaines où ils vivent, soient surveillés jour et nuit par mes propres « amis; que ceux-ci y mettent la plus grande attention; et que, parmi « les femmes et les eunuques, personne ne trahisse notre secret. Mortels « que nous sommes, nous n’attaquons enfin que des mortels. Au reste, il « est des moyens par lesquels les gens de ma sorte peuvent détruire la des- « tinée ; des prières convenables , des prescriptions efTicaces \ des efforts • constants, voilà ce qui sert à détourner la loi de la fatalité. >
C’est ainsi que Gansa, averti par Nârada et con.scillé par la crainte, prenait ses précautions pour détruire le fruit de Dévakî. En apj)renant ces résolutions communiquées à Aricbta, Vichnou, invisible qu’il était, se dit
' Comme dans ce sujet, qui me parait complètement astronomique , les moindres détails peuvent être importants , je ferai remarquer
que racine se dit moula, et que ce mot
moula est le nom du dix-neuvième astérisme lunaire, qui, tiguré par la queue d'un lion, contenait onze étoiles que l'on croit reconnailre dans celles de la queue du Scorpion. D'un autre
côté, on distingue Causa par le surnom de MoAladéva ou Moâlabhadra , que M. Wilson explique d'une manière incertaine.
âchadha. Cest ordinairement un
médicament, une composition végétale ou minérale , usitée en médecine ; mais ici c'est une recette k laquelle on attribue un pouvoir magique.
à lui-même : « Le fils de Bhodja * donnera la mort aux sept premiers fruits « de Dévakî; c’est dans le huitième que je dois être conçu!» Son âme, tout en réfléchissant , descendit dans le Pâtâla , à l’endroit où reposaient six embryons Dânavas, issus de Câlanémi; c’étaient d'invincibles héros, qui, comparables aux dieux dans les combats, et brillants comme le feu qui dévore l’offrande du .sacrilice, avaient autrefois quitté leur aïeul Hiranyacasipou ; ces Détyas avaient adressé leurs hommages à l’auteur souverain du monde, se distinguant par leur pénitence, et portant leurs cheveux ramassés sur leur tête. Brahmâ, dans un moment d’affection pour eux, leur avait donné le choix d’un don qu’il voulait leur accorder. • Chefs « Dânavas, leur avait-il dit, je suis satisfait de votre pénitence; déclarez- • moi ce que vous désirez, et vous l’obtiendrez. »Tous, d’une voix, demandèrent à Brahmâ le privilège de n’être tués ni par les dieux, ni par les grands serpents, ni par les saints Maharchis armés d’imprécations, ni par les Yakchas, les Gandharvas, les Siddhas, les Tchâranas et les hommes. Brahmâ leur répondit avec bonté : « Tout ce que vous souhaitez vous arri- « vera. » Et aussitôt après il retourna au ciel. Mais Hiranyacasipou, irrité contre eux, leur dit; « Vous m’avez rejeté, vous avez renoncé à mon amitié, « dès lors que vous avez demandé cette faveur au dieu qui est né du lotus; « je ne vous regarde plus que comme des ennemis, et je vous abandonne. « Vous n’êtes plus que les six embryons {Chadgarbhas) ^ ; votre père lui- « même vous donnera ce nom, et c’est à lui qu’un jour vous devrez la « mort. Quoique Asouras d’origine, vous passerez plus tard dans le sein « de Dévakî : à cette époque Can.sa sera l’auteur de votre perte. »
Vichnou se rendit donc dans le Pâtâla où ces Asouras, sous la forme de six embryons, reposaient dans l’eau. 11 les vit tous renfermés dans le sein
' Bko<lja, nous l'avons d^à vu , est un nom de famille.
* Voilà, sans doute, une fable imaginée pour expliquer le mot chadgarhha, qui, je le présume, désigné un endroit du ciel, une constellation peut-être prés de laquelle arrivent les phénomènes que le poêle raconte maintenant. Ces six embryons peuvent encore figurer les six demi-mois d'hiver, qui avortent en naissant, et alors Balaràma et Criclina re-
présenteraient le premier mois du printemps. La partie méridionale du ciel est considérée comme le séjour des .Asouras par les poètes , qui font du Coumérou ou pôle méridional le palais de ces mauvais génies , comme ils font du Soumérou ou pôle septentrional celui des dieux. Le soleil passant la ligne à l'équinoxe , semble remporter alors sur les Asouras une espèce de victoire : ce qui explique le mot ahhidjita que nous verrons plus bas.
de Câlî endormie Prenant la ressemblance du Sommeil , il s'approcha de ces corps: il les remplit du souffle vital, les tira après lui, et les remit à Câlî, en lui disant avec cette force que donne la vérité : ■ O Câli, va d’après
• mon ordre dans la maison de Dévaki ; prends avec toi les six embryons I Dânavas, que je viens d’animer du souffle de vie. Souveraine de tout ce qui
• n’spire, charge-toi de déposer sui cessivement les Cbadgarblias dans le
• sein de Dévaki. Dès qu'une fois ils auront vu le jour pour être à l’instant
• détruits, dès que la haine de Can.sa aura manqué son but, et que Dévaki
• aura enfanté, alors tu posséderas sur la terre, ô déesse, une faveur
• qui t’égalera à moi-même : tu recevras les hommages du monde entier.
• Quant au septième enfant de Dévaki, ansàvatare de la nature de Soma‘, ■ qui .SC trouvera mon aîné, tu auras soin de le transférer le septième
• mois dans le sein de Rohini extrait de cette manière des entrailles
• déchirées de sa mère, il recevra pour cette raison le surnom de Aancor-
• chana. Ce sera là mon frère aîné, pareil à lu lune, septième fruit de Dé- « vakî, que la crainte aura détaché de son sein. Moi, je serai le huitième,
• principal objet des attaques de Cansa. Toi, tu .seras le neuvième enfant
• de notre famille, et tu naîtras île la bergère Yasodà, femme de Nanda,
• pasteur de Can.sa. Tu viendras au monde le neuvième jour du Pakcha
• noir*; et moi, c’est sous l’aspect de l’Ahhidjit *, au milieu de la nuit.
' Le mot du tette, mHràf si^iitie sont
met/. U me fallait un nom féminin, j'ai pri» le mot Cdli» 1a suite me prouvant qu’il »‘agit de cette déeue. Dan» cet ciulroit mt-nie ou donne à Nidrà lYpithele de ctilarod-
pinî. Vovez la lecture l.
* Je traduis litU*ralemenl tàmya-
* ilohiiii est aussi le nom du quatriènu* astérisme lunaire qui contient cinq étoiles a. C, y, / , f du Taureau. Le n»ot tancarrhana signifie taboarent , et le peraonnage connu sous ce nom porte en effet un soc pour arme. N'aurait-on pas voulu indiquer par la qu’il est né au moment des labours, quand on déchire avec le soc le sein de la terre ?
* lac mois lunaire , nous l*a>ons vu ailleurs ■ est (omfKwé de deux portions qui portent le nom de Pakebas. I..63 Pakchas sont noirs (cri> r^iar) ou blancs {tourbu) suivant les phases de la lune : les Pakchas blancs durent depuis la nouvelle jusqu'à la pleine lune.
* L'Abhidjit ou .Abhidjita est iii>e constellation lunaire plact^ entre Outtaràchàdbâ et Sravanà. et correspondant, à ce qu'Ü parait, à une étoile brillante de la Lyre. Les astronomes indiens disent que le» étoiles qui la co«i|)osaient ont disparu: peut-être étaient-elles autrefois distinctes à 1a simple vue, et par leur motion sc sont-elles unies en un faisceau de lumière. Un triangle servait à figurer cette constellation . qui occupait parmi les vingt-huit
cinquante-septième lecture. 263
• que je sortirai heureusement du sein de ma mère. Nous naîtrons tous
• deux également le huitième mois et pour prévenir les projets de Causa,
• nous ferons un échange de mère. Je deviendrai le fds d'Yasodâ, et toi,
• déesse, la fdle de Dévakî. C’est à cette époque que Cansa se livrera à tout
• l’excès de la folie. Il te prendra par le pied, et te jettera sur la pierre. > Tu te relèveras pour aller occuper au ciel une place étemelle. .Noire,
• brillante comme moi, avec une face .semblable à celle de .Sancarchana , tu
• agiteras dans l’air deux bras vigoureux, preils aux miens. Dans tes mains
• tu tiendras un trident et un poignard à manche d’or, une coupe pleine
• de miel , et un lotus éclatant de blancheur. Ta robe sera de soie noire ; ton
■ vêtement supérieur, de couleur jaune : sur ta poitrine tombera un collier
• de perles brillant comme un rayon de la lune; tes oreilles seront ornées de " larges pendants; ton visage aura toute la splendeur de la lune, et un riche " diadème entourera ta tète. Tu brandiras de terribles serpents, qui rempli-
■ ront d’épouvante les dix régions. Une queue de paon sera ton étendard, et
• des plumes de cet oiseau tu te feras un bracelet magnifique. Des troupes
• d’êtres redoutables t’environneront : soumise à mes commandements,
■ ornée d’une immortelle jeunesse, tu t’élèveras au ciel. Là, le monarque
• aux mille yeux, suivant mes ordres, te donnera le baptême divin, et
• t'admettra parmi les dieux. Il te désirera même pour sœur; tu naîtras
■ alors dans la famille de Cousica , et tu seras Côsikî". Indra te donnera .sur
• le superbe Vindhya une demeure à jamais révérée, et la terre te verra
■ former mille autres établissements renommés. Tu parcourras les trois
• mondes, magnifique et bienveillante déesse, ne voulant que la vérité, ne
■ cherchant qu’à répandre des bienfaits, et prenant mille formes variées.
■ C’est alors qu’en pensant à moi lu extermineras, avec leur suite, deux Dâ-
• navas fameux, Soumbha et Nisoumbha, sauvages habitants des montagnes.
• Honorée par de pieuses processions, avide de sacrifices sanglants*’, chaque
astérismes lunaires le >ingt deuxieme rang : elle en est maintenant exclue, et on ne la représente plus qu'en dehors. On ne compte aujourd'hui que vingt-sept astérismes.
** Les Indiens célèbrent la fêle de U oaiâMoce de Cricluia le H du Pakcha noir de hhAéra { aoûtseptembre). Cette circonstance peut embarras-
ser dans leurs calculs ceux qui ne voudraient voir dans (irichna qu'un personnage astronomique : car cette époque ne correspond à aucune de celles qui sont marqui'es dans Tannee par quelque phénomène ceieste.
Voyes plus haut, lect. xxvii, pag. lai.
" J’ai traduit ainsi le mot bah
HAHIVANSA.
• neuvième jour tu obtiendras une offrande, compmsée de quadrupèdes.
• Et les mortels qui, reconnaissant mes vertus, voudront t’honorer, rece-
• vront tout ce qu'ils pourront désirer, enfants ou richesses. Ceux qui tom-
• beront dans de mauvais chemins, ceux qui seront battus par la tempête
• sur l'Océan ou assiégés par leurs ennemis auront recours à toi. Tu
• seras la perfection, la félicité, la constance, la gloire, la pudeur, la
• science, la modestie, la prudence, le crépuscule, la nuit, la lumière, le « sommeil et la nuit de Câla (Câlarâlri) Et quand quelqu'un réjouira tes
• oreilles j>ar un hymne en ton honneur, 6 déesse, qu’il sache que je ne « serai jamais perdu pour lui , comme il ne sera jamais perdu pour moi. •