‹ Harivansa, ou, Histoire de la famille de HariChapitre 29 sur 55 · ÉLOGE DE DOURGA · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE DOURGA

Vêsampâyana dit :

• Je chanterai la gloire de la déesse surnommée Aryâ, ou la vénérable,

• comme Tont fait autrefois les Kichis. Salut à Nârâyanî, souveraine des trois « mondes I >

« Tu es la perfection, la fermeté, la gloire, la prospérité, la science, la « modestie, la sagesse, le crépuscule, la nuit, la lumière, le sommeil et « Câlarâtri. «

• C’est toi qu’on appelle Aryâ, Câtyâyani ', CosiAc Soumise aux règles

• de la loi divine , attachée aux pratiques d'une austère pénitence, tu ent fanta.s le chef de l'armée des saints^. ■

Le portrait que fait Hésiode de la déesse Hécate dans 1a Théogonie (vers4ii et seq.) offre des traits de ressemblance avec celui de Câii. Un amateur d'étymologies pourrait même à la rigueur retrouver le nom à'Hécate dans f'étyâ et Câtyâyani, surnoms de la déesse indienne.

“ Voyer lect. i, note 9.

' Sous ce nom on désigne Dourgà comme étant la fille d'un saint nommé Càtyâyana ou Câtya. Ce mot signifie encore une veai<e tie moyen âge; et l'on a pu donner cette épithète à la déesse, paire qu'elle (>orle le costume et »e livre auv austérités d'une veuve.

• C'est Càrtikéya, dieu delà guerre, BU de Sivaet de Dourgâ.

• Tu es la victoire, le triomphe, le plaisir, la félicité, la constance, la

■ compassion. •

• Sœur aînée d'Yama *, tu te couvres d’un vêtement de soie noire.

• Tu te présentes sous toutes les formes, les unes agréables, les autres

• hideuses : tantôt ton regard est affreux, tantôt ton œil est large et

• attrayant. •

• Protectrice pui.ssante de les serviteurs, ô déesse, tu demeures sur les

• .sommets terribles des montagnes, sur le bord des rivières, dans les

• cavernes, les bois et les forêts. Tu reçois les bommages des Savaras *, des < Barbaras ® et des Poulindas *. •

• Ton étendard se compose de plumes de paon; lu règnes sur les

■ mondes. Entourée de coqs, de boucs, de béliers, de lions et de tigres,

• tu fais entendre au loin le son de tes clochettes’. Tu as choisi leVind-

• hya * pour ton séjour favori. »

• Tes mains portent le trident et la lance ; le .soleil et la lune forment

• ton drapeau. •

• Tu es le neuvième jour du Pakcha noir, et le onzième du Pakcha

• blanc; tu es la nuit, sœur de Baladéva Tu mets ton bonheur dans les

• combats. Tu es le centre, la fin, la première voie de tous les êtres. •

• Tu naquis du pasteur Nanda, apportant la victoire aux Dévas : on te

• voit couverte, tantôt de tristes haillons, tantôt de vêtements magnifiques.

• Tu es à la fois la nuit et le crépuscule. •

• Tu vas, les cheveux épars; tu es la mort, et tu aimes à dévorer la chair

• sanglante. Tu es pour quelques-uns iMkchmi ou le bonheur, et en même

• temps Alahcbmi ou le malheur pour les Dânavas. •

« C’est toi qui es S,àvitri mère des dieux et des génies; tu es l’empla-

’ YainounÀ e»t san» doute irî considérée roinmc iinc forme de Dmirgâ. Voyei Iccl. m, pag

• Nom d'un j>cupic grossier qui habile Joa montagnes de l’Inde, et porte |>our on»ement des plumes de paon.

* Ce nom de Barharus se donnait à des hommes d'une caste dc^radée et vivant loin de la société.

' I^es Poulindas sont des montagnards sau-

vages, qui parlent un dialecte barbare et inintelligible.

* Les femmes indiennes portent aux pied» ou aux bras, et même autour des reins, des ornements en grelots ou en petites sonnettes

' Delà vient qu’on l'appelle / 'adAvaedii/u.

* Elle est M£itr de Baladév a , en ce sens qu'elle a passé un instant pour füle de Vasoudeva.

Cest sans doute la Sàvilri persoimüié«> , c’est'à-dire U prière indiquée par les Vi^es,

■ cenient du sacrifice, le présent fait aux prêtres, la pompe sacrée des pro-

• cessions, le flux et le reflux de la mer. «

• Parmi les Yakchas, tu es la première Yakchî ", et Sourasâ parmi les

• serpents : tu es la piété dans les jeunes filles, le bonheur dans les épouses.

■ Instruite dans la science sacrée, tu es le sacrifice et la lumière suprême. •

• Tu CS la splendeur de.s étoiles, et Uohinî ” parmi les constellations.

• Dans les palais des princes, sur les lacs consacrés, au confluent des

• rivières, on célèbre ta grandeur. Tu es la pleine lune dans l'astre des

• nuits; c’e.st toi que, sous le nom de Critlivâsas, on adore comme vêtue

• d’une peau de tigre. »

" Tu CS Sara.swati '* dans Vâlmikî Sniriti dans Dwèpàyana ”, Sitâ

• pour les laboureurs, la Terre ” pour les êtres animés, la science du

• devoir pour les Ilicbis, Aditi pour les Dévas, Sourâdévî ” pour les êtres

• dont tu réjouis les yeux et obtiens les louanges. •

■ C’est toi qui formes le beau regard d’Indra , toi qu’on appelle la dées.se " aux mille yeux Tu es le feu des pénitents et des holocaustes, l’objet de

• la faim de tous les êtres, et le plaisir des dieux. •

• Tu es Swàbâ la félicité, la fermeté, la réflexion; Vasoûmatî parmi

considérée nitleurs comme la üile de Bralimà et la mcrc mystique des castes indiennes.

" Yakcht Cil aussi le nom de la femme de Giuvéra, dieu des richesses.

Sotirasà, une des femme» de (Usyapa, mère des seqwnts.

Voye* la LVii* lecture, note 7. Hohini , comme une des vinpt-sepl nymphes qui président aux constellations lunaires, est une des lémmes du dieu 8oma : elle est même Mr)ii épouse favorite

'* Eh’îessc «les beaux-arts et de réloqueiice

Auteur du RAtnavana.

Je crois que par ce mol on personnitic la Tradition. On entend par imnh ce corf»s d'ouvrages de religion «rt de jurisprudence que les anciens sages ont transmis oralement h leurs élèves, et que ceux-ci ont recueillis de mémoire et confiés à récriture,

” Nom de Vyâsa. qui arrangea les \’étles

et recueillit les Pourânas. saint passe aussi pourélrc l'auteur du Mahébhârala. Au reste, nn compte, dil-00, plus de vingt-sept personnages du nom de \yàaa.

** Le mot sitâ signifie tilbn : c'est aussi le nom de l'épouse de lUma, que l'on suppose avoir clé Iroiivt'-e «laua un .sillon.

’* Dharani, c’est-à-dire qui porte le» êtres.

** Souràdévi est une nymphe qui sortit de la mer haraltt^ par le» dieux : elle prt^ide aux liqueurs fermentres. qui sont personnifiées en elle.

*' Nous avons déjà eu plusieurs fois l'otx-aaion de parler d'Indra et de se» mille veux. Voyex Icct. xxvii, note 8.

” est une exclamation employer dans

les sacrifices. On l'a personnifiée, et on la reganle comme la fcninie du dieu Agni et la déesse «les holocaustes.

CINQUANTE-HUITIÈME LECTUKE. 267

« les Vasous, l’cspcnincc pour les mortels, et le bonheur de ceux dont le

• succès couronne le travail. •

■ C’est en toi que l’on voit les points principaux et les points intermé-

• diaircs de l’horizon. Tu es la lumière qui brille à la pointe de la llamnie. •

■ Tu es encore l’oiseau l’oùtanâ la terrible Révatî le sommeil de

■ tous les êtres; tu es Mobini “ pour troubler leur rai.son, et pour les frap-

■ per tu es Kcliatrivâ. •

" Parmi les sciences, tu es la science de Brabmâ; tu es les saintes excla-

• mations Aani et Vachat Les antiques Kicliis savaient que parmi les « femmes tu esPàrvvati, et Aroundliatî |Kirmi les lidèles cpou.ses, suivant

• l’oracle des Pradjàpatis. •

• Tu es pour les plaideurs l’objet en litige : on te connaît .sous le nom

• tl'Indràni “,et c’c.st toi qui remplis le monde entier, .soutenant tous les

• êtres, animés ou inanimés. •

« Dans tous les combats, dans les incendies, sur le bord des fleuves,

■ dans les cavernes des voleurs, au milieu des bois, dans les voyages, dans « les prisons, .sous les coups même des ennemis, enfin, dans tous les dan-

■ gcis de la vie, tu es la protectrice assurée des mortels. »

• O dées.se, en toi est mon cœur, ma pensée, mon âme : délivre-moi

• de tout péché, et accorde-moi ta faveur. •

Voilà l’éloge divin de la puis.santc Dourgâ, tel que nous l’ont transmis les antiques traditions”. Quiconque, le matin en se levant, le corps pur et l’àme recueillie, l’aura lu pendant trois mois, recevra de la déesse le bien qu’il aura désiré. S’il le lit durant six mois, elle lui accordera le don le pins précieux à son choix. Cet hommage continué pendant neuf

" Vovei pliiv ha», lecl. txii.

’* Hevatl est lo nom d’une de» Mâlri». el en même leni|» celui de la femme de Ifalarâma el tl'ime conatellalion lunaire.

.tinsi »e nomma Viclinoii , quand il »e changea en femme pour tmnbUT la raison de» Aaouras el leur enlever le Irrcuvage d’imnurrlalitê qu'il» avaient en leur possession.

** Ksctamaliun naiUS; dans le» holocaustes.

” .Aroundhati , femme deVasichlha, passe psrur le mosféle de la fidélité conjugale. Agni

devint amoureiis dos femme» des sept Richis . el toutes , ditH)u , excepté Arouudhati , se montrèrent sensible» à sa tendresse. Elles furent chassies hors du cercle arctique, el accueillies depuis dans le rodiaque , où elles fia'ment la constellation de» Plriades. qui, selon les Indiens . ne sont qu'au nombre de six.

“ Eemme d'Indra '* (>n nomme ce» traditions écrites tfn des manuscrits porte à la place de ce mol le nom de Vyâiu-

mois, lui vaudra l’œil divin*”. S’il y a persisté pendant un an, il obtiendra la perfection, l'accomplissement de tous ses désirs; il connaîtra la vérité et toute la science de Brahma : ainsi l’a déclaré Dwèpâyana.

« O déesse, continua Vichnou, honorée par les mortels, tu peux éloi-

• gner d’eux la prison, la mort, la perte de leurs enfants, la ruine de leur " fortune, la crainte de la maladie et du trépas. Sous quelque forme que « ce soit, tu les combles de bienfaits. C’est toi, pour ta part, qui bientôt « délivreras le monde, en privant Gansa de sa raison. Quant à moi, je vais

• aussi m’établir au milieu des troupeaux, sous l’apparence d’un pasteur, cl

• pour le bien commun , devenir le berger de Gansa. •

Après avoir donné scs instructions à la déesse, Vichnou disparut. Dourgâ le salua avec respect, et dit : • Que votre volonté soit accomplie 1 •

N.USS.\NCE DE CRICHNA.

Vésampiyana dit :

La divine Dévakî conçut donc les sept enfants dont nous avons parlé. Quand les six embryons parurent au jour. Gansa les prit et les écrasa sur la pierre '. Le septième fut tran.sféré dans le sein de Bohinî. Au milieu de la nuit, le fruit de Dévakî se détacha; Rohinî, qui s’était endormie sur la terre, sentit' comme dans un songe, cet enfant étranger qui pénétrait en

** Voy« Süjel de l’œil divin, lecl. xviii , pag. 87 : voyei aussi le Nouveau Journal asiatique , 63 , mars i B33 , p. x 1 6.

' On est luiturcUcmenl porté, en lisant cette fahte, à se rappeler celle de Saturne qui dévora ses enfants par Tordre de Titan. Le lecteur, comparant ensemble la naissance do Jupiter et celle de Criclina, verra jusqu'à quel point

les deu'i mvthologies peuvent se rap^ioitcr, malgré leur dÜTcrence, et si une même idée n'a pas enfanté ces deux fictions. Je ne puis pas direTespéce de relation que je vois entre les \'asous et le personnage de Crichnn; mais je ferai remarquer que les Vasous sont au nombre de huit, et que Cricbna a pour perc Vasoudéva ou le dieu Vasou.

cinquante-neuvième lecture. 269

ses l'iitraillcs : elle se trouva un instant troublée de cet événement, et Câli, sous la forme du Sommeil au milieu de robscurité de la nuit dit à cette Rohini de Vasoudéva comparable à celle de Soma * ; ■ Cet enfant, qui vient > de déchirer le sein où il était né, sera appelé Sancarchana et'deviendra « ton fds. » Heureuse de sa maternité, et baissant la tête par pudeur, la belle Robin! rentra dans la maison.

Délivrée de ce fruit, Dévaki en conçut un huitième: elle pensait que ses sept premiers enfants avaient tous eu le même sort, et qu’ils avaient été écra.sés ]>ar Cansa. Cependant les ministres de ce prince surveillaient toujours avec soin sa grossesse. Le jour ménte où Hari descendit, de .son plein gré, au sein de Dévaki, Yasodâ conçut aussi une fille: c’était Càlî, formée du corps de Vichnou, et obéissant é ses ordres. Le huitième mois, quand l'instant de leur délivrance fut venu, ces deui femmes, Dévaki et Yasodâ, accouchèrent en môme temps. La nuit où le puissant Vichnou naquit dans la famille de Vrichni, Yasodâ mit au monde une fille. Ainsi l’épouse du berger Nanda et celle de Vasoudéva, Yasodâ et Dévaki, enceintes dans le même temps, au milieu d’une belle nuit, au moment où l’heure* Abhidjil était arrivée, amenèrent au jour, l’une Câli, et l'autre Vichnou. Cependant les mers frémissaient, et les montagnes tremblaient jusqu’en leurs fondements, les feux divers brillaient d'un doux éclat : car Djanârddana apparaissait au monde. Les vents souillaient paisiblement, le trouble des éléments était apaisé, les étoiles resplendissaient au ciel : Djanârddana venait de naître. La nuit se trouvait dans la constellation appelée Abhidjil, et l'on a donné le nom de Vidjaya * à l’heure où se montra au monde le divin Hari, le puissant Nâràyana, esprit éternel, premier élément des mondes. De ses regards il va réjouir la terre; les tambours célestes résonnent avec force, une pluie de fleurs tombe du haut des airs; et dans leurs chants de joie célébrant le vainqueur de Madbou, les Mabarchis arrivent avec les Gandharvas et les Apsarâs. Le monde entier est

' Cesl toujours le mot R?n' niJrtt, que nous avons vu ailleurs.

* Vove* lecture précédente, note la.

* Le mol vo^a, qui, dans la LVil* lecture, désignait la 38* partie de l'écliptique, est ici

remplacé par le mot mouhoûrtta, qui s’entend de ~ de jour, et dans ce sens ahkùijâ se dit aussi de la liuitieuie heure Voyei la note suivante.

' Vttijaya signiüe victoire : la même idée est présentée p9tr\e moi abhtdjit.

270 HAKIVANSA.

heureux de la naissance de Hriciukésa; et Indra, de concert avec les dieux, chante ses louanges.

Au milieu de la nuit, \asoudéva contemplait le lils qui venait de lui naître; il voyait sur sa poitrine le Srivalsit et les autres marques qui trahissaient sa divinité. « 0 seigneur, s’ccric-t-il , cachez à nos regards ces « formes merveilleuses. C’e,st la peur t|ue m’inspire Gansa, qui me fait tenir « ce langage. Mes autres fils, vos aînés, ont déjà péri sous ses coups, et ■ vous me restez seul. •

En entendant ce discours, le dieu voila ses formes; alors obéissant au sentiment jiatemel qui le guidait, \asoudéva prit l'enfant et le porta sur-le-champ dans la maison du berger iNanda. 11 profita de la nuit pour pénétrer jusqu'auprès d’Vasodâ ; là, sans être reconnu, il déposa son fils, enleva la jeune fille, et vint la mettre sur le lit de Dévakî. L’échange des deux enfants était consommé : tremblant encore de frayeur, mais heureux d'avoir réu.ssi dans son projet , V asoudéva sortit de sa maison.

flependant Anacadoundoubhi ‘ annonça an fils d’Ougraséna que sa femme était accouchée d'une fille. A cette nouvelle, Can.sa accourt promptement avec ses gardes, et arrive à la porte de la maison du sage \ asoudéva. De là il s’écrie: «Qu’on me livre à l’instant l’enfant qui vient de naître. • Et son air tWait terrible comme ses paroles. Toutes les femmes de Dévakî remplissaient la maison de leurs cris. 1ji malheureuse mère, d’une voix entrecoupée de sanglots, dit d'un ton suppliant : « C’e.st une fille qui m’est

• née; ô seigneur, vous avez déjà donné la mort à sept de mes enfants.

• Elle vit à peine, et il faut que ma pauvre fille meure ans.si. • Gansa transporté d’une vainc fureur, aperçoit l’enfant et s’écrie : • Elle n’est née

• que pour mourir. ■ .kussitôt l’insensé ]>rend par le pied cette petite, encore tonte meurtrie des travaux de l’enfantement, et les cheveux humides des eaux de sa mère; il la .serrt' avec rage, renlève, la balance, et la jette rapidement à ses pieds sur la pierre, où son faible corps git tristement étendu. Mais à l’instant, dn sol où elle vient d’être écrasée, elle se relève : elle a quitté sa forme et ses cheveux d'enfant: elle traverse les airs, ornée d'une couronne magnifique. Tons ses membres brillent de l’éclat des perles; un diadème décore son front. Elle est maintenant cette vierge divine, objet

* \o)et|K>ur ce personnage la lecUirt* kxuv, ou Ton dit qu'ainsi se V asoudéva.

lies hommages éternels des dieux. Elle porte une robe noire et jaune: scs seins ressemblent à ces globes qui .se dessinent des deux côtes sur le front de l’clcphant’. La partie inférieure de son corps s’étend comme un char*; elle a quatre bras; sa face resplendit comme la lune; ses yeux étincellent comme des soleils; .sa couleur est celle de l’éclair; on peut la comparer, avec ses larges mamelles, au crépuscule entouré de nuages’. Environnée d’une foule confuse d'étres de tout genre, clic dissipe par son éclat l’obscurité de la nuit ; elle apparaît dans l’air, tenant à la main une coupe immense où se désaltère sa .soif. Elle danse, elle rit d’un rire clfrayant ‘®, et laisse enfin en ces termes éclater son courroux : • Gansa , Gansa , s’écric'-t-elle, c’est pour ta

• perte que tu m’as donné la mort; c’est pour ton malheur que tu m’as écra-

• séc sur la terre. Je vois déjà ta fin prochaine, je vois ton corps déchiré par

• les mains de ton ennemi, et ton .sang qui rougit la poussière. • A peine a-t-elle prononcé ces terribles mots, que, sous sa forme nouvelle, elle s’élève au séjour céleste, avec le cortège <|ui l’environne. Mais, née dans la famille desVricbnis, par l’ordre du souverain des dieux, elle y est à jamais honorée, et conserve toujours pour cette maison l’alfection d’un enfant. G’est ainsi que, pour protéger le bienfaisant Kesava, apparut l’ansAvatare de celle qui c.st surnommée Kcânansd ", de celle qui se rendit autrefois célèbre par ses austérités. Tous les .sages de la race d’Yadou adressent leurs hommages à la déesse puissante cjui a sauvé Grichna.

Elle avait disparu, et Gansa la voyait toujoui’s lui annonçant sa mort. (Couvert de honte, il vint en secret dire à Dévaki .sa tante : • Oui, j’avoue

• ma faute, j’ai détruit vos enfants, et voilà que la mort me menace d’un « autre côté. Le désespoir m’a fait porter une main meurtrière sunna pro-

• pre famille; mais mon triste courage n’a pu triompher du destin. Ges.sez

• de penser à vos enfants, cessez de les regretter. Je n’ai été qu’un instrii-

’ ^odjacoumbhu .

' Cette (’omparnifion eut attseï obM^ire, ou (lu nioin» fort biurrr -, on trouve dan.v le texte i

I ^^bavntimaAja^kanà.

' Ce vers rontieni le mot payo-

dans SCA (leux aoccplionn. Cc«l au moms ainsi que je l’ai compris. Nous avons vu danv la lecture |)ïv«’»Hlente que Càli était le crépus-

cule. appcié^’aNii^rd, duquel on fait une dee»»e. fille et femme de Btalmià, et quelquefois épouse de Siva.

'* C'est là le portrait ordinaire de Dourpà, s’enivrant de san^.el sautant de joie apres la victoire. \ oyei dans ü/d/a/f et Mâtikam Tarie .5, scène a .

" \ ojei |K)ur l’explication de ce mot. le Dictionnaire de Wilson, et la lecturoGLViii, iioleS.

• mcnl, le Temps seul a été leur ennemi. C’est île lui que viennent nos

• malheurs; c'est lui qui |)roduit tous les changements, lui qui est la pre-

• mière cause de tout : ne voye* en moi et dans les miens que .ses aveugles

• ministres. Les événements .suivront leur coui-s, quoi que nous fassions;

• et mon chagrin, c’est de pas.ser pour votre ennemi et pour l’auteur de

• vos maux. Tâchez d’éloigner le souvenir de \os enfants : mettez un terme « à vos regrets et h vos gémissements. Telle est la destinée humaine, on

• ne peut maîtriser le Temps. ODévakî, de mon front je touche vos pieds;

• je vous rends le respect qu’un fds doit à sa mère : ce.ssez d’être irritée

• contre moi, je reconnais tous mes torts. •

Kn l’écoutant, la malheureuse avait le visage baigné de larmo.s. Elle regardait le prince qui rc.stait â .ses pieds: • l.evez-vous, lui dit-elle enlin ,

• mon fds, levez-vous. Vous vous êtes montré pour moi aussi cruel que le

• Temps, et vous avez tué mes enfants Je veux bien croire que vous n’avez

• été qu’un in.strument, et que je dois voir dans IcTempsseul la cause de mes

• malheurs. Votre tête .s’abaisse à mes pieds, vous cherebez à vous excuser,

• vous qui avez déebiré le finit de mes entrailles; et il faut que je vous par- « donne ! Le trépas attaque l’enfant des le sein de sa mère, et le menace « à cbaque instant dans le premier âge; le jeune bomme .subit sa puis- « sauce, et le vieillard se trouve déjà comme mort. Tout dans le monde est

• miîr pour le Temps, et je sens qu’il n’a fait que .se senir de vous. On ne

• peut pas dire qu’il est né, le germe ipii n’a point paru au monde : on n’ar-

• rive au jour que quand Rrahniâ, surnommé Vùihàlri'^, vous y amène. Allez,

• mon fds, je n’ai point de colère contre vous, et je n’accu.se plus que le

• Temps, qui est le premier auteur de mes maux. Il suit la direction qu’il a « reçue dès le moment île la création des êtres. Le père et la mère agis.sent,

• riiommc liait, et la mort est une conséquence de cette nai.ssancc. ■

,\|)rès ce discours de Dévakî, Cansa rentra dans son palais. Son âme était agitée; malheureux d’avoir vu son espoir trompé, il allait, portant la rage en son cœur et le trouble en .sa rai.son.

'* Cesl-à-dirc tedicii de )a dc»tniftion, auli’cuient appeic QUa ou la Mort.

' Brohmâ, sou» le nom de l idhdln, vient, ilit-on . sin jours aprt^s la naissance d’un en-

fant, écrire son destin sur »ou front. A cette éfKK^ue tout le monde se relire, excepté la mere. et on laisse aupK*» de l’enfant de l’encre et une plume.

Page 1