‹ Harivansa, ou, Histoire de la famille de HariChapitre 30 sur 55 · DÉPART POUR LE VRADJA · texte numérisé non relu

DÉPART POUR LE VRADJA

Vêsampâyana dit :

Le matin du même jour, V\isoudéva apprit que Rohinî venait aussi dans le Vradja * d’accoucher d’un fils plus beau que la lune. Il alla aussitôt trouver le pasteur Nanda, et lui dit dans sa prévoyante tendresse : « Rends-toi « avec Yasodâ dans le Vradja. Là, tu feras pour cet enfant et pour le tien les ■ cérémonies ordinaires et tu sur\’eilleras leurs premières années. Je te « recommande mon sang, ce fils de Rohinî que je confie à ta garde. Des « pères, plus heureux que moi, me reprocheront de me priver de la Ame de

* funique rejeton de ma race. Mais la sagesse doit céder à la violence : si «je vis loin de mon fils, c’est par prudence. L’impie Causa m’inspire des

• ci'aintes; il ne respecterait point les jours de cet enfant. C’est donc toi, » 6 Nanda, qui vas devenir le protecteur du fils de Rohinî, et tu auras « pour lui les mêmes soins que pour le tien. Les enfants .sont expo- « sés dans le monde à bien des dangers. Mon fils est l’aîné, le tien est le « cadet : cependant traite-les également et sans distinction. Qo’ils croissent « heureu.sement, comme deux émules; qu’ils brillent, ô Nanda, au milieu « de vos pâturages : tel e.st mon désir. L’enfance aime à jouer, elle est folâ- « tre, elle est ardente : ce point exige surtout ta surveillance. Qu’on se « garde bien de mener paître les vaches dans le Vrindâvana*: c’est l’habi- " tation du méchant Késin. Il faut protéger ces deux enfants contre lui, « comme aussi contre les serpents , les insectes , les oiseaux , et , dans « les pâturages, contre les vaches et les veaux. Nanda, la nuit est venue,

' Le mot vradja sigiiific pAlurages pour les vaches , réunion de pasteurs. Il se dit spécialement d'un endroit situé près de Mathourâ, qu'oj) appelle aussi quelquefois Govradja.

’ C’est-à-dire les cérémonies qui portent le

nom général de sanscàra. La première à remplir dans la circonstance présente, était celle du ^dlacarman. Voyeile mot Sanscàra dans le Dictionnaire de Wilson.

’ Bois voisin du pays de Vradja.

• monte sur ton char, et rends-loi promptement dans le V radja. V oie comme

• si tu étais soutenu à droite et à gauche sur l’aile des oiseaux. »

Après avoir reçu cet ordre secret du grand Vasoudéva, Nanda monta gaiement sur son char avec Yasodà. Son enfant fut soigneusement enveloppé dans un berceau, et placé sur une litière. Nunda suivit, sur les bords de rVamounâ, une route solitaire, rafraîchie par le souille du vent et les vapeurs humides de la rivière. Enfin, dans un beau site, voisin du Govarddhana *, il aperçut le pays de V radja, que baigne riamounâ. Un air doux el frais règne dans ces belles campagnes ; on entend les cris de divers animaux de proie au milieu de magnifiques forêts, formées d'arbres et de plante.s de toute espèce. Le paysage est orné de vaches couchées ou errantes sur le gazon, et coupé de lacs et d’étangs. De leure larges épaules, de leurs cornes aigues les taureaux froissent ou déracinent les arbres. On aperçoit des vautours avides qui .s’envolent de dessus leur proie, des chacals, des lions qui se repai.s.sent de chair et de moelle : l’oreille est frappée des rugissements du léopard, et l’œil réjoui de la vue d’une multitude d’oiseaux. Les arbres produisent des fruits délicieux : un tapis de verdure couvre la terre; heureu.se contrée, où, au milieu des mugissements des vaches et de leurs veaux, brillent d’aimables bergères *, circulent au loin les chai’s champêtres, et s’étendent des plants de canlakins *. Les propriétés y sont .séparées par de grands et gros arbres couchés par terre. De larges verrous ferment les portes des enclos, au centre desquels s’élève l’étable. Çà et là, à de nombreux poteaux, pendent les liens qui servent à attacher les veaux: la leiTe est engraissée de la bouse des vaches, et le faîte des maisons en est couvert’. Le mouvement règne partout : les habitants V paraissent heureux et riches dans leur simplicité. De tous côtés

* Nom d une montagne.

* J'emploie ce mot au Heu du mol vachères.

* \fimosa catecha.

* La bouse de vache aerl de t hnufiage pour les {>auvre.s ; on en fait, en la broyant sur une pierre, une {loussiere qu'on emploie à assainir cl à purifier te sol , et inùiue à frotter le corps. On 1a laisse sécher sur les toits au soleil, et dans le ^^oa^ir4-l\dJ^chasa, act. 3, ta maison du Brahmane. prpniicr ministre, en est toute couverte.

La lecture V des lois de Manou, sLiaa elia^, semble indiquer qu'on s en sert aussi quand elle est frakhe, puisqu’il y est dit qu’on en fbrnie un enduit. Klle est une des cinq choses pre cienses tirées de la vache, el connues sous le nom de pantcka^avya. Les dévots eu mettent dans leur boisson : ce qui est un genre d'eipiatioii indiqué paries lois de Manou, lecl. xi, si. 91, i65 et iix.Voy. une autre méthode de purification, lU'ch. asial. I. IX, p. 97.

retentit le bruit des barattes®; le babeurre* s’épaissit, le caillé écume et jaillit sur la terre qui en est humectée; l’on entend le frémissement de la corde qui, sous la main des femmes, se roule autour d’un poteau et fait mouvoir le ribot’*. Le beurre .s’achève, et l’air est embaumé d'une odeur agréable. Les jeunes garçons, avec leurs mèches de cheveux pendantes sur les tempes se livrent à leurs ébats. Les jeunes bergères ont un vêtement noir et jaune; leurs boucles d’oreilles sont formées de fleurs sauvages: leur poitrine est modestement voilée, et, dans des vases qu’elles portent sur leur tète, elles vont chercher de l’eau à l’Yamounâ.

C’e.st dans ce séjour habité par les pasteurs que Nanda se fixa avec plaisir. Il se présenta aux vieillards et à leurs femmes, qui le reçurent avec affection, et il se prépara une demeure dans un enclos, où tout fut réuni pour le bonheur de la vie. C’est ainsi que Crichna, alors inconnu, mais déjà semblable à un soleil naissant, fut amené dans le pays où demeurait la divine Rohinî, épouse chérie de Vasoudéva.

Page 1