APPARITION DES LOUPS
Vcsampâyana dit :
C’est ainsi que Crichna et Sancarchana passèrent leur enfance : ils restèrent sept ans dans le Vradja. Couverts l’un d’un vêtement noir, l’autre d’un vêtement jaune , marqués ‘ d’une poussière jaune et blanche, les tempes garnies de longues boucles de cheveux ^ ils gardaient les jeunes veaux. Us allaient dans les bois, les faisant retentir des sons agréables qu’ils tiraient des feuilles*: ils brillaient comme deux serpents à trois têtes. Rien n’éga-
ddmd signifie corde, et 3^^ daru, ventre.
’ Ce passage fait sans doute allusion aux signes du tilaca , qui sont des marques faites sur
le front avec des terres colorées , soit comme
ornement , soit comme distinction de secte.
’ C’est le câcapakcha.
’ pamavâdyam. Ce sont là des
lait la beauté de leurs traits : avec des plumes de paon ils s'étaient formé des bracelets; ils avaient sur la tête une couronne de fleurs; sur la poitrine, un collier de fruits sauvages : à les voir, on les aurait pris pour deux enfants de la forêt. Ornés de guirlandes de lotus, parés du cordon de leur caste ‘, suspendant à leur côté une gourde et une tasse ils font résonner une flûte * pastorale. Ils rient, ils folâtrent, ils dorment sur des lits de feuillage ou se promènent. Tout en gardant leur troupeau, ils animent de leur gaieté la vaste forêt, et s'abandonnent à toute l'ardeur, à toute la légèreté de leur âge.
Un jour le beau Dâinodara dit à Sancarchana : • Mon cher, nous ne
• pouvons plus nous amuser dans ces bois avec les pasteurs. Rien de plus « insipide maintenant pour nous que ces lieux. L'herbe et le bois ont
• disparu ; les pasteurs ont abattu les arbres. Ces forêts, jadis sombres « comme le nuage, .sont maintenant ouvertes comme l'e.space. Les arbres,
• forts et vigoureux, qui formaient les enclos des pâturages et en défen-
• daient l'entrée, ont été livrés aux flammes. Il faut aller chercher au loin « ces abris champêtres et ces garons que l’on avait alors près de soi. I^s
• bois n'ont plus d'eau, plus de verdure, plus de fraîcheur. Les arbres y
• sont rares : à peine y trouve-t-on un endroit pour se reposer. Les Brah-
• mânes et les Dvvidjas ne peuvent plus recevoir leur salaire en bois’. Plus
• d'agrément, plus de bonheur, plus de vent frais et prolongé, plus d’oi- « seaux; et un séjour sans oiseaux est comme un mets sans assaisonnement.
• Sans bois, sans herbe, .sans gazon, le pâturage ne re.ssemble plus qu'â
jeut ordinaires aux ciifants qui aavent faire claquer le» feuilles sur leurs main», et en tirer un bruit sonore, ou bien encore les mettre dans leur bouche, et «*en former une espece d’instrument musical. Voyei dans le Dictionnaire patracdhala, mon-
khavAàya.
c'est Yyat^nasontra. L'initiation des trois premières caste» consiste dans Tinvcsliture d'un cordon particulier qui descend de r«‘‘|>aule gauche sous le bras droit O.Hle cérémonie s'apiwlle oapanaya. L’initié se nomme oupantta , le cordon , oupavUa. Voyet dans les lois
de Manou, la lecture ii, sloc. 36. 63 et 0/161.
caraco est quelqueftiis
une moitié
de coco, disposée pour en former un vase.
■ MMll
' Tel est le sens que j'ai cru pouvoir donner à ces mots
ocormonif'
r6oii vrtckchèchou. Dans les lois de Manou, lecl. Il, »l. 1S6, il est parié de bois que le disciple d’un Brahmane doit rapporter à son maître Ce bois est peut -être donné comme récompense et comme salaire au Brahmane.
Voyet aussi i6id. lect iv. si. 3^7.
« une ville. Un pâturage e.st l’ornement des montagnes, une forêt est l'or-
■ nement des pâturages, les vaches sont l’ornement des forêts, ces vaches
• qui font aussi notre plus grand honneur. Ainsi, cherchons une autre
• forêt qui nous fournisse et du gazon pour nos troupeaux, et du chauflâge « pour nos feux. Nos vaches demandent d’autres pâturages ; que nos riches
■ troupeaux s’étendent dans des lieux ornés d’un gazon nouveau; qu’ils ne « soient point retenus dans leurs parcs, ou renfermés dans leurs étroites
■ demeures ; il n’y a d’heureux dans le monde que les êtres qui jouissent
• librement d’un vaste horizon. Là, du moins, les vaches ne sont pas expo-
• sées à brouter une herbe souillée de fumier ou d’urine, et n’ayant plus
■ qu’un goût salé : ce qui n’est point une nourriture propre à donner du > lait. Sous les vastes et charmants ombrages d’une autre forêt, allons
• accompagnés de nos vaches : transportons ailleurs notre établissement.
■ On parle d’un bois délicieux , où le sol est couvert d’un gazon magni-
• fique, où l’on trouve des arbres agréables, des fruits et de l’eau, et qu’on
■ appelle le Vrindâvana. Il réunit les avantages de tout genre : on n'y entend
• point les sons criards du grillon; on n’y trouve pas de ronces piquantes ;
• mais la vue y est réjouie par l’aspect des cadambas *. Placé sur le bord
• de l’Yamounà, il jouit d’un air doux et frais : c’est un séjour agréable
• dans toutes les saisons. Les routes variées de cette foret peuvent offrir
• aux bergères de charmantes promenades. A quelque distance est la haute
• montagne nommée Govarddkana, qui déploie ses cimes élevées, comme « le Mandara dans le divin Nandana *. Au milieu même de ce pays, on
• distingue un nyagrodha haut d’un yodjana " : il porte le nom de lihân-
• dira ”, et ressemble à un nuage noir dans le ciel. Ce pays est traversé par
• l’Yamounâ, surnommée Cd/indi”: telle se dessine sur la tête d’une femme
• la raie de cheveux appelée simanta'*; telle encore apparaît la Nalinî au ini-
• lieu du Nandana. Nous verrons donc en ces lieux le Govarddhana, et le
' SaacUa ca(tamiHi.
• Parc d’Indra.
“ Fktts irulico.
** Vyodjoha est une mesure de disUnce égale à quatre cwsat ou cot, et dont nous avons déjà donné l’évaluation plus haut. lect. xxxix, pag. 174. note 5.
'* Nom particulier du figuier indien.
L'YamounA tire ce nom du Calinda , montagne de la chaîne de THimàlaya. où cette rivière prend sa source.
Le sfmanta est la ligne que laissent sur le haut de la tète les cheveux séparés de chaque cèlé, Voyei lecl. xlviii« pag. a35-
FIARIVANSA.
• Bhândîra, roi de la forêt, et la chaririante rivière de Càlindi. Quel charme
• pour nos promenades! Oui, allons y fixer notre séjour, quittons ces lieux « dévastés. Mais, écoute, pour arriver & nos fins, il faut imaginer quelque « ruse. •
Ainsi parla le sage fils de Vasoudéva. Il réfléchit un instant, et aussitôt une multitude de loups terribles, avides de sang et de chair, sortirent de son corps. Ils se répandirent de tous côtés, portant avec eux la terreur dans le pâturage. Quand on les vit attaquer indistinctement les vaches, les veaux, les hommes et les femmes, la crainte devint générale. Ils arrivaient par troupes de cinq, de dix, de vingt, de trente, ou de cent, sortant du corps de celui qui porte le Srivatsa. Ils avaient l’apparence noire de Crichna; la frayeur se propageait parmi les bergères. Ils dévoraient les veaux, portaient l’épouvante dans le pays, et enlevaient la nuit les petits enfants. Tout était en rumeur: on n’osait plus aller au bois, ni traverser la rivière; on abandonnait la garde des vaches, et chacun restait enfermé cher. soi. Tel était l’eflroi, l’abattement des habitants : tel était le trouble jeté dans la contrée par ces loups énormes et comparables à des tigres pour leur force.
SOIXANTE-CINOlJIÈME LECTURE.