‹ Harivansa, ou, Histoire de la famille de HariChapitre 35 sur 55 · DESCRIPTION DE L AUTOMNE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE L AUTOMNE

Vêsampâyana dit :

Les deux charmants enfants de Vasoudéva, une fois Oxés dans le Vrindâvana , coururent de tous côtés , entraînant avec eux leurs troupeaux. L’été venait de finir, et dans ces bois ils se livraient à tous les plaisirs de la saison. Ils jouaient avec les pasteurs, ou se baignaient dans l’Yamounâ. L’âutomne comblait tous leurs vœux. De grands nuages, dont le sein était sillonné par l’arc d’Indra , se fondaient en pluies abondantes. L’œil n’apercevait plus le soleil ni la terre: l’un est voilé par la nue, qui s’épuise pour se grossir encore d’une onde toujours nouvelle; l’autre est cachée sous un déluge qui la rajeunit. Les bois, brûlés parles ardeurs de l’été, se trouvent rafraîchis par l’eau du ciel et remplis d’une armée de ces insectes à la rouge cuirasse C’est le moment où les paons s’agitent en cadence , et déploient les richesses de leur queue : le plaisir ravive leurs couleurs, et leurs cris aigus résonnent au loin. Le cadamba que raniment les pluies d’automne, reprend sa vigueur et sa grâce, et fournit une pâture nouvelle à l’abeille. La forêt, remplie du parfum de ces fleurs, offre un aspect riant: la chaleur est éteinte; la terre reçoit avec joie l’eau du nuage, et les montagnes qui en sont arrosées semblent respirer de l’incendie allumé par les rayons du soleil. Le ciel , tourmenté par le vent et rouvert de ces

' Cest là un des thèmes favoris des poètes indiens. Quelques ouvrages spéciaux sont fondés sur de pareilles descriptions, tels que le Méghadoûta, leGhatacarpara.ctc. Dans le cinquième acte du Mritchtchhacatf , une scène entière est consacrée à la peinture des pluies d'automne. Plus loin , nous trouverons encore d'autres descriptions de ce genre , surtout dans l'épisode de Vadjranàbha. En généra] , tous ces

tableaux sont uniformes, et les auteurs, quoiqu'ils aient écrit dans des mètres différents, semblent se copier les uns les autres.

’ Ce sont ces petits insectes connus sous le nom vulgaire de à Dieu (coccinella). Le nom

sanscrit est 5lîbJltq saertyopa, ou indragopa.

' Naucka cadamba.

grandes masses de vapeurs, ressemble à ces capitales bruyantes et populeuses des rois de la terre. Humectes de ce lait qu’Indra fait jaillir du haut du ciel, et rafi-aîchis par l’haleine des vents, les bois étalent ici la riche parure du silindlira\ là les doux parfums du cadamba; ailleurs les feux étincelants de la fleur du nipa *. En rc.spirant l’odeur qui s’exhale de la terre , l’homme se sent agité de plaisir. L’air retentit des accents du tchâtaca ®, du coassement de la grenouille et de la voix perçante du paon. Les torrents impétueux qu’ont grossis les pluies nouvelles franchis.sent leurs limites, et entraînent les arbres de leurs rives. Les oiseaux qu’enchaînent les orages qui se .succèdent, les ailes toutes mouillées, restent immobiles sur les branches. L’auteur du jour est lui-même comme noyé au sein de ces nuages épais, suspendus dans l’air où ils se heurtent avec fracas. Couverte d’arbres que la force des eaux a déracinés, et n’ayant plus de routes tracées, la terre se couronne de gaion. Des quartiers de rochers, coupés par les torrents, tombent de la montagne avec les arbres qu’ils ont vus naître , comme s’ils étaient frappés de la foudre; et les allées de la forêt sont remplies de ces débris qui, arrachés de la colline, roulent et s’enfoncent dans la terre, comme une grêle que vomirait la nue. Les éléphants sauvages , en entendant la voix de la tempête, élèvent leurs trompes, et inondés par la pluie, ils ressemblent à des nuages qui seraient descendus sur la terre.

A la vue de ces masses humides qu’amène dans l'air la saison de l’automne, le fils de Rohinî, dans un moment d’épanchement amical, dit à Crichna : « Regarde ces nuages noirs , entourés d’une espèce de bracelet •> de grues. O Crichna en s’élevant dans le ciel , ils semblent t’avoir volé « la teinte de ton corps; le temps a pris ta couleur, le ciel s’est rendu sem- •« blable à toi. Comme toi, la lune se cache, et habite au sein des nuages » orageux. Le ciel, couvert de ténèbres, et comparable pour .sa couleur à la « feuille du lotus noir, est sombre et ob.scur. Vois, Crichna, dans cet « intervalle où la chaîne des nuages a détaché un de ses anneaux, vois

* M. Wilson , dans les notes de sa traduction de Mnlatf et Mddhava, dit que cet arbre est inconnu. Dans son Dictionnaire, il nous apprend que le siUndhra est la fleur du bananier [plantain- tree). C’est aussi une espèce de champiguon.

’ Ce nom convient à trois espèces d'arbres ,

le naaclea cadamba , i'ixora bandhaca , et l'asoca.

' Le tchâtaca, appelé aussi sâranga, est une espèce de coucou (euculas melanoleucus). On suppose qu'il ne boit que l'eau des nuages.

’ On a déjà vu que le root Crichna siguilie noir.

• de quel éclat brille la belle montagne du Govarddhana. Le noir ichâlaca , « ivre de bonheur à l’arrivée de la pluie, remplit les bois des accents de sa

• joie. Le gazon, arrosé d’une eau vivifiante, couvre la terre de sa douce

• verdure. Au moment de l’automne, ces roclies inondées, ces bois, ces

• fruits de la terre, tous ces champs ont un instant perdu leurs charmes

• et leur beauté. O Dâmodnra, c’est le règne des nuages audacieux, qui,

• effrénés et bruyants, soulevés par le vent rapide, portent l’inquiétude

• et le regret au cœur du voyageur. O llari, toi qui parcourus les mondes

• en trois pas, ta demeure est au milieu de ces masses ceintes de l’arc

• d'Indra® à trois couleurs, qui n’a ni nèches ni corde. L’astre, œil^bril-

• lant du monde, poursuit sa carrière dans l’obscurité; il a perdu sa clia-

• leur et sa couronne de rayons. Le ciel et la terre semblent confondus « et unis ensemble par ces torrents non inteiTompus de pluies et cet

• océan de nuages. Sur la terre, les ntpas, les nnijounas ^ et les ca-

• dambas laissent aussi tomber leurs pluies de llcurs; et les vents tuimil-

• tueiix, SC chargeant de leurs parfums, souillent pour allumer l’amour.

• Quant au ciel , occupé par ces vagues nuageuses, immense et profond ,

• il ressemble à une mer : on le prendi-ait aussi pour un guerrier disposé

• à combattre; son arc est celui d’Indra; sa flèche, c’est la pluie allongée

• en traits aigus; .son armure éblouissante, c’est l’éclair. Les vapeurs lé-

• gères se groupent, s’amoncellent autour du .sommet des rochers et des

• arbres ; on dirait des troupes d’éléphants qui vomissent de l’eau; et

■ l’air, qui en est obstrué, présente aux yeux la couleur de fOcéan. Sortis

• du sein de la mer, les vents s’en vont, courbant les pointes des gazons,

• frais, humides, déchaînés et violents. Pendant la nuit , la lune est comme

• endormie au milieu de ces nuées qui se fondent en eau : pendant le

• jour, le soleil paraît comme submergé, et les dix régions du ciel flottent

• dans les ténèbres. Les trésors du lotus sont çà et là dispersés au gré du

■ souille des vents, et la pluie empêche de faire la distinction du jour et de

• la nuit. O Cricbna, le Vrindâvana réparant les dommages que lui avaient

• causés les chaleurs et couronné par les nuages, rc.sseinble au divin Tcbê-

• traratba ’®. •

* Le lexlo porte Hur\as\ta, synonyme de * Pentapicra arjuna.

UarivAhana. Vovei ce dernier mot, lecl. xrxiv, ** Ccsl le jardin du dieu Couvera, ainsi a|>-

p. 159, note 3, pelé du nom de son gartiien Tchitmratha.

C’est ainsi que le frère aîné de Criclina, le robuste Sancarcbana, célébrait les avantages de l’automne en visitant les pâturages. Ces deux enfants, occupés de leurs plaisirs, passaient ce temps à parcourir avec leurs parents cette immense forêt.

DESCRIPTION DU l.AC DE C.ALIVA.

Vêsampâyana dit:

Il arriva un jour à Crichna de s’engager dans cette belle forêt sans être accompagné de Sancarcbana. Son visage était charmant : les boucles de scs cheveux tombaient sur .ses tempes, et son teint avait la couleur du lotus noir *. Iæ Srivaisa brillait sur sa poitrine, comme les taches sur le disque de la lune. Sa jambe était ornée d’un bracelet, comparable pour sa forme au lotus épanoui, et pour sa couleur sombre, à la soucoumürd'^. D’un pas rapide Crichna s’élançait dans les lieux les plus inaccessibles. Sous son vêtement jaune, moelleux, léger, tel que les lilaments du lis aquatique, il charmait les yeux des mortels et ressemblait au nuage qui accompagne le crépuscule. Ses bras, objet d’adoration pour les dieux, étaient occupés à soigner les veaux, et portaient des cordes et le bâton pastoral. Dès son enfance, sa bouche, garnie de lèvres rouges, rappelait, par sa beauté comme par ses parfums, l’agréable lotus; et son visage, entouré des boucles pendantes de ses cheveux, ressemblait au calice de cette fleur entouré d’une rangée d’abeilles. Sur sa tête brillait une guirlande formée des boutons de Vardjouna, du cadamba , du nipa; on aurait dit une couronne de ces étoiles, qui sont l’ornement du ciel; en le voyant ainsi |wré, on l’aurait

* Noiid avons il^à dit que cette couleur noire est plulùt un bleu foncé. On distin^ie des lotus de difîérentes couleurs; il y en a de bleus, de rotiges et de blancs. Cette variété de teintes est la cause d'une certaine confusion

dans les comparaisons des poètes. (>e lotus est le iis d*Oûu («v»ipA<pa nelumbo ou nelnmbtum tpeciosum ),

* La rottcoiimtlrd est une espece fie jasmin double.

pris pour le beau Nahhasya noir et caché sous sa couronne de nuages. Son cordon, formé de causa pendait sur sa poitrine, agité par le souffle du vent. 11 s'en allait chantant, jouant ou dansant, apprenant à la foret à redire, tantôt le son des feuilles dont il se faisait un instrument agréable, tantôt les doux accents de la flûte pastorale, et conduisant scs vaches au milieu des bois.

Ainsi le maître de la lumière, Crichna, aussi sombre que le nuage, vit au milieu des pasteurs, se livrant à mille ébats joyeux, dans tes forêts agréables et variées, où résonnent les cris des paons, où le plaisir enflamme les cœurs, où de tous côtés retentit le fracas îles nuages qui se poussent et se heurtent, où les routes sont couvertes d’un tapis de gazon, et ornées des panaches du silindhra^ \ où les bourgeons, rafi-aicliis par la pluie nouvelle, s’empressent d’éclore; où les parfums du Aésnra * exilaient l’ivresse du plaisir; où tout, enfin, respire le tendre amour. Dans ces lieux charmants, Crichna, caressé par l'iialeine des vents que renouvellent et entretiennent les arbres agités, s’abandonnait doucement à .son bonheur. Un jour, errant avec .ses vaches au milieu de ces bois, il aperçut le haut et superbe nyagroJha; ce roi des arbres s’élève au-dessus de la terre comme un nuage, il étend au loin la niasse de scs rameaux, dont il couvre la moitié du ciel, et brave les coups de la tempête. La couleur noire des nombreux oiseaux auxquels il sei-t d’asile, la teinte de ses fruits et celle de ses feuilles se confondent ensemble pour présenter à l'œil le spectacle d’une multitude d'arcs-en-ciel. Magnifique ornement de ces lieux, superbement paré de scs branches et de scs fleurs, poussant profondément ses larges racines, il supporte le choc îles vents et des nuées, et semble régner

* CesI un nom diu mois de hhâdra (aoûtseptembre}, qui tomlie dans la saison des pluies

* Le cordon appelé ici cantha-

mûtrat est celui qui distingue les trois premières castes : il se compose de matières differentes, selon la tliiri'rence des classes. Celui de Crichna est de coora {poa n noiuroidei) ; or le cooM forme la ceinture de la caste brahmanique. Je ne sois en vente pour quelle raison

on le donne ici cfinmie composant le cordon de Crichna ; car celtii-ci par sa naissance véritahlc était Kchalriya, et par sa naissance sup{X)séc il était Vés^a. Son cordon devait par conséquent être de laine^ou du moins de chanvre.

• Voyci lect. précédente, note 4-

* Mesua farta, nommé communément augesar. C'est encore le mimusops eUngt , qui produit des fleurs blanches U'ès-odorautes.

sur les autres arbres de ce canton, entretenant Je bonheur sous son ombrage, interceptant également la pluie et la chaleur.

Kn voyant ce nyagrudha, comparable à une liante montagne, et surnommé lihdndira ’, Cricbna résolut d’y établir sa demeure. C’est là qu’avec les jeunes et vertueux pasteurs de son âge , pendant le jour, il s’occupait de ses jeux: ce lieu était pour lui comme le Swarga. A l’ombre du Dbândira, toute cette jeunesse se livrait à des amusements champêtres. Les uns, formant un rond, font éclater leur joie par des chants : les autres, entraînés par le plaisir, célèbrent les louanges de Cricbna. Us chantent, et lui, il fait résonner ou la feuille <|u’il sait rendre harmonieuse, ou la flûte, ou la courge bruyante*, ou le luth mélodieux.

Ce jeune pasteur, à l’a-il vif comme le taureau, en menant paître ses vaches, arriva sur les bords do r\amounà, ornés d’arbres touffus et magnifiques. Il vit cette rivière dont les eaux scrjientent mollement, arrosant les campagnes où elles portent une bcureu.se fécondité et une douce fraîcheur. Son lit c.st rempli de lotus : son onde rapide et tumultueuse promet un bain délicieux et une boi.sson salutaire. .\u moment de l’inondation, ses vagues furieuses courbent les arbres de scs rives. Ses eaux sont couvertes de evgnes et de canards sauvages : elles résonnent du cri des grues et des autres oiseaux qui viennent par couples nombreux les visiter. Ses flots, réunissant tous les genres d’agréments, sont remplis de poissons, et ornés de fleurs et de verdure. S’il était permis de personnifier rVamounâ, je dirais qu’on peut prendre ses courants pour ses pieds, ses îles pour scs reins arrondis, ses abîmes profonds pour .son ondvilic, son limon pour la teinture do ses ebevoux, scs bancs de sable pour son ventre, ses vagues pour le triple pli de .sa gorge , scs troupes de canards sauvages pour ses seins, scs rives allongées pour .son visage, l’écume de ses flots pour ses dents brillantes, les cygnes qui jouent à sa surface pour son doux sourire.

' On l’a , (iit-on , &urnomiii6 Biuiiulira , parce qucCrichna prenait ses re|Mis sous cel arbre : de

HTT!J hhânJa, qui signifie tase, vaitscUe th terre.

* Nous avons vu que le luth indien était fomté de deux cab‘l>asses alUiché’es aux deux bouts d'une tablette alioiigée. Il est possible

qu'il y eùl aussi un instrunieiil composé d’une seule gourde. On ap{>elle racoübfut ou proidrura 1a partie qui , dans d'autres luü». fomic comme ic ventre : c'est un vaisseau de bois , couvert do peau , placé sous le manche, ou bien une pityce de bois courbée au bout du luth.

ses bellc.s plantes rouges pour ses lèvres, la courbure de scs bords pour ses sourcils, les lotus de ses ondes pour ses yeux, les larges étangs qu’elle alimente pour scs tempes, les fibres des sêvdlas^ pour ses cheveux, ses longs aiDiients pour scs bras, ses anses pour ses oreilles, les lignes d’oies sauvages pour scs pendants, ses coquillages pour sa parure, ses poissons pour son éclatante ceinture, le balancement do ses eaux pour sa robe de lin, les cris des grues pour le bruit des clochettes do scs pieds; il semble que son vêtement est forme de la poussière du edso ‘®. Les cygnes et les tortues sont les taches de son corps , et les crocodiles frottent doucement et caressent ses membres: les hôtes des forêts viennent se baigner dans scs ondes, qui forment la boisson de ces animaux et le lait des hommes. Scs bords sont aussi couverts de saints ermitages.

Criclina contemplait cette rivière, épouse de l’Océan"; et sa présence .semblait encore embellir l’Yamounâ. Dans scs cotirses sur les bords de cette noble rivière, il aperçut un grand lac, large d’un yodjana, que les dieux eux-mêmes craignent de travci'ser, et dont les eaux noires et immobiles présentent l'apparence d’une mer tranquille. On n’y voit aucun poisson, aucun oiseau aquatique. Abîme profond, il ressemble à un ciel couvert de sombres nuages. Scs rives dangereuses sont percées çà et là de larges trous remplis de serpents, et couvertes de la fumée d’un feu allumé au foyer d’un poison brûlant. Les troupeaux ne trouvent point d’herbage aux environs; aucun animal ne peut s’y désaltérer, et l’homme pieux ne vient point y faire les trois ablutions " ordonnées par la loi. Les habitants de l’air évitent ce voisinage; les eaux de ce lac répandues sur le gazon semblent le brûler, et la solitude s’étend un yodjana à la ronde : telle est la force teiTible et dévorante du venin renfermé dans ces ondes, c’est comme une flamme pernicieuse dont l’influence s’étend jusqu’à un crosa "au nord du Vradja

’ Ptanle aquatique (Vn/Zun^na ocMmira}.

'* Flii|HVc (le gazon (sArcZiaruni Au moment de l’automne, ce gazon remplit les bords des fleuves. Il s’élève ii dix ou quinze pieds de haut, et U l»asc de ses fleurs est environnée d'un duvet blanc, qui semble blancbir tous les cbaiiips.

Les rivières sont, dans la mythologie indieuDC , épouses de 1 Océan.

** Ce passage désigne sans doute la cérémonie de la qui consiste à réciter certains

et à se rincer 1a bouche avec de l’eau {âhkamana) à certaines heures détenninces. et particTiliérenicnt au lever cl au coucher du soleil cl à midi.

'* Le crota est le quart de Vyofijana, lequel est évalué le plus ordinairemeitt à q milles.

** La sigiiilicalicn de ce mut s'est étendue

IIAIUVANSA.

En voyant ce lac pitifond, large, effrayant, Criclina se dit : • 11 est évi-

• dent que ce lac est aujourd’hui le séjour du terrible et noir Câliva, > prince des serpents. Autrefois il demeurait sur la nier : il l’a quittée |>ar la

■ crainte que lui inspirait Garouda, roi des oiseaux, ennemi des serpents,

• et il infeste aujourd’hui rYamouuâ qui coule vers la mer. La terreur

■ qu’inspire sa présence en ces lieux a rendu ce canton désert. Ges bois

• tristes et sondires , remplis d'herbes , encombrés de branches nom-

• breuses et d’arbres renaissant de leurs propres racines, sont encore fré-

• quentés par les compagnons de Câliya, et do tous côtés hérissés de ce

• nirvichd qui semble noiuri de poisons, obstrués de larges troncs que

• noircissent les sêvâlas, et de rejetons rabougris. Il faut que l’on puisse

• se promener sur les deux rives de ce lac: et par conséquent, il est néces- « saire que je triomphe du roi des serpents, pour que ces ondes, maintc-

■ nailt impures, deviennent, ajirès ma victoire, bonnes, salutaires, et qu’heu- « reusement visitées par tous les habitants du \radja, elles servent sans

• inconvénient à leurs lusages journaliers et à leurs pieuses ablutions. C’est

• pour accomplir une pareille mission que je suis venu habiter le Vradja;

■ c’e.st pour détruire tous les monstres de cette espèce que je suis né sous

• la forme d’un pasteur. En jouant, je vais monter sur ce cado»ié«; je me

• jetterai de là dans ce lac redoutable, et je triompherai do Câliya. Cette

• action mettra en renom dans le monde la force de mon bras. ■

au nouvel clal)lij>ement foiuié (tar les paaloiu» Il veut dire partitiilii>remeiii ilution ilt bergers

'* (-'arcama eethana. la? |Mjële H’iuhle don-

nor l'explication du mot ninacAd en ajoutant nr/uinnam (<<en«no nutnium). Je fai»

i^tle remarque, parce que cette étymologie e»l contraire à celle qu'indique M. \\ iison.

SOIXANTE-HUITIKME LECTURE.

VICTOIRE REMPORTÉE SLR CALIYA.

Vésampayana dit :

Aussitôt le jeune Crichna s'approchant des bords du lac, attache avec force sa ceinture, et monte légèrement sur le haut d’un cadamba. De là, se laissant pendre comme un nuage, il tombe au milieu du lac. Le bruit de sa chute retentit au loin; l’onde en est troublée, et rejaillit comme la pluie que l’on voit s’élancer de la nuée qui vient de crever. I,a grande demeure des serpents est dans l’agitation : leur prince sort de l’eau, le courroux étincelle dans ses yeux rouges de colère, et Câliya en ce moment ressemble à une masse de sombres nuages qui renferment la tempête. Cinq tètes larges et horribles s’élèvent autour de son vaste corps, terminées par cinq gueules qui vomissent des feux et agitent leurs dards. 11 bondit en fureur, il lance des éclairs, et semble remplir tout le lac de sa masse enflammée. L’onde frémit, et l’Yamounâ recule comme épouvantée. En voyant les gueules du monstre regorgeant de feux, en voyant le jeu téméraire de Crichna qui se jette dans le lac, le vent lui-même s’arrête avec effroi. Le roi des serpents, environné de fumée, lance des flammes qui, en un moment, réduisent en cendres les arbres voisins de la rive : tel sera un jour reflet terrible du fpu qui viendra à la fin des âges. Ses enfants, .ses femmes, et les autres serpents, ses grands ofiieiers, tous arrivent et vomissent un feu terrible, mêlé de flots de poison et de tourbillons de fumée. Us forment d'horribles nœuds, dont les pieds et les mains de Crichna sont enchaînés: le merveilleux enfant reste immobile comme une montagne. De leurs dents aiguës et vcnimeiLses, les serpents le piquent avec fureur : fonde est troublée, Crichna seul est tranquille, leur rage et leurs poisons ne penvent rien contre sa vie.

Cependant tous les pasteui-s tremblants reviennent au Vradja en pleurant ; les larmes affaiblissent leur voix. ■ Crichna, disent-ils, est devenu fou.

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