MAR IVAN S A
• et s’e.sl jeté dans le lac de Càliya : en ce moment le roi des serpents «le dévore ; venez, liàtez-voiis. Annoncez promptement cette nouvelle
• à Nan<la et à ses gens ; ditcs-lui que son enfant vient de lui être enlevé par
■ le serpent qui liabile le grand lac. •
Nanda, en entendant ces mots, est frappé comme d’un coup de tonnerre: abattu, consterné, il se rend aussitôt sur les bords du lac, suivi des enfants, des jeunes gens, des vieillards et de Sancarcbana : toute cette foule arrive prés de la demeure du roi des serpents. Nanda et les autres pasteurs avaient les yeux remplis de larmes: ils gémissaient hautement , immobiles sur la rive. Quelques-uns s’écriaient :■ Pauvre enfant, bêlas! • • Hélas! • répondaient quelques autres. Il y en avait qui se contentaient de pleurer, sulfoqués par leur douleur. Les femmes surtout plaignaient Ya.sodâ : • C’en > est fait de toi; ton cher enfant se trouve au pouvoir du roi des ser|)ents. « 'Fon cœur .serait dur comme une pierre, s’il ne se fendait point. Et com- « ment résisterait-il à ce triste .spectacle? Hélas! regardez Nanda: le voilà « qui, sur les bords du lac, jette les yeux sur son fils, et semble avoir
• perdu tout sentiment. Suivons ^asodA, et allons avec elle nous précipiter « dans ce lac où demeure le serpent. Que ferons-nous désormais dans le
• Vradja sans DAmodara? Qu’esl-ce que le jour sans le soleil, la nuit sans
• la lune, les vacbes sans le taureau? Qu’est-ce que le Vradja sans Cricbna?
• Sans Cricbna nous sommes perdues; il en sera de nous comme des va-
• elles qui n’onl plus leur veau. »
.Sancarcbana, qui participe à la nature de Cricbna, et qui ne forme avec lui qu’un seul corps en deux moitiés, entendit les plaintes de ces femmes et celles de tous les habitants du Vrailja. 11 en fut touché, et dit avec émotion A l’immortel DAmodara:» Cricbna, Cricbna, ô toi qui fais le bonheur
• de ces bergers, bàte-toi d’user de ta force pour dompter ce roi des ser-
• pents, armé de scs poisons. Nos parents et les autres, qui te croient un
■ simple mortel, gémi.ssent amèrement sur ton sort.. Cricbna n’eut pas plutôt entendu ce iliscoursdu fils de Robinî, discours qui était acconip.agné de gestes expressifs, qu’il se mit en jouant à remuer les bras, à bri.scr ces nœuds de serpents dont il était serré, et à fouler .sous ses pieds ces troupes de monstres qui sortaient de l’eau. Bien plus, de sa main il saisit une des tètes énormes de leur roi, il l’abaissa devant lui et s’élança légèrement dessus. Elevé sur cette c.spèce de théâtre, Cricbna se mit à danser, balan-
çant ses membres ornés de bracelets brillants. Le serpent, tout meurtri de ces mouvements, et vomissant par ses gueules un sang noir, dit à son vainqueur : « O Cricbna, si j’ai témoigné tant de fureur, c’est que j’ignorais
• qui tu étais. Je me déclare vaincu; mes poisons sont épuisés, et je me
■ remets en ton pouvoir. Di.s-moi ce que je dois devenir avec mes femmes,
• mes enfants et toute nia famille. A qui serai -je soumis désormais? Je
• ne demande pour moi que la vie. »
En voyant à ses pieds le monstre aux cinq têtes, le dieu qui a pour étendard l’oiseau ennemi des serpents ', sentit sa colère s’éteindre tout à coup, et il répondit au roi suppliant : • Je ne puis te laisser habiter les ondes " de namounâ. Va ebereber un asile au milieu des flots de la mer avec la " famille et tes parents. Mais celui de tes sujets ou de tes enfants qui se
• trouvera désormais sur cette terre ou dans les eaux qui en dépendent,
■ reccvTa aussitôt la mort de ma main. Abandonne cette contrée-ci, dont
• le bonheur doit être assuré par ta retraite; que la grande mer devienne
■ ton séjour. Si Garouda, ton ennemi, t’y poursuivait, et venait à te me- « nacer de quelque coup mortel, monirc-lui sur tes tètes la marque de
• mes pieds, et il cessera ses attaques.* Ainsi parla Cricbna: le roi des serpents vint de ses têtes lui toucher les pieds, et à la vue des pasteurs qui contemplaient ce .spectacle , il .sortit du lac.
Après son départ, les pâtres, transportés d’admiration, accourent vers Cricbna, célébrant ses louanges et tournant autour de lui avec de profondes salutations’. Pénétrés d’amour pour leur bienfaiteur, ils disaient tous à Nanda , quand ils se trouvaient avec lui dans les bois : ■ Tu es heureux d’a-
■ voir un tel fils : le ciel t’a bien favorisé. Cricbna se montre aujourd’hui dans
• nos maux le sauveur des bergers, des vaches et des pâturages: c’est notre
• maître maintenant, que cet enfant aux grands yeux. Le bonheur règne « sur tous les bords de l’Yamounâ si chérie des Mounis : nos vaches peuvent
• en sûreté errer sur scs rives. Nous serions des pâtres bien grossiers, si
• nous ne reconnaissions toute la grandeur de Cricbna, qui est dans le
• Vradja comme un feu caché dans le foyer. •
C’est ainsi que, pleins d’admiration pour l’immortel Cricbna, et ne
' Od !ie rapiirllc que Garouda (»l la moulure pelée pmAahehim, qui consiste a tourner à et l'etendard du dieu Vklinou. droite autour de la personne qu'on veut hn-
’ C'est-à-dire qu’ils firent la cért’-monie ap- norer.
IIARIVANSA.
tarissant plus sur scs louanges, les pasteurs vivaient dans leurs piiturages, aussi heureux que les dieux dans le Tchètraralha.
SOIXAiSTE-NEUVIÈME LECTURE.
MORT DE DHÉNOECV.
Vèsampâyana dit :
Après cette victoire remportée par Criclina sur le roi des serpents, habitant du lac d’YamouHcà, les deux fds de Vasoudéva se mirent à parcourir le pays, et ils arrivèrent avec leurs vaches à la belle montagne de Govarddhana. Au nord de cette montagne, près de la rive de rYamounA, ils a|>erçurent une grande et magnifique forêt de palmiers. Us entrèrent avec plaisir .sous l’omhragc de celte forêt, et .s’y livrèrent à leurs joyeux ébats, semblables en ce momeiil à deux jeunes taureaux. Ce pays était une plaine étendue et fertile, d’une terre ferme, noire et non pierreuse, couverte d'un épais gazon. Ces palmiers, qui Tai.saient son ornement, élevaient leurs branches nombreuses et pareilles à des trompes d’éléphants; ils étaient remarquables par leurs nœuds larges et noirs, et chargés de fruits déjà mûrs. Alors faimahle Dâmodara dit à son frère : • Vois, que de fruits pré- < sentent ces palmicrsl II ne faudra qu’un léger effort pour faire tomber à
• terre ces dattes odorantes, douces, noires et remplies de jus. Si leur
• parfum charme à ce point notre odorat, elles doivent, par leur goût,
• ressembler à l’ambroisie : telle est ma jien.sée. • Le fils de Rohini sourit à ce discours de Dimodara , et secoua ces arbres pour en faire tomber les fruits. Or, ce bois non fréquente passait pour être le séjour des mauvais esprits; désert, abandonné, on le comparait à l’enfer. Il était la demeure d’un Dèlya terrible, nommé Dhènouca, qui avait la forme d’un Ane, et qui marchait accompagné d’une trmqie d’animaux de la même espèce. Rempli d’un orgueil farouche, ce monstre défendait l’approche de ces lieux aux hommes, aux oi.seaux, aux quadrupèdes. 11 entendit le bruit de ces palmiers que l’on .secouait et des dattes que l’on faisait tomber. Transporté
<le colère, et tel qu’un éléphant furieux, il accourt. Ses crins sont hérissés, ses yeux lixes, son hennissement horrible. De son pied il creuse la terre; sa queue se redresse, tout son poil se lève, s,a Louche est ouverte et menaçante comme la Mort qui dévore tous les êtres. 11 s’avance, et voit le tils immortel de Rohini sous ces palmiers qui deviendront plus tard l'emblème de ce héros et l’ornement de son étendard ‘. 11 le mord, et se relournaiit aussitôt, il lui lance à la poitrine ses deux pieds de derrière. Le fils de Rohini, n’ayant aucune arme, saisit par ces pieds-là même le Dctya nictamorphosé en âne, le fait tourner en l’air, et le jette sur le haut d’un palmier. L’âne tout meurtri, les jambes, les épaules et le dos fracassés, retombe à terre avec les dattes qu’il abat dans sa chute. Dès que Sancarchana l’a vu étendu .sans vie et sans honneur, il saisit également les autres ânes et il les traite de la meme manière. La terre est couverte de leurs corps et des dattes qui sont tombées avec eux, et ressemble au ciel sur lequel s’étendent les nuages dans la saison de l’automne.
Ce Dètva une fois détruit avec ses comjiagnons, le bois de palmiers, déjà si beau, le [«rut encore davantage. La terreur c.st désormais bannie de ce lieu : on peut contempler sans effroi les beautés et les agréments qu’il étale, et les vacbes y paissent en sûreté. Tous les pasteurs, délivrés de leurs craintes, viennent s’y promener avec plaisir; et pendant que les vaches errent tranquillement dans ces pâturages, nos deux jeunes bergers, doués de la force des éléphants, se font une couche de feuillée, et s’y livrent aux douceurs du repos.
' Un des »urtiom» (le Sancarchana est Tâtadktcadja , parce qu'un palmier était re»
présente sur sa bannière.
MARIVAXSA.
MORT DE PRVLAMnA.
Vèsanipàyana dit :
Le bonlieur régnait dans toute la contrée, et on le devait aux deux fds de Vasoudéva. Ils quittèrent le bois des palmiers pour revenir vers le lihùndirn. Les vaches que conduisaient ces cbarniants pasteurs croissaient en nombre : les forêts se couvraient de Heurs et de fruits. 11 était beau de voir ces deux jeunes bergers s’agiter en cadence, chanter, former des berceaux avec les branches des arbres, distinguer par des noms les vaches et leurs veaux. Leurs épaules sont chargées des liens qui senent à attacher leurs troupeaux, leur poitrine est ornée de guirlandes tressées avec les Heurs des bois. Ardents, impétueux comme deux jeunes taureaux à la corne naissante, marqués de belles taches de poudre d'ocre jaune ', couverts d’un vêtement uniforme et champêtre, ils ressemblent à deux nuages dont les teintes sont noires et blanches, et qu’embrasse l’arc du grand Indra. Ils se promènent dans les routes de la forêt, et cueillent des pointes de coasa et des fleurs dont ils SC font des pendants d'oreilles.
Mais non contents d'errer seuls dans les bois de Govarddbana, ils prenaient aussi avec eux «les compagnons, et s’exerçaient à des jeux où leur adrc.sse avait toujoui-s l'avantage. Ces deux êtres, objet de l'adoration des Souras, et descendus maintenant à la condition * humaine, se réunissaient à leurs |)arents, et tous ensemble ils couraient la forêt en folâtrant. Quelquefois, à l’ombre de ce magnifique et laige figuier appelé Uhùndira, ils
’ Oüc subMancc s'appelle souvamâtuljnna ou svrûmagérica. Indiens s'cii scnciit (H»ur se faire, par ornement ou par dévotion, certaine» marques qu'ils renouvellent avec soin.
iX' mut ijui lâjii; '
(iikchi. Il signifie proprement sacrifice prrpa-
ratMrt. La peiiM^e religieuse des Indiens voit un SAcrifirc dans l'Accomplissement d'un devoir qiicleoiiquc : outre cela , l'espression du poète est ingénieusement inventée pour représenter la partie de la vie de son héros, par laquelle celui-ci pri-lude à sa virilité.
s’aiTÔtaienl pour jouer. Là, ils simulaleut les marches et contre-marches des soldats; armés de pierres et de traits, ces bergers se formaient en rang, s’avançant en ordre de bataille sous les ordres de leurs deux jeunes capitaines.
Telles étaient leurs occupations : le Dctya Pralamba ® conçut le dessein de partager leurs amusements, afin de mieux observer les fils de Vasoudéva. Sous le vêtement d'un berger, orné de fleurs des bois, il les imitait dans leurs rires et dans leurs jeux : à la faveur de ce déguisement , Pralamba , sans aucune crainte, mêlé parmi ces hommes auxquels il s’était rendu semblable, pouvait remplir en secret son rôle d'espion. Les pasteurs le prenaient pour un de leurs parents, et .sans méfiance ils jouaient avec cet ennemi des dieux qui leur apparaissait sous une forme trompeuse. Cependant Pralamba, pénétrant les ténèbres qui couvraient l'existence des deux enfants mystérieux, attachait son regard sur Crichna et sur le fils de Robin!. Il aurait voulu les perdre tous les deux: mais Crichna lui paraissait doué d'une force invincible et miraculeuse. Pralamba aima mieux s’attaquer au fils de Robini. Ces bergers, un jour, jouaient tous ensemble à un jeu d'enfant, nnmmc liariiuieridana* ; ce jeu consi.ste à se former en deux partis; chacun se choisit un rival, et lui dispute le prix de la course. Crichna courait avec le berger Srîdàman, et Sancarchana avec Pralamba : les autres pasteurs avaient également chacun leur adversaire, et tous à l’envi cherchaient à se surpasser par leur légèreté. Crichna l’emporta sur Srîdàman, Sancarchana sur Pralamba; enfin les pasteurs du parti de Crichna eurent tous l’avantage. Les vainqueurs exigèrent qu’on les portât encourant jusqu’au pied du Bhàmlira, qui était le but désigné. Le Détya prit donc Sancarchana sur ses épaules ; mais sur-le-cliamp il pâlit, comme le nuage qui passe devant la lune. Incapable de sup|H>rter le poids du fils de Rohinî, son grand corps se gonfle, s’allonge, comme la nue que remplit la majesté d’Indra. Pralamba prend alors une forme épaisse et noire, pareille au llhàndira. Cinq brillants ornent son turban, qui a l'éclat de l’astre du jour. .Sa face étincelle comme le soleil au milieu d’un nuage. Sa tète est longue, son col épais, sa taille énorme, son aspect efl’ravant et pareil à celui du Trépas, et son œil aussi large que la roue d'un char.
* 0«ns U urt lecture, p*R. î53, on dit que ‘ Espèce de jeu de Ixarres : ce mol siguine Pralamba habitait le liguier lihtlndîra. jeu de cerf.
IIAKIVANSA.
La terre s’abaisse sous scs pas. Une guirlande pend sur sa poitrine, son vêtement est flottant, et il s’avance, tel que la nuée surchargée d'humides vapeurs. 11 emporte le fds de Kohini avec la même rapidité que la Mort entraîne le monde entier submergé sous les flots. Sancarchana enlevé par Pralamha ressemblait à la lune apparaissant dans l'air sur un nuage sombre. Placé sur les éjwules du Dètya, il éprouva un moment de trouble et d’hésitation, et il dit àCrichna : « Je me sens enlevé par cet Asouraqui se hausse « comme une montagne. 11 n’avait pris la forme humaine que pour déguiser
• sa puissance magique. Que dois-je faire à ce Pralamba, méprisable enne-
• mi, à qui forgueil conseille de doubler sa taille et de prendre cet étrange
■ accroissement?» Crichna lui répondit en riant, et d’un air enjoué, lui qui connaissait la nature et la force du fds de llohinî ’ : • Subis l’inconvénient de » ta nature humaine. Mais il en est une autre en toi, nature spirituelle et
• inaltérable. Tu as revêtu une forme terrestre, forme mystérieuse d’un être « incomprchcusible. Cependant souviens-toi que tu es aussi l’esprit de Nârâ-
• yana dans les révolutions successives des mondes : songe que c’est toi-même
• qui CS le souille de vie, animant la mer universelle. Rappelle-toi que tu es
• l’essence première des dieux antiques, de Brahmê, de l’eau, et que ce
• grand tout repose sur toi. Le ciel est ta tète, le monde ton corps, la terre
■ ta hase, le feu ta bouche; c’est ta respiration qui est l’âme des êtres; c’est « ton intelligence <|ui les a créés. Tu as cent visages, cent membres, cent « pieds, cent yeux; mille lotus s’élèvent sur ton ombilic*', tu brilles de mille
• rayons, et tes ennemis ne sauraient te résister. Les habitants des cieux voient
• bien ce que tu as daigné manifester dans ce monde; mais ce que tu n’as
• pas toi-même révélé, qui pourrait oser le rechercher? C’est toi qui as dé-
• claré ce que l’on |M)uvait connaître dans l’ordre présent des choses : mais
• ([ui peut savoir les secrets que tu as gardés pour toi? Les dieux cu.x-incmes > n’en ont aucune connaissance. Us ne voient point dans l’air ta forme spi-
• rituelle, ils n’aperçoivent et ne peuvent honorer que ta forme matérielle
• et factice. Tes limites sont invisibles pour l’œil même des dieux; de là
* Ce discours csl bien déplacé sous le rapport de l’art; mais il nous révèle ce que nous devons |>enscr du |)er8onnage que nous a*avons encore connu que sous le nom de Sancarchana.
' Allusion à la fable de Vichnoii étendu sur les eaux, où il donne naissance au mystérieux poucheara , ou lotus , qui s'élève sur son nombril. Voyex aussi la note 3 de la ljli* lecture, I>ag. a7Ü.
SOIXANTE ET DIXIÉME LECTURE. .’iOS
« vient que tu as été surnommé Ananla ’ (l’infini). Tu es l’être unique, sim-
• pie, impalpable comme l’atome, plus délié encore que l’atome même. Tu
• es la colonne sur laquelle est fondée la terre appelée étemelle (sâsu'ali) ,
• l’immuable matrice des êtres animés, le soutien de l’univers. C’est toi
■ qui te joues sur les ({uatre océans, qui as imaginé la distinction des quatre
■ castes, qui es le maître des quatre âges, et qui jouis des fruits des quatre « holocau.stes. Tu es dans le monde ce que j’y suis moi-même; nous ne
• formons qu’un seul corps qui pour le bien des êtres est divisé en deux
• parties. Dieu éternel, tu es l’immortel Sêcba; ce -sont ces deux moitiés de
• notre coqis, séparées et cependant toujonrs unies, qui servent à soutenir « la terre. Ce que je suis, tu l’es aussi; ce que tu es, je le suis également. « Nous sommes deux en un seul coqis. Pourquoi donc restes-tu interdit ?
• Sur la tôle du Dânava, ennemi des dieux, a.ssène avec force un coup de
• ton poing aussi fort que la foudre. «
.\insi |iarla Cricbna; et le fils de Robinî, rappelé au .souvenir de son existence antique et divine, se trouva rempli de toute cette force qui circule dans les trois mondes. De son poing fenné il frappe la tête de l’insensé Pralambn. Le crâne du géant est fracassé, sa tête enfoncée dans .son corps; le Dânava tombe sur ses genoux, et couvre le .sol do .sa ma.sse inanimée : telle la nuée qui couvrait le ciel et qui tout à coup se trouve fendue et déchirée. De ce corps, dont la tête est brisée, coulent des flots de sang, pareils â cette onde que la colline envoie, toute colorée par l’ocre rouge. Le (ils de Robini, lier de la victoire qu’il doit à sa force, court embras.ser Cricbna. Celui-ci, et les pasteurs, et les dieux placés au milieu des airs, célèbrent pr leurs acclamations le triomphe que Sancarebana a remporté. Des voix, que font entendre les Soiiras, disent du haut du ciel : « I-a force (bala) d’un invin- « cible enfant vient d’abattre un Dêtva. • C’est de là que Sancarebana a reçu le nom de Bala-déva *, que lui imposèrent les dieux; et les hommes sur la terre connurent dès lors sa force prouvée parla mort de ce Dêtva, émissaire de Can.sa, et redoutable pour les immortels eux-mêmes.
^ Sancarebana est quelquefois considère l'omme une incarnation du grand serpent qui sert de couche à \'ichnou . et dont le nom est Ananta ou Sécha. Quelques auteurs ont voulu voir dans ce serpent l’image de l'ècliplique personnilii*e.
' Ce nwl signihe diea rie la force . de bala ou ra/a on dérive le mot latin vaterr. Suivant Willbrd, lialatièva est niercule indien, que Cicéron appelle liélus [deNat. Deor.Wh. III), et que l’on représente qudqiiefois, comme l’Hercule grec, armé d'une massue.
FKTE d’i\DR\.
Pendant que Criclina et Üala passaient ainsi leur temps dans la forêt, les deux mois ‘ de pluie arrivèrent. Les deux jeunes bergers revinrent alon dans le Vradja, et apprirent que la fête de Sacra ’ approchait, et que les pasteurs se livraient déjà aux plaisirs de cet anniversaire. Crichna en voyant tous leurs préparatifs leur avait demandé : « Quelle est donc cette fête de
• Sacra qui vous cause tant de joie?» Alors un vieux pasteur lui avait dit ;
■ Mon ami, écoutez pour quelle raison dans le Vradja on honore Sacra. Il
• est le souverain des dieux et des nuages; il est l’heureux vainqueur de ses
• ennemis; et dans cette fête que nous célébrons chaque année, nous hono-
• rons le maître du monde. C’est lui qui envoie les nuées et qui les arme de
• ses traits : soumises à ses ordres, elles viennent par leurs ondes nouvelles « féconder les moissons. C’est lui qui donne à la terre le lait du nuage, lui
• qui s’honore des surnoms de Pouroulioùta et Pouraiidara^, lui qui, heu-
■ reux de nos hommages, donne en revanche le bonheur à la terre. C’est
• par lui que prospèrent toutes les productions, c'est lui qui est le nourricier
• des hommes, c’est à lui que nous devons les moyens d’honorer les dieux.
• Il envoie la pluie, et les moissons s’emprcs.scnt d’éclore; partout sur la
‘ Ccsl intirc hhilJra et âmina, ou suivant d'autres, âtwina et oirfira. Bfuldra correspond à la deuxième moitié d'août et à la première de septembre.
' La fête d'Indra ou Sacra (Sacrotiuua) ar< rive le la du mois de bhàdra, c'est-à-dire vers la On du mois d'août. 11 y a aussi , à 1a pleine lune d'dia-ina (septembre-octobre), une fête appelée Saralparmui , c'est-à-dire , file de Taatomne; mais on y honore la déesse Lakchmt.
Cette fête porte encore le nom de Codjd^ara; ce qui signifie, fui eil éveillé? Un. suppose que la dé-esse. qui descend alors sur la torre, a promis la fortune à ceux qu'elle trouverait éveillés pendant cette nuit de fête, que l'on passe pour celte raison en ix^oiiissances. De là le nom de ItangabhoiUi t par lequel on la distingue aussi quelquefois.
' Poarouhoûla signifie adoré par beaucoup de yeiu; Pourandara veut dire qui brite les villes-
« terre enchantée semble naître l'ambroisie. Par lui les génisses et les tau- « rcaux reprennent leur embonpoint au milieu des gazons verdoyants ; les
• vaches sont lieureusement fécondes, et fournissent un lait plus pur. La
• terre se couvre de finits et tl'berbages, la faim ne menace plus les bom- « mes, dés que les nuées apparaissent au ciel et amènent la pluie. Ce sont là
• les vaches divines que le grand Sacra s’empresse de traire, et dont le sein « renferme un lait pur et nouveau. Au milieu de ces nuages, poussés par « le vent et volant en tourbillons, le dieu fait retentir sa grande voix. En- <■ tendez-vous, se disent les mortels, ce murmure sourd et lointain? C’est
• lui qui parle. Oui , c’est Indra , qui , porté sur les nues et les vents , prélude
• par ces sons à la tempête, et annonce la foudre qui brise les montagnes.
• Sa voix éclate dans l’air, et l’eau tombe de ces nombreux nuages déchirés
• par le tonnerre, et qui environnent leur maître comme autant de servi-
• teurs obéissants. Les formes variées que prennent tour à tour ces masses
• immenses forment une espèce de décoration dont la main du dieu em-
• bellit le ciel : tantôt l’horizoo semble entièrement fermé; tantôt ce voile
• se déchire çà et là; quelquefois l’air est ob.scurci comme d’une noire
• fumée, ou bien il est traversé d’une pluie fine et légère. L'eau du ciel > est le lait que nous donnent ces vaches du soleil \ et le nuage cède son « onde à la terre pour le bonheur de tous les êtres. O Crichna, comme c’est « Indra qui nous ramène les pluies, les princes et les autres mortels s’accor-
■ dent à honorer, dans cette saison, le roi des dieux par des sacrifices où
■ règne la joie. •