‹ Harivansa, ou, Histoire de la famille de HariChapitre 37 sur 55 · PEINTURE DE L AUTOMNE · texte numérisé non relu

PEINTURE DE L AUTOMNE

Vésampâyana dit :

Après avoir entendu le discours du vieux pasteur sur les honneurs dus k Sacra, Dàniodara qui connaissait toute la puissance de ce dieu, répondit

* Les nuages sont appelés ici vwhes du soleil^ parce quec*e»i lui qui |X)mpc les eaui qui les

forment Ces vaches semblent paître dans les plaines edestes, dont il est le roi.

en ces termes: • Nous autres pasteurs, errant sans cesse dans les bois,

• et vivant du produit de nos vaches, nous n'avons d’autres divinités <]ue nos « vaches, les collines cl les bois. Le iaboureurs’occupe d’agriculture, le niar- « chand de commerce, et nous de nos vaches ; ce sont là les trois industries

• qui forment le trévédya L’industrie qu’un liommc cultive, est pour lui sa

• première divinité : c’est à elle qu’il doit son culte et son hommage, car « c’est elle qui le protège et le soutient. Jouir des avantages qu’on reçoit

■ d’un côté et adresser ailleurs sa reconnaissance, c’est s’exposer à un doid)le

• malheur; c’est risquer de se voir dépouillé de toute espèce de fruits dans

• cette vie et dans l’autre. Les travaux de nos laboureurs ont pour limites

• quelques levées de terre *; ces levées de terre sont bornées par des bois, « et les bois par des collines ; voilà notre domaine. Au delà du bois voisin

• il est, dit-on, des monticules agréables, où nos génisses peuvent s’établir

• et errer en liberté. Laissons les vastes forêts aux lions à l’épai.sse crinière,

• et aux tigres à l’ongle pui.ssant; qu’ils défendent leurs retraites et soient « la terreur des bûcherons. Malheur aux imprudents qui s’égareraient prés

• de leurs repaires ! ils deviendraient x-ictimes de ces monstres dévorants.

• Réciter les manlras, c’est le sacrilice du Brahmane; tracer le sillon, c’est

• celui du laboureur; le nôtre, c’est d’errer sur la colline : que la colline

■ soit donc l’objet de nos hommages. Tel est mon avis : oui, faisons le sa- « crilice de la colline. Allons-y célébrer les cérémonies convenables, ou à

• l’ombre des arbres, ou sous l’abri du ciel. IA, que les victimes soient

■ immolées, et les offrandes offertes sur un saint et brillant autel. Que « tout le village sans exception soit rassemblé. Que les vaches, couronnées

• de fleurs d’automne, fassent autour de la colline une promenade *, telle

■ que la religion le commande, et qu’ensuite elles se rendent au pâturage.

« En effet, voici l’aimable automne avec scs gazons doux cl vigoureux,

• avec l’eau féconde de ses nuages. La forêt c.st, ici, blanche sous les

• fleurs du priyaca *; là, noire sous les feuilles de l’arbre dont on fait les

simi. Ces limites se nomment aussi fIjangfUa.

* ia cc’n moiiie dont nou» avon» déjà f>aHé plusieur» fois, et appelée prtidlaAcÀifUf

* On désigne par ce mol le nauefeu catlamha

' Le mot tèdya désigne une chose

qaon tioit apprendre. trévédya veut dire

assemUage de trois sciences.

’ Les champs sont nianjués par des levées

de terre appelées u)h»j ou dîffïï 5iman ,

• arcs*; partout hérissée des pointes du gazon. L'écho résonne des cris des

• paons. Les nuages blancs, épuisés d’eau, sans force, sans éclair, se ba-

• lancent dans le ciel et ressemblent é des éléphants privés de leurs dé-

• fenses. Au bruit sourd de la nue <|ui se charge d’une onde nouvelle , les

• arbres semblent respirer, et leurs feuilles s’empressent de naître. Le ciel est

• comme un roi (|u’on vient de sacrer, et qui |>araît entouré des attributs de

• sa dignité : le nuage blanc est son diadème : les ailes des cygnes lui servent

• de tc/iamara®; la lune pleine et brillante, de parasol. Les nuages dans cette

■ .saison semblent prendre un corps : les cygnes sont leur sourire, les grues « sont leur voix. Les rivières s’en vont vers l’Océan leur époux : leurs rives

■ bordées do canards .sauvages, voilà leurs seins; leurs îles, voilà leurs reins

• arrondis avec grâce. L’onde remplie de lotus épanouis, et le ciel brillant

• d’étoiles, paraissent pendant la nuit se sourire l’un à l’autre, étonnés de

• leur ressemblance mutuelle. L’œil aime à parcourir ces plaines rafraîchies

• par la pluie, couvertes de hérons ivres de plaisir, et jaunies des moissons

• de riz qui mûrissent ’. Les lacs, les étangs, les pièces d’eau remplies de

• Heurs écloses, les champs, les lleuves et les torrents, tout dans la nature

• étale sa hrillantc richesse. Les lotus rouges, blancs et noirs se distinguent

• parmi les plantes a(|uati(|ues. Les paons témoignent leur joie, la violence

• des vents s’apaise : l’air est sans nuage, et la mer est tranquille. Quand

• ces paons, réveillés de l'engourdissement où les a jetés la chaleur, élèvent

• en dansant leurs plumes éblouissantes, il semble que la terre se couvre

• d’yeux étincelant.s. L’Yamounà étale avec orgueil scs rives largement hu-

• mectées, brillantes de gazons, de Heurs et de rameaux verdovants, cou- « vertes de evgnes et de grues. Dans les champs coupés de rizières, dans les

• bois, les oiseaux poussent des cris de joie à la vue de la pâture que leur « présentent la terre et l’eau. I^s moi.s.sons qui, jeunes encore à l’arrivée des

Le prrniea est aussi une plante mfxlii inalc cl ucluiantc, ap|)clée commuiienteni privaitgoa : rVsf citcore tiu arbre nomine pentaptera tonunfosa.

* Le texte ne dit {ki» quelle est cette e»{»èce d'arbre, qu'il qualilie de ramJMtRa.C'c&t peut ^'tre le tchâpnpala ou pnyàfa , communcaient piyal { Jiuchananîa talijoha). Il y a ausxi un arbre

dont les feuilles sont noires et qui, pour cette raison, est surnommé ctUapama .* c'est le ta^ara [Tubcrnitmonlajia coronaria).

* AuU'cmcnt le chowri, ou émouchoir, formé avec U queue du /rAarnoru (6o4^ruA7u>Æf ).

’ Cette espèce do r« {catama) vient en pleine eau. Il est blanc : on le sème en mai et en juin, et il est mûr en décembre et en janvier.

« pluies, ont été arrosées de l'onde céleste, ont pris plus de force et de

• consistance. Quitliint son vêtement de nuage, et parée des beautés de

• l'automne, la lune apparaît au ciel jnire et brillante. Les vaches fourni.ssent

• deux fois plus de lait, les taureaux sont deux fois plus ardents, les forêts

• deux fois ]>lus belles; la terre .se charge de fruits. Les étoiles brillent de

• tout leur éclat, les eaux sont remplies do lotus, et le cœur des mortels

• est ouvert à la joie. Le soleil , délivré des nuages qui obscurcissaient le « ciel, allume ses feux qui échauffent l'automne, s'entoure de ravons plus

• ardents et sèche les terres. Les rois, protecteurs du monde et pleins du « désir de vaincre, passent leurs armées en revue ®, et se menacent mutuel- « lement sur leurs frontières. Les yeux se promènent avec plaisir sur les

• magnifiques allées de la forêt, rouges des fleurs du bandliouiljiva^, et « raffermies sous les pieds par une douce chaleur. Parmi les arbres qui font « la parure des bois on distingue l'asana aux sept feuilles, le coviddra " « fleuri, l'icliicâ le nicoumbha ’®, le priyaca le stvamaca le srimara **, « le pilcbouea et la kétaki Mais dans nos villages surtout où résonnent

■ gaiement les ribots, c’est là que brille l’automne, comme une jeune femme « au milieu d'un groupe de pasteurs. Et n’est-cc point dans cette saison

• que les dieux arrachent à son heureux sommeil le maître du monde, celui

■ dont Garouda est le drapeau?

• Allons donc, tandis que règne la fertile saison d’automne et quand les « pluies ont cc.ssé, allons honorer, comme nos divinités, et la colline et les « vaches. Que celles-ci , les cornes ornées de beaux pendants et de plumes « de paon, parées de clochettes et de fleurs d’automne, deviennent, pour

• notre bonheur, l'objet de nos hommages, et que le sacrifice de la colline

• Gîlle cm-monic »’apj>ellc mrâiijana : elle est fixée mi iQclVhrrina (septembre*octobre). On lui (lotine encore le tmm de lohibhisâra.

* Autrement le buÎ5>»oü qui porte

une fleur rmtf'e {pentape(e$ phanura).

** Terminalia ttlafa tomentosa.

E»|hVc (i’ébénier (/ImiA/m'a r^negata),

** Le Üirlionnairc de M. Wilwm donne Vichicù comme élanl te âaccharnm iftontanenm. 1.4>5 deux jiianu.«rriU dôaiiàgari» |>orleut ichouirtdca; je ifai sur ce mot aucun renseigne* ment.

" Plante appelée aussi danticà, communément tianli.

*• A’«uc?ftt radamba.

** Ce mot signifie doré : c*cst peut-être une épilliéle du privaca. Mois comme jilux haut on dit que la fleur de ce priyaca est blanche, j*ai pentM.* 4|uc ru’ttmacvi dt'sIgiiaU un autre arbre, comme \ç swamapoachpa {Mickeha champaca) ou \c swarnavahala [Bignonia injtca).

** Inconnu.

” rangueria spinosa.

** Pandanas odoratissimus.

■ soit célébré. Laissons les dicuï bonorer Sacra : pour nous , honorons la

• colline, et, malgré tous les obstacles, que nos respects s’adressent à nos

• vaches. Oui, si vous ave* pour moi quelque amitié ou quelque recon-

■ naissance, nos vaches recevront les honneurs d’un culte religieux. Croyei-

• moi, c’est pour votre bien que je vous ai parié : suivei mes discours, et « vous n’aurez qu’à vous louer de votre docilité. »

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