‹ Harivansa, ou, Histoire de la famille de HariChapitre 41 sur 55 · QUATRE-VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

QUATRE-VINGT-QUATRIÈME

LECTURE

RÉVÉL.\TIO.N DE C.tNSA,

Vcsampâyana dit :

Le prince Bhodja pensait à son arc qui venait d’être brisé : troublé

' Montagne placée dans la chaîne de l'HimUaya ; on suppose quelle est le s^ur de Couvéra , dieu des richesses. Les pics de cette mon-

tagne brillent comme le cristal : de li rient qu'on l'appelail ^ihaticAtchi*

la {montagne decriital).

IIARIVANSA.

dans ses pensées, il s'abandonnait à la douleur. • Comment, se disait-il, un « enfant, dépouillant toute crainte et tout respect, vient avec mépris visiter

• le palais d'un roi, se mêle parmi Ic.s hommes, brise mon arc et s'échappe I

• Ce ne peut être que celui qui m'a fait exécuter cette oeuvre de sang que > le monde i-éprouve, celui pour lequel, dans mes terreurs, j'ai immolé six ■ enfants de ma tante. L'homme ne peut vaincre son destin. Nârada ne me « l'avait-il pas annoncé? • Telles étaient les réflexions de Cansa : il quitte l'intérieur de son palais, et vient visiter la salle de spectacle h 11 examine avec soin les charpentes solides et bien jointes qui forment et soutiennent les loges ’ où doivent se placer les chefs des diverses corporations*: il remarque l’élégante toiture * qui couvre l’édifice; la colonnade hardie qui le décore; la légèreté des corniches * qui le couronnent; l’heureuse combinaison de toutes ces parties suspendues avec habileté; la position du trône élevé au milieu de l’enceinte; la circulation adroitement ménagée; l'agrément des balcons et des terrasses*; enfin la solidité de l’ouvrage, capable de supporter une grande multitude.

Après s’être assuré que le théâtre était bien disposé , le roi ordonne que

* M. Wilson, dans son travail sur le système

dramatique des Indiens, regrette de n'avoir aucun détail sur les théâtres proprement dits, et ajoute qu'il n'a trouvé de renseignements que sur une salle de musique, tangfla uldt qui faisait partie du palais des princes. J’ai rei>con* tredansce poème quelques passages qui ont rapport k des salles de spectacle , tels que celui'ci, et un autre dans l’histoire de Vadjranâ* hha. L'édiiice est appelé prtkchâ -

gâra. Je mentionnerai les autres mots techniques . à mesure qu'ils se présenteront.

* menfe^d. M. Wilson traduit ce mot

par plate-forme , échafaud. Ce que je traduis par lo^e est le mot composé man/ciluzvdta.

Je me ûgure ces manichas comme de vastes estrades, et non comme les loges étroites de nos salles de comédie.

’ 5TÎÜT

* d4 ié]* vadabhi. Le vadahhi est quelque* fois aussi une chambre, une tourelle placée sur le haut d'un palais : d'autres fois c'est une grande toile qui couvre un emplacement ferme de murailles.

idraniryyoùha .

védicâ. Je me suis convaincu par plusieurs passages que» comme l'indique M. Wilson en son dictionnaire, ce mot avait la môme signification que vitartUi^ et

d'après son étymologie vid ( ridrre] , il me semble qu'il faut lui donner le sens de helvèderr, de balcon, ou de <rrro«e. M. Wilson (5yi/rme dramatique des Indiens)^ parle bien de balcon et de terrasse comme existant dans un théâtre, mais je crois qu'il les représente comme faisant partie des décorations de la scène.

OUATRE-VINGT-QUATRIÈME LECTURE, le lendemain les loges soient ornées de guirlandes variées et de drapeaux, jonchées de fleurs et parées de draperies : il veut qu'on fasse de même pour le faîte ’ et les corridors * de la salle; que sur la scène * on étende de la bouse en grande quantité; que pour décoration on représente des portes en arc garnies de grosses clochettes et une enceinte de murailles qu’on établisse çà et là de larges vases remplis de boissons , des aiguières d’or, des mets, des liqueurs acidulées que l’on prévienne les spectateurs *• et les chefs de corps; que l'on avertisse les athlètes et les acteurs **, et qu’enfin tout, dans les différentes loges, soit préparé avec le plus grand soin.

Ces ordres donnés, le roi sortit du théâtre et rentra dans son ptalais. Il y fit appeler les deux incomparables lutteurs, Tchânoûra et Moucbtica. Ces fameux et robustes athlètes, obéissant à l’ordre de Cansa, se présentèrent devant lui avec empressement. Le prince leur tint alors ce discours : ■ Je

• vous ai mandés pour une aflaire importante, lutteurs renommés parmi

• les béros, et dignes de tous les honneurs que l’on vous accorde. Si vous

• avez conservé quelque souvenir des égards que j’ai eus pour vous, des ■ faveurs que vous avez reçues de moi, vous me rendrez un grand service

• pour lequel j’ai besoin de votre vigueur. Vous savez à quel point sont deve-

• nus robustes ces deux bouviers, Sancarchana et Crichna : quoique jeunes, « ils se distinguent par leur vigueur. Ces paysans viendront au théâtre pour

• s’essayer à la lutte : il faut sans ménagement les frapper et leur donner

• la mort. N’allez pas vous arrêter à cette considération que ce sont des

• enfants encore bien faibles et sans défense. Point de ces réflexions : usez « de toute votre force. Que ces doux pâtres succombent sur l’arène; c’est

• mon intérêt, aujourd’bui et pour l’avenir.-

’ C'esl-à-diie pour les votàiUit

* Ou désigne ici par le mot cl rt/Ai les différentes aUrés que l'im ménage pour la circidation.

'• rff^ lorana.

" ^TIÎT

" valaya.

** racWya. M. Wilson dit que ce

sont dc& inrti»ioD& ou des extraiu de plante» d\in goût astringent.

“ prâinica.

malia. Eapèoe de lutteur, de boxeur.

prèkchaca.

Tchânoûra et Mouchtica, avides de combats et d’ailleurs attachés au roi , lui répondirent avec un joyeux empressement : • Si ces vils pasteurs pa-

• raissent devant nous, ils sont morts; ils peuvent déjà se compter au nombre

• des mânes. S'ils osent nous attaquer, c’est pour leur malheur, et ces paysans

• sentiront le poids de notre colère. • Ainsi s’exhalait le venin de la haine de ces deux lutteurs; le roi les congédia, et ils retournèrent chez eux.

Gansa ensuite s’adressa au grand-maître des éléphants : « Que l'éléphant

• Couvalayâpîda, lui dit-il, attende à la porte de la salle de spectacle. Que ■ cet animal ardent et vigoureux , à l’œil tremblant de fureur, au corps fré- « missent de colère, fier de ses parures, prompt à s'irriter à la vue des

• hommes et à briser tous les obstacles, s^it excité par toi contre ces

• deux vils paysans , fils de Vasoudéva : aie bien soin de les lui indiquer, et

• qu’ils reçoivent la mort. Oh! si je pouvais voir, grâce à ton zèle, ces misé- « râbles pâtres foulés aux pieds du puissant éléphant au milieu de l’arène ! « A ce spectacle, muet ** de surprise, Vasoudéva expirerait avec sa femme

• et scs parents : sa race serait coupée dans sa racine ; et tous ces Yâdavas

• insensés, qui s’attachent à Crichna, à la vue de son supplice mourraient

• de désespoir. Je ne serai heureux qu’autant que j’aurai réussi à détruire

• ces deux ennemis par le moyen de cet éléphant ou des lutteurs , ou ptar

• moi-nièmc, et à purger la ville de tous les Yâdavas. Oui, je renonce et à

• mon père qui est de cette race d’Yadou, et à tous les Yâdavas qui sont du

• parti de Crichna; et d'ailleurs, je ne suis point le fils d’Ougraséna, de cet

• homme faible et de peu de cœur : c’est du moins ce que m’a dit Nârada. »

• Roi, lui dit son conseiller, quel est donc le discours que vous a tenu le « Dévarchi Nârada? Vous venez de me faire entrevoir un mystère étonnant.

• Monarque victorieux, comment seriez-vous né d’un autre que d’Ougraséna?

• comment donc se serait conduite votre mère? Une femme de vile extrac-

• tion ne commettrait pas une action aussi répréhensible. En vérité, j’ai « le plus grand désir d’entendre cette histoire. •

mahAmâlra. Tel était le titre de celui qui avait la surintendance des élé* phanis, cl comme ces anitnaux formaient une partie de la force militaire des princes, il en résultait que IcMahdmâtra était un personnage

important, et qu'il comptait parmi les conseiU 1ers de la couronne.

** C’est la même expression que j'ai relevée lecl. Lxziv, note 8 , ninl/am^.

Gansa dit ;

Je te crois un homme prudent, et je vais te rapporter ce que m’a raconté le grand Brahmane Nârada. Ce Mouni, favori d'Indra, venait de quitter le palais de ce dieu : couvert d'un vêtement pareil aux blancs rayons de la lune , portant ses cheveux réunis en une seule touffe avec une peau d’antilope noire “ pour vêtement supérieur, un cordon brahmanique de fil d’or, un bâton ”, un vase pour contenir l’eau ”, ce grand Dévarchi, comparable à un Pradjâpati , sage et instruit dans les quatre Vèdes , babile dans la science des Gandharvas”, Nârada , qui parcourt à son gré le monde de Brabmâ , me rendit une visite. En le voyant, je m’empressai de l'honorer, suivant l'usage ; je lui donnai l’eau pour l’ablution des pieds ” et de la bouche”, et les présents de Yargha Ensuite je l’introduisis dans le palais, et lui offris un siège. Le Mouni, satisfait de ma réception, me remercia avec bonté”, et lui qui voyait le passé aussi bien que le présent, il me dit : • Prince, pour prix de ces hon-

• neurs que je reçois de toi, je ne te donnerai que des paroles : écoute. Je « m’étais rendu au séjour des dieux, sur la montagne d’or du Mérou. Les « dieux y tenaient conseil , et j’entendis qu’il était question des moyens à

• employer pour te détruire, toi et les tiens. 11 fut décidé que le grand Vicbnoii

• naîtrait de Dévalû, qu’il serait son huitième enfant, et qu’il te donnerait la

• mort. Oui, celui qui est le dieu universel et la voie céleste, le grand et divin

• mystère, terminera tes jours. Essaie, Gansa, de détruire tous les fruits de

• Dévaki ; il ne faut pas mépriser un ennemi faible, lors même qu’il serait notre « parent. Bien plus, Ougraséna n’est pas ton père : c’est au roi de Sôbha”,

” Col-â-dire en ijati. Voy. lecl. xiv, noie g.

** Voyex 1e& lois de Manou , lect. 1 , si. 6â.

” Voyea ihid. si. A5 et suiv.

” Ce vase s'appelle camandaloa : il est de terre ou de bois.

** Le texte porte : It véda du Gandhamu, c'est- à^dire la science de la musique. On se rappelle que Nirada passait pour tHre l'inventeur du luth indien , appelé vinà. Le Gandliarva-véda est un des quatre Oupavédas : on l'attribue k Bharata. Voyez Rech. asiat. tom. I , mémoire sur la littérature indienne.

” Appelée le pâdfya.

” Cette dernière cérémonie s'appelle dlckaauna ; elle consiste è prendre quelques gouttes d'eau dans le creux de la main pour s'en rincer la bouche avant les cérémonies rdigieuses et les repas.

“ Voyei page 70, note ai.

** Mot é mot il dit couMilam : c'est là le terme de salut amical et de remerdment.

** Quinte Curce, liv. 9, chap. iv, parle d'un pays des Sobiens , au confluent de l'Uydaspe et de l'Acésine.

• à riliustrc Drouniila, que tu dois le jour. • A ces mots, j’éprouvai un mouvement de colère. Quoi! lui dis-je, Droumila le Dànaval saint Brahmane, comment a-t-il pu avoir un commerce avec ma mère? C’est là un secret que je vous prie de me faire connaître.

t O prince , reprit Nàrada, je te dirai toute la vérité. Tu sauras comment

• Uroumila s'est rencontré avec ta mère. Dans un moment d'impureté natu-

• relie aux femmes ” ta mère était partie, avec ses femmes, pour visiter le « mont Souyâmouna Elle se promenait sur les délicieux sommets de cette « montagne, plantés d'arbres magnifiques, visitant les grottes et les ruis-

• seaux. Elle écoutait les sons tendres et mélodieux dont les chants desKin-

• naras ’’ faisaient retentir l'écho, et charmaient les oreilles; elle se plaisait > aussi à entendre les cris des paons et les chants des oiseaux, remplissant

• d'ailleurs les devoirs imposés aux femmes qui sont dans son état. Cepen-

• liant dans les allées de la forêt souEBait un vent agréable, chaigé des par-

• fuins des fleurs, et inspirant l'amour. Les Cadambat renouvelant sans « cesse leur douce moisson de fleurs, abandonnaient aux vents qui les agi-

• taient les odeurs les plus suaves , et se trouvaient couverts d'abeilles Les

• Acra/tu ^ laissaient tomber leurs pluies odoriférantes, éveillant dans les

• cœurs le sentiment du plaisir. Les iXipas ^ brillaient comme des flambeaux ,

• présentant à la fois la fleur et l'épine. La terre , couverte d'un gazon nou- ■ veau et parée de légers Insectes comme une jeune femme, déployait ses

• trésors et ses charmes. Par un effet du destin, dont Vidhàtri ” possède le

• secret, le grand roi de Sôbha, le Dânava Droumila fut amené dans cette

• forêt. Sur son char léger et comparable au soleil levant, suivant unique-

• ment son caprice , il partit pour voir le Souyâmouna. Avec une rapidité

• égale à celle de la pensée, il traversa les airs et arriva au terme de son

” Vojei lois de Menou, lect. iii, si. 45 et siiiv.

** J'ignoro quelle est celte montagne : son nom indique qu’elle ne devait pas ^tre éloigné de rYamounâ.

" Les Kinnaras sont des musiciens célestes, attachés à la cour du dieu Couvéra. Ils étaient représentés avec une tête de cheval.

** Naaclea caHamba.

** Le mol qui signifie abeille en (*01 endroit

est dwirèpha {double rèpha). Le nom

ordinaire de l'abeille est hhramara, ou se

trouvent deux r; le r se nomme eu sanscrit rrpha.

** Voyei Icci. lxvii , note 6.

** Nauclea cadamba ,ou Ixora bandhuca.

** C'est le Mcra^optt, que nous avons déjà vu plusieurs fois.

** Voyei lect. LU, note i3.

QUATIIE-VINGT-OUATRIÈME LECTURE.

• voyage. Il descendit de son char magnlliquc qu’il laissa dans un bosquet,

• et avec son écuyer il gagna le sommet de la montagne. Ils admiraient

• ensemble ces bois délicieux, brillante image du Nandana orné des lleurs

• de toutes les saisons. Ils parcouraient les collines, contemplant les ca-

• vernes et les ruisseaux, les masses de rochers, où brillaient tant de

• métaux différents, l'or, l’aident, l'antimoine; ils s’élevaient sur ces hau-

■ teurs merveilleuses où s’exhalaient les parfums de mille fleurs ; les diverses

• tribus d’oiseaux y arrivaient en foule ; les arbres de toutes les espèces s’y " paraient de fleurs et de fruits; les plantes y croissaient à l’envi; séjour chéri

• des Richis, des Siddhas, des Vidyâdharas, des Yakchas, et des Râkchasas;

• demeure habituelle des ours, des singes, des lions, des tigres, des san-

• gliers, des buffles, des Sarabhas”, des bèvres, des Srimaras”, des Tcha-

■ maras des Nyancous *' et des éléphants. Le prince était ravi à la vue

• de tant de beautés variées : mais voilà que de loin il aperçut une femme, « semblable à une fille des Souras, jouant, courant avec ses compagnes et

• s’amusant à cueillir des fleurs. Aussitôt le roi de Sôbha, frappé d’étonne-

■ ment, dit à son écuyer: Quelle est cette beauté aux yeux de gazelle, > errante dans la forêt? Que d’attraits 1 On dirait Rati “, l’épouse de l’Amour,

• ou Satchi, l’épouse d’Indra. Serait-ce Tilottamà ou bien la perle des

• femmes, la divine Ourvasi née de la cuisse de Nàràyana, amante du lils

• d’Ilà? Quand la mer de lait fut barattée par les dieux et les Asouras réunis,

• quand, pour obtenir l’ambroisie , ils se servirent du Mandara, comme de

• ribot, avec l’ambroisie on vit aussi, dit-on, sortir la déesse Sri “, espoir I et salut du monde, la bien-aimée de Nâràyana. Est-ce bien Sri elle-même

" Voyez l« l. XLi , noie 55.

** On croit que le Srimara était une espece de b6te fauve.

** Les écrivains par erreur mettaient le Ichamani au nombre des bétes fauves : c'est le loi ÿmnnieru ou Yac.

“ Espèce de bète fauve nou désignée.

** Itati ou la Volupté est l'épouse de Câmadéva . dieu de l'amour.

“ Nom d'une Apsarà , ou bayadére céleste.

** C'est la plus célèbre des Apsarâs. Elle naquit de la tige d'une fleur que Nàrèyana plaida sur sa cuisse. Ce Nâràyana était un Mouni fa-

meux par scs pv-nitences, qu'lndra, jaloux de ses mérites, voulut séduire en lui envoyant les nymphes du ciel. Le saint reconnut ce manège, et pour leur prouver qu’il ne serait pas embarrassé , s'il voulait avoir une compagne . il erra la belle Ourvasi. Voyez lect. xxvii, ses aventures avec l’ouroûravas . lils d'ilâ.

“ Sri, autrement appehie Lakchmt, est l'épouse du dieu Vichnou , déesse de l'abondance et de la prospérité. Voyez dans les notes de M. \\ ilLins, ajoutées à sa traduction dn ilbagavad-gità , l'épisode du baratlement de la mer, extrait du Mabàbbérata.

• que nous voyons? Comme l’éclair qui vient, au milieu de noirs nuages,

• illuminer le ciel, de même dans ce groupe de jeunes femmes, les charmes

• de cette beauté semblent parer la forêt. En voyant ce teint qui rappelle

• l'éclat du jasmin, ce visage qui rivalise avec la majesté de la lune, tout

• ce corps modèle de perfection, je me trouve les sens émus et troublés. Je

• suis sous la puissance de l'amour, qui frappe et agite mon âme. Ses flèches

■ armées de fleurs*® me percent le cœur, me brisent tous les membres;

• ses cinq traits me brûlent le corps. Le feu de l'amour s’augmente en moi

• comme la flamme du sacrifice arrosée avec le beurre clariGé. Comment

• ferai-je pour apaiser ces feux d’amour? Quel moyen emploierai-je? 11

• faut que cette femme soit à moi.

. Le Dànava réfléchit longtemps; enfin il dit à son écuyer : Attends-moi

• ici un instant, je vais voir de qui elle est l'épouse. Reste, et observe tout « jus([u’à mon retour. C’est bien, lui répondit l’écuyer; et le prince se

• disposa à partir, le cœur tout rempli de l’amour qu’y allumait la vue

• de cette beauté aux yeux noirs. Il fit une libation d’eau pure, et se

• mit à méditer. Aussitôt, par la force seule de sa pensée, il vit, des yeux

• de l’âme, ce qu’il cherchait. Il connut que cette femme était l’épouse

• d’Ougraséna, et il s'en réjouit. Le puissant roi des Dânavas prit la forme

• de ce prince, et s’approcha de ta mère en souriant. A la faveur de son « déguisement il se permit quelques légères libertés, et peu à peu devint « plus entreprenant. Cette princesse, qui aimait son époux, répondait à ses

• agaceries. Mais bientôt elle fut effrayée du résultat de ses caresses d'abord

• innocentes : elle se leva tremblante, et lui dit : Non, vous n’étes point

• mon époux. Qui êtes-vous donc, vous dont le crime vient de me souiller?

■ Une épouse fidèle, par la plus vile des supercheries, a manqué à ses de- « voirs en voyant en vous son mari. Que vont dire des parents irrités à

• celle qui vient de déshonorer sa famille? Que répondrai-je moi-même aux

• reproches des amis de mon époux qui vont me mépriser? Malheur à toi,

• misérable, qui n’as pu dompter la fureur de tes passions, homme sans

** L amour indien a autant de flèches que nous avons de sens, et chacune est armée d’une fleur particuÜcrc. Ces cinq fleurs sont l'amrti, ou la fleur du manguier, celle de nâ^aki$ara (/nciuo /errea), celle du ichampaca (mtcAe/ra

champaca ) , appelée reine des fleurs, du kiiaca {pandanm odoraniiimiu}. et du mâlottra ou hilwu {œgle marmelot).

Le texte porte FTFT ï^’^ôT^ufuirri^

• lionneur, indigne de vivre, honteusement fier d’avoir outragé l’épouse

• d'un autre !

• Ainsi parlait la princesse indignée; Droumila lui répondit avec colère :

• Je suis Droumila, puissant roi de Sôbha. Insensée que tu es, pourquoi

• donc , avec ta vaine science , m’accuser d’un crime honteux ? Sotte prédi-

• lection que la tienne pour un mari vulgaire et mortel! Mais dans ton fri- > vole orgueil tu oublies que les femmes ne sont point souillées j)ar de

• semblables écarts. Leur sagesse ne s’arrête pas à ces règles étroites.

• Combien n’en cite-t-on pas qui, par l’oubli meme de leurs devoirs, ont

• obtenu des enfants forts, puis.sants et semblables aux dieux? Dans tout le

• monde féminin tu es certainement l’épouse la plus vertueuse; va, ne te

• regarde pas comme impure , laisse croître les tresses de tes beaux che-

• veux**, et invente l’bistoire que tu voudras. O femme, tu m’as dit : Qui

• êtes-vous (cflija tu»am)? De là le Gis que tu enfanteras, redoutable pour

• ses ennemis, sera appelé Cansa *’.

• La malheureuse princesse, encore plus agitée, maudit ce funeste don,

• et dit au Dànava qui lui annonçait l'avenir : Ta conduite est infâme! Tu

■ représentes toutes les femmes comme coupables. Il en est qui agissent

• mal, mais il en existe d’autres qui sont fidèles. On en cite, telles qu’Aroun-

• dhati “, qui ne se sont jamais écartées de leurs devoirs, et qui font la

• gloire et le soutien des mondes. Misérable corrupteur, le fils que tu as « engendré en moi, je le maudis. Ecoute de plus ce qui te regarde. Dans la

• famille de mon époux, ô perfide, il naîtra un héros puissant, qui te don-

■ ncra la mort, à toi et à ton fils. A ces mots, Droumila remonta sur son

• char divin, qui le transporta dans .son royaume à travers les airs; ta nial-

• heureuse mère, ce jour-la même, revint à la ville. •

Tel fut le discours que m’adressa Nârada, ce grand Mouni, qui brille par l’éclat de sa pénitence comme un feu étincelant, qui fait résonner son

** Saiiü doute il l'engage à ne pas négliger le soin de sa chevelure et la cérémonie du SSmAnta, dans reacès de son chagrin.

” Voilà encore une étymologie bîiarrc. Le mot Cansa est composé de ^ cam et

de ^ ! suh (i7/e). Ces deux mots corrcs|)on'

dent aux deux autres casya {cujas) et

twam (ta). Les deux phrases renferment une ellipse . cajtis tu (naiusj? tfoem ille (peperit)? Je lèrai remarquer que je n'ai substitué les moU sous-entendus que par conjecture.

** Voyez lect. Lvm, note a5.

luth sur sept tons habile à représenter par ses chants toutes les passions il SC rendit ensuite au palais de Brahmâ. Ecoute maintenant, fidèle conseiller, et apprends mes intentions. Le sage Nârada, qui connaît également les trois temps, ne m’a dit que la vérité. Personne ne m’égale pour la force, la valeur, la politique, la prudence, la majesté, la générosité, la gloire, la puissance, la franchise et la libéralité J’ai constamment gardé le silence sur le mystère qui m’avait été révélé : je passe pour le fils de cet Ougraséna, et ne suis que le fils de sa femme Mon père et ma mère m’ont délaissé, et je ne dois mon élévation qu’à moi-même : détesté de tous mes parents, je leur donnerai la mort en la donnant à ces deux pâtres. Ainsi, monte sur ton éléphant, armé de ton croc, de ton dard barbelé et de ta masse de fer, et va promptement t’établir à la porte du théâtre.

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