COMBAT PRÈS DE MATUOURA
Vèsampâyana dit :
Ces rois étaient entrés dans un bois voisin de MathourA. Les Vriebnis, en les voyant, mirent leur espoir en DjanArddana. Celui-ci, heureux de cet événement, dit A Râma : • Oui, sans doute, l’œuvre que nous avons à rem-
• plir pour les dieux se presse et se précipite. Vois-tu le roi DjarAsandha ■ qui s’approche.^ Vois-tu sur ces chars aussi rapides que le vent ces flammes,
• ces drapeaux, et ces parasols blancs, pareils à des lunes, élevés au-des-
• sus de ces rois ardents pour la victoire? Ces lignes de parasols, éclatants
• de blancheur, et qui dominent les chars, ressemblent A des troupes de « cygnes qui sillonnent le ciel. Oui, le roi DjarAsandha arrive A temps avec
• sa fureur de combats : il sera la pierre sur laquelle nous allons aiguiser
• nos premières armes; c’est un hôte que nous allons traiter magnifiquement « sur le champ de bataille. Mon frère, ayons soin do ne pas nous séparer A
• l’approche du roi. I^issons-le commencer le combat, et contentons-nous
• dans ce moment d’attendre l’ennemi. •
Je Tàrâumtra ap^ielle le pire des pays. M. Wil* son dit que le Sovîra est U contrée gangélique occupée par les Siviras, aujoiird'luii les Suirs.
” PeuEétre Pàndya. Le Pândva est le pays de Maduré et de Giimbélorc. Cependant lcTà> râtaiilra le place au sud du (^mbodja, et à
l’ouest d'imlrapnutha : ce qui indique une province do l'ouest de l'Inde. Le VarAsanhita distingue par le nom d'OuUara^pânèya un pays du nord-ouest, sur les bords de la Bâhoud (rilydaspe).
” Ive Candahar.
A CC.S mots Crichna, résolu à livrer bataille , reconnut en détail les forces de Djaràsandha. A la vue de tous ces princes, le héros, dont la sagesse était aussi grande que le courage , se disait à lui-même : « Les voilà donc ces
• maîtres de la terre, revêtus d'une forme terrestre, et dévoués à la destruc-
• tion par suite d’une destinée déjà prévue. Je les vois d’avance frappés par « la Mort, et, sous une apparence lumineuse, s’élançant au Swarga. En effet, ■ la Terre fatiguée du poids de leurs armées, et couverte au loin de leurs
• troupes innombrables, est venue se plaindre au Ciel. Encore un peu de
• temps, et elle .se verra débarrassée de cette foule de princes que le fer va
• moissonner par centaines. «
Cependant ’ le roi des rois, Djarâsandha , animé par la colère , brillait à la tète de ces milliers de princes. Dans la plaine on apercevait des chars de bataille couverts de guerriers, attelés de chevaux bien exercés, marchant de concert ou isolément; des éléphants, ornés de colliers et de clochettes d’or, comparables à des nuages , montés par d’habiles conducteurs , et dressés au combat; des chevaux aussi rapides que la tempête, aussi légers que l’oiseau, caracolant avec souplesse et dirigés par d’habiles cavaliers; des fantassins, couverts d’armes offensives et défensives pleins de force et de courage , se développant par milliers et s’agitant comme des serpents. Ces quatre corps * composaient l'armée du vaillant et sévère Djarâsandha, c’est-à-dire, les chars retentissant comme la foudre, les éléphants Gers de leur bruyante parure , les chevaux hennissant et les fantassins précipitant leurs pas. Chacun de ces quatre corps ressemblait à une vaste nuée. C’était comme une mer immense dont Djarâ'-andha .se trouvait environné, et leurs sourdes rumeurs remplissaient les airs et les bois qui entouraient la ville. Cette multitude de rois et de guerriers, poussant des cris vers le ciel, pouvait être comparée à cette armée de vapeurs qui, vers la fin de l’été, s’élève de l’Océan : telle était la scène confuse que présentait la plaine couverte de chars prompts comme le vent, d’éléphants larges comme la nue, de chevaux rapides comme la pensée, de fantassins agiles comme l’oiseau.
.Ainsi ces princes, dont Djarâsandha était le chef, s’étaient établis autour de la ville avec toutes leurs troupes. Leur camp formé de tentes blanches bril-
* Plusieurs passages de cette lecture se retrouveront dans la xcvii* et la icviii*.
* Vo^ez la note 3 de la lecture précédente.
àcj.
lait de loin , et présentait l’apparence de vagues ccumantcs. Au point du jour les rois se levèrent et s’assemblèrent en conseil , pour concerter leurs opérations. Ils étaient sur les bords de l’Yainounâ, n’attendant que le signal du combat, et le bruit qu’ils faisaient ressemblait à celui de la mer soulevée à la fin des âges. Par l’ordre du roi, des vieillards, distingués par leurs vestes *, leurs aigrettes, et leurs cannes, courent dans tous les rangs, et demandent le silence. Tout ce monde se tait, sans cesser encore d’être agité, et pareil aux ondes de la mer dans lesquelles circulent sans bruit les poissons. Les flots de cette assemblée sont devenus silencieux ; chacun est comme rempli d’une attention religieuse, et Djarâsaudha, tel qu’un autre Vrihaspati , leur tient un long discours :
« Que toutes vos forces soient à l’instant disposées, et que la ville se trouve « cernée de tout coté par vos soldats. Qu’on prépare les balistcs , les pro- « jectiles et les masses de fer, et que dans les mains des guerriers brillent les « piques et les lances. Que la hache et la boue poui'suivent dans la ville leur « œuvre de destruction. Que les rois, habiles dans l’art des combats, dirigent « eux-mêmes les travaux, et me secondent dans cet assaut que nous allons « livrer à Mathourâ. Je veux que sous nos traits aigus périssent ces deux « pâtres, fils de Vasoudéva, Crichna et Sancarchana. Que vos flèches cou- « vrent l’air comme d’une nuit profonde. Que les princes, placés suivant mes
• ordres autour de la ville, attaquent rapidement le côté qui leur aura été « assigné. Les rois de Madra et de Calinga, Tchékilàna avec les Bâhlicas \ « Gonarda roi de Câsmîra *, le souverain de Garoûcha, Drouma, Kimpou- « roucha et les montagnards, seront chargés d’assaillir la porte occidentale.
• Le petit-fils de Pourou, Vénoudàri, le prince de Vidarbha Soinaca, « Roukmin roi de Rhodja *, Soilryàkcha avec les Mâlavas ®, les deux princes « d’Avanti, Binda et Anoiibinda, le vaillant Dantavaktra ‘"j Tchhâgali, Pou-
* C’est le ranichoura. Ce mol, qui si-
gnifie vêtement en géiu^rnl, veut dire aussi armure, corset, culottes. De ce mol est dérivé le mol canichoukin, nom d'une es)>cee d’olliricr qui sert de cliainbellnn dans les apimrtenicnis intérieurs. \'oy. la pièce de Viemmorvasi , acl. 3.
‘ Habitants du pays de Halkli.
* Le Caclicmire.
’ Contrée dans le sud-ouest du Bengale . que
l'on croit être le moderne Béder. Wilford dit que c’est le Bérar propre.
* On verra, lecl. cxvi, que Bliodja n’a été fondé que plus tard.
* Habitants du Malwa moclcme. Au lieu de ces mots, les deux princes (rAvanti, on pourrait encore traduire : les deux fds tTAvanta.
Il y a ici cn-eur : car DantavaLlra est le roi deCaroûcba désigné plus haut.
• roumitra , le roi Virâla , le prince de Câsftmbî le Mâgadha Satadhan-
• wan Vidodratha, Bhoûrisravas , le roi de Trigartta, Bâna et le roi « de Pantchanada habitués k vaincre les difficultés que présentent les
• hauteurs, attaqueront la porte septentrionale avec l’impétuosité de la « foudre. Ouloûca, Kêtavya, le héros fils d’Ansoumân, Ëcalavya, Vrihad-
• kchétra, Kchatradharman, Djayadratha, Outtamôdjas, Salya, les fils de Cou-
■ rou, ceux de Kécaya, le prince de Vidisa‘*,Vâmadéva, le fils deSâncriti, Sinî- « pati, s'entendront pour forcer la porte orientale, avec cette violence que
• les vents mettent à déchirer les nuages. Pour nous, avec le roi des Daradas
■ et le prince deTchédi, nous nous trouverons en armes k la porte du midi.
• Que cette ville, enveloppée par nos troupes, soit frappée comme d’un « coup de foudre ; que le désordre et la terreur y régnent de toute jiart. Que
• chacun se sene, pour l’accabler, de l’arme qui lui est propre, soit de la
• massue, soit de la hache. Rois, il faut que cette ville, malgré la masse
• énorme de ses fortifications et de ses bâtiments, soit aujourd’hui détruite « de fond en comble. •
Le puissant Djarâsandha , appuyé de ses quatre corps d’armée , menaçait ainsi les Yâdavas de toute sa colère que partageaient les rois ses alliés. Cependant derrière leurs murs les Dasârhas avaient fait leurs préparatifs, et s'avancèrent contre leurs ennemis. Il s’éleva un combat terrible, tel que ceux qui se livrent entre les Dévas et les Asouras, lutte où so trouva engagée une multitude de chars et d’éléphants, et dans laquelle la valeur du petit nombre résistait à la foule d’ennemis innombrables. A la vue des deux fils de Vasoudéva , apparaissant hors de la ville, toute cette année de rois fut troublée; la crainte et la terreur commençaient à se répandre dans les rangs.
“ Ville qu'on suppose «voir existé dans le nord de rindostaa. M. W ilson croit <^ue c'éUit ia tnémeque Valsapaltana, et que c*est aujourd'hui un viUage dans le district de Gurac|Mirc. Les auteurs ne sont point d'accord sur ce point. Buchanan la retrouve dans les ruines d’Hastinâpoura: un autre savant, dans Currah. Elle de< vait se trouver non loin d’Allahabad. Elle fut pendant un temps la capitale des rois de la dynastie lunaire.
” Par r<}pitkéte de l’auteur a voulu
distinguer ce Satadhanwan d’un autre |>nnoe du même nom, qui était Yâdava.
^ Le Penjab où coulent cinq rivières : circonstance qui U fait donner à celte province son nom aucien cl son nom moderne. M. I^assen a fait sur ce pays une dissertation intéressante.
“ Capitale d'uno portion du Magadiia.
Le Dasàrba , situé dans le midi de l'Inde , avait été le royaume d’Yadou : de là vient que ses descendants ou Yndavas portent le nom do Dasârhas. Voycx aussi la uxvi*leciure, p. 166.
Flcvcs sur leurs chars, couverts d’une armure éclatante, les deux Yâdavas s'avancaient, comme deux monstres marins portant le désordre au milieu (les flots de l'Océan. C'est pour ce premier combat que leur prudence appela à son secours ces armes fameuses que l’antiquité a tant célébrées, armes divines qui descendirent du ciel, au milieu de la mélée, larges, fortes, lumineuses, flambovantes. A leur vue se rassemblent les oiseaux de proie; ils les savent altérées du sang, affamées de la chair des rois. Ces armes célestes, entourées de guirlandes sacrées, et effrayant de leur seul éclat les habitants de l'air, sont le soc, nommé Samvaritaca, la masse, nommée Sônanda, l’arc, nommé Sâmga, et la massue, nommée Cùmodaki : ce sont les quatre armes toutes-puissantes de Vûdinou, que les deux jeunes Yâdavas reçurent du ciel en ce moment décisif. Râma prit d’abord le soc incomparable , qui va ser- |H‘ntant au milieu des bataillons, .semblable au roi des reptiles couvert de l(!Stons divins; s.i main gauche s’arma de la masse Sônanda qui, maniée par ce héros juste et terrible, fera la perte de ses ennemis. Le vaillant Crichna .s’empare de l’arc Sârnga, qui doit briller dans le monde, et dont le bruit est égal â celui des nuages. La main gauche de celui dont les dieux célèbrent les actions, et dont l’œil brille comme la fleur du lotus (coumoQdéA'cAa), balance avec force la massue CûmodaU. Ainsi armés, ces deux héros, Râma et Govinda, ressemblent â Vicimou : ils attaquent leurs ennemis. Ces deux êtres, qui d’une même substance se sont divisés pour former deux frères distingués par leur âge et leur nom, n’ofTrent entr’eux dans le combat aucune différence, brandissant leurs armes, ils poussent à leurs adversaires, ils frappent, ils triomphent, et dans les deux fils de Vasoudéva on ne voit plus que des maîtres, que des dieux puissants.
Râma apparaissait au milieu de scs ennemis comme le dieu de la .Mort : il élevait son soc, qui, aussi agile qu’un serpent, allait abattant une abondante moisson de Kchatrivas, d’éléphants et de chevaux. Les éléphants qui échappaient au soc étaient frappés par la masse, et tombaient comme de lourdes montagnes. C’est alors que les chefs des Kchalriyas, harcelés par Râma, revinrent en tremblant près de Djarâsandha. Celui-ci, sévère dans ses devoirs de guerrier, leur dit : • E.st-ce donc ain.si que vous vous montrez « dignes du nom de Kchatriya? Quoi! votre âme est troublée! Souvenez- « vous de ce que disent les sages : Se laisser vaincre dans le combat, perdre • son char et fuir devant l’ennemi , c’est pour le Kchatriya un crime aussi
• grand qu’un indigne avortement. Ehl pourquoi tremblez-vous? Arrêtez, « malheureux Kchatriyas, arrêtez, et obéissez k ma voix. Reprenez votre
• ardeur, lancez vos traits , et continuez k combattre ; ou du moins , élevés sur « vos chars, restez pour être spectateurs de ma lutte avec ces deux pâtres
• que je veux envoyer k Yama. » Tous ces Kchatriyas, à la voix de Djarâsandha, recouvrent leur courage. L’air est obscurci de leurs traits; ils reviennent au combat avec leurs chevaux tout brillants d’or, leurs chars retentissants comme la foudre, leurs éléphants pareils k de grands nuages etgourmandés par leurs conducteurs. Ces princes couverts de leur armure, ceints de leur glaive, ont l’épaule chargée d’un carquois et la main d'une masse de fer Leur arc est tendu; autour d’eux sont leurs drapeaux et leurs pavillons, au-dessus de leur tête leur parasol et leur tchâmara. Ils se précipitent au combat, portés sur leurs chars, et, animés d’une noble ardeur, ils se font distinguer au nombre de coups que portent leurs lourdes masses, au nombre de traits qu’ils décochent.
En ce moment le héros qui est l’honneur et l’espoir des dieux, Crichna, monte sur son char, qui a pour drapeau l'oiseau Garouda. Il s’avance vers Djarâsandha, et le frappe de huit flèches ; le conducteur des chevaux du prince en reçoit cinq, et, tandis qu’il se débat, les chevaux eux-mêmes sont terrassés. Le grand Tchitraséna et le vaillant Kêsica, voyant l’embarras de Djarâsandha, lancent leurs traits sur Crichna. Baladéva, qui se trouvait près de son frère , reçoit trois des flèches de Kêsica , et lui répond par une flèche qui brise son arc en deux morceaux : il couvre de tout côté ses ennemis d’une pluie de ses traits enrichis d’or. Tchitraséna irrité le frappe de neuf flèches, Kêsica de cinq, et Djarâsandha de sept. Djanârddana leur envoie k chacun trois flèches, et Baladéva cinq. Ce dernier brise le joug du char et l’arc de Tchitraséna, qui, privé de son arc, démonté de son char, saisit sa massue et s’élance pour frapper son ennemi. Râma allait lancer sa flèche sur Tchitraséna : le roi de Magadha lui brise son arc, frappe scs chevaux de sa massue, et arrive en colère sur le héros lui-même, qui prend aussi sa massue et vient joindre Djarâsandha. Tchitraséna, voyant le roi de Magadlia engagé avec Râma, monte sur un autre char et arrive au secours de Djarâsandha; et bientôt entre les deux combattants se trouve une multitude
“rrfïTÇ tomara.
confuse de guerriers et d’éléphants. Djarftsandha, à la tête d'une troupe nombreuse, attaque les Bhodjas commandés par Rima et Crichna. Alors, telle qu’une mer agitée, apparut la mêlée de ces deux armées. Des deux côtés retentissait le bruit des flûtes, des tambours, des conques, et les clameurs terribles des combattants. La poussière était soulevée par les pieds des clievaux et les roues des chars. Leurs armes à la main, l’arc tendu, les héros s’exhortaient mutuellement. Les cavaliers, les conducteurs de chars, les fantassins et les vigoureux éléphants tombaient par milliers. C’était une lutte à mort entre les Vriebnis et Djarâsandha. A la suite de Baladéva venaient Sivi, Anâdhrichti, Bahhrou, Viprithou, Ougraséna avec une moitié de l’armée. O fils de Bharata , ils attaquèrent l’aile droite des ennemis, dirigée par le roi de Tchédi, Djarâsandha lui-même, et les princes du nord, Salya, Sûlwa et les autres. Lançant des grêles de traits, et décidés à faire le sacrifice de leur vie, Angâvaha, Prithou, Canca, Satadyoumna , Vidoûratha suivaient Hricliikésa avec l’autre moitié de l’armée, et se portaient contre l’aile ennemie défendue par Bhîchmaca et le courageux Roukmin , par Dévaca , le roi de Madra , et les vaillants princes de l’est et du midi. C’était un combat désespéré où brillaient des javelines , des épées, des dards, des flèches, où retentissait un bruit pareil à celui de la foudre. Satyaka, Tchitraca, Syâma, le vaillant Youyoudhâna, Mridoura, Râdjâdhidéva “, Swaphalca ”, habile à conduire un char, Satrâdjit, Praséna, environnés de forces nombreuses, se réunirent aussi à Crichna contre cette aile gauche des ennemis. Ce corps, commandé par Mridoura, eut pour adversaires un grand nombre de rois, à la tète desquels était Vénoudâri.
Le texte porte Ahoaca : je crou que ce mot Surnom d’un prince, appelé Soan. Voye»
est un nom patronymique désignant Ougra- lect. xxxviii.
sena . fils d'Ahouca. Je l aid^à rendu de cette Ou plutôt Swaphalca, c'est-à-dire un
manière, lect. xc. de Straphalca
DÉIIOLTE DE DJARAS\NDHA.
V'c.sampâyana dit :
•Alors recommença entre les Vrichni.s et les chefs de l’armée du roi de Magadlia une suite de combats singuliers. Roukmin s’engagea avec Crichna, Bhîchmaca avec Ougraséna Cralha avec Vasoudéva, Kcsica avec Rabhrou, le roi dcTchédi avec Gada, Dantavaktra avec Sancou. Chacun des Vrichnis trouva de même un adversaire formidable dans un de ces rois courageux. O fils de Bharata, la hataillc entre ces deux armées dura pendant vingtsept jours éléphants contre éléphants, chevaux contre chevaux, fantassins contre fantassins, chars contre chars : c’était une épouvantable mélée. Djarésandha en vint aux mains avec RAma, et leur rencontre fut aussi terrible, au.s.si capable de faire dresser les cheveux que celle de Vritra * avec Indra. Crichna pensait à Roukmini *, et s’abstenait de frapper Roukmin : il détournait avec art ses traits pareils aux rayons brûlants du soleil ou au dard venimeux du serpent. Les deux armées éprouvaient des pertes immenses : la terre était couverte de sang et de mendires épars, de cadavres défigurés dont il était impossible de compter le nombre.
R.inia, élevé sur son char, de ses flèches rapides comme le serpent, attaquait Djarâsandha , qui , de son côté , le harcelait avec autant d’ardeur. Leurs armes, en se heurtant mutuellement, rendaient un son terrible. Percés de traits brûlants, démontés de leur char, voyant leurs chevaux, leurs conducteurs abattus , les deux héros prennent leurs massues et se précipitent l'un
que). Je n’ai fait qu'additionner ces nombre».
* Nom d'un Aaoura vaincu par Indra. Le passage et d’autres de cette lecture se retrouveront dans la xcix*.
* Houkmini devint plu.» lanl éjiouse fie G'icbna.
' Voyexla note i6 do la lecture précédento. * Voici la manière dont ce nombre est exprime yy
icf a}ulm panicka tchèctim Icka chad teptâchtà tcha [(lies quinque que unusque, tex, septem oefo-
sur l’autre. La terre tremble sous leurs pas : à les voir on dirait deux pics de riliniAlaya. Les autres cessaient de combattre pour regarder ces guerriers généreux, fameux par leur habileté à manier la massue, et qui, avec la fureur de deux éléphants rivaux, cherchaient à soutenir leur honneur et celui de leurs instituteurs. Les Dieux, les Gandhai-vas, lesSiddhas, les grands Hichis, les ApsarAs accouraient par milliers de tous les côtés, et le ciel était couronné d’Yakchas, de Gandharvas, de Maharchis qui brillaient dans les airs comme autant d’étoiles. DjarAsandha , faisant un détour à gauche, s'a|>proche de RAma : celui-ci fait le même mouvement par la droite; et leurs massues dirigées avec adresse, en .se rencontrant, font retentir les dix régions du ciel d’un bruit pareil à celui des défenses de deux éléphants qui .s’attaquent. Les coups de Ràma résonnaient comme le tonnerre, et ceux de DjarAsandha comme la montagne qui .s’écroule. I-a massue de DjarA.sandha n’ébranlait pas plus l’intrépide RAma que le vent n’ébranle le mont Vindhva; et le roi de Magadha soutenait avec fermeté les assauts de Ràma ou les évitait avec adresse. Ainsi ces deux rivaux, cherchant à se frapper, avaient fait inutilement plusieurs tours et détours; fatigués de leurs elforls, ils s’arrêtèrent, respirèrent un moment, et bientôt revinrent à la charge. Longtemps encore ils combattirent à armes égales : enfin Ràma, irrité de la vigueur et de l’habileté de .son ennemi, quitte sa ma.ssue ordinaire, et prend l’immortel Sônanda. 11 avait élevé l’arme divine et redoutable, dont le coup, dans sa main, ne pouvait être .sans effet. Alors une voix céleste se lit entendre : c’était celle de l’être souverain ({ui a l’œil constamment ouvert sur le monde; elle dit à Baladéva qui tenait déjà son bras étendu : • Ràma, « ce n’est pas de toi que DjarAsandha doit recevoir la mort. C’est assez « d’efforts inutiles. Je te défends de lui ôter la vie. Ainsi, repose-toi. Mais « le roi de Magadha ne verra pas longtemps la lumière. « DjarA.sandha , en entendant ces mots, s’éloigne tout éperdu. Ràma s’abstient de le combattre; à leur exemple les Vrichnis et les princes hais.senl leurs armes, et peu à peu s’apaise l’ardeur de ces combats où tant d’hommes, pendant si longtemps, avaient donné et reçu la mort.
DjarA.sandha , le grand roi , était vaincu : il avait pris la fuite. Le soleil était tombé à l’occident; les vainqueurs ne dormirent point la nuit sur le champ de bataille, et, ramenant leur armée chargée de dépouilles, ils rentrèrent dans la ville, sauvée heureusement par Késava. Les armes divines
disparurent alors pour retourner au ciel. Djarâsandlia, honteux de sa défaite, revint dans sa capitale, et les rois qui l’avaient suivi reprirent aussi le chemin de leurs royaumes. Cependant les Vrichnis ne crurent pas avoir entièrement vaincu le roi de Magadha parce qu’ils avaient une fois triomphé de lui : ils connaissaient trop bien sa puissance. En effet , ils eurent à •soutenir contre lui dix-huit combats, sans pouvoir parvenir à le détruire; Djarâsandlia leva contre eux vingt armées, et ce noble lils de Vrihadratha, .soutenu des autres princes, remporta enfin sur les Vriclinis et les Andhacas désavantagés d'autant plus faciles que ceux-ci étaient en plus petit nombre. Mais à cette époque les Vrichnis triomphaient, et se livraient à la joie.
DISCOIRS DE VtC.\DttOli.
Vésampâyana dit ;
Crichna et le fils de Rohini s'étaient fixés à Mathoiirà, où ils déployaient une magnificence toute royale '. Mais le roi de Râdjagriha, le superbe Djarâsandha , excité d’ailleurs par ses deux filles , ne pouvait oublier la mort de Causa. Dix-sept combats avaient eu lieu entre lui et les Yàdavas. Vaincu, mais non abattu, il voulut une dix-buitiènie fois encore tenter le sort des armes. 11 se .sentait humilie, ce grand et puissant roi, ce monaivjue coni|)arable eu gloire et en majesté au dieu vainqueur de Pâca, et il voulait .se venger par la mort de Crichna. En apprenant les préparatifs du roi do Magadha, les Yàdavas, que le nom de Djarâsandlia effrayait toujours, s’assemhlcrent pour délibérer. C’est alors que le grand et sage Vicadrou, on pré- •scnce d’Ougraséna, adressa ce discours à Crichna, dont l’oeil ressemble à la belle feuille du lotus.
‘ ta.*» rcpvtilion» soiil frot|uenlc» dans le» lectures Lxxxix el xc. Quelques-uns îles ver» (Ka-mes sauscrits. Le» quatre premiers vers de suivants se trouvent ver» la lin de la lecture cette lecture sont ceux qui commencent les précédente.
\ icadrou dit ’ :
Cher Govinda, écoute quelle fut l’origine de notre famille, et quelle en fut la fdiation jusqu’à notre temps. Si tu le juges à propos, je te raconterai l’histoire de la race <les Yâdavas, telle que me l'a jadis apprise le docte Vyâsa lui-même.
Il exista dans la famille de Manou un fds d’ikchwâcou, nommé Uaryaswa aussi puissant qn’Indra , lequel eut pour épouse chérie une fille du Dêtya Madhou>clIe se nommait Madhoumali, et elle fut pour lui ce que la divine Satchî est pour le roi des dieux. Par sa jeunesse, sa beauté incomparable et ses vertus, elle avait charmé ce prince; aussi distinguée jiar scs formes gracieuses* que par ses qualités morales, aussi aimante qu’aimable, quoique .sortie du sang Dûnava, elle faisait le bonheur d’un fils d’Ikchvvâcou. O Mêdhava, il arriva quelque temps après que Uaryaswa fut chassé du royaume par son frère aîné; sans se laisser abattre par le désespoir, il quitta Ayodhyâ, et SC retira dans les bois avec un petit nombre de servitcui’s et sa femme. Connaissant les vicissitudes du temps, il se consolait de son exil dans les bras de la belle Madhoumatl. Celle-ci lui dit : < Viens, ô le meilleur des • princes, ne regrette pas cette patrie que tu as perdue. Allons dans le ■ palais de Madhou mon père. Qu'elle est belle cette forêt de Madhouvana,
lecture, fut tué par le frère <le Uâina, 5H* roi d'Ayodhvii : co qui diminuerait beaucoup l'antiquilc de Taîcul des YÂdava». D'nutr«H tables gcnéalogiqucs parlent d'un Uaryaswa, fdsd'Anaranya ; cette indication tendrait encore à rapprocher Uaryaswa du siècle de flàma , et les détails qui vont suivre nous représenteront en effet un de ses descendants à 1a cinquième gèneratiun comme contemporain du fds de ce miHne Ràma. It eu résultera que nous devrons admettre deux Yadou, Tun comparativement moderne et fds de Hani'aswa, l'autre plus ancien , fds d'Yayâti, lequel était venu habiter ce même |»ay5, et fut le père d'une race qui se confondit plus tard avec celle du second Yadou • ffïitftT: sfxuronih {callipYÿe).
’ Ce discours de \'icadrou est remarquable en ce qu'U conlretlil les récits consignés dans les lectures xxxii, xxxiii et suivantes. Ce sont deux traditions (lilT«*rcntes qu'il est difl[icilc de concilier.
* L'auteur n'indique point la généalogie de ce prince ; d'almrd ce ne [»eut être Haryaswa, i.V roi d’Avodliyà: voy. xii* lecture, pag. 6i. IMus bas on verra que te Ids du prince dont il est tel question é|X)use les arrière- petitesrdies d'Yoïivaiiâswa; or, il y a eu deux Youvanâswa, l'un, 8' roi, l'autre, i8* roi d’Ayodhyà. Cette indication est donc insufTisanle déterminer l'âge de notre Haryaswa. D'un autre côté, on le fait contcnqiorain de Lavaiia qui, d'après la légemie rapjiortce dans la
QLATI\E-VlNr.T-TREIZIÈME LECTURE.
« couverte d'arbres, de fleurs et de fruits de toute espèce! Nous y serons
• heureux comme des dieux. Noble héros, tu .seras aimé de mon père et
• de ma mère, et surtout, à cause de moi, tu deviendras l'ami de mon frère > Lavana. Le plaisir nous attend en ces lieux aussi bien que dans ta patrie. ■ Ce séjour sera pour nous ce qu’est le Nandana pour les immortels. Viens,
• cher époux, nous y trouverons le bonheur comme si nous habitions la « ville des Dieux. Laissons, ô grand prince, ton oi^eilleux de frère, notie
• ennemi commun, cet homme fou de royauté. Je déteste cette terre <le
• déshonneur, ce séjour de servitude. Allons dans le palais de mon père. • Ces paroles d’une tendre épouse furent accueillies par ce prince amoureux, et calmèrent le ressentiment qu’il éprouvait contre son frère aîné. Les deux è|x)ux, privés d’asile, se dirigèrent vers la ville de Madhou; et le vaillant Haryaswa y fut accueilli avec joie et avec bonté par le prince des Dânavas :
• Bonne arrivée, mon fils Haryaswa, je suis content de te voir. Tout mon
• royaume, excepté le Madhouvana est à toi. Prince, voici ton palais. Tu
• auras en ces lieux Lavana pour ami et ]>our compagnon. Si des ennemis le « menacent, c’est Lavana qui se chargera de ta vengeance. Sois le maître t en cet heureux pays, borné d’un côté par la mer, de l’autre par la contrée
• d’Aroûpa riche, populeux , cl couvert de vaches et de bergers. Tu auras
• pour forteresse ’ le Girivara, pour domaine le beau pays de SourÂchtra,
• fertile en héros, et celui d’Aroùpa que la proximité de la mer garantit de
• toute maladie. Je prévois même qu'un jour ta domination s’étendra sur « toute la grande province d’Anartta *. 11 viendra un moment où ta race
• royale s’alliera avec celle d’Yayéti, et cette union confondra la famille
• solaire avec la famille lunaire Enfin, mon cher fils, tout ce qui m’appar-
• lient est à toi : libre par cet abandon, je vais me retirer sur la mer.
* Sans doute Je Madhouvana était réservé à Lavana. Voye» !a uv* lecture.
* Nous avons dt^à vu ce pays donné par l'antique Prithou au panégyriste Souta. lect. v, p. 3) ■ Le voisinage de U contrée deSourachtra. qui est Surate, détermine la position du pays d'Aroiipa, pays maritime et sans doute sauvage ;
car son nom signifie difforme.
’ ÇXf tiûurga lieu où il est difficile d'abordcr. Voyet les lois de Manou . lecture vu , si. 71 et
suîv. Je ne sais point ai le raot^intiara, qui signifie la meilleure des collines, est le nom particulier d’une hauteur, ou le nom général d'une chaîne de montagnes, telle que le Vindhya.
* Voyeii* lecture, p. 55, note 17.
* Celte phrase a été introduite pour concilier avec ce récit la tradition qui faisait descendre les Yâdavas du roi Yayéti ; mais l'auteur ne s'explique pas sur la manière dont la fusion des deux familles a été opérée.
• séjour de Varoiina. Cependant gouverne, avec Lavana, tout ce [)ays, et
• songe k étendre ta famille. >
Haryaswa lui témoigna sa reconnaissance, et se fixa dans ce royaume, tandis que le Dêtya chercha une retraite dans l'empire de Varouna. Son gendre jouit d'une grande puissance; et, pareil à un dieu, il établit sa demeure dans une ville qu’il fonda sur le divin Girivara. En peu de temps le .Sourâchtra, fertile en pâturages, s’agrandit et forma le royaume d’Anartta. Le [wvs d’Aroûpa y fut annexé; et cet état, baigné par la mer, orné de forêts, riche en moissons et en fruits, couvert de villes et de hameaux, se trouvait florissant sous les lois de ce prince magnanime qui , par sa justice et sa gloire, faisait le bonheur de ses sujets , et par son équité et scs autres vertus royales établissait sa domination sur des bases solides. Ainsi Haryaswa, tout étranger qu’il était à ces contrées , sut y obtenir une grande réputation; sa prudence et sa politique fondèrent la prospérité de cette nation.
Ce monarque sage et éclairé désirait un fds : il eut de Madhoumatî le glorieux Yadoii. Cet Yadou grandit en force et en pui.ssance; le bruit de son nom retentissait dans le monde comme celui d’un tambour sonore; orné de toutes les qualités royales, vainqueur des ligues de .ses ennemis, non moins célèbre que l’antique Poùrou *® : tel fut le fils unique, le noble et valeureux enfant du grand Haryaswa. Celui-ci, après avoir travaillé {rendant dix mille ans à l'agrandissement de son royaume, et s’être distingué sur la terre par un mérite incomparable, s’en alla au ciel. Alors ^adou, prince magnifique pour ses sujets, reçut le baptême des rois, et apparut, après la mort de son père, comme le soleil à son lover. 11 fit le bonheur de ce pays, et le mit k l’abri des craintes que lui donnaient les brigands. C’e.st de cet Yadou , semblable au dieu Indra, que les Yâdavas ont reçu leur nom ".
Un jour ce roi fit une partie de plaisir sur l’océan, accompagné de ses
** Poùrmi est onlinairemeiit le frère d'Yadou, proRré par YayàH. mot que j'ai rendu |»ar (infi^ue est poâncaca : le manuscrit
l)ongali |K)rU* potiru’ffc^'a , qui veut dire
Poûrou n'était pas l'alné, au contraire Ü «•lait le plus jeune des fils d'Yayâti. Voyez lecture XXX.
Cette phrase est un démeiiU formel donné aux traditions que nous avons vues jusqu'à présent, et qui faisaient descendre directement les Vàdavas des princes de U race lunaire. Cette famillo sc couvrit de tant de gloire que la race solaire eut peut-être la vanité de les reven* diquer comme parents : ce motif aura fait inventer celte légende, favorable à une pareille prétention.
nobles épouses, comme le dieu de la Lune entouré des constellations. Il se laissa entraîner trop loin sur la mer, et fut, malgré sa force, rapidement enlevé |«r Dhonmavarna, roi des serpents ”, qui l’emmena à travers les flots jusque dans sa capitale. Les colonnes, les portes, les maisons de cette ville étaient de pierres précieuses : de tout côté pendaient des guirlandes de perles : l'œil se trouvait ébloui de la beauté de mille coquillages divers, de l'éclat étincelant des diamants, de la magnificence d’arbres admirables dont les feuilles et les brandies étaient de corail. Les rues étaient remplies d'une multitude de femmes, appartenant é la nation des serpents et habitant au sein de l’océan. Au milieu de cette ville, en forme de drapeau, brillait un .ocastica”, égalant la lune en beauté. A travers les ondes trans|>arentes, Yadou contempla cette cité des serpents fondée aussi solidement .sur l’eau qu’elle aurait pu l’être sur la terre. Sans éprouver aucune crainte, il entra dans cette ville ; il arriva dans un palais qui pour la forme ressemblait à un nuage, et qui était rempli de femmes '* serpents. On lui présenta un siège magnifique, riche produit de l’élément humide, tout composé de pierres précieuses, orné de feuilles de lotus, et .surmonté d’un lotus d’or. Quand il fut assis sur ce trône, l’intrépide Dhoûmavama, roi des serpents, lui dit : «Ton père est
■ monté au ciel, après avoir fait la gloire de sa nation, et avoir donné le jour
• Â un prince tel que toi, qui dois marcher sur ses traces. Tu seras le père « des Yâdavas, et Harjaswa a pour jamais fondé riiouneur de cette race
• féconde en héros. Dans cette famille naîtront des princes issus du .sang - des Dévas et des Dânavas, de celui des Richis et des serpents. Prince, tu
• vois mes cinq filles, elles sont jeunes et vertueuses : leur mère est la petite-
■ fille d’Youvanâsvva. Epouse- les d’après le rite des Pradjâpatis ”, et je » t’accorderai un don ” conforme à ton mérite, c’est-à-dire la multiplication
" Let« »erj>cnts &ont une race de génie» donl il a été question lecture iii, f». aa. Ce»i aussi une tribu qui habitait sur len bortU de l'Indus, et qui a pu s'étendre sur les côtes et dans les îles de rorcan Indien. On les appelle autrement lYdÿoj. Voyet U lecture xxxiii; Ardjouna. qui semble avoir régné dans le même pays qu’Yadou , y est représenté comme faisant la çuerre à ces \agas. et de scs cent bras les é|>un\anlant jusqu’au milieu de l'océan.
“ Nous avons vu que le 5rr<unra était un signe particulier dont on croyait les serj>ent« ornés.
Le senice intérieur du palais des princes indiens était fait |>ar des femmes. Voyet dans l'édition de Sacountalâ la note du texte relative à 1a pag. 9S « 1. 1 6 . et la note 96 , p. 236.
** C'est le quatrième mode de mariage, \ovez les lois de Manou, Icct. iii, si. 21.
“ ^ tara
IIARIVANSA.
• de ta raee en sept branches célèbres, qui porteront le nom des Bhènias, t des Côndjaras ”, des Bbodjas, des Andbacas, des Yàdavas, des Dasàrbas,
■ et des 4Vichnis. »
niioilniavarna donna donc h cet Yadou, comparable au dieu Indra, ces jeumrs |>rincesses, et le mariage fut accompagné des libations recommandées par la loi Le roi des serpents, heureux de cette union, accorda à son gendre le don qu’il lui avait annoncé. Il dota aussi magnillqucment chacune de ses biles. • Mes cinq biles, dit-il, te donneront cinq bis, qui tiendront
• de la nature de leur père et de celle de leur mère. Les héros de ta race,
■ distingués par leur beauté et par leur courage, conserveront les goûts de
• leur aïeul, et s’élanceront sur les vagues de l’océan. • Le père des Yâdavas, riche d’un pareil avenir et emmenant avec lui ses nouvelles épouses, sortit de l’eau comiiie la Lune du sein des mers. Le héros apparut entouré des cinq princesses, tel que l’astre des nuits brillant dans une constellation formée de cin«j étoiles. Il revit son gynécée, orné du vêtement nuptial et de guirlandes divines. A son aspect, toutes ses épouses reprirent une nouvelle vie, comme au retour d’un feu vivifiant. Comblé de bonheur, ce prince retourna dans sa capitale, où de longs plaisirs l'attendaient encore.
QUATK l> VINGT-QUATORZIÈME LECTURE.
KI\ ne DISCOIB.S DE VICADnOL’.
Vicadrou continua :
Avec le temps les biles du serpent donnèrent à Yadou cinq bis, qui devinrent p,ir la suite des princes illustres : ce furent le vaillant Moutchoucoiinda, Padmavarna, Mûdbava, Sârasa et llarita '. Le puissant Yadou, en
" Le nmnuKril ili'vau.^gari ilc l*ari» porte '* Voye* lois <k* Mnnou , lecl. iii , »l. 35.
‘ Ces cinq enfants ne ressemblent en rien {)Our le nom à ceux de i'Y'adou de la race lunairc. Voyez lecture xjxiii.
QÜATRE-V1NGT-QUAT0I\ZIÈME LECTURE. /lOl
voyant ses cinq fils pareils à cinq génies sur la terix, éprouva une grande joie. Ces princes grandirent : pour la taille on aurait pu les comparer à cinq colline.s. Forts, invincibles et remplis d'oi^ueil, ils se présentèrent devant leur père, et lui dirent : • Seigneur, nous avons pris de l’âge, et notre corps « est vigoureux. Nous sentons le désir de prouver ce que nous pouvons faire.
• Que nous ordonnez-vous? • .\ la vue de scs nobles enfants, avides, comme de fiers léopards, de développer toute leur force, Yadou fut ému, et leur répondit avec amitié : ■ Que mon fils .Moutchoucounda aille fonder deux
• villes au milieu des montagnes, l’une sur le Vindhya, l’autre sur le Rik- « chavân Pour mon fils Padmavarna, qu’il se dirige du côté du midi , et
• qu’il se bâte d’élever une ville sur le Sahya *. Quant à mon fils Sârasa, ■ qu’il construise une ville agréable vers l’est, dans un canton orné de
• tcliampacas *. Mon vaillant fils Ilarita ira, au milieu de l’océan azuré, > gouverner l’île du roi des serpents. Le généreux Màdhava, mon fils aîné, < restera dans la capitale avec le titre de prince royal et y administrera la ’ justice. • Tous ces princes, satisfaits de la faveur de leur père, reçurent le baptême royal et le privilège du Ichümara *, et, pareils aux régents du monde, les quatre jeunes fils d’Yadou partirent pour les régions qui leur avaient été assignées.
Ceux d'entre eux qui avaient la charge de fonder des villes cherchèrent des positions favorables. Le Râdjarchi Moutchoucounda choisit, au milieu du Vindhya, un emplacement sur la rive escarpée et effroyable de la Narmadà 11 nettoya l’endroit et le débarrassa de tout ce qui l’encombrait. Il aplanit le terrain, fit creuser des fos.sés profonds, les remplit d’eau, prépara en divers quartier des chapelles “ consacrées aux dieux, établit des routes pour les chars et pour les piétons, des places et des jardins. Il ne fallut
’ laC Hickcha ou Rikchavân, comme nous l'avon» dil ailleurs, est la partie orientale de la chaîne du Viiidh)ra, depuis le golfe de Bengale jusqu'à la source delà Nannadà et du Sona. La partie méridionale de cette même chaîne, au sud de la source de ces deux rivières, porte proprenicnl le nom de Vindhya.
* Le Sah)'a est une chaîne de montagnes dans le nord-ouest de la presqu'île en deçà du (iiinge, vers Pouoab; la Godâvari y prend sa I,
source, et dirige son cours vers la côte de l'est.
* Mickelia champaea.
* On appelle yoatâ'rûilja . c'est-à-dire jeune prince, l'héritier présomptif de la couronne, déjà associe au tnme.
• Le /ràdmara était l'émouchoir, undesattri* buts de la puissance royale.
’ Aujourd'hui le Nerbud<la.
• itIMrH Ayatana.
IIARIVANSA.
j)as beaucoup de temps pour bâtir cette ville, comparable à celle d’Indra. Hicbe et opulente, remplie de vaches et de denrées de tout genre, ornée de drapeaux et de guirlandes, elle reçut de son illustre fondateur un nom qui devait perpétuer sa gloire. Klevée sur l’énorme masse du grand Vindhya, formée de grands quartiers de rochers, elle fut nommée Mdliichmati^. Kntre le mont Vindhya et le mont Rlkcbavàn , au pied de ce dernier et sur les rives salubres de la Narmadé, ce prince, animé toujours du même zèle, bâtit une autre ville aussi opulente, également comparable à la cité divine, va.stc, ornée de cent jardins et de places assignées aux marchands. Il lui donna le nom de Pouried, et ces deux villes, sous le gouvernement du vaillant et sage Moutcboucounda, devinrent riches et florissantes.
Le Ràdjarchl Padmavarna fonda aussi une grande ville sur le mont Sahya, sur les bords ombragés de la Vénâ Ayant reconnu que ce pays' était presque désert, tandis que la population était abondante sur les autres points, il choisit cette position, fortifiée par la nature même; et, pareil à un Pradjûpati, il y établit sa ville, qui fut appelée Caravirapoura; la région porta le nom de Padmâvata ”.
Sàrasa construisit la grande et belle ville de Crôntchapoura dans un lieu fertile, et planté de tchampucas et d'asocas La province, riche et couverte d’arbres de toutes les .saisons , se nomma Vanavâsin
Harita alla gouverner sur l’océan une üe couverte de pierres précieuses et renommée pour la beauté des femmes. Des pêcheurs, nommés Madgouras, y sont occupés à plonger dans la mer pour en retirer des coquillages.
* Dans ce mot on reconnaît mahd qui veut (lire grand. L'auteur semble Ici vouloir rapproclier mühiclimall du mot cotn|X>sé maluUman, qui signifie grand rocher. Celte ville est-elle la môme que la capitale du puissant Ardjouna aux cent bras ? (Voy- la lecture xxxiii.) C'est assez probable, car il est aussi question là de la rivière de Narmadà. Comme cet .Ardjouna, vaincu par Parasouràma, semble anterieur à Haryaswa, qui a pu être contcnqiorain du second Ràma, (note 3 de la lecture pn'céd.), nous pouvons penser que cette cité, abandonnée et détruite, fut rétablie par Moutcboucounda. Wilford dit que cette ville s’appelle aujourd'hui Tcholi
hfahestcara , cl il semble insinuer que son nom lui était venu de la rivière de Main, laquelle se jette dans le golfe de Cambaie.
'* Il y a deux rivières de ce nom ; elles sortent , l'une du Vindhya , l'autre du Malaya , qui doit être une dépendance du Soliya. Celle-ci se nomme Crichna vénd. Au lieu de Vénâ, M. Wilson donne Venmi.
" Dans Padmdt<a/f on veut reconnaître Patna sur le Gange : ne peut-on pas aussi retrouver Padmâvata dans Pattan , qui serait l'antique Caravîra ?
" Jonesia asoca.
" Un manuscrit porte Vindhyâvasln.
D’autre.s vont au fond des eaux arracher le corail, recueillent des perles, de la poudre d’or, et des pierres précieuses tirées du sein de la mer. Les habitants de cette île sont des Nichàdas Ils forment des flottilles de bâtiments pour aller à la pèche des perles : ils ne se nourri.ssent que de la chair des pois.sons, et, du soin qu’ils prennent de ramasser toute espèce de pierres j)récieuses, leur pays a été appelé l’ile des pierreries [Ratnadwipa) Ils charf^ent leurs flottilles de leure richesses, et vont au loin faire le commerce. Harita est honoré chez eux avec autant de respect que le dieu Couvéra.
Ainsi la race d’Yadou descend d’Ikchwâcou, et s’est divisée en ces quatre fanûlles. Le chef des Yâdavas, le roi Yadou, céda le trône ît Mâdhava, et monta au ciel, laissant son corps sur la terre. Le fds de Mâdhava fut le vaillant Satvvata , prince vertueux et doué de toutes les qualités royales. Il eut pour iils le grand roi, appelé Bhima, qui a donné son nom aux Rhèmas, comme Satwata a donné le sien aux Sàtvvatas. C’est sous le règne de Bhima, lorsque Râma faisait le bonheur d’Ayodhyâ, que Satroughna, après avoir donné la mort àLavana, abattit le bois de Madhou; et dans l’endroit où était le Madhouvana, il éleva notre ville de Mathourâ. Quand les deux enfants de Soumitrâ ” furent partis pour le séjour de Vichnou, Bhima s’empara de cette ville, (jui se trouvait à la fois sur les confins des domaines de Râma et de ceux de Bharata : il voulut en faire le boulevart de son empire, et l’annexa à son territoire. Sous le règne de Cou.sa et de son jeune frère Lava , Andhaca, fils de Bhima, fortifia encore le rovaiimc. Le fils d'.Andhaca fut Révata. Rikcha
'* Vovez Icrliire V, p. 29. Le» lois de Maiioii, lecl. .\, si. 48, disent que le» Nichàdas s’wcupenl à prendre du [wisson. Voyez ihid., le si. 8.
"■ Je ne sais pas quelle est cette île des serpents, que l'auteur appelle ici du nom de /(atna. Les îles Laquedives (Crôntchailmpa) et le» Maldives sont trop peu considérables, et je n’en vois |)a» d'autres sur lesijuellcs notre attention puisse jwrter. Qu'on me |>crmcttc une conjecture que je n’cxprinic qu'avec déliauce. Dans liainu |>eutK)n reconnaitre l'ile Hancli ? C'est ainsi que les malioinètans ap|iellent .Madagascar. Le mot même de Madagascar est-il bien éloigné du mot \!ndtjmira , que nous ve-
nons de voir tout à l'hcuie , et pur lequel on <lé»ignc une partie de la population qui s’occu|)0 de la [lèclie ? Dans le VIII® volume de» llechcrclics asiatiques, tVllford applique à Madagascar le nom de Harina , qui est le même mot que llarila. Je ferai nmiarquer, à ce sujet , qu'un grand nombre des noms de lieux dans cette île de Madagascar et sur la côte orientale d'Afrique me paraissent des racines sanscrites peu éloignée» de leur forme |>ure.
'* I.e nom de Salu-alu vient de Uihm
{vertu).
” Soumitrà était une d(!S femmes de Dasaratba . mère de Satroughna et de Lakchmana.
naquit de lui sur le somincl agréable de la montagne qui s’abaisse jusqu'à la nier, et qui du nom de son père fut, comme lui aussi, nommée Itêvala Rèvata eut pour fds le glorieux Visvvagarbha, qui étendit sa domination sur la terre. O Kesava, M.swagarbba, de ses trois épou.scs d'une beauté divine, eut quatre fds que l’on pouvait comparer pour leur magnilioence aux régent.s du monde : c’étaient Vasou, Babbrou, Souebéna et le vaillant Sabhàkcbya, héros fameux parmi les héros Yàdavas, et cités comme des dieux sur la terre. Par eux la raccd’Yadou fut multipliée, et les peuples s’accrurent en nombre.
Le Sàtwata Vasou a donné le jour, dans le pays de Counti à un fils nommé Vasoadéva , et à deux filles renommées, dont l’une est Counti, épouse de Pàndou, .semblable à une déesse sur la terre, et l’autre est l’illustre Souprabb.à **, épouse de Damagbocba , roi de Tcbédi
Telle est, ô Crichna, fhistoirc de ta propre famille, telle que je l'ai autrefois ap|>rise de Cricbna-Dwèpâyana. Dans l’état de détresse où nous sommes maintenant, c’est à toi que nous avons recours. Tu es pour nous comme Swayambhou lui-même : nous attendons de toi l’existence et la victoire. Les Pourânas nous disent ce que tu fus, et il ne nous e.st ]>as permis d’ignorer ce que tu peux. Initié à tous les secrets des dieux, tu dois soutenir le inonde. Toi seul es c.ap.able de combattre Djaràsandba, et nous autres guerriers, nous nous soumettons à l’ascendant de tes lumières. Le puissant Djaràsandba nous menace à la tête des rois : ses forces sont nombreuses, et nous n’avons que peu de ressources. Hélas! celte ville seule ne peut soutenir le poids de son ressentiment. Elle n’a que peu de provisions en aliments et en combustible : elle n’est pas défendue par des forteresses, par des fossés remplis d’eau, par des machines de guerre. 11 faudrait élargir les remparts et les retranchements, construire un arsenal et réunir une grande quantité de projectiles pour accabler l’ennemi. Aussitôt après la mort de Causa, à f aurore de notre révolution, l’armco formée par ce prince a suffi à peine pour nous protéger ; notre ville, dans ce nouvel assaut, ne peut résister. Inondé des troupes de l’ennemi, ravagé par une armée supérieure, notre pays, il n’y a point de doute, va périr avec son peuple. Tous
Voye* lecture x. p. 55. Iæ inoni Rêvai» ** D'aiilre» r»p(>eltcnl SrouIairBiiI. monte du golfe de CamUaie au* gorges de Dilli. >i Lp Tcliaiidail
" C'est peutotre une portion du pays d'Anga. .
leRhagalpTur « dyoudàJjdra.
ceux cjui ont été vaincus par les Yàdavas reviennent au combat ; il s’agit d’une prééminence que nous voulons conserver, c’est une lutte que nous devons soutenir avec honneur. Si, quand le royaume est désolé, nous, princes que nous sommes, nous tremblions devant Djaràsandha et nous prenions la fuite, nous mériterions le blâme et les reproches des citoyens victimes de la guerre et de la haine qu’on porte aux Yâdavas.
Voilà, ô Crichna, les observations que je t’adresse avec confiance. Tu sais tout, et tu n’as plus besoin d’être averti. Donne en ces lieux les ordres que tu jugeras nécessaires. Tu es le chef de notre armée, nous sommes .soumis à tes volontés ; c’est toi qui as fait naître l’inimitié qui nous poursuit, c’est à toi de nous sauver avec toi-même.
DISCOUR.S DE PARASOÜR.XMA.
Vêsampâyana dit ;
L’illu.stre Vasoudéva, après avoir entendu ce discours de Vicadrou avec un certain sentiment de plaisir, prit la parole en ces termes : • Le prince
• qui vient de parler, 6 Crichna, sait quelles sont les six ressources que
• doivent se ménager les chefs des peuples : il est sage et prudent dans ses
• conseils, il y a dans ses discours autant de vérité que de convenance. Il a
• dit quels étaient les devoirs sacrés d’un roi qui veut faire le bonheur du
• monde. »
A CCS mots prononcés par son père, et aux paroles du grand Vicadrou, Crichna répondit, tout occupé qu’il était d’une seule pensée : « J’ai entendu
• vos discours : pour remédier aux circonstances, on doit les considérer
• dans leur cause et dans leur enchaînement, voir ce que conseillent le
• raisonnement et les livres, et ne pas oublier l’influence de la fatalité. Un « prince doit écouter avec attention les débats d’une affaire, répondre avec « réserve, et adopter dans la discussion les règles d’une saine politique. Or
• il faut qu’il pense toujours aux six ressources qui lui sont indiquées, et qui
HAIUVANSA.
« consistent à faire des traités, à livrer bataille, à se mettre en marche, à
• se retranelier dans un camp, à diviser ses forces, et à chercher la pro-
• tcction d’un étranger Cependant, quand un ennemi trop puissant le
■ menace, s’il est sage, il ne doit pas l’attemlre; ([u’il fasse à temps une < retraite prudente, et après avoir réuni de nouvelles forces, qu'il reprenne
• l’ollénsive. C’est le parti que je suivrai. A l’heure merne, et sans mystère, « je vais partir avec Sancarchana : nous aurons l’air de vouloir sauver nos
• jours; forts et armés de notre courage , nous aurons l’apparence de la fai- « blesse désarmée. Dirigeant nos pas vers les riches contrées du midi, nous
• entrerons dans la chaîne immense du Sahja. Nous traverserons la ville de
■ Caravîrapoura et l'agréable cité de Crôntchapoura , pour arriver à la fameuse
• montagne de Conianta. Kn apprenant notre départ, l’oi^ueilleux mo- > narqiie, qui croit déjà tenir la victoire, laissera la ville de Mathourâ et se
• mettra avec ses alliés à notre poursuite. Djarà.sandha s’engagera dans les
• forêts du Sahya, pou.s.sé par l’espoir de nous prendre. Notre éloignement
■ fera le salut de la nation; nous sauverons ainsi les citoyens, la ville et tout
• le pays. Dans leurs courses aventureuses, ces rois ambitieux ne pourront
• subsister loin de leurs contrées : au milieu <le provinces étrangères, har-
• celé par nos troupes, rennemi doit périr infailliblement. »
C.riclma venait de finir son discours : aussitôt Sancarchana et lui se mirent en marche sans balancer, et prirent la route du midi. Ils allaient de province en province, traversant heureu.sement les uomhreu.ses contrées du Dakcliina’,et poui-suivaient leur route, comme en se jouant, sur les sommets du Sahya. Kn peu de temps ces héros admirés pour leur beauté comme pour leur vaillance parvinrent à la ville de Caravîrapoura fondée sur le Sahva , et habitée par des princes de leur propre famille. Kn marchant sur les rives de la Vénà ’, ils arrivèrent à un magnifique Nvagrodha *, et aperçurent sous cet arbre un Mouiii brillant de tous les feux de la pénitence. Lne hache * pendait à son côté; ses cheveux étaient rclexés en nirud il avait un vête-
' O e»t iv t »l4H'a la lecture vi i
des lois de Mauoii.
* C'est le Dckan : ce mut sigiiilie méridional et droit, l.'liuiict) se touruaut vei-s l'(>st au uio meut du sacrifii'e, a le iniili à main dniite
* J'ai di*j« dit que M W iison donne 1 vnnâ *
il écrit le man. bengali porte (j (| || .
* Ffcu4 indica.
* Cette hache, ap^>dee parasou, est la marque distinctive de ce (jcrsotinage. nomnu‘ pr>ur (elle raison Paraum Ihlma.
* Cesl la coiffure apj>elée djatà
ineiil d'ccorce d'arlire Son aspect était terrible; sur sa tête s’élevait une flamme éclatante, et il re.splcndissait comme le soleil. Fléau exterminateur pour les Kcbatriyas, il est inébranlable comme une vaste mer. 11 sait, dans le temps convenable, déposer en son sein les cendres de l'holocauste, tenir lieu lui-mémc de la flamme sacrée *, et faire les trois ablutions commandées ’, aussi bien que le maître des dieux. Il traîne à sa suite une vaclie blanclie, accom|>agnée de son veau , et qui, au gré de ses désirs, lui fournit le beurre du .sacrifice. Enfin ce personnage est l’Iiabitant du Mahcndra le petit-lils de Rhrigou, le grand, l'infatigable Ràma. Il est assis et ressemble au soleil placé sur le Mandara. A quelque distance de lui, les deux fils de Vasoudéva s’anétèrent en le voyant, pareils à deux feux étincelants. Ils saluèrent le Ricbi, et Cricbna, à qui rien n’est inconnu dans le monde, lui adressa la parole d'une voix douce et harmonieuse :
• Seigneur, je .sais que vous êtes le fils de Djamadagni, le petit-fils de
• Rhrigou, Ràma le grand .Mouni et l’exterminateur des Kchatriyas. La mer
• a été couverte de vos flèches rapides. Les traits lancés par votre main “ ont « formé en tombant la ville de Soùrpâraca, large de cinq cents arcs, haute
• de cinq cents flèches; et la population, qui s’était accrue dans les bois du
• Sahya, a été introduite dans le terrain d'Aparânta conquis par vous sur
• l’océan. C’est vous qui, pour venger la mort de votre père, avez de votre
• hache ahattu la forêt des mille bras de Càrttavirya l.j terre est encore
de la presqu ilc eu deçà du Gange. G^mme on ignore l‘époc|ue pr^dse de la mon de Parasouràma. le |)oële a profité de celte circonstance pour faire vivre ce j>enkOnnage jusqu'au ieinps de G'tclma.
“ Je siip(K>sc que cette image représente les pilotis plantés par le héros pour contenir le terrain.
" Le mot afmrànta signifie exfrrmitc occuienlaie. La tradition porte que Parasouràma dC' manda à Varouna. dieu do la mer, de lui céder un terrain qu'il pût donner aux Brahmanes en expiation du sang des Kchatriyas : Varouna relira ses flots des hauteurs de Gocama (pri's de Mangalorc) jusqu'au cap G)morin. Voyex le V* vol. tics Rechercltes asialitpies. pag. i.
“ Voye» lociiire xïiiii.
* mlcala. Tel est le vêtement des soliuires. \ oyez Luis de Manou . lecl. Vl , si. 6.
' Je crois que ces mots font allusion à la pratique recommandée par le si. a 5 de la vi* lecture des lois de Manou, et qui consiste à avaler les cendre du sacrifiœ. Au reste voici le vers que donne mon texte : î
^ ÿ.ft?:rTrîH'
* \'oy^ lois de Manou, ibid. si. 32 et 7Ü Ces ahiution.n, faites le matin, à midi et le soir, se nomment mco/uu.
'• A fapjwintion du second Ràma, Parasouràma s'était retiré dans la solitude, au milieu des forêts du Mahendra, que M. Wilson indique comme étant la partie septentrionale des Ghates
IIAUIVANSA.
• aujourd’hui liumidc cl rouge des flols de sang Kchatriya versés sous cette
• hache; fds de Uénoucâ elle ne peut oublier quel est i’efl’et de votre
• colère, quand vous apparaissez dans le combat avec cet instrument de « mort que je vois à votre côté. Aussi , pieux Brahmane, nous voulons vous
• adresser une question : votre réponse nous est nécessaire pour détniire « nos inquiétudes. Nous sonunes de Mathourâ, sur la rive de l’Yamounâ : « nous appartenons à la race des Yàdavas, et il est possible, illustre Mouni, « que vous ayez entendu parler de nous. Le plus vertueux des Yâdavas, Va- « soudéva, est notre père. Vous savez peut-être que nous avons été élevés à
• la campagne, au milieu des pâturages, et que dès le moment de notre
• naissance nous avons été deux compagnons inséparables, grandissant loin
• de notre famille pour échapper à la haine de Gansa. Sortis de reiifance,
• nous nous sommes rendus è Mathourâ : là, nous avons donné la mort à
• Gansa, ennemi toujours acharné contre nous, et nous avons rendu le trône
• à son père. Telle a été la première ocuvTe de deux pasteurs. Gependant
• Djarâsandha est venu assiéger notre ville : nous avons livré plus d'une
• baUiilIc, et toujours remporté la victoire. En ce moment pour sauver notre
■ patrie et nos concitoyens sans tenter la fortune des armes, et dans le des-
• sein de réparer nos forces, sans char et à pied, sans armure et sans traits ,
• nous sommes sortis de Mathourâ afiu de détourner l'attaque de Djuràsan-
• dha. Mais, sage Mouni, puisque nous avons le bonheur de vous rcncon-
• trer, daignez nous aider de vos conseils. »
Le fds de Rénoucâ répondit à ces paroles re.spectueuses par un discours rempli pour nos héros d'un sage intérêt : « Grichna, j'arrive d'Aparânta, où « j’ai laissé mes disciples; et je .suis venu ici, seul, dans l'intention de vous « donner quelques avis. Je sais l’histoire de votre séjour dans le Vradja, la < mort de plusieurs Dânavas, et celle du cruel Gansa. Noble héros, quand ’ j ''' ‘'PP*"'® nouvelle attaque de Djarâsandha contre toi et ton frère, je
• me suis transporté en ces lieux. Je te connais, Grichna, pour être le pasteur
• et le maître éternel de ce monde. Pour accomplir l'œuvre des dieux, pour te
■ soumettre aux devoirs de la perfection, sans être enfant, tu as subi la fai-
• blesse de l'enfance. Tout dans les trois mondes dépend de toi. Ainsi écoule
• ce que je vais te dire avec le désir de t’être utile. O Govinda, il est une
" La mere ilc ce tlàiua portail ce nom. Voy. lecture xxvii.
OL'ATRF.-VINGT-QUINZIÈMK LECTURE. 409
• ville, nommée Caravirapoura , et fondée par tes ancètre.s. Dans cette nlle
• existe un roi fameux , appelé Srigâla : il est fils de Vasoudéva. Ce roi cruel
• et ennemi du mérite a donné la mort à tous les princes de ton sang qui
• pouvaient avoir des droits à la couronne. Orgueilleux, opiniâtre, défiant,
• en arrivant au trône il s’est montré même barbare envers scs enfants. Je
■ pense donc que le séjour de cette ville de Caravirapoura, toujours rem-
• plie de guerriers, .serait pour toi dangereux. Mais je vais te dire dans quel « lieu vous pourrez tous les deux attaquer avec avantage le superbe Dja-
• râsandba.
• Nous allons traverser ensemble la rivière sacrée de Vénà, et gagner â
• l'extrémité de la province une montagne escarpée; cc.st le beau pic d’Yadj- " nagiri, le plus élevé de la chaîne du Sabya, repaire accoutumé de ces bri- « garnis anVeux qui .se nourrissent de chair, et couvert de mille arbres fleuris
• et touffus. Nous y passerons la nuit; et, marchant heureusement à notre
• but, nous traverserons la rivière de Kbatwângi, bordée de magnifiques
• rochers, et tombant du haut de la colline avec la même majesté que le
■ Gange; nous contemplerons les bois qui l’environnent, tous ornés de l’éclat
• des saints pénitents, et en passant par les montagnes , nous verrons ces « Brahmanes fameux par leurs austérités, vainqueurs de l’orgueil et des
• passions, qui pourraient être si fiers, et dont l’àmc est si tranquille.
• Au delà de cette rivière, et après avoir visité ces hommes, véritable
• tré.sor de pénitence, nous arriverons à la grande et belle ville de Crôntcha- « poura. Là se trouve un roi de ta famille, ô Crichna, roi juste et pieux, « nommé Maluicapi, dont le pouvoir s’étend sur ce pays de forêts. Nous nous
• abstiendrons de le voir, et, ne prenant qu’un jour pour nous reposer,
• nous marcherons vers le saint liriha Anadoub. En quittant cet endroit, « nous descendrons le Sabya pour arriver au pied de la montagne de Go-
• mante , montagne formée de plusieurs collines, mais dont le pic principal
• s’élance jusrpi’au ciel; les oiseaux ne peuvent s’élever jusqu’à cette hauteur;
• ce pic est l’endroit où les dieux fatigués viennent se reposer; entouré îles
Un tirfha , comme nous l’avons dil, pag. 3Hi , csl un Hou de pèlerinage : il s'y trouve or*
<iinairenicnl une pièce d’eau, une source sacrée.
Le texte |K>rlc à l’accusalif
tirlhanutnatfoüham. Au Hou de décompc»er ce mot, il fallait peut-être traduire le Tîrthamânatiouh. lae manuscrit de M. Tod à la place de
donne .
• aslies, il esl comme le marchepied du Swai^a, ou le belvédère “ du lir- « manient, cl, couvert de chars divins qui viennent s’y abattre, il ressemble « à l'incomparable Mérou. Là, sur ce sommet élevé, brillant comme deux « divinités, vous apercevrez l’aurore et le couchant, le soleil et le dieu de « la lune, roi des étoiles, l’océan orageux, sans rivage, orné d'ilcs innom-
• brables. C'est de là aussi, de ce sommet escarpé du Gomanta devenu votre
• forteresse, de ces bois impraticables que vous provoquerez Djai'âsandba et
• que vous le vaincrez. Kn voyant dans cette position inexpugnable ses in-
• domptables ennemis, ce prince s’arrêtera devant un rocher, forcé d’entre-
• prendre une attaque d'un genre nouveau pour lui.
• Oui, il me semble voir déjà ce terrible combat : les armes brillent, la
• bataille s'engage, ô Cricbna, bataille épouvantable, ordonnée par les dé-
• crels des dieux; la terre est couverte des corps et inondée du sang des
• 4âdavas et des rois. I.es armes de Viebnou, le disque, le .soc, la ma.ssue
■ Cùmodakî, la ma.sse Sùnanda ”, apparaîtront au milieu de la mêlée, et
■ rougiront leurs formes meurtrières du sang des princes condamnés à la
• mort. De là ce combat portera le nom de Tcharramouchala '* : telle est
• l'intention des dieux, telle esl l’attente de Câla. Dans cette circons-
• tance, ô Cricbna, tes ennemis et les Sourns dont lu es l’espoir te
■ verront sous la forme de Viebnou. Oui, |»our le triomphe des dieux,
■ arme-toi de cette ma.ssue et de ce di.sque tant renommé : combats
• sous la véritable forme. Que Bala, ap])ui et soutien du monde, saisisse,
• pour la mort des ennemis des dieux , le soc redoutable et la masse
• meurtrière. Ce sera la première affaire, ô Cricbna, dans laquelle tu
■ accompliras la mi.ssion qui t’a été confiée de délivrer, de concert avec les « Souras, la Terre surchargée du poids de ses prince.s. L’apparition des
• armes divines et de la forme de Viebnou , l'arrivée de Lakcbmi, la manifes-
• talion de ta toute-puissance, le désordre des bataillons ennemis, tels sont
• les avant-coureurs de ces grands combats qui doivent se succéder sur la
• terre : tel est le début de la gueire que se feront plus lard les enfants de
” VoywpUi» haut, lecl. xci, pag. 3(jo.
** Ce mol composé renferme Je mol tckacru (|ui signifie Risque, et le mol qui si-
gnifie maue. Il est qiieslion d’mi comiMil où le
disque et ia masse de Vichnou lui ont donne la victoire.
** Il parait que Parasoiir.ima ne compte pour rien les dix-sept combats qui ont di^à été livrés.
• Bharata. Ainsi, prends le chemin de la haute montagne de Gomanta. Dja-
• râsandha viendra t’y chercher, mai.s pour sa perte : tout annonce qu'il sera
• vaincu.
• Cependant acceptez ce breuvage pareil à la divine ambroisie : c'est le ■ lait que ma vache me roiirnit pour le sacrifice. Fortiliés par cette boisson,
• suivez la route que je viens de vous indiquer, et qui, je le souhaite, vous
• conduira au succès. >
QU ATRE-VINCxT-SEIZlÈME LECTURE.
ARRIVÉK SUR LF. GOMANTA.
Vêsampâyana dit :
Apres avoir bu du lait de cette vache , les deux héros Yddavas, pleins de force et d'assurance , se remirent en marche , guidés par Râma lui-méme, et .se dirigèrent, par la route qu’il leur avait annoncée, vers la montagne de Gomanta. Ixur pas impétueux ressemblait à celui de deux éléphants furieux. Le fils de Djamadagni les accompagnait, et ils étaient comme trois feux brillants , illuminant la roule de même que les dieux illuminent le ciel. Enfin, après plusieurs jours de marche, ils an-ivèrent au mont Gomanta, qui leur offrit l’aspect que le Mandara présente aux dieux. Üue multitude d’arbres magnifiques y étale l’orgueil de leurs branches : çà et là s’élève l’odorant agoiirou ', étendant son large vêtement sur la montagne; de riches couleurs y charment les yeux de leurs teintes variées. Là, des essaims d’abeilles s’élancent en bourdonnant; ici, des arbustes se dressent entre les rochers. Les jiaons ivres de joie poussent des cris qu’accompagne le bruit de l’orage. Des pics se perdent au milieu des airs; des cimes d’arbres se confondent avec la nue. De leurs défenses, les éléphants froissent et tordent les rameaux. Des troupes nombreuses d’oiseaux troublent partout l’écho de leura chants. Des torrents d’une eau limpide tombent des cavernes le long de la montagne,
' .^çui/ana a^al/oc/tMm
/il2
que colorent de leurs nuances diverses le gazon , les branches et les rochers noircis; de même l’aspect du ciel se diversifie sous le voile de vapeurs qui le couvre. Mille veines de métaux précieux composent le vaste corps du Gomanta , formé de plateaux et de précipices , honoré de la présence des dieux , beau comme l’agréable Mènâca’, large, élevé, arrosé de tout côté d’une onde salutaire, couvert de bois et de grottes, et couronné de nuages blanchâtres. La terre est partout ornée de panasas^, iVdmnilacas d’dmro^^ de roseaux, de syandanas'', de Ichandanas ’, de tamàlas ”, d’é/d.5 °, de maritchas **, de bui.ssons, de pippalis ", de lianes rampantes, d'ingoudis ", il’arbres résineux comme le sarxlja ", de mille autres arbres de formes variées, tels que le sala'* à la poussière odorante, le nimba ", l'ardjouna ", le bananier ", Vhinidla ", le pounnâga ". Toutes les parties sont également favorisées : les endroits humides sont remplis de plantes aquatiques, telles que le lotus; les endroits secs sont couverts d’arbu.stcs qui se plaisent dans cette espèce de terrain. On distingue le djamhm “, le djamboùla les arbres au feuillage noir, le tchampaca ”, l’asoca ”, le bilwa ”, le lindouca ”, le couladja ”, le nâgapouclipa ” et le cadamba ”. Sur le gazon se glisse le serpent, ou se promène le cerf. Les tapis de verdure sont foulés par les Siddhas ”, les Tchâranas ” et les Ràlichasas, et les rochers couvei-ls de A’idyàdharas Les bois retentissent des rugissements des lions et des léopards. Le front de la
* Mootagne que l'on place au mkli de la presqu’île en deçà du Gange,
* 1a* jaquier, urfocurpui
* SponJias rtumgifura.
* Le manguier, man^ifem itulica.
* Dülbertjia ofujetnieraîs.
’ Sandal, rinum
* Xanthocymus pictonus.
* Eleiteria ou alpinia cttrxlamomum .
*• Piper rtigrum .
“ Poivrc-long '* Jiyffputa ou mgaà.
” Shorcu rot^iuta ou pentaptera arjum- '• Shorea robtula , le sü .
” nimlt, meha azûlarackta.
Pentaptera arjum.
” Le nom sanscrit de ccl arbre est caflalt ( muMi saptentum). Le manuscrit bengali (»orte
aitahhi, qtii est le carrUaspemium hahcacabum ou la cUtoria (ematea.
" Ptianis ou elate paludotea.
** liottieria rincfona.
•* jùBihcaicr. catjenùijambu.
** Pan<iauus otioraùssimuj.
” Mivhetia champaca
“ Jonesia asoca.
“ Œtjle mannelûs.
” Dioifnros ^lutùuua.
*• Ecbitei antidyienterica , vulgairement rora^'û.
” liotileria tinctoria, ou metua fenra.
“ Naucha cnJamha.
** O sont des |>crsoiinages connus par leur saiuU*tc.
“ Musiciens célestes.
** Vo)’W lecture LXXiv.Dot. 3.
montagne est orné de nuages, et porte l’empreinte des pas de la Lune. Célébré par les dieux et lesGandhar\’as, paré de la présence des Apsarâs, le Gomanta SC décore des fleurs si variées des arbres divins : la foudre d’Indra le respecte; il ne connaît ni les feux de l’incendie, nila violence de l’ouragan, charmante retraite des dieux, embellie des cascades les plus merveilleuses. Les bosquets sont comme les riches ornements de sa belle tète, les fleurs des .S’e’valas “ aquatiques et des Sritujâtas ” font sa brillante parure. Ses pelouses agréables servent de lit aux habitants des bois : les ombrages va liés qui couvrent ses flancs res.semblent aux nuages qui s’étendent au ciel. Scs longues allées d’arbres fleuris, scs grottes agréables , ses cavernes fraîches sont pour le Gomanta ce que sont pour un époux les épouses aimables qui folâtrent çà et là sur scs pas. Son sommet est comme enflammé par le vif éclat des plantes : c’est la retraite paisible des anachorètes; les beautés de la nature ont en ces lieux la perfection de l’art. Enfin, le Gomanta par sa large ba.se et sa tête élevée touche aux profondeurs de la terre et semble se mêler au ciel.
Nos voyageurs, pareils à trois Immortels, en approchant de cette montagne, furent frappés d’étonnement. Ils gravirent le Gomanta, comme les oiseaux s’élèvent dans l’air; forts, patients et courageux , ils an'ivèrent ju.s- (ju’au sommet, et trouvèrent que la beauté des lieux répondait à l’idée qu’ils en avaient conçue. Le fils de Djamadagnl, le sage Râma, voyant les deux Yâdavas parvenus au terme de leur voyage , voulut encore leur répéter scs instructions :
•• Seigneur, dlt-il à Crichna, je pars pour la ville de Soûrpâraca, mais " sans vous perdre de vue au milieu des combats que vous allez livrer aux " Dânavas Le plaisir que m’a causé le voyage que nous venons de faire ensem- " ble, 6 Crichna, ne m’a point permis de sentir la fatigue. Voici donc la place " où SC passeront bientôt de grands faits d’armes. Le moment est venu où va " commencer la lutte que vous devez tous deux soutenir en faveur des dieux.
• « Prince des Souras,Vêcountha^,Vichnou, toi quecélèbrentlcsdieux, etqu’a- « dore le monde entier, écoute mes dernières paroles. O Govinda , ton combat « avec Djarâsandha est la première scène de cette grande œuvre que tu dois ■ accomplir dans ce monde pour le salut des hommes vertueux. Ici même tu
” VaUisneria octutulra. ** Surnom de Victinoii ; rôlymologie de ce
” Trapa bispinosa. mot est incertaine. Voyez pag. 197, note a.
« vas, ô Crichna, développer la force de tes armes ; tu vas déployer ta forme ter- « rible et guerrière. En te voyant une main armée du disque, faut réarmée de la « massue, en te voyant orné des huit “ facultés s uimatu relies, Indra lui-même
• peut trembler. Entre donc aujourd’liui dans cette vole terrestre que te montre
• le ciel pour l'avantage des immortels, et pour ta gloire , ô le plus juste des « êtres. O généreux Govinda , appelle à toi le fds de Vinatâ “ qui te sert de « [Kivillon et de monture. L’heure du combat est arrivée, les rois se lèvent
• contre les dieux, les vassaux du fils de Dbritarâcbtra s’occupent déjà des « pi-éparatifs de la guerre. La Terre , veuve de ses rois , a les yeux attachés sur
■ toi : elle porte le vêtement de deuil , et ses cheveux par leur arrangement
« témoignent de sa douleur. Brille dans le combat , sous une forme humaine,
■ comme un astre menaçant pour tes ennemis; et que le résultat de cette
• lutte soit la mort pour les Dânavas, le Swarga pour les rois et le bonheur « pour les dieux. O Crichna, toi que les immortels honorent, tuas daigné
• m’honorer toi-même. Je serai heureux de pouvoir contribuer en quelque
• chose à tes succès , si tu daignes te souvenir de moi à l’heure du combat. •
Ainsi parla le (ils de Djamadagni à l’illustre Crichna : il finit par lui souhaiter une victoire complète, et partit pour le pays qu’il habitait ordinairement.
QU VTIIE-VINGT-OIX-SIÎPTIÈME LECTURE.
ARRIVÉE DE DJARASANDHA.
Vésampàyana dit :
Ajirès le départ de Bàma, les deux ^àdavas parcoururent les sommets agréables du Gomanta. Leur poitrine brillait de guirlandes agre.stes, et leur
“ L'oiseau Garouda.
” (icUe roiffiirc est a[)|>eU« vêni : elle consiste à rasscinl>ler tous les cheveux eu une seule (nuiïe qui IoqiIh! par derriore, sans aucune espèce d’ornement.
J'ai pensé que l'on d(»ignait ici les huit (pialités comprises sous le nom de rthhoûit Voy. ce mol dans le dict. deM. Wilson. Le pa.ss.ige est obscur:
QUATRF;-VINGT-D1X-SEPT1KME lecture. 415
YÔtcnient était noir pour Râma au teint blanc, jaune pour Crichna au teint noir; c’est ainsi que varient les couleurs des nuages répandus au ciel. Ces deux jeunes héros, le corps marqué de taches empreintes avec la terre colorée de la montagne se livraient au plaisir au milieu de ces forêts agréables. Ils contemplaient le lever de la lune qui règne sur les a.stres , ils observaient les étoiles à l’orient et au couchant.
Un jour, Sancarchana, séparé de Crichna , errait sur la montagne, pareil lui-même à une haute colline.il se couche à l’ombre d’un cadumba fleuri, doucement éventé par le .souffle d’un air odoriférant. Il goûtait la fraîcheur de ce zéphyr complaisant, lorsque son odorat fut tout à coup frappé du parfum d’une agréable liqueur. Il éprouvait le plus vif désir de boire; depuis la veille sa bouche était desséchée par la soif. Il se rappelait le breuvage de la douce ambroisie; il cherchait où était la liqueur qu’il avait sentie, quand il arrêta scs yeux sur le cadamba. Dans un creux de l’arbre était contenue une hois.son délicieuse formée de ses fleurs et de l’eau des nuages d’automne. Sancarchana altéré en but li plusieurs reprises, et bientôt , étourdi par l’ivresse , il chancela : scs yeux erraient incertains, et sa tête flottait sur ses é|)aules, obscurcie comme le disque de la lune dans la saison de l’automne. Cette liqueur, formée dans un creux du cadamba, fut appelée Cddamhari. C'était Vârounî* elle-même métamorphosée, Vâroiinî, source première de l’ambroisie divine.
Dans cet état d’ivresse où la Càdambari avait jeté le frère aîné de Crichna, trois aimables déesses* lui apparurent : c’étaient Vârounî elle-même repre-
il été apportée dans l'Inde de l'orcidenl. En tout cas, si Bacchus est venu dans l'Inde, U n’y a f)oint planté 1a vigne, dont les auteiini indiens ne [laHent jamais. Voyes dans les lois de Manou, lect.ii,sl. 9^et 95, avec quoi se composaient les liqueurs enivrantes. Virminî est encore le astérisme lunaire.
* Ces trois Grâces indiennes ont quelque clK>ae de plus matériel que les trois Grâces des Grecs : car elles représentent ici les trois genres de jonissances , que Balarâma, devenu guerrier. pourra se permettre : le plaisir de la boisson, le plaisir des femmes et le plaisir de la ftrrtune.
' Voy. lect. Lxx, not. 1, et lect. lxxiii. not 8.
' VârounI est, suivant les uns, l'épouse, suivant les autres et comme kl, la fille de \'arouna, dieu de la mer, et régent de l'ouest. C'est la déesse qui préside aux liqueurs fermentées , et sous ce rapport on la connaît encore .sous le nom de MaAirà, et mieux encore sous celui de Soaràdèrii elle aortit de la mer lorsque les dieux en firent le barattemeot . et de là lui vient son nom de VAroant. J’aime mieux l'ctymolc^ie qui fait venir ce nom de Varouoa , dieu de la mer, que celle qui le tirerait de Va* rouna, régent de l'ouest, et tendrait à faire présumer que l’usage des liqueurs krmeotées
liant sa forme céleste , Cânti, amante du dieu de la lune, et Sri *, sainte et vénérable divinité qui a le lotus pour marque distinctive. Vârounî, s’approchant du rds de Itohinî, le .salua avec respect , et adressa ces paroles au héros ([ue fivressc avait aflaibli : • lialadéva, puisses-tu vaincre dans le ciel l’armée
• des Dèlyas!.lo suis Vârounî ton amie. En apprenant que tu étais sur le < Bndavâmoukha j’ai parcouru la terre avec l'anxiété qu’éprouve l'âme
• errante et décline de ses mérites, .l’ai habité dans les Kharas * â la fleur
■ arrondie, dans les alimouklas'' aux bouquets odorants, lialancéc avec eux
• aux souilles des vents. Je me suis attachée au cadamba dans la saison des
■ pluies, beurcu.se de pouvoir, sous une forme empruntée, soulager la soif
• qui le dévore. C’est mon père Varouua qui m’a envoyée, m’ordonnant
• de me dévouer à ton service, comme jadis il m’envoya vers les dieux, quand « ils battaient l’océan pour obtenir l’.\mrita. Sur le Badavâmoukha aujour- « d’hui , je veux être à toi , comme autrefois je fus aux dieux , quand je sortis
• de la mer; je te reconnais pour mon maître. Puissant Ananta*, je ne te quit-
• terai jilus, devrais-je être blâmée de toi; je ue puis plus, sans toi, sup-
■ porter le monde. »
Aussitôt après Vârounî, Cânti s’approche de Sancarchana : son corps est aflaissé sous l’ivresse du plaisir, et son regard e.st comme égaré. Elle salue le héros et lui sourit ; elle lui .souhaite la victoire , et lui dit : • Je viens de la
• part de Tchandra’'; et, comme Vârounî , je suis éprise des qualités de celui
■ qui est le mrfître tout-jiiiissant, et .Anauta aux mille tètes. »
La déesse, <pii habite au sein d’un lotus, Srî, dont la place e.st sur le cnnir *“ de Vichnou, vient, promjite , caressante, briller, comme une guirlande éclatante , sur la poitrine du (ils de Rohinî , et là , celle dont la face rcs-
* Sri est la <lèei»se de la fortune : clic est l’é- |Kni»e de \ iclmou et ae nomme au»M Lakchmt. Elle sortit a^cc Sourâdcv) de la mer baratli'C par le» dieux. Onia repri’sente a&sise sur un lotus
^ Dans la lec ture xiv, p. a i4. nous avons vu que le fUdavâmoukha était un volcan , et nuu» pensions qu’on {>ouvait le placer du côté du Sahyâ. Ce mot iiuÜ4{ue ici le lieu vers U‘quel H? trouve maintenant llalaràma , ou il doit être plis dans un sens métaphorique: la chaleur que
ce dieu éprouve est comme un volcan dans lequel il serait plongé.
* Afesnaferrea , ou mimasops clenÿi
^ Cttrfnera racemosa , ou baniitena omjeinienfis; on l'appelle encore en sanscrit màdhavtlatâ
* Nom de l^lai’âma» considéré comme une incarnation du grand serpent.
* Nom du dieu de la lune.
** Telle est la position que quelques sculptures donnent à l'épouse de \ ichnou, dans les grou()C3 qui représentent ces deux divinités
semble au lotus, celle dont cette même fleur orne la main charmante, dit à Sancarcliana en touchant la guirlande qui le pare : « O RAma, tu as diqà reçu « une preuve de l’attachement de Vârounî, qui de scs charmes a rehausse tes
• attraits. Maître des dieux, Cânti et moi, nous nous joignons à elle : c’est
• ainsi que Tchandranias “ voit accourir vers lui les nymphes qui le ché-
• rissent. Reçois de moi, et place sur tes mille têtes, ce diadème qui sort « du trésor de Varouna, et qui étincelle comme le soleil; reçois aussi ce
• pendant “ d’oreilles d’or, enrichi de diamants, et rappelant par sa forme « l’antique et premier lotus; ces vêtements de soie noire, dignes de Samou-
• dra lui-même; ces larges colliers de perles, précieuse dépouille de
• l’océan. Prends cette parure que célèbrent les PourAnas : le moment est
• venu , ü dieu puissant , de te montrer dans toute ta splendeur. »
Baladéva, orné de cette |iarure et accompagné des trois déesses, brillait comme la lune dans la saison de l’automne. Avec Crichna aussi noir que le nuage chaîné d’eau, il s'abandonne au plaisir, de même que la lune, quand elle est délivrée de Râliou. Les deux frères causaient ensemble, non moins tranquilles que s’ils eussent été dans leur palais, quand le fdsde VinatA s’approche d’eux rapidementjwr la route de l’air. Ilairivait triomphant etsuperbe, portant les traces des traits des Dêtyas, et décoré d’une guirlande divine : il venait de vaincre pour les dieux. Pendant que Vichnou dormait sur son lit immortel, dans le séjour de Varouna, au milieu do la mer do lait, le Dêtya, 61s de Virotchana, lui avait pris son diadème Garouda, pour lui enlever sa conquête , avait aussitôt sur la mer commencé un combat contre la troupe des Dêtyas. Il avait repris le diadème de Vichnou, et revenait par le chemin du ciel qu’habitent les dieux. 11 aperçut .sur le Gomanta son niaitre V ichnou occupé de sa grande couvre : le diadème reconquis pendait, resjdendissant, sur sa poitrine. En voyant V ichnou sur le haut de la montagne , dépouillé de sa robe brillante, privé de sa couronne, sous l’apparence d'un simple mor-
“ Nom du dieu de la lune, lequel a c|>ouM’ les nvmphes, qui pré-sident aux vingt-sept eonstellations qu'il parcourt.
" Il est à remarquer que l'on ne donne à Balariima qu'un seul pendant d'oreilles. Voyex lecl. Lxxxil . P- 348.
“ .le crois bien que ce p.issagc est une alli-
goric ; la saison des pluies, qui arrive |>endant le sommeil de Vichnou , 6te à la nature sa parure et au soleil son diadème. L'oiseau céleste annonce le printemps qui va rentbe à \ ichnou sa couronne. Garouda et le crocodile , dont il prend la Tonne, peuvent être des constellations
tei , l'oiseau divin , qui le reconnaît , laisse du haut du ciel tomber sur la tète d’Oupendra le diadème, qui revient occuper sa place accoutumée, et donne à Crichna,au milieu du jour, l’éclat du soleil sur le sommet du Mérou.
Crichna voit avec plaisirque le fds de Vinatâ lui a remis sa brillante parure, et il dit à Râraa '* : ■ Sans doute le moment approche d’agir pour les dieux,
• et tout est prêt pour soutenir la lutte sur cette montagne. Pendant que je
• dormais sur l’océan , le fils de Virotebana, prenant la forme d’Indra, était < sorti de la mer et m’avait enlevé mon diadème. L’oiseau Garouda l’a recou-
• vré en se déguisant lui-même .sous la figure d’un crocodile , et il vient de
• me le rapporter. Il est donc évident que le roi Djarâsandha n’est pas éloi- « gné. Et en effet, on aperçoit l’extrémité des drapeaux qui doivent êtrepor-
• tés sur des chars aussi rapides que le vent, et le haut des parasols de ces
• princes qui courent à la victoire . Les vois-tu , ces parasols pareils à des lu nés, « élevés au-dessus des chars de ces rois? Ces lignes blanches, qu’ils forment
• au loin, ressemblent à des troupes de cygnes voyageant dans les airs. Re-
• garde, les lueurs qui partent de leurs armes brillantes, se mêlent aux
• rayons du soleil et illuminent les dix régions du ciel. Dans le combat que « ces héros vont engager, tous leurs traits lancés contre moi mourront sans
• effet. Oui , le grand Djarâsandha arrive à temps : il va devenir pour notre « courage comme la pierre qui aiguise le fer; c’est un hôte que nous traite-
• rons sur le champ de bataille. Ne nous séptarons pas à l’arrivée de l’ennemi ,
• et laissons-ie lui-même engager le combat. •
Ainsi parla Crichna d’un ton ferme et résolu, et en attendant Djarâsandha, il examinait son armée. A la vue de tous ces princes, le héros Yâdava pensait en lui-même aux destinées que le ciel leur préparait. • Les voilà donc, se
• disait-il, ces maîtres de la terre ; aujourd'hui vivants, et condamnés cepen-
• dantau trépas parla fatalité 1 Je me les figure déjà frappés par la mort; ils
• montent au Swai^ revêtus d’une forme éclatante. En effet, fatiguée du
• poids des armées innombrables qu’entretiennent ces princes sur toute sa
• surface, la Terre est venue dans le ciel déplorer ses tourments. Bientôt elle « sera libre , et le Swarga aura reçu cette multitude de rois. •
La fin de cette lecture est presque en entier une répétition de ce qu*on a déjà vu clan» la lecture xci
OUATRE-VINGT-DIX-HUITIÊME
LECTURE
INCENDIE DU GOM.VNTA.
' Cependant le maître des rois, Djarâsandha, s'avançait triomphant à la tête de ces princes suivis de troupes nombreuses. C’étaient des chars de bataille, disposes avec art, attelés de chevaux superbes et bien dressés, et marchant en coq)souscparément; des éléphants guerriers, pareils à de larges brouillards, conduits par des guides exercés, et parés do cloches et de colliers d’or; des chevaux légers comme le nuage, rapides comme le vent, montés par d’habiles cavaliers et pleins de souplesse dans tous leurs mouvements; des fantassins vigoureux, couverts de leur armure, chargés de traits menaçants, réunis par milliers et s’agitant comme des serpents. Ainsi, comme des masses orageuses , s’avançaient ces quatre corps de l’armée du puissant et courageux Djarâsandha, les chars aux roues retentissantes, les éléphants secouant avec orgueil leur parure sonore, les chevaux hennissant, et les fantassins poussant de confuses clameurs. Les dix régions de l’air et les rochers de la montagne résonnaient de ces bruits divers, et Djarâsandha s’élevait du milieu de cette armée au-dessus de la foule des rois qui l'environnaient. Cet immense concours de princes entourés de vassaux belliqueux éhninlait le ciel de mille cris, et pouvait être comparé à une masse de vapeurs oi'i gronde la foudre. Ces chars prompts comme lèvent, ces éléphants épais comme la nue , ces chevaux légers comme la fumée, ces fantassins ardents comme le feu, présentent une scène confuse; telle apjKiraît dans le ciel l’armée de nuages qu’amène de la mer l’orageuse automne.
Les rois qui suivaient Djarâsandha entourèrent la montagne , et songèrent
' Tout le rtiminencemenl tie celte lecture se retrouve aussi dans la xr.i' lecture pag. 387 avec peu (le iliffcrence
HARIVAXSA.
à établir leur camp. Lcur.s tentes .s’élevaient avec niagnilicencc et brillaient au loin comme les vagues de la mer .se gonflant dans le temps du Parvvan blanc Au point du jour, ces princes, impatients et avides de combats, s’assemblèrent pour délibérer sur les moyens de commencer l’assaut du Gomanla. Us demandaient tous le signal de l'attaque, et leur bruit tumultueux ressemblait à celui qui doit s’élever à la fin des âges au milieu do l’océan soulevé. Suivant l’ordre du roi, des vieillards, distingués par leur veste, leur aigrette et leur canne , courent dans tous les rangs et commandent le silence. On se tait sans cesser d’être agité , et l’apparence de cette assemblée est celle de l’océan troublé où circulent silencieusement les poissons et les monstres marins. Quand le calme fut établi dans cette mer orageuse , et que l’attention des assistants fut comme enchaînée par la curiosité, Djaràsandba, tel qu’un antre Vrihaspati , commença un long discours :
« Princes, que vos troupes .soient sans retard mises en mouvement, et
• que les flots de vos soldats entourent toute la montagne. Que les machines
• propres à lancer les pierres et les traits soient disposées; que les guerriers
• .saisissent leurs masses de fer, leurs glaives et leurs hallebardes. Que les
• ouvriers con.strui.sent rapidement des mantclcts, aussi forts que légers, " pour mettre les combattants â l'abri des coups qui tomberont d’en haut.
• Un combat acharné va s’engager de part et d’autre, et les ordres que je « donne doivent être exécutés promptement. Que cette haute montagne soit
• déchirée par la pioche et la houe : que les chefs, habiles dans l’art d’atta-
■ querles forteresses, se mettent eux-mêmes h la tète des travaux. Je veux que
• dans cet assaut que nous allons livrer au Gomanta péris.scnt enfin les deux
• (ils de \ asoudéva. Que sur ce vaste rocher on ne voie plus aucun oiseau « voler, et que l’air y soit obscurci de vos flèches. Cependant, que chaque
■ prince occupe le poste que je vais lui assigner, et gravisse la montagne par « un côté diflerent. Les rois de Madra et de Calinga, Tchékitâna avec les
• Bâhlicas, Gonarda, roi de Câsmîra, le souverain de Caroûcha, Droiima,
• Kimpouroucha et les montagnards escaladeront le côté occidental. Le
• petit-fils de Pourou, Vénoudâri, Somaca prince de Vidarbha, Roukmin
• roi de Rhodja, .Soùryàkcha avec les Mâlavas, le .souverain des Pantchàlas,
’ Le moi» lunaire »c partage en deux moi- Le Panaan est une époque du moi», lelte que
liés appelée» pakrhas : un de ces pa/cchas est la nouvelle ou la pleine lune , le 6‘, le B* ou
nommé irnir^ crichna , et l'autre blanc, soucia. le lO* jour de chaque quinzaine.
• le roi Droupada, les deux princes d’Avanti, Binda et Anoubinda, le vaillant
• Dantavaktra, Tchhâgali, Pourouniitra , le roi Virâta, le prince de Côsâm- < blii, relui de Mâlava \ Satadhanwan, Vidoùratba, Bhoùrisravas, le roi de
• Trigarlta, Bâna et le roi de Pantchanada attaqueront la montagne par le
• flanc septentrional, et joindront à l’habileté qu’ils ont pour emporter les
• forteresses la violente impétuosité de la foudre. Ouloûca, Kêtavya, le héros
• fils d’Ansoumân , Ecalavja , Dridhâkcha, Kehatradharman , Djayadratha,
• Outtamddjas, le roi de Salwa, celui de Kérala*, Késiea, le prince deVidisa,
• Vâmadéva et le courageux Soukétou s’élanceront parle côté oriental, ren-
• versant tous les obstacles avec la même vigueur que les vents, quand ils
• fendent les nuages. Je me charge, avec le roi de Darada et le vaillant prince
• de Tchédi, d’emporter de vive force le côté méridionaL Ainsi, que le Go-
• manta cerné de toute part soit frappé par nos armes foudroyantes. Que
• la hache, la massue, et les autres instruments de destruction servent à ' notre vengeance. Que cette montagne, formée de rochers inaccessibles,
■ soit par vous, ô princes, réduite au niveau du sol. •
Les rois, après avoir reçu les ordres de DJarâ-sandha , sc mirent à entourer leGomanta, de même que les mers entourent la terre. Mais le roi de Tchédi, qui est parmi ses sujets comme Indra parmi les dieux, s’écria : « Qu’est-il
• besoin d’e.scalader cette montagne inabordable, où notre marche à chaque
■ pas sera entravée par les arbres? Amassons autour du Gomanta du bois sec " et des herbes, et mettons-y le feu : c’est le moyen le plus sûr. Nos guer- « riers, accoutumés à combattre dans la plaine et à lancer des traits du haut
■ de leurs montures, ne sont pas préparés à un combat de pied, et à l’esca-
■ lade d’une montagne, il n’y a point de travail de siège, point de tranchée
■ qui puisse nous amener au sommet de cette montagne : c’est une entre-
■ prise qui cflraicrait les dieux eux-mêmes. Il est bien d’attaquer une cita-
■ dcllc, mais quand il e.st possible de l’assiéger. On ne peut pas m’objecter
■ ici que ceux qui sont sur la montagne n’ont ni vivres, ni eau, ni combus- « tiblc, qu’ils seront forcés de descendre, et qu’alors par le nombre nous « l’emporterons. Et d’ailleurs ignorez-vous que nous avons affaire é deux . Yâdavas qui passent pour avoir une force extraordinaire et divine? Nous
• avons déjà pu les juger par leurs œuvres ; c’étaient des enfants, mais leurs
' La xci* lecture porte Mà^adha. — > * Le Malabar.
■ actions étaient grandes et dignes des immortels. Je vous l'ai dit, entourez
• cette montagne d’herbes et de bois sec; mettons-y le feu, et que ces deux
• insensés soient brûlés. S’ils parvenaient i se sauver de l’incendie qui les « aurait cernes, nous nous réunirions pour les accabler, et ils laisseraient la
• vie dans ce combat. •
Ce discours du roi de Tchédi fut approuvé de ses collègues, qui en reconnurent toute la justesse. On fit un grand amas de bois, d’berbes, de roseaux et d’arbres desséchés ; la montagne fut bientôt enflammée, comme la nue qui s’illumine aux rayons ® du soleil. Les guerriers s’empressaient de profiter des avantages du terrain et du vent pour pousser le feu avec activité. 1j» flamme excitée par le souffle de l’air s’élevait de toute part, éclairant le ciel de sombres lueurs, qu’obscurcissaient les tourbillons de fumée. Animé par le vent, alimenté par le bois et les racines de tous ces beaux arbres, le feu fait de rapides progrès. Les larges roches du Gomanta se fendent en mille éclats, qui roulent comme de terribles météores. Un réseau immense et brillant enveloppe la montagne, semblable aux rayons qui couronnent un nuage. Le Gomanta dont le sol bouillonne, dont les arbres se consument, siffle et rugit comme l’animal sauvage réduit aux abois. La violence de l’incendie écbaufl'e, enflamme et met en fusion des masses d’or, d’antimoine et d’argent. la montagne, dont tous les membres sont brûlants, ne présente pras cependant un corps entièrement lumineux; elle est voilée par la fumée, et telle que le nuage formé de noires vapeurs. De temps en temps, sous la chute des rameaux embrasés, sous une horrible pluie de charbons, elle semble vomir des flammes, de même que la nue chaigée de météores éblouissants. Sillonnée de cascades de lave dévorante, environnée d'une fumée épaisse, elle tombe en cendres, comme si elle était déjà la proie du feu qui doit consumer le monde à la fin des âges. Les serpents, à la tête large, à l’oeil noir, sortaient en sifflant de leurs retraites, le corps à demi brûlé. D’un bond imptétueiix ils s’élançaient en l’air à plusieurs reprises et retombaient enfin étoulTés. Les lions et les léopards couraient çà et là, aveuglés par la lueur de l'incendie. La force de la chaleur exprimait des arbres qui ne brûlaient pas encore un suintement abondant. Le vent élevait des globes noirs de
* &■ rani rayon rend ki le mol cp|^ pàja, cette derniere significaliou dons la lecture xcvi. qui signifie ordinaircnienl pif J- Je lui ai donn<^ |>ag. âi3.
cendres mêlées d’étincelles, et couvrait le ciel d'un vêtement de fumée qui s'étendait comme un nuage orgueilleux. Les oiseaux et les autres hôtes de la forêt avaient fui loin de cette montagne que dévorait la flamme, et d’où se détachaient en roulant les roches calcinées : on aurait dit que la foudre d'Indra venait de broyer ces pierres autrefois si solides.
Ainsi les Kchatriyas, rangés en armes autour du Gomanta à la distance d’un demi crosa *, avalent allumé cet incendie dont ils sentaient eux-mêmes toute la violence. La montagne brûlait, les grands arbres se desséchaient , la terre enveloppée de fumée se réduisait en poussière. Râma irrité dit au vainqueur de Késin et de Madhou : • O Crichna, les rois nos ennemis, dans < leur haine contre nous, ont mis le feu à cette montagne dont le sol et les
• arbres s’embrasent de tout côté. Entends-tu dans le lointain les cris de ces ■ Kchatriyas à la vue de la fumée qui s’élève et des flammes qui consument
• les forêts? Si, à cause de nous, le Gomanta est incendié, que dira le monde? « que pensera-t-il de nous, qui aurons laissé traiter indignement la plus
• belle des montagnes? Ne serait-ce que par ce motif, ô Crichna, ô foi qui
• as la force et la fermeté du roc, je veux faire sentir à ces Kchatriyas la vi-
• gueur de mes bras. Les vois-tu occupés à attiser le feu? Ils n’ont point
• quitté leurs armes, quelques uns sont toujours sur leurs chars, et prêts à
• combattre, quel que soit le terrain. Je cours les joindre. • 11 dit, et du sommet de la montagne, comme le roi des astres du sommet du Mérou, le jeune Rala s’élance avec impétuosité. Sur sa poitrine flotte une guirlande de fleurs; scs lèvres sont humides de Câdambarî; son vêtement est noir, sa face blanche. Il ressemble à la lune d’automne : il n’a qu’un pendant d'oreilles magnifique, et sur son front s'élève un riche diadème. Le frère aîné de Késava venait de descendre dans la plaine : le puissant Crichna , pareil à un sombre nuage, suit ses pas, et sous ses pieds ébranle la montagne. Ces mouvements font jaillir et remonter l’eau des sources : les branches des arbres en sont inondées, comme le front de l’éléphant est mouillé de la liqueur que ses tempes distillent, et la violence du feu est tempérée par cette eau, de même qu’à la fin d’un Calpa ’’ l’ardeur du soleil est éteinte par l’eau des nuages. Crichna pousse un cri de lion : couvert d’un vêtement jaune,
* Cest-è-dire 3.000 coudées, le crosa étant ’ Le mot caiÿM peut ici s'entendre d‘une ré> de â.ooo coudées volution des saisons de l'année.
IIARIVANSA.
noir lui-iiR'iiie comme la nue, la télé ornée d’un diadème, la face éclatante de beauté, l'œil comparable au lotus, la poitrine marquée du Srivalsa, brillant comme Indra aux mille yeux, il se précipite aussi rapidement que Rima. La montagne, qui s'agite .sous le poid.s des deux béros, en se balançant, produit toujours de nondjreux jets d'eau qui calment la fureur du feu. A cette vue, les rois restent interdits, et commencent à trembler.
QUATRE-VINCxT-DIX-NElJVIÈMI':
LECTURE
M.tRCHE DE CniCHN.t SI H CAIl.WIRAl’Ol Fl \.
^'èsampàyana dit :
Kn voyant ‘ les deux fils de Vasoudéva descendus de la montagne, toute cette armée de héros fut troublée : les chars et les chevaux s’agitaient avec confu.sion. Les deux \àdavas, leurs armes à la main, s’enfoncaient dans les rangs ennemis, comme deux monstres de l’océan qui, furieux, troublent et soulèvent les vagues. Leur .sage prévoyance employa pour ce combat le secours de ces armes antiques, qui avaient déjà apparu à l’alfairc de Mathourâ, anues tlivines qui descendirent du ciel à la vue de ces milliers de |)rinces belliqueux, flamboyantes, éblouissant les yeux comme des feux étincelants, armes mei'vcillcu.ses , altérées du sang, aflàmées de la chair de ces rois, accompagnées d’une nuée d’oiseaux carnassiers, couronnées de guirlandes sacrées, rapides, larges, superbes, effrayant les habitants des airs, et remplissant de leur éclat les dix régions. Ces armes, qui sont celles de Viclmou lui-méme, sont au nombre de q\iatre : c’est le soc Samvarttaca, la masse S<V nanda, le disque ’ Soudarsana, et la massue Cùmodakî. Elles arrivent au moment du combat, et les deux béros s’en saisis.sent. Ràma prend d’abord le soc incomparable qui ,se glisse comme un serpent dans les rangs ennemis ,
' tontmciieciuenl de ceUe lecture »c * Dans cette lecture xci , au lieu de
retrouve aussi dans la xu^ |î. 38C. ce dis<|ue . c'est l’an- Sariiça.
et se montre paré de festons divins. Sa main gauche s’arme de la masse Sônanda, dont il terrassera ses adversaires. Késava s’empare avec joie du disque éclatant [damaniya) *, nommé Soudarsana, et comparable au .soleil lui-mémc. La main gauche du dieu dont les louanges retentissent dans le ciel et dont l’reil ressemble à la coupe du lotus [coumoudàkchu) porte la massue Cômodakî. Ainsi armes, Réma et Govinda attaquent leurs ennemis, et leur apparence est celle de V'ichnou. Egalement terribles et courageux, il serait difficile de les distinguer : il existe cependant entre eux une différence d’âge et de nom; mais l’aine et le plus jeune, mais Râma et Govinda .se montrent avec les mêmes qualités; c’est Vichnou qui s’est doublé et partagé en deux béros puissants et invincibles.
Râina, comparable dans sa colère au dieu de la mort, allait sur le champ de bataille, faisant serpenter son soc dans les bataillons ennemis, labourant sans relâche les rangs des Kchatriyas, formant de larges sillons au milieu des éléphants et des chevaux. Les éléphants atteints par le soc ou écrasés pr la masse de Râma tombaient comme des montagnes sous les coups du guerrier, qui semblait se faire un jeu du combat. Les chefs des Kchatriyas frappés par Râma et précipités de leurs chars vinrent en tremblant auprès de Ojarâsandha. Celui-ci, ferme dans ses devoirs, leur dit avec sévérité :
• Honte au Kchatriya qui, comme vous, se trouble sur le champ de bataille I
• L’action d’un Kchatriya qui se laisse vaincre, qui perd son char et qui
• luit, est, di.scnt les sages, un crime aussi horrible qu’un avortement. « Quoi! vous tremblcx devant un seul fantassin, devant un faible berger!
• Indignes Kchatriyas! rctournex au combat, c’est moi qui vous l’ordonne. « Ou du moins du haut de vos chars contemplez les coups que je vais porter ■ à ces deux pâtres réclamés par Yama. » Tous ces guerriers, â la voix de Djarâsandha, reprennent courage : ils reviennent avec ardeur au combat, et lancent des milliers de traits. Avec leurs chevaux tout brillants d’or, leurs chars resplendissants comme la lune, leurs éléphants comparables à de larges nuages, et dirigés par d’habiles conducteurs, ces princes apparaissaient sur leurs chars, au milieu des autres combattants, couverts de leur armure, ceints de leur glaive, chargés de toute espèce de traits, l’arc tendu.
' G; mol est employé pour iuiliqucr le sens rtvi mot SûOilttnana , comme plus bas roumeu-
dàkcha semble avec intention rapproché de Cèmûdaki.
le carquois sur l’épaule et rempli de flèches, distingués par le parasol qui ombrageait leur tète et le Ichâmara qui les éventait.
De leur côté les deux héros, fds de Vasoudéva, parcouraient ce théâtre avec tout l'éclat qui entoure de généreux guerriers. L’air était obscurci de traits, ou retentissait de coups de massue. Au milieu de ces flèches qui tombaient par milliers, les deux frères s’élevaient comme deux montagnes assaillies par la pluie. Mais à celle attaque, comme aux coups des lourdes massues et des lances, ces fici-s Yâdavas demeuraient inébranlables. Crichna. noir comme le nuage, portant sa conque, son disc[ue et sa massue, semblait croître en ardeur et en force, tcd que le feu que souffle le vent. Avec .son tchaci^ brûlant comme le soleil, il abat les hommes, les éléphants, les chevaux et les chars. Ain.si terrassés par la massue, taillés en pièces par le soc, les princes éperdus ne pouvaient présenter aucune résistance; et leurs chars, coupés par le tranchant du disque, se bri.saient et encombraient le terrain. Les éléphants vigoureux, succombant stms la ma.ssc de Râma, poussaient de longs gémi.ssements, et, privés de leurs défenses qui tombaient en éclats, ils ressemblaient â des nuages épuisés d’eau. Les cavaliers et les fanta.ssins, atteints par le disque aux rayons brûlants, roulaient sans vie sur la poussière, comme si la foudre venait de les écraser. Enfin celte armée, consumée par les feux du Ichacra et du soc dévorants, ou brisée sous leurs coups terribles, présentait la scène de désolation qu’offrira le monde â la fin des âges. Les rois ne pouvaient contempler sans frayeur les jeux effroyables des armes divines de Vichnou. De tous ces chars de bataille, les uns étaient fracassés, les autres portaient encore leure nobles conducteurs, que la mort avait moissonnés; quelques-uns étaient par terre, avec une roue fracassée. Au-dessus de cette horrible scène où s’exerçaient le disque et le soc des deux béros, volaient les Râkcbasas * de sinistre présage. 11 est impossible d’exprimer les cris lamentables qui allaient frapper le ciel, de peindre la chute des hommes, des éléphants, des chars, des chevaux, abattus comme les arbres sous la hache du bûcheron. terre, aiToséc du sang des princes morts dans le combat, était aussi rouge que la femme qui s’est teint le corps avec la poussière de sandal. Un large fleuve étendait au
* Celte espece de Ràkcliam est celle qui dcyore le» humain» ; leur »eulc présence souille
le» sacrifices, et ils habitent ordinairement les cimetière».
loin ses vagues sanglantes, où surnageaient des cheveux, des membres, de la moelle, des entrailles d’hommes et d'éléphants. C’était un spectacle horrible à voir que cette.jonchée de guerriers et de ([uadrupèdes, que ce champ de mort, d’où s’élevaient les clameurs malheureuses des heureux du siècle *, et les lugubres gémissements des ble.ssés, où semblait s’être abattu un nuage de sang, où s’entassaient en monceaux de cadavres confus les hommes, les éléphants et les chevaux, où résonnaient les cris de joie des corbeaux avides, où Crichna enfin, au milieu de tous ces princes terrassés, expirants, dominait comme la Mort toute cette scène épouvantable.
Elevant dans scs mains sa massue meurtrière et son disque pareil au soleil de la fin des âges, Késava s’élancait dans les rangs de scs ennemis et leur criait : «t Héros, pourquoi cessei-vous de combattre? n’avez-vous plus
• d’éléphants, de chevaux et de chars? Que faites-vous? qu’est devenue ■ votre habileté? est-ce donc 14 votre courage si renommé? Vous n’avez
• devant vous que deux guerriers, mon frère et moi; quelle terreur impré-
• vue précipite votre fuite? D’où vient donc que le fameux Djaràsandha
• ne se présente pas en ce moment?» Ainsi parlait Crichna : le vaillant prince des Daradas .s’approche de Réma qui, le soc élevé et les yeux rouges de colère, fendait les bataillons de son armée. Comme l'aiguillon qui presse le taureau, sa parole excite le héros ; «Viens, Râma, lui dit-il, viens, su-
• perbe vainqueur, et combats avec moi. ■ Alors entre les deux guerriers commence une lutte terrible, telle que celle de deux éléphants furieux. Rdma serre de près son ennemi ; de son soc et de sa masse il le frappe à coups redoublés : l’épaule du Darada reçoit le premier choc, mais bientôt sa tète est séparée de son corps, et le héros tombe comme un roc brisé par la tempête.
Ce prince venait de succomber : Djaràsandha le remplace •*, et sa rencontre avec lUma fut aussi effroyable, aussi capable de faire dresser les cheveux que celle de Vritra avec le grand Indra. Armés de leurs massues, ils s’attaquèrent avec violence, et la terre tremblait sous leurs pas. Ils ressemblaient à deux collines qui viendraient se heurter. Les autres guerriers cessaient de combattre pour regarder la lutte engagée entre ces deux cham-
* Celle antithèse e»t traduite httéraleroent : * Ce passage est presque en entier Hans la
î .Voy. lect. cuui. »cii* lecture, pag.
428 IIARIVANSA.
pions animés par la colère, célèbres par leur adresse à manier la massue, et renommés pour l'habileté de leurs maîtres et pour leur courage personnel. Comme deux éléphants rivaux ils se précipitèrent l'im sur l’autre. Les dieux, les Gandbarvas, les Siddbas, les grands Riebis, les Yakebas et les Apsarâs accouraient par milliers, et l’air était rempli de leurs troupes qui brillaient au ciel comme des étoiles. Djarâsandha faisant un détour à gauche s’approche de Ràma : celui-ci exécute le même mouvement par la droite : les deux habiles guerriers abaissent en même temps leurs massues qui, en se rencontrant, font retentir les dix régions d’un bruit pareil à celui que font les défenses de deux éléphants qui se heurtent. Les coups de Râma résonnaient comme le tonnerre, et ceux de Djarâsandha comme le bruit d’une montagne qui s’écroule. La massue de Djarâsandha n’ébranlait pas plus l’intrépide Râma que le vent n’ébranle le mont Vindhya; et le roi de Magadha soutenait avec fermeté les assauts de Râma ou les évitait avec adresse. Enfin Râma voyant l’habileté et la force de son ennemi, dans la colère qui le transporte, quitte sa massue ordinaire et prend sa masse divine. Il la tenait élevée, et l’arme redoutable allait frapper un coup dont l’effet eût été infaillible. En ce moment une voix sonore se fît entendre dans les airs : c’était la voix de celui qui est le témoin du monde. < Râma, dit-elle, « ce n’est pas toi qui dois donner la mort à Djarâsandha. Vous vous êtes
• essayés assez longtemps. Il t’est défendu de lui ôter la vie. Cesse donc de ■ combattre. Encore un peu de temps, et le roi de Magadha verra son der-
• nier jour. • A ces mots, Djarâsandha s’éloigne, troublé, éperdu; et Râma cesse de le presser.
Il y avait longtemps que durait le combat; mais après la défaite et la fuite du grand Djarâsandha , toute l’armée suivit son exemple. On abandonna le champ de bataille jonché de chars; les princes, pressant les pas de Icui's éléphants, ou de leurs chevaux, ou bien montés sur de nouveaux chars, se dispersèrent épouvantés, comme des cerfs éventés par le chasseur; et la plaine, débarrassée de tous ces rois dont l’orgueil venait d’être brisé, apparut horrible, effrayante et couverte d’oiseaux de proie.
Ces princes fuyaient; l’illustre roi de Tchédi se rappela qu’il était parent de Crichna, et se rendit auprès de lui avec l’armée des Câroûcbas et les troupes de Tchédi. Désirant faire alliance avec Govinda, il lui parla en ces tenues : • Noble Yâdava , je suis l’époux de la sœur de ton père. Je viens
• avec une armée me réunir à toi, et t’assurer de mon attachement. J’ai osé
■ dire à l’insensé Djarâsandlia : Ahsticns-toi , malheureux, de combattre
• Crichna. Il a méprisé mon discours, etjc l’abandonne aujourd'hui. Abattu > par tes armes, Djarâsandha fuit loin de toi avec ses partisans. Mais ce
• prince retoimie dans sa capitale sans renoncer à son inimitié : bientôt il
• se déclarera encore contre toi. Ainsi, quitte promptement cette terre
• jonchée de cadavres, et couverte d'oiseaux de proie : des bumains ne
• peuvent l'habiter. Rendons-nous, Crichna, avec notre suite à Caravîra-
• poura. Nous y trouverons le prince Srigàla, fils de Vasoudéva. Voici deux
• chars que j’ai destinés pour ton frère et pour toi : ils sont attelés de che- « vaux pleins d'ardeur, et remarquables pour la solidité des roues, de l'cs-
• sien et du timon. Monte donc sur ce char, et Baladéva sur l'autre. Que le
■ bonheur vous accompagne 1 Hétons-nous d'aller visiter le roi de Caravîra- « poura. »
Crichna accueillit avec plaisir le discours du roi de Tchédi son oncle :
• Oui, lui répondit le maître du monde, nous avons suffisamineut com-
• battu, et tu viens à propos nous rappeler ce que demandent et le temps « et le lieu. Tu nous as tenu le discours d'un bon jiarent, et tes paroles sont
• pour nous comme une onde rafraichissantc. Roi de Tchédi, ils sont rares
• dans ce monde, ceux qui savent parler avec douceur et convenance, suivant « les circonstances et les lieux. Prince, nous nous trouvonsheureux et forts de « ta présence; il n’est rien que nous ne puissions espérer avec un parent tel que « toi. Avec ton secours, nous sommes sûrs de triompher et de Djarâsandba « et des princes ses alliés. Tu es de tous les rois le premier allie des Yâdavas,
■ et désormais tu vas prendre part à leurs combats. (Les guerriers qui écou- « teront dans ce monde le récit de la bataille de Tchâcramôsala ’, et de la
• défaite des rois au mont Gomanta, pourvu qu’ils en gardent le souvenir,
■ iront après cette vie dans le Swarga*.) Mais allons, grand roi , k Caravira-
• poura, et suivons heureusement la route que tu nous as indiquée. • Aussitôt ils montent tous sur leurs chars, et lancent leurs chevaux aussi rapides que le vent. Ils formaient comme autant de feux éclatants qui brillaient au loin sur la route. Au bout de trois nuits, ils arrivèrent près de Caravira-
' .'t la fin de la xcv* lecture , au lieu de ce * Je auU porté à penser que cette phrase mol on lit Tchacramottchala. Je crois que Tchâ- n'est pas é sa place. £Jlo serait mieui ii la Go de
cmmâchala est plus régidier. la lecture.
^i30 IIARIVANSA.
poura, et apparurent dans ce fortune pays comme des divinités descendues sur la terre.