CONSEIL DES ROIS
Vêsampéyana dit :
Tous les princes, en voyant Crichna arriver avec le fils de \'inatâ, commencèrent à réfléchir. Ces rois, terribles sur le champ de bataille et prudents au conseil, instruits dans l’art de la politique, s’assemblèrent pour délibérer dans la .salle de Bhichmaca, superbe et toute brillante d’or; ils se placèrent sur des sièges ornés de riches peintures et couverts d’étoffe.s précieuses : à les voir, on aurait dit une assemblée de dieux. Alors le noble et puissant Djarâsandha prit la proie, et leur parla avec la majesté d’Indra s'adressant aux immortels.
• Ecoutez, dit-il, princes, et vous, sage Bhîchinaca, les discours que
• m’in.spire la prudence. Le fameux Crichna, fils de Vasoudéva, arrive é
• Couiidina avec le fils de VInaté. Fort et puissant, il est entouré des Yàdavas,
• et sans doute il a le projet de briguer la main de la jeune princesse. « Vaillants monarques, faites aujourd’hui ce que vous conseillent votre « honneur et votre politique; examinez le fort et le faible de votre position. ■ Vous savez ce que les deux fils de Vasoudéva, à pied et sans l’assistance de
• Montagne située dans la chaîne de l’Ilimâ- temps , connue nous l'avons vu , lect. iii , pag.
laya, où les poêles mettent le s^our de Cou- i8, et lect. ix, pag. 5i, on des douie Adilyas, véra et celui de Siva. et en celle qualité firre de V iclinou , lequel
’ Surnom du dieu Indra , qui est en même est Crichna.
• Garouda, ont fait au mont Gomanta. Quel désastre n’avons-nous pas essuyé !
• Aujourd’hui que Crichna est secondé des Vrichnis, des Yâdavas, des Bho- « djas et des Andhacas, quelle sera sa force dans le combat? Lorsque Vichnou, « monté sur Garouda, vient disputer la main d’une princesse, Indra lui- « même avec les dieux serait-il en état de lutter contre lui ? * On raconte que
• jadis, quand la terre, couverte d’une mer universelle, était plongée dans le « Pâtàla, le puissant Vichnou la releva et prit en cotte circonstance la forme « d’un sanglier, que le monde révère comme le premier des êtres. Leroi des « Dêlyas, Hiranyâkcha, périt sous les coups de ce sanglier Iliranyacasipou,
• célèbre par son immense pouvoir, ne devait mourir de la main d’aucun « ennemi, quel qu’il filt, dieu, Dêtya, Rlcbi, Gandharva, Klnnara, Yakcha, " Ràkchasaou serpent, ni dans l’air ou sur la terre, ni dans l’intervalle du jour » ou de la nuit, ni par l’influence d’un élément sec ou humide ; ce roi des Dêtyas,
• que rien dans les trois mondes ne pouvait faire mourir, fut cependant » vaincu et tué par Vichnou sous la forme de l’homme-lion. Il y eut un fils " de Casyapa, nommé liali : Vichnou, frère des Adityas et prince des Sou- " ras, prenant l’extérieur d’un nain, lia ce prince par son propre serment.
• Fidèle À sa promes.se pieuse, Bali fut envoyé dans le Pâtàla. Le fils de » Critavîrya était célèbre par sa force et par les mille bras qu’il avait obtenus
• de la faveur de Datta, fils d’Atri : Vichnou naquit dans la personne du
• guerrier Râma, fils de Djamadagni et de Rénoucû, qui parla force de sa
• hache, terrible comme la foudre, devint le maître des sept (/«'/pas’ : c’était « à l’époque du sandlii des deux âges Trctâ et Dwâpara *. Malgré sa force, » le de.scendant d’IIéhaya fut tué par Vichnou. C’e.st encore Vichnou qui fut « Râma, fils de Dasaratha, de la race d’ikchwâcou, etqui mit à mort Râvana, « héros vainqueur des trois mondes. C’est lui qui dans l’âge Crita, au mo- " ment du combat de Târacâ ^ fort de ses huit bras et monté .sur Garouda , " délit les A.souras fiers de la faveur de Brahmâ, et tua de son disque armé <1 de mille rayons Câlanéml , le roi des Dêtyas et la terreur des dieux. C’est
' On fail ici alhision aux dilTcrents avalarcs de Vichnou , dont il a déjà été question dans la xu* lecture, pag. 186 et suiv.
* L’avalarc , nommé r/iràha, sera dans la suite raconté avec de grands détails.
* Par ce mut dtcîpus on entend les divisions
de la terre, qui sont le DJanibou, ou pays do l'Inde, le 0>usa, le Plakclia, le Sàlmali, le Crônlclia , le Sàca et le Pouclicara. \'oyet Rcch. asiat. vol. VIII, pag. a83.
* Voycrla viii* leclure, pag. 44.
‘ Voyez lect. xi.ii et suiv. pag. iqy.
H A lU VA N s A.
• toujours lui qui, puissant par sa dévotion (jojfa) ot prenant toute espèce
• de formes, a donné la mort à tous ces Asouras que le temps enfante
• Sous l'apparence d’un enfant il a tué ces robustes Dètyas, habitants des
• bois, l’ralamba, Aricbta, Dbénouca, et sous l'habit d’un pasteur, devenu
• Kèsava, lils de Dévaki, il a, comme en se jouant, ôté la vie à l’oûtanû, i « Késin, aux deux Ardjounas *, à réléjdiant Couvalayûpida , à Tcbénoùra,
• à Moucblica, et enfin au formidable Causa, entouré de scs satellites.
• Je vous ai rappelé ces anciennes et diverses métamorphoses de Viebnou,
• (|ui trompait ainsi les regards par sa divine magie. Je ferai plus, et dans
• votre intérêt j’ajouterai que je regarde ce Cricbna comme étant Viebnou
• lui-même, le premier des dieux, l’ennemi mortel des Asouras, Nârâyana, < source antique de ce monde, csjirit fécondant, immuable, créateur de
• tous les êtres, à la fois matériel et immatériel, immortel, invJncdile, adoré
• de tous les mondes, .sans contmencement, sans milieu et sans fin, sujet « aux changements et cependant inaltérable, éternel, existant par lui-même,
• n’ayant point connu de naissance, inébranlable, mystère impénétrable
• pour tous les êtres animés et inanimés, roi des trois mondes qu’il jiart courut en trois pas, exterminateur des ennemis du maître des dieux. Telle
• est ma foi, c’est Vieil non (|ui est né à Matbourù, membre d’une famille
• illustre et féconde en souverains puissants, lit de quel autre mortel Ga-
■ rouila voudrait-il être la monture? Qnand Djanàrddana, dans toute .sa
■ magnificence, se présente avec Garouda pour demander une épouse, qui
• osera se déclarer son rival? Oui, c’est Viebnou lui-méme qui arrive pour
• fixer sur lui le choix de la princesse. C’est un malheur sans doute que la
• présence de Vichnou en ces lieux. Avise* promptement aux mesures que
• vous voilier, prendre. »
.\insi parla le roi de .Magadha ; le prudent Sounitha ’ prit la parole après lui.
• l.e grand roi de Magadha vient de vous rappeler à propos l’issue terrible
* De U vient le »uriioiii Sat/à\oyin, donne à \’k'hnoii et k Ctithna.
* ^ I H V'i I SI I î Ce» Aüou-
ras naissent à mesure que leur temps Arrive.
* \^>vei |K)ur ce» diflerents noms riiistoire de Crichna, depui» U lecture Uii La légende
des dent Attf/ourm est dan» U LXiir. On reganic quclqueroi» ces deux arbres r omme deux Asouras ainsi déguisés.
’ Nous verrons dans U cx\‘* lecture que le mot Sûuniiha doit être un surnom du prince 5isoupàla
CENT-CINQUIÈME LECTURE. kkb
• du combat de Gomanta, dans lequel, à la vue des hommes et des dieu.v, « Rihna et Crichna ont consumé par les feux de leur ichacra et de leur soc une
• armée immense où se pressaient tant d’éléphants, de chevaux, de chars et de
• fantassins, où brillaient tant de drapeaux. 11 avoue franchement, au sou-
• venir de cette horrible affaire, qu’il était loin de prévoir un semblable
• résultat. En effet sous les coups inévitables de deux guerriers, Rala et Ké-
• sava, votre armée a éprouvé une perte affreuse. Aujourd’hui, voilà que
• Garouda survient; et, vous l’avcx vu, sous le vent seul de ses ailes rapides « les habitants de l’air sont tombés, les mers ont frémi, les montagnes et
• la terre ont tremblé : nous-mêmes, effrayés, ne .savions quel prodige mc-
• naçait le monde. QueKésava, dans le combat, le prenne pour monture,
• nos forces seraient-elles en état de lui résister? Cette cérémonie de l’élec-
• tion d’un époux, quand les concurrents sont des hommes de mérite, est
• ordinairement pour les rois une grande fête : c’est le triomphe delà gloire
• et de la vertu. Aussi les maîtres de la terre sont-ils accourus dans la ville
• de Coundina; mais je crains bien que tous ces nobles héros n’en viennent < bientôt aux mains. Quel que soit celui que la princesse choisisse de tous
• ces rois, qui pourra soutenir la force des bras de Crichna? Au milieu des > fêtes d’un mariage on a vu plus d’un triste exemple de ce genre. Enfin t Crichna et nous-mêmes, nous venons ici pour le meme objet. Je pense,
• comme le roi de Magadha, c’est un malheur que Crichna et les autres
• princes se rencontrent à Coundina pour briguer la main de la même ■ princesse. •