‹ Harivansa, ou, Histoire de la famille de HariChapitre 48 sur 55 · SUTE : CONSEIL DES BOIS · texte numérisé non relu

SUTE : CONSEIL DES BOIS

Vésamp&yana dil :

Après ce discours du grand Sounitha, le vaillant prince de Câroûcha, Oantavaktra, prit aussi la parole.

• Rois, les discours que vous ont tenus avant moi le souverain de Maga-

• dha et Sounîtha sont, à mon avis, remplis de convenance. Mes paroles

• seront exemptes d’inimitié, d’orgueil et d’ambition. De ma bouche ne

• couleront pas ces Ilots d’éloquence puisés à la source de nos livres de ino-

■ raie et de politique : la discussion est une mer immcn.se où je n’ai garde « de m’engager devant vous : je ne vous dirai que quelques mots pour rap-

• peler le pa.ssé à votre souvenir.

« Le fils de Vasoudéva arrive en ces lieux; princes, qu’y a-t-il donc

• d’etonnant qu’il fasse ce que nous avons tous fait? Kst-ce un bien, est-ce un

• mal que nous soyons venus en même temps que lui pour obtenir la main

■ do la princesse? Ce sera sans doute un mal, si vous voulez, renouveler ici

• la .scène que nous avons jouée ensemble au siège de Gomanta. Quoi!

• deux hommes, par suite des craintes insensées de Can.sa, excité par le

• discours d’un Dévarebi ', vivaient relégués à la campagne, dans les environs

• du Vriudâvana : on les fait venir dans le dessein de les livrer à la mort, on

• excite contre eux un éléphant; ils tuent cet animal, pénètrent dans le

• théâtre, et tandis qu’ils n’ont d’autre appui que leur propre force, le roi

• de Mathour.1, avec sa suite, est frappé et tombe expirant sur la poussière.

• Quel mal cela nous faisait-il, pour que, rassemblant nos forces, nous « vinssions tous les assiéger? Kn voyant la force de nos troupes, Râma et

• Késava effrayés abandonnent et leur ville et leur armée, et se retirent

• .sur le Gomanta. Nous les y suivons pour en finir avec ces ennemis par la

• force des armes, et nous sommes vaincus par deux entants. En vain nous « avions mis en bataille nos chars, nos chevaux, nos fantassins, nos élé-

• pliants; en vain nous avions cerné la montagne; en vain nous avions allumé « un feu tel que des pénitents ’ même devaient mourir en passant par les

■ flammes de cet incendie. V’alcureux Kchatrivas, nous avons dit : Ils sont

■ â nous! Pressons, attaquons Djanàrddana; en quelque lieu qu’il soit, il

• nous faut le combattre. Je dis maintenant : Luttons avec Cricbna, mais " que ce soit de politesse et d’égards. Le voilà qui vient à Coundina ’ sans « intention hostile. Quel est celui qu’il attaque en demandant la main d’une

• princesse?

• Que sera-ce donc, si nous pensons que ce n’e.st pas un homme ordi-

‘ N oycat lect lvi. leîl. Voye* les lois de Maoou , lecl. vi , si. a3.

* Les |H*niUînla, par dévotion, s’exposcnl à * texte par abréviation porto Coufldf'poara.

la olialeur de quatre feux et aux rayons du so* Dans la lect. suivante on trouve Counf// na^ra

CENT-CINQLIEME LKCTL'nE.

• naire, mais le premier des êtres dans ce monde mortel, et dans le monde

■ divin le maître même des dieux, l'être jwr excellence, le créateur des

• dieux, de la nature entière, le roi des hommes? Dans un dieu il n’existe ni « vainc présomption, ni jalousie, ni cupidité. Crichna n’est ni barbare, ni « insensible : il se plaît à soulager les maux de scs amis. Sous une forme

• empruntée, c’est Vichnou, le dieu souverain , le dieu des dieux, arrivant

• ici avec Garouda.

• Crichna ne vient pas, accompagné d’une armée et menaçant tous ses

• ennemis. Rcmarquex-le bien, c’est Hari qui se présente en ami, suivi des

• Vâdavas, des Bhodjas, des Vrichnis et des Andhacas. Rois, olTrons-lui les

• présents de Vargha et l’eau de Vdtchamana ; accueillons avec hospitalité le

■ généreux Késava. Que la concorde et la paix régnent entre lui et nous,

• et vivons désormais exempts de crainte et d’inquiétude. •

Après avoir écouté ce discours du sage Dantavaktra, l’éloquent Sàlwa dit aux princes assemblés :

« D’où vient donc cette crainte que vous avez de Crichna? Frappés de

• teireur, nous posons tous les armes pour faire alliance avec lui. Que

• signifie cet éloge pompeux qu’on lui décerne et jiar lequel on nous rabais.se

• nous-mêmes? Ce n’est pas ainsi que j’entends le devoir du Kchatrlya. lllu.s-

• très rejetons de races royales, comment les orateui-s que nous avons < entendus montrent-ils tant de faiblesse dans leurs discours? Pour moi, je

• sais que Crichna est le premier des dieux, le maître dos immortels, le

• même que Nûràyana, l’éternel Vêcountha, l’invincible, le .souverain des

• êtres animés et inanimés, Hari, objet des hommages du monde, Vichnou

• enfin né dans le sein de Dévaki pour détruire le roi Causa, pour délivrer

■ la terre du poids qui la surcharge, pour nous perdre nous-mêmes et sauver

• le monde. Oui, je sais que Crichna est un avatarc de V ichnou ; que, dans . nos luttes inégales avec lui, nous serons con.sumés |«r le feu de son Icha-

• cm . et que nous descendrons dans la demeure d’Yama. Mais, roi des rois,

• je sais aussi que nous mouri ons dans notre temps. Jusque-là nous sommes

• assurés contre le trépas; c’e.st seulement quand l’heure est venue que nous

• cessons de vivre. Forts de cette certitude, nous ne devons rien craindre.

• Ce divin Vichnou lui-même, soumis à la fatalité, vient dans le temps,

• quand il voit le refroidissement de la pénitence et de la piété, donner la € mort aux Dêlyas : il connaît les mérites de chacun; il a bien su que le

« grand Bail, fils de Virotchana , ne pouvait point périr, et ce dieu des dieux

■ l’a établi dans le Pàtâla. 11 en fut de même des autres aventures de Viclinou.

• Ainsi votre délibération pour savoir s’il faut combattre est intempestive.

• Crichna ne vient point ici avec des intentions ennemies. Quel que soit

• l’objet du choix de la princesse, c.st-cc pour des rois un motif de guerre?

• Faisons-lui amitié, c’est mon avis, mais sans bassesse. .•

Ainsi parlaient les rois éclairés par la sagesse. Cependant Bhichmaca ne disait rien, pensant k son fils, fier, courageux, protégé par l’arme divine du petit-fils de Blirigou *, et poussant dans les combats un char toujours brûlant. A la fin il se décida à parler.

• Mon fils, dit-il, orgueilleux de sa valeur, ne peut souffrir Crichna : et

• dans sa téméraire présomption il ne craint personne sur les champs de " bataille. Il voudra sans doute essayer ses forces contre Crichna : le combat

• s’engagera entre ces nobles héros. Certes, mon lils se perdra par sa haine et

• son orgueil : je ne vois pas de quelle manière il pourra échapper à la colère

• de Késava. Comment puis-je supporter l’idée qu’à cause de ma fille je lais-

• serai mon fils (un fils n’est-il pas le plus grand bonheur d’un père?) faire la

• guerre à Crichna? Que Roukmin”, emporté par l’ivresse de son fol orgueil,

• refuse d’avoir pour beau-frère le grand dieu Nàrâyana, et qu’il tente la

• fortune des combats, certes il sera bientôt réduit en cendres, comme un

• monceau de coton est consumé par le feu. Le roi de Caravîrapoura , le

• brave Srigàla, habile dans les différents genres de combats, a été en un « moment anéanti par le puissant Késava. Lorsqu’il habitait encore le Vrin- « dâvana, ce robuste Ké.sava a soutenu, d’une seule main, une montagne « pendant sept jours *; et je frémis au seul souvenir de ce merveilleux ex-

■ ploit. Indra lui-méme, le vainqueur de \ritra et l’époux de Satebi, est

• venu avec les dieux donner à Crichna le baptême divin, et l’a nommé On-

• pendra. Quand je me rappelle comment ce fils de Va.soudéva a dompté

• dans le lac de l’Yamounâ le serpent Càliya ’, au poison dévorant, terrible

• et pareil au Temps meurtrier; comment il a tué le Dâuava késin *, cheval

■ vigoureux que les dieux eux-mêmes n’auraient osé attaquer; comment.

* On ili'^signc par ces mots Parasouràma , qui avait donné à Roukmin une anne divinc-

* On Vappcllc dans !c texte Roukmtna.

* \ oyei lect. Lxxiv.

’ Voyei lecl. i.xviii,

• Voycxlect. uxx-

« après avoir mis à mort le Dètya Pantchadjana il retira de la demeure « d’Yama le fils de Sândipani, qui depuis longtemps avait péri dans les flots

• de la mer; comment enfin les deux frères, i Gomanta, soutinrent seuls,

• contre une multitude immense, un combat effrayant où furent renversés « et confondus les uns sur les autres les éléphants, les chars et leurs conduc-

• teurs, les chevaux, les cavaliers et les fantassins, carnage horrible, tel que

• n’en auraient jamais exécuté les Dévas, les Asouras, les Gandharvas, les

• Yakchas, les serpents, les Râkchasas, les NAgas''*, les rois Dêtyas, les Pi-

• sâtehas et les Gouhyacas; quand, dis-je, je me rappelle tous ces événe-

• monts, je sons que mon âme s’anéantit. Je n’ai jamais vu, jamais je n’ai

• entendu citer un mortel semblable au fds de Vasoudéva, qui est en effet

• le premier des dieux. Le grand roi Dantavaktra a eu raison de dire que le

• meilleur parti à prendre est de se faire un ami de ce héros. •

Ainsi après avoir bien examiné le fort et le faible de sa position, Bbîcbmaca se décida A se mettre en route dès son réveil, pour aller rendre ses hommages à Crichna, accompagne de tous les princes attachés aux devoirs de la politesse, et des Soûtas, des Màgadhas" et des hérauts (vandinsj gens habiles à tourner les compliments. Cependant les rois, au point du jour après .s’etre acquittés des devoirs pieux commandés pour le matin, s’étaient retirés dans leurs chambres de repos : alors les émissaires qu’ils avaient envoyés à Vidarhliâ vinrent leur apprendre à chacun en secret que Crichna allait y recevoir le baptême royal. A cette nouvelle, les uns furent satisfaits, les autres fâchés, quelques-uns restèrent indifférents; et cette armée, formée d'éléphants, de chars et de chevaux, et divisée en trois partis, se trouva agitée comme l’océan, en apprenant cet incident. Le bon roi Bhîchniaca voyant ces dissentiments, et f incompréhensible opposition de son propre fils, réfléchissait en son âme inquiète â ces circonstances alarmantes. Il se rendit au lieu où les princes étaient campés, pour les avertir et les presser.

• Vovra Icci. I.IXXII.

'• Mot synonyme de serpents.

" Voyci lecl. v, pag. 3o.

" \jC vamiin est un barde chargé de chanter lea louange.s des grands.

^ Les lots de Mnnou. lect. vu, s). aaS, disent que c*est le soir que le roi doit entendre le

rapport de ses espions. J'aurais bien à la rigueur traduit dans ce sens les mots^^|p||t4| prabhâtâvâm mdjanyàm^ si le mol

1 1 I StiM I * poûrwâhnicacriyàh pou-

vait se rapporter à des cérémonies qui eussent lieu le soir.

IIARIVANSA.

En ce moment des messagers, envoyés par Kcslca, entrèrent dans rassemblée, élevant une lettre au-dessus de leur tête.

S.VCRE DR CRICHNA.

Djanamédjaya dit :

Après la mort du formidable Gansa, de cet ennemi que les dieux n’auraient pu vaincre, Cricbna avait refusé le trône et le baptême royal. Pour quelle raison se laisse-t-il sacrer maintenant? Comment, venant à Coundina pour briguer la main de la princesse, pardonna-t-il l’injure qu’on lui faisait en lui disputant les honneurs de l’hospitalité? Pour quel motif le puissant fils de Vinatâ dut-il consentir à supporter cet affront? Saint Brahmane, j’ai le plus vif désir d’entendre ton récit.

Vêsampâyana reprit :

A l’arrivée de Cricbna et du lils de Vinatâ dans Vidarhhâ , Kcsica et Cratha son frère firent ces réflexions : « La vue de ce saint et miraculeux person-

• nage doit être pour nous une source de pureté , et contribuer à effacer nos

• péchés, si nous l’accueillons avec honneur. Et quel autre, dans les trois « mondes, est plus digne d’être honoré que Cricbna à l’œil de lotus, que

• Djanârddana, le dieu des dieux? Que pouvons-nous donner à cet hôte

• illustre qui soit digne de lui, et qui prouve tout notre dévouement?» Cratha et Kêsica s’étaient communiqué ces réflexions, et ils se présentèrent devant Késava pour lyi donner leur royaume. Ces deux rois de A'idarbhâ arrivèrent devant Hari, et dirent au dieu en baissant la tête devant lui :

• Aujourd’hui le bonheur de notre naissance est complet, notre gloire par- « faite, et nos pères bienheureux, puisqu’un dieu tel que toi daigne visiter ■ notre demeure. Tout ce qui nous appartient, notre tchùniara, notre

CKNT-SIXIÈME LFXTURE. -'i5I

« éventail, notre parasol, notre étendard *, notre trône, notre armée, nos

• trésors, notre ville, tout est à toi. Tu as déjà été sacré Oupendra par le ■ roi des dieux, et nous, seigneur, nous voulons te sacrer roi de nos états.

• Ce que nous faisons devrait être fait par bien d’autres princes, et par Dja- 0 râsandha lui-inènie, ce puissant roi de Magadba, ton ennemi. Quand on « parle de toi, on finit toujours en disant: Il est le protecteur des rois, et

• il n’a point de trône, il n’a point de capitale. Comment ce fils de Dévakî « peut-il siéger dans le conseil des rois? Crichna est plein de courage et de « force, sa gloire éblouit les regards; mais il ne peut venir disputer avec les

• autres la main de la princesse : au milieu de ces princes assis sur leurs

• trônes, comment, avec toute sa gloire, paraîtra-t-il sur un siège bund)le " et vulgaire? Ce .sont là des di.scours que le roi Bbîcbmaca a entendus « comme nous : nous avons avisé ensemble aux moyens de prévenir une « funeste collision, et pour te recevoir nous avons préparé cette demeure.

• Oui, tu es le premier des dieux, l’objet de l’adoration de tous les mondes.

• Sois aussi dans ce monde mortel le souverain des rois, et que dans leurs « assemblées tu n’aies pas à rougir de ton siège. Exerce dans Vidarbbà ton

• premier acte de souveraineté, et apparais demain matin sur ton trône

• re.splendi.s.sant. Tu vas aujourd’hui, en parfumant ton corps* suivant les « rites prescrits, te disposer à cette cérémonie; pour moi, je tran.smcttrai « aux rois l’ordre émané d’Indra *. • Après ce discours, Kêsica salua Crichna avec les signes d’un profond respect. Ensuite il écrivit une lettre où il développait les intentions du dieu du tonnerre énoncées par un de ses messagers célestes, et il envoya cette dépêche à l’assemblée des rois.

' Ce sont là les quatre attributs de la ix>yale.

’ Cette cérémonie s’appelle Ailhivâsa ou Ailhii'iîsana. Quand on consacre une idole . on pniliquc aussi l’Adliivasa ; on prend le riz. les fruits et les autres offrandes pour en touclier le vase d’eau sacrée, puis le front de l’idole en prononçant certains manlnu. L’.Adliivâsa est la cérémonie par laquelle un invite une divinité a

venir habiter une idole. VVard, t. II, p. 88 et a3ti.

’ \’’oyez plus bas |K)ur cette circonstanœ inattendue. Les particularités de ce récit sont présentt>es sans ordre. Nous apprenons ici qu’Indra a parle, et c’est plus bas qu’on nous dira à quel moment : nous saurons aussi alors que Crichna a reçu un trône divin. Ces deux circonstances devraient être mentionnées ailleurs que dans la dépêche de Kèsica, qui va suivre.

Dépêche de Kcsica.

• Vous savez tous, ô rois, que Hari est arrivé avec le üls de Vinatà dans

• la ville de V'idarbliê, et qu’il y a reçu l'hospitalité. Pour honorer d’une

• manière convenable le roi de la terre, mon frère et moi nous avons donné

• notre propre royaume au bis de V’asoudéva : nous l’avons Invité à s’asseoir

• sur notre trône. Alors un être invisible, envoyé d’Indra, a fait du ciel en-

> tendre ces paroles : Roi des bommes, ce n’est ])as ton trône qui convient

> à ce héros. Kn voici un que lui envoie le souverain des dieux : il est fait de

> la main divine de Viswaearman, tout brillant d’or et de pierres précieuses,

• et orné de l’cfQgie du lion. Que placé sur ce trône, le maître des dieux,

• objet des adorations de tous les êtres animés et inanimés, soit sacré roi des

> rois par tous les princes. Il ne se rend à Coundina que pour demander la

• main de la princesse, cependant celui qui ne viendra pas lui rendre hom- « mage encourra sou indignation. Voici les huit Nidhis *, génies immortels

• de la cour du roi des rois, du grand dieu des richesses; ils viennent chacun

• avec un vase divin qui contient de l’or, des pierreries, des bijoux précieux,

• assister, au milieu des princes, au sacre du souverain des rois. Tel est

■ l’ordre que donne Indra aux maîtres des hommes; qu’ils soient tous par

■ une lettre invités au sacre de Késava. Après ces paroles, l’envoyé céleste se

• tut, laissant le trône de Crichna étincelant comme un soleil. Ainsi je me

• permettrai de vous donner un avis, rois maintenant assemblés : d’un côté

• il est dangereux pour vous de ne pas vous conformer à l’ordre d’Indra; de

• l’autre il vous est donné de voir le spectacle le plus admirable qu’on puisse

• avoir sur la terre, Indra, accompagné des Nidhis, descendant lui-même du

■ ciel pour assister au sacre de Crichna. La vue seule de ce héros est capable

> d’cffacer nos péchés. O rois, venez donc pour le baptême de Crichna, qui

■ estVichnou, le dieu des dieux; vous n’avez rien à craindre : mou frère et

• moi, nous avons disposé Djanàrddana en votre faveur. Ilari n’est point

* Les poêles )>ersoniiirient les trésors du dieu .Mon auteur ne met que huit Nidhis , et il sem-

Couvéra , et en font huit génies, appelés .YûMm. bic que la forme qu'il leur donne est celle

M. Wilson en reconnait neuf, et les nomme même du vase qui contient la richesse parti- Pfldmn, .tfoAdpodmu, 5ci/it7ia, }facam. Catch- culiére dont chacun est gardien. Vo^ez la note 6

Ichapa, MoucountU, Xantla , Xila et Kharba- de la lecture XLVl, |vag. ao5.

• votre ennemi ; nous avons reconnu qu'il est aussi bon qu’il est saint. Il n'a > dans son cœur aucune inimitié, meme contre le roi de Magadha. Voyez

• maintenant ce que vous avez à faire. ■

Vésampâyana continua :

Les princes, redoutant la malédiction d’Indra, venaient d’acquiescer à l’invitation de Késica. Alors du sein d’un nuage épais, dont le ciel était tout couvert, ils entendirent aussi une voix qui s'adressait à eux : c’était Tchitràngada ’, qui, au nom d’Indra, venait leur parler en restant invisible. « Indra, leur dit-il, maître des trois mondes, vous fait savoir pour le bonheur

• des créatures, comme pour votre propre avantage, que vous ne devez pas

• être les ennemis de Cricbna : vivez en paix avec lui, chacun dans votre

• propre royaume. Cricbna peut relever ses ennemis abattus, et devenir « pour ses adversaires un fou destructeur. Renoncez à vos ressentiments,

• et formez avec lui des liens d’amitié; les rois sont les dieux des mortels;

• mais les Souras sont les dieux des rois; Indra est le dieu des Souras, mais « Djanârddana est le dieu d’Indra. C'est Viebnou, dieu souverain, dieu des

• dieux , qui est Késava, né dans ce monde mortel sous la forme d’un homme.

• Personne dans les trois mondes ne peut le vaincre, ni parmi les hommes,

• ni parmi les Dévas ou les Dânavas, pas même le dieu qui porte le trident®,

• accompagné de Cârtikéya. Votre premier soin doit donc être de procéder

• avec les Souras au baptême royal du grand Késava, qui est le .souverain

• des dieux et l’objet des hommages de tous les mondes. Ce n’est pas moi,

• Vâsava ’, qui présiderai à cette cérémonie : ce ne sont point les insignes

■ de roi des dieux, mais ceux de roi des rois qu’il va recevoir aujourd’hui. « ,\llez à Vidarbbâ rejoindre Cratha et Késica, et accomplissez les cérémot nies que prescrit l’usage. J’ai pensé qu’il fallait songer à maintenir entre

• vous la paix et la concorde, et je suis venu pour vous donner des conseils.

■ Déjà, par les soins de Cratha et de Késica, Cricbna a rempli à Vidarbhâ la r cérémonie de l'adhivdsana '. Allez en grande pompe , ô princes, le sacrer

' Trhilrângada , lecl. xvm , p. 84 . esl fiU de 8«ntanou et de Salyavali. Il fut tué par uu Gandharv a , cl attaché à la cour d'Iodra.

* 8iva porte uu Iridcot , appelé soula. Càrti-

Léya cat aon Gis, que i’oii honorait comme dieu de la guerre.

’ Nom d’Indra.

’ Voyci note a

• i-oi des rois, et lui offrir avec respect les présents accoutumés : vous revien-

• dres ensuite en ces lieux pour le mariage de la princesse. Cependant, pour

• que votre camp ne demeure pas sans chefs, que quatre d’entre vous restent « en ces lieux; savoir, DjarAsandha, Sounîtha, le vaillant RouknVin,et Sâiwa,

• prince de Sôhha. »

Après avoir entendu l’ordre d’Indra exprimé parTchilràiigada , ces princes se préparèrent à partir pour \ idarhhâ : le sage Djarùsandlia lui-même fit une proclamation pour les y engager. Bhichmaca se mit à leur tète; et tous ils arrivèrent avec empressement , environnés de leur cortège nombreux, au palais de Kesica où se trouvait le grand Crichna. Cependant apparaissait au loin l’assemblée des dieux qui venaient a.ssister au sacre : scène brillante où flottaient des drapeaux, des étendards, des guirlandes; où les reflets de la pierre précieuse se confondaieut avec les couleurs éclatantes des étoflés et des diverses parures, avec les teintes variées des couronnes de fleurs; où s’exhalaient des [wrfuins délicieux; où des chars aériens soutenaient des personnages environnés de gloire. Çà et lé on venait danser des troupes d’Apsarâs et de Vidyâdharas; les Gandharvas, les Mounis et les Kinnaras, au milieu des airs, chantaient les louanges du maître des dieux; les Siddhas et les Richis faisaient entendre leur voix pieuse, et les tambours célestes retentissaient d’eiix-mèmes. De tout côté ces êtres divins inondaient l’atmospbère de ces doux parfums puisés à cinq* sources diverses. I. 'époux de Satchi lui-même se montre au milieu de ces pompes, monté sur un char magnilique. Les huit'* gardiens du monde, de la région qui leur est assignée, prennent part à ces concerts et à ces danses.

Les rois de la terre, en entendant ces accents harmonieux, ouvrent les yeux d’étonnement, et se dirigent vers la salle d’audience. Kêsica, plein de force et de gloire, va au devant d’eux, les honore suivant l’usage et les introduit. Le divin Hari, apprenant l’arrivée des princes, se présente à eux. A la vue de celui qui est la source de tout bonheur, les urnes célestes desNidhis, couvertes d’un voile ", s’épanchent, et, comme les nuages qui

• M. Wilson, au mot pan-

/cfiajoayündhaca, nous apprend qu'il y a cinq substances aromatiques parmi les véj^ètaux, savoir : le girolle, U cntiscadc, le camphre, Taloés cl le caccû/a.

'* n y a dix ridons n lestes , mais on ne parle ici que des gardiens des huit régions qui sont à l'horizon. I,cs poêles ne nomment pas Ira régents des deux aiilrcs.

" TJH-4.IU6H I iihèlacanihinah

CENT-SIXIÈME LECTUUE. 455

versent une eau féconde, elles répandent, pour le sacre du roi des rois, une pluie d’or, de pierres précieuses, de fleurs et de parfums. Suivant les rites antiques Djanlrddana fut sacré, éblouissant les yeux des rois par une parure brillante, des vêtements magnifiques et une guirlande toute divine. Après avoir salué l’assemblée selon l’usage, il alla prendre place sur .son trône. Le ciel était couronné de la foule des dieux présents à la fête; prés de lui se trouvaient rangés les Yàdavas et les deux princes de Vidarbbâ. Le puissant fds de Vinatâ , .sous la forme d'un beau jeune bomme, était assis é .sa droite; Cratha et Kesica h sa gauche étaient placés sur leur propre trône d’après la volonté expresse et généreuse du dieu. Du même côté apparaissaient les chefs \’richnis et Andbacas, parmi lesquels on distinguait Sâtyaki **. Quand Crichna , pareil à Indra au milieu des dieux, se fut assis sur son trône divin, étincelant comme le soleil et couvert d’étoffes précieu.ses, tous les rois vinrent le saluer avec leur cortège, et allèrent ensuite siéger à leur place. Le sage Késica, habile dans la science des livres sacrés, rendant à Crichna riiommagc accoutumé , lui dit : • Seigneur, tous ces princes, ne voyant d'abord en vous qu’un

• mortel ordinaire, s’étaient mis en hostilité contre vous : daignez leur

■ pardonner leur erreur. •

Crichna répondit : • Késica, je n’ai jamais nourri, même un seul jour,

• aucun sentiment de haine contre personne, surtout contre des Kchatriyas

■ fidèles au devoir de leur caste. I.a loi ne leur dit-elle pas de combattre?

• ne flétrit-elle pas celui qui tourne le dos? Je n’ai donc aucun motif d’être

• irrité contre ceux qui m’ont bravement fait la guerre. Princes, il est im-

• possible de corriger le passé. Ceux qui ont péri .sont maintenant habi-

■ tants du ciel. Le devoir du héros est de vaincre ou mourir. Ne vous

• affligez donc pas sur le sort de ceux qui ne sont plus : c’est une fatalité à

■ laquelle nous devons, vous et moi, nous soumettre; renonçons dé.somiais

• if toute inimitié. •

Après ces paroles do paix adressées anx princes, le vainqueur de Madhou arrêta ses yeux sur Késica, et se tut. Alors le sage Bhîchmaca, le saluant avec respect, lui parla en ces termes.

Cest le conducteur de son char de batailJe-

HARIVAXSA.

ENTHEVUE DE CRICIINA ET DE BIIICHM.VCA.

\ tîsampâyana continua :

« Mon fils, dit Bhîchmaca, dans l’égarement d'esprit où il se trouve, vent

• que sa sceur choisisse un époux parmi les princes : c’est une violence que

• je ne puis soufTrir. Ce n’est point sa folle présomption qui doit décider « cette importante affaire. Si Roukminî te voit, .son choix no saurait être

• douteux : toi seul fixeras ses regards. J’ose donc, ô maître des dieux, te

• supplier en faveur de mon fils : daigne pardonner à sa jeunesse. •

Crichna répondit : « I..a folie de votre fils a répandu la confusion au mi- « lieu de ce cercle de rois. Son oi^ueil ne connaît aucune règle. C’est la

• piété qui procure aux hommes dans ce monde des trônes aussi brillants

• que le soleil et la lune, des richesses, une famille féconde en héros'; mais

• celui qui, à l’égard d’un seul roi, dans son funeste aveuglement, manque

• à la vérité, ne saurait se maintenir dans ce monde, et le feu du ch&timent

• doit fattoindre. Le devoir des princes, seigneur, je le sais, est de respecter

• les droits de chacun, tels que Swayamhhou lui-même les a établis autre- . fois. D’où vient donc que votre fils, prince (jii’il est, ose dans une assemblée « de princes manquer à la vérité? C’est lui qui a provoqué ce grand concours

• de rois; mais je doute que vous puissiez prétexter votre ignorance : il vous « a fallu donner fhospitalité et rendre tous les honneurs convenables à ces

• princes voyageurs, resplendissants comme le soleil et la lune. Vous avez

• dù pressentir les desseins do votre fils à l’aspect d’un si grand nombre de . chars, de chevaux, d’hommes et d’éléphants , car vous avez pourvu aux

• besoins d’une si grande armée. Comment donc, ô roi, puis-je repousser

• tous les iloutcs qui s’élèvent dans ma pensée? Pour moi, au contraire, rien

^ Phrase incomplète sur les trois manuscrits : elle manque de verbe. Je me suis dirigé* dans

ce passage * d'après l'idée contenue dans les slocas 8 1 cl 63 de la vin* lect des lois do Manou-

< n’a etc prévni. On m’a traité comme un homme indigne de l'hospitalité. « Donnez donc aussi votre hile à ces gens qui ont plus de mérite que moi :

■ et comment vous en dispenser, sans vous exposer aux dangers que va

• susciter mon arrivée? Celui qui fait violence aux dispositions d’une jeune « fille est condamné au feu duNaraca,tel est l'arrêt porté par .Manou et parles

• autres docteurs de la loi. Je n’ai point voulu pour ma part encourir celte « sentence; je me suis abstenu de paraître dans cette réunion, et sachant,

• û roi, qtie dans votre palais je ne devais pas m’attendre à recevoir l’hos-

• pitalité, j’ai dévoré cet affront, et je suis venu à Vidarbhâ, où j’ai trouvé

• un lieu de repos pour mes gens. Késica a reçu Késava et Garouda comme

• on pourrait les accueillir au séjour céleste. •

Ainsi parlait Crichna d’une voix au.ssi éclatante que le tonnerre. De même que l'on éteint avec l’eau le feu du sacrifice, Bhichinaca l’apaisa par la rosée de sa douce parole.

■ Grâce, ô dieu, maître de ce monde mortel, grâce pour un malheureux

■ enveloppé des ténèbres de l’ignorance : daigne m’accorder l’oeil de la

• .science. Faibles mortels <[ue nous sommes, cet ceil de chair nous laisse « dans l’aveuglement : nos actions sont imparfaites, et notre raison impuis-

■ santé. Deviens mon protecteur, ô toi «pi es le dieu des dieux; que mes

• yeux se dcs.sillent, et que mes actions soient bien dirigées. Le mortel

• instruit est comme le général d'armée : il réforme par le moyen des régies

• une action mal commencée, et parvient à en tirer d’heureux fruits. C’e.st

• avec confiance que je m’adresse à toi pour trouver aide et protection. Daigne

• acquiescer an de.ssein que j’ai formé, et n’abandonne pas ma fille à la chance

• d'un choix parmi les princes, bille est à toi , seigneur; pardonne mon erreur

• passée, et ne m’accable pas de ta colère. «

Crichna lui répondit : ■ Monarque prudent, ipe .signilie cette parole? Si

• vous refusez votre fille, quel est donc le maître qui vous commandera

■ de la donner? On n’a |ws plus de droit de vous ordonner que de vous dé-

• fendre de l’accorder. Mais apprenez que l'origine de Roukmini est divine,

• et que déjà nous sommes unis. Lorsque sur le sommet du Mérou tous les

• dieux ont formé la résolution de s’incarner Sri® a dû faire comme eux :

’ Vojci tecl. lin. — * Sri, rrinnie île Vichnou, est aussi a|i|>eli''e l.ahhmi. \ mn lect xcvii . not. à

fi58

• elle a reçu l’ordre de Braiiinà de prendre coiiinie sou époux un corps

• mortel : Allez, lui a dit ce dieu, à Coundina , et desccudei dans le sein de

■ l’épouse de Rhîclimara. Soyez heureuse, et attendez l’arrivée de Késava.

■ O roi, ce que je vous dis est la vérité; et mon discours doit vous servir à

■ régler votre conduite. Roukniinî votre fille n’est pas d’une nature mortelle :

■ c’est Sri elle-même, née ici-bas d’après la volonté de Bralimâ pour un motif « déterminé. Kllc ne peut donc pas être soumise à cette cérémonie de l’élec-

• tion d’un époux parmi ces princes. Elle n’appartient qu’à un seul, telle est

• la loi; et vous ne pouvez souffrir que LaLchiui soit la victime d’une élec-

• tion forcée. Peu.sez à ses destinées, et donnez s;i main comme le devoir

• vous le conseille. C’était pour s’oppo.scr à une violence de ce genre que le

■ fils de Vinatà venait à Coundina par fordre du roi des dieux. J’arrivais

• aussi, curieux de voir cette grande assemblée demis, et cette jeune vierge.

« qui est la déesse Sri abandonnant son siège de lotus.

• Prince, vous pardonnerez sans doute la vivacité de mon premier dis-

• cours, comme aussi je veux bien pardonner les torts que fon avait eus d’a-

• bord envers moi. J’excuse tout, et je reprends les dispositions pacifiques

• que j’avais en venant dans ce pays. La clémence est la .source des vertus et

• la mère du bien : un cœur tel que le mien ne conserve aucun ressentiment.

• Dans un homme distingué par sa naissance, ses qualités, son amour pour

■ la justice et la vérité, tel que vous, prince, l’inimitié ne saurait également

• subsister. Oui, je sais oublier une injure, pui.sque, arrivé en ces lieux avec « une armée, je m’abstiens d’attaquer mes ennemis. Si je n’avais point par-

■ donné, j’irais vers eux, porté sur foiseau qui me sert de monture, et ba-

• lançant dans mes mains des armes aussi brillantes que le soleil et la lune.

• O roi, je vous respecte, et par votre âge vous êtes comme un père pour

■ moi. Gouvernez vos sujets avec justice : la récompense d’un père est dans « ses enfants. Les méchants seuls sont coupables : que peut-on reprocher à « des héros vertueux? Apprenez do moi comment la bénédiction des pères « est dans leurs enfants. Voici les deux princes de Vidarbhà, qui , pour pre- < sent d’hospitalité, m’ont donné leur royaume. Le fruit de cette libéralité

• rejaillira sur dix de leurs ancêtres déjà admis dans le ciel, et sur dix de « leurs dc.sccndants futurs, qui parviendront au séjour des dieux. Quant à . eux, après avoir joui d’un règne tranquille, lorsqu’ils voudront être débar-

• rassés des liens de cette vie, ils entreront dans le port du salut. Les nobles

CFNT-SKPTIÉME LECTUKE.

• princes qui sont venus assister à mon sacre, quand leur temps sera arrive , < passeront dans le ciel, séjour fortuné des dieux. Adieu, que la félicité > soit avec vous; je parsnvec mon compagnon, le fils de \ inaté, pour la ville

• de Matliourâ gouvernée par un Bhodja. •

Le chef des Yàdavas, après avoir adressé ce discours au roi Bhîchmaca, et ces paroles d’espérance aux princes présents, et surtout é ceux de Vidarbhâ, sortit de l’assemblée et se dirigea vere son char. Alors le ràdjarchi Bhîchmaca et les autres monarques se prosternèrent devant Késava, qui en ce moment ap|>araissait à leurs yeux comme l’antique Swayamhhou , adoré des Dévas et desAsouras, orné de mille pieds, de mille yeux, de mille bras, de mille tètes, de mille diadèmes brillants, portant sur sa robe une guirlande divine, parfumé d’essences précieuses, paré de bijoux magnifiques, armé de traits menaçants. A la vue de Crichna, dont l’œil a l’éclat du lotus rouge, dont les regards étincellent comme le soleil et la lune, Biiîchmaca s’incline profondément devant le souverain des dieux, et dans la posture la plus respectueuse, l'âme, le corps, et la voix pieusement soumis, il s’écrie :

■ Adoration â toi, dieu des dieux, qui n’as ni commencement ni lin,

• éternel, premier des êtres, identilié avec Nârâyana; à toi, qui es Swayam-

■ bbou, universel *, inébranlable*, profond*; à toi, qui portes un lotus sur « ton ombilic’, la djald ‘ sur ta tête, et à ta main la verge du commande-

• ment; à toi qui es noirci ’ des feux de la pénitence, beau comme le cygne,

■ connu par le nom de Hansa '*, et pareil au tchacra " brûlant. Adoration â

• Vêcountha ** qui est celui qui est ’*, l’invincible, l’âme souveraine, l’esprit « revêtu de formes matérielles, l’ancien des êtres, l’agent suprême'*, tour à

• tour orné ou dépouillé des qualités apparentes. Daigne m’accorder ta pro-

\HStca-.

•wrg sthàimu.

vétihas

’ padinanâhha. Nous avons déjà

vu qu'une légende ra|qx>rlc que du nombril de \ icbnou Kjrtit un lotu» qui contenait Brahma le créateur.

* Ea}>ècc de coilTuredi^à mentionnée.

ptn^ala.

^ Le mot hansa, qui veut dire cyÿ/te, sert aussi à d<}signer Tâme suprême, rétre par excellence.

" Le tchacra ou ta roue est riaiagcdu soleil. \ 0)cx pour ce mol lecl. xui, p. 197.

" Cette idée est rendue par le pronom ^ \ sah {ilie}.

poaroaclioftama.

IIARIVANSA.

• lection, je t’adore, ô le meilleur des dieuï : lu es le maître du monde,

• tu es le seigneur Vidinou pour ceux qui ont une âme clainoyante. »

C’est ainsi que Bhichmaca adressait sa prière au grand dieu en présence des autres princes. Il oITrit ensuite à Criclina des présents tout brillants d’or, de pierreries, de perles, de diamants, de lapis-lazuli. 11 salua aussi le vaillant fils de Vinalâ, et lui dit : « Hommage au roi des

• oiseaux aussi rapide que la pensée, au charmant et divin fils de Ca-

• syapa. » Après celte courte prière, il présenta à Garouda de riches parures, et enfin quitta ce divin Criclina à l’œil de lotus, que les princes voulurent encore accompagner quelque temps. Le noble frère de Vâsava après avoir reçu les hommages de ces rois et leur avoir donné des avis, prit le chemin de Mathourâ, remplissant de son éclat les dix régions du ciel. Précédé du fils de Vinatâ, le plus beau connue le plus fort des oiseaux, il marchait entouré d’un nombreux cortège de chars. Du son des tambours et des conques, des cris des éléphants, du henuisseinent des chevaux, des clameurs de lion poussées par les héros, du Iracas des roues, se formait un bruit terrible pareil à celui d’un nuage orageux. Après le dé|iart du grand Criclina, les dieux reprirent son trône et’ quittèrent cette demeure royale pour retourner au séjour céleste. Les princes, avec une nombreuse armée, après avoir suivi Crichna l’espace d’un crvsa prirent congé de lui, et revinrent sur leurs pas, curieux de .savoir quel allait être le sort de Houkmini.

t àtava» couuue on em un nom d'In> Vichnou. C'est ce que nous avons dit pag. 44a> dra qui , en qualité d'Àdilya , est frère aîné de ** Cn crwa forme 4.ooo coudées.

CENT-HUlTlÈME LECTURE. 461

PROPOSITION DE S.\LW,\.

Vêsampâyana dit :

Après le départ du fils de Vasoudéva, tous ces rois, brillants de parures et pareils au monarque des Souras, s'assemblèrent en conseil pour prendre une dernière détermination, pressés qu’ils étaient de se mettre en route. Quand ces princes, resplendissants comme le soleil et la lune, furent réunis et assis sur leurs trônes, Bbicbmaca, toujours dirigé dans ses discours par une sage politique, se contenta de leur dire : « Princes,

• vous le voyez, il faut renoncer à celte cérémonie de l'élection qui ne « peut vous amener que des malheurs. Vous excu.serez dans un vieillard

• l’impolitesse de vous avoir convoqués sans résultat. •

Il dit, et, en leur rendant les honneurs accoutumés, il prit congé de tous les rois des régions du centre, de l'est, de l’ouest et du septentrion. Ces héros le saluèrent respectueusement et partirent avec joie. Mais Djaràsandha, Sounitha, le vaillant Dantavaktra, Sàlwa, souverain de Sôbha, le noble Mahâcoûrnima, d’autres princes de noble race, tels que Cratha et Késica, le râdjarcbi Vènoudàri, le monarque de Césmîrâ, et avec eux beaucoup de rois des provinces méridionales, voulurent avoir avec Bbicbmaca une conférence secrète. Celui-ci, considérant avec afl'ection ces maîtres de la terre assemblés autour de lui, d’une voix <ioucc et grave leur tint un discours où brillaient sa prudence, sa bonté et la connaissance profonde qu’il avait des trois facultés *, et des six qualités ’ royales. Il finit par leur dire : • Princes, c’est en voyant votre

• sagesse cl en entendant vos di.scours que j’ai pris ma résolution. Vous

• serez assez bons pour m’excuser, quand vous réfléchirez que nous

• avons toujours été malheureux dans nos projets. • Puis montrant son

' Cesl le Inmrgtt dont nous avons (larlé, lect. lxxviii, not. 5. — * Vojei lecl. u, nol. i.

lils, il ajouta : « Les desseins de mon (ils m’ont pénétre d’une vive ler-

• reur. Les autres hommes ne sont que des enfants devant ce héros,

• maître du inonde, à qui appartiennent l’honneur et la victoire. La puis-

• sance de son bras est maintenant établie sur la terre. Heureuse, mille

• fois heureuse Dévakî, qui a porté dans son sein ce Késava, la merveille

• des trois mondes, et qui fixe des regards remplis d’une douce tendresse

• sur son visage brillant comme la coupe du lotus noir, sur ce visage

• fortuné que révèrent les immortels! »

•Ainsi parlait Chichmaca dans le conseil des rois. L'illustre Sàhva répondit d’un Ion grave : ■ Roi , c’est assez de reproches adressés à votre

• fils : il s’est conduit en véritable Kchatriya, dont le devoir étemel est > de vaincre ou de supporter la défaite, et de poursuivre toujours la

■ perle de son ennemi. Telle est la règle imposée aux mortels. Après

• Rala et Késava, quel est le guerrier qui veuille se comparer à votre

■ lils? qui oserait lui disputer le prix de la force? seul, sur le chanij)

■ de bataille, au milieu de tous ces chai-s opposés l’un à l’autre, il est

• capable, l’arc tendu, de terrasser ses ennemis. Qui pourrait soutenir

• le poids de son bras terrible quand il lai.s.sc tomber l’arme redoutable

• du jietit-fds de Bbrigou, dont les dieux eux-mêmes craindraient d’af- « fronter les coups? Je conviens que Crichna est un héros formidable,

• qu’immortel de sa nature il n’a ni commencement ni (in, et que dans

• les trois mondes Siva lui-même ne saurait le vaincre. Au.ssi votre lils,

• habile dans la science des livres divins, renonce à combattre Késava

• qu’il reconnaît pour un dieu puis.sant; mais il existe un prince Yavana « qui a déjà prouvé son bonheur dans les combats, et dont la destinée

• est de ne point succomber sous la main de Crichna ; ce prince est

• C„^lavavana. Un saint Mouni, après avoir vécu pendant douze ans dans « la continence et la morliCcation, obtint pour fruit de ses pénitences

• extraordinaires la faveur de Rendra. Il demanda à ce dieu d’avoir un « lils qui ne pût être tué par les héros de Mathourâ. .Son vœu fut exaucé;

• et par un don particulier de Siva, de Gârgya (c’est le nom de ce

• Mouni) naquit un lils, qui précisément est aujourd’hui ce prince Yavana,

• que sa destinée met à l'abri des coups des habitants de Mathourâ.

• Par sa naissance le puissant Crichna se trouve compris dans cet arrêt " d’un dieu , et Càlayavana, s’il vient à Mathourâ, est sûr de le vaincre.

" Examinez, ô princes, l’idée que je viens de vous soumettre, et, si elle « vous convient, envoyez un ambassadeur auprès du roi des Yavanas. » Toute rassemblée applaudit au discours du roi de Sobba, et se montra disposée à suivre son conseil. Le grand Djarâsandba, témoin de leur empressement, se sentit troublé, et se rappela l’oracle de Brabmâ Il leur dit :

« Naguère des princes , pressés par la crainte que leur inspirait un > autre prince, sont venus réclamer mon secours, et leur trône qu’ils

• craignaient de perdre, par mes conseils ils le possèdent encore, avec « leurs serviteurs, leur armée et leure chars de bataille. Aujourd’hui ces

• mêmes princes veulent une autre protection que la mienne, et font « con)me ces maîtresses infidèles que l’attrait du plaisir entraîne à de

• nouvelles amours. Hélas! la destinée est plus forte que nous, et nul " ne peut la maîtriser. Cependant si Crichna me contraint à augmenter » mes forces, n’est-ce pas avouer ma-faiblesse que d’implorer le secours " d’un étranger? La mort vaut mieux que cette bumiliation; rois, je n’al » besoin de la protection de personne. Quel que soit celui qui doit me » donner la mort que m'annonce Brabmâ, Crichna, Baladéva ou un autre, «je saurai le combattre avec courage; telle est ma résolution, tel est

• aussi le devoir d’un guerrier. Ainsi je ne me sens pas en état de négo- « cier cet appel à des armes étrangères. Toutefois je ne veux pas être « un obstacle à ce que vous regardez comme une mesure salutaire. J’en- « verrai un ambassadeur <jui portera au prince des Yavanas la requête « des rois. .Mais qu’il se hâte , la route des airs lui est ouverte * : Crichna « peut nous prévenir, et nous devons à chaque instant nous attendre à « le voir arriver. Que l’illustre prince de Sôbha, brillant comme les feux ■ du soleil et de la lune, monte sur son char dont l’éclat est égal à « celui de l’astre des jours; qu’il .se rende à la capitale du roi des Yava- « nas; qu’il invite ce prince à se liguer avec nous dans la lutte que nous

• soutenons contre Crichna, et que notre envoyé soit auprès de lui notre

• heureux interprète. » Puis s’adrc.ssant au roi de Sôbha lui-même : • Allez,

• prince, négocier un traité d’alliance au nom de tous les rois : obtenez

’ Ce» mots font sans doute allusiou à la pré- ' Nous avons déjà vu que les poètes suppodiction rapportée plus haut dans les lect. xcii sent que les chars de leurs héix» fendent les et xcix , et plus bas, lect. cix. airs et sont portes sur l’aile des vents.

IIARIVANSA.

« du souverain des Yavanas qu’il vienne triompher de Crichna. Puisse

■ notre politique nous donner le succès et le bonheur! •

Ainsi parla Djarâsandha aux princes assemblés : il salua ensuite Bhichmaca, et partit pour sa capitale avec toute son armée. Cependant le vaillant Sâlwa, après avoir aussi oficrt ses hommages aux rois, s’élança sur un char qui, rapide comme le vent, l’emporta dans les plaines de l’air. Tous les monarques des provinces méridionales, imitant Djarâsandha , prirent le chemin de leurs états. Bhîchmaca resta avec son fils; et tous deux, honteux de l’issue de cette affaire, rentrèrent dans leur palais, ne pouvant s’empêcher de penser à Crichna avec inquiétude. La princes.se Roukniini, apprenant que l’élection qu’elle devait faire d’un époux serait, à cau.se de farrivéc de Crichna, devenue pour les rois une source de malheurs, s’écria en rougissant au milieu de ses compagnes : « Je ne puis

■ supporter fidée d'être l’épouse des autres rois. Crichna à l'œil de lotus

■ e.st celui que je préfère : tel est le secret de mon cœur. »

.\MB.\SSADIi DE S.ALWA Pht:S DE C;VLAYAVA.A A,

V êsampâyana dit :

Or, ce Câlayavana dont nous venons de parler était le roi le plus puissant parmi les Yavanas. Par sa justice il faisait le bonheur de ses sujets'; sage, habile dans la connaissance des trois facultés, et possesseur des six qualités royales il était l’ennemi du vice et trouvait son plaisir dans la vertu; instruit dans les saintes écritures, pieux, aimant la vérité, il avait dompté tous ses sens; savant dans l’art des combats et des sièges, c’était un héros incomparable, s’entourant de conseillers prudents.

Il était un jour assis au milieu de ses courtisans; de pieux brahmanes

' On «lit <|uo Càlayivann riignail sur le Càm- était la ville a(i|>elce aujotml'hai Gaznt. Voyei bluxlja , pays situé dons te nord-ouest de l'Inde , lect. xxxv, pag. 1 63.

et qui «rsl l'Aracliosie des anciens. Sa capitale * Voyei les notes i et a delà lect. précéd.

honoraient cette aimable réunion de leur présence, et chacun racontait à son tour une histoire dont le sujet était tout divin. En ce moment un vent frais et embaumé rafraîchissait les airs; soudain tous les regards se dirigent vers un point qui semble attirer leur attention : le roi lui-même porte ses yeux du meme côté, et aperçoit un char magnifique, brillant comme le soleil, porté sur des roues d’or, étincelant de pierres précieuses, surmonté d’un étendard merveilleux, traîné par des chevaux aussi rapides que la pensée, tout éblouissant d’un or pur, représentant par son éclat la splendeur de l’astre du jour et de celui de la nuit. Ouvrage admirable de Viswacarman , ce char était recouvert de peaux de tigre, et fait pour porter la terreur dans l’âme des ennemis et la joie au cœur des amis. Il venait du côté du midi, et bientôt le roi des Yavanas distingue que celui qu’il amène est le vaillant prince de Sôbha. Aussitôt, transporté de joie, il commande à l’un de scs officiers de faire préparer les présents de Vanjha et l’eau pour le bain de pieds. Lui-même il se lève de son siège royal, prend le vase de l'argha, et va se placer à la descente du char. Sâlwa a vu de loin avec un plaisir extrême le mouvement du roi qui s’avancait vers lui , aussi re.splendissant qu’Indra. L’e.spoir est déjà dans son cœur : il descend de son char, et se présente avec empressement, heureux de trouver un ami. En voyant les présents de Yargha qu’on élève vers lui, Sâlwa s’écrie ; • Arrêtez, prince; avant de m’ofi'rir ces pré- « sents, sachez que je ne viens pas seulement comme ami, mais comme « envoyé dos rois ligués avec le sage Djarâsandha. Je ne sais pas encore si • je dois accepter les honneurs que vous n’accordez peut-être qu’à ma B .seule qualité de souverain. »

Câlayavana répondit : « Noble et prudent héros, comme ambassadeur « envoyé vers mol par le prince de Magadha au nom des rois, tu mérites « particulièrement d’être honoré : c’e.st à ce titre que je t’offre suivant " l’irsage Yargha, le bain de pieds et un siège. En t’honorant, je pré- B tends honorer tous les rois. Prends place sur ce magnifique divan. » Les deux princes se serrent la main ^ s’adressent les souhaits ordinaires de l’amitié *, et vont s’asseoir ensemble sur le même siège. Câlayavana reprend : « Celui qui t’envoie vers nous est un prince qui est pour les

hastàUnganaca. — * Us s'adressent le mot cousalam.

IIARIVANSA.

• autres rois ce qu’lndra est pour les dieux : on a recours à la force de

• son bras au moment du danger. Quel est l’obstacle qui peut résister à

• ses efforts? Explique-toi : que demande-t-il de moi? Je promets de me « rendre à scs désirs, quelque difficulté que je puisse rencontrer. •

Sàlwa répondit : « Puissant monarque, c’est le roi de Mugadba lui-ménie

• qui vous parle jiar ma bouebe, et vous raconte le dernier combat que

• nous avons soutenu. Vous savez qu’il est né un guerrier redoutable, et

• jusqu’à présent invincible : on l’appelle Cricbna. Connaissant ses maii-

■ vaiscs intentions, Djaràsandba s'est levé jiour l’abattre, et avec un grand t nombre de princes, suivis de leur armée et de leurs cbars de bataille,

• il est venu l'assiéger sur la grande montagne de Goinanta. D'après l’avis

• du roi de Tcbédi, pour détruire ce Cricbna et son frère Balaràma, il

• lit mettre le feu à la montagne. A la vue de fincendic qui roule vers

• lui ses tourbillons enflammés, et qui brille comme celui qui doit con-

• sumer le monde à la lin des âges, Hàma, di.stingué par le j>alinicr qui

• décore son étendard, s’élance do la crête du Goinanta, et tombe au

■ milieu de cette vaste armée, pareille à une mer agitée. De loin, avec

■ son soc qu’il lançait et ramenait à lui, et qui dans nos rangs se glissait « de même qu’un .serpent, il moissonnait les bommes, les chevaux, les « cbars, les éléphants; de près, avec sa masse, il les assommait, renversant « les éléphants les uns sur les autres, le char sur son conducteur, le

• cheval sur le cavalier, le fantassin sur le fanta.ssin. Au milieu de cette « foule de rois qui brillaient comme des soleils, il apparaissait lui-même

• çà et là tel que le soleil brûlant de l’été.

• .Suivant de près sou frère, Cricbna, armé de son tcfiacra aussi étin-

• celant ([uc l’astre du jour, et de .sa massue de fer, terrible instrument

• de mort , fait trembler sous ses pas la montagne ébranlée : le héros des

• Vàdavas tombe sur l’armée de scs ennemis comme l’aérolitbe que lance

• le nuage, et qui, poussé par la tempête, pénétre dans la terre dont il

• brûle les sillons. Tel, Djanàrddana descend du haut de la montagne en- « flammée. De son tchacni il envoie la mort au loin, de sa massue il la . donne de prés : et sous ses coups, les bommes, les éléphants, les clie-

• vaux sont réduits en poussière. Toute cette armée, que commandaient

• tant de princes illustres, est emportée par le vent de la colère des deux

• héros, ou brûlée par les feux du soc et du tchacra : en un moment cette

• masse d’hommes, d’éléphants, de chevaux, de chars, de fantassins, où « brillaient mille étendards, est anéantie par deux simples guerriers.

• A la vue de son armée en déroute et tremblante devant les feux qu’al- « lume le Ickacra, Djarâsandha lui-méme .s’avance pour combattre, envi-

• ronné d’une foule innombrable de chars. Le frère de Crichna, héros

■ vigoureux et formidable, vient au devant de lui, brandissant sa massue, et « agitant .son effroyable soc. Semblable à un lion furieux, doué d’une force

• capable de détruire douie armées *, il lance le soc Sànanda, il frappe

• de sa massue qui tombe sur Djarâsandha avec l’impétuosité de la foudre;

• et en le voyant dans l’attitude* guerrière qu’il prend devant son ennemi,

■ on dirait que c’est Cârtikéya qui combat Crôntcha. 11 jette sur son rival « de longs regards, comme s’il voulait le brûler de ses yeux. Quel mor-

■ tel, s’il n’a pas renoncé à la vie, peut oser combattre ce Baladéva apres I avoir vu sa forme terrible? Elevant sa massue qui re.ssemble au sceptre

• de Câla ^ et jaloux de soutenir l’honneur de sa race, il allait frapper « Djarâsandha. En ce moment, du sein d’un nuage une voix se fait en- « tendre : c’est le maître du monde, c’e.st Rrahmâ, qui, invisible, adrc.sse ces

• mots â Râma : Ce n’est pas sous la force de ton bras que doit succom-

■ ber ce héros; un autre aura cette gloire, .suspends tes coups, ô guerrier

« qui portes le soc. A ces paroles, Djarâsandha lui-méme s’arrête, et de-

• meure pensif : l’oracle de Rrahmâ semble l’avoir privé de tout sen-

■ timent.

• Prince, voici maintenant le projet que les rois m’ont chargé de te « communiquer, et pour l’exécution duquel ils comptent sur loi. Ils « savent que le grand Mouni Gârgya s’est soumis â une pénitence rigou- « reuse pendant douze ans, que, couché sur le sol hérissé de pointes de

• fer, et arrivé à un tel degré de perfection qu’il voyait ses pas adorés

• par les dieux et les Asouras, et pouvait en toute assurance exprimer

> le vœu que sa bouche aurait formé, il a demandé et obtenu de Siva

* Le mot qui signifie arm^ en cei enilrotl est * Cette attitude porte le oom particulier

I aichékinl. Cette espèce d'armée de |ctV||t9 viMha , ou se composait de ioq.35o fantassins , de 65,6 1 0 vésâihamithâiiam. On a vu. Icct. iii, noC a5,

cavaliers, de a 1,870 chars, et d'un nombre que Vcsàkha était un des noms du dieu de la

égal d'élè-phants. On donnait aux divisions le guerre, nom de Ichamoâ. ’ Dieu de la mort.

HAIUVANSA.

• un fils dont la destinée est de ne point périr sous les coups des héros de

• Mathourâ. Ce fils, c’est toi-niémc ; et par la vertu des mortifications du « saint Mouni, par reffet du privilège que lui a donné le dieu qui porta

• la lune sur son front tu vaincras Djanàrddana , qui va disparaître de- > vant toi comme la neige se fond aux rayons du soleil. Appelé par la

• confiance des rois, ô prince, lève-toi, et viens triompher de Késava.

• Pénètre avec ton armée sur le territoire de Mathourâ, immole Crichna « et immortalise ton nom. Ce fils de Vasoudéva et son frère Baladéva sont

• de Mathourâ, et compris dans l'oracle qui condamne leurs concitoyens.

• Va, la victoire t’attend dans cette ville. Telle est la proposition que m’a

• chargé de te soumettre, dans l’intérêt des rois, le grand Djaràsandlia. « Prince, examine-la de concert avec tes conseillers, et adopte le parti que

• doit te suggérer ta sagesse. »

DÉP.\RT DE C.tLAYAVANA.

Ainsi parla Sâlwa au nom des rois. Le monarque dos Yavanas lui ré]K>ndit avec empressement : • Je suis heureux de la confiance que l'on ■ me témoigne : je regarde cette proposition comme une faveur, et ma

• vie no sera point perdue sans fruit, puisque des rois m’appellent pour

• arrêter Crichna. C’est un héros, dit^m, que personne, dans les trois

• mondes, ni parmi les dieux, ni parmi les Asouras, ne saurait abattre. « Cependant si l'honneur de ce triomphe m’est réservé, je veux en par-

• tager le fruit avec les princes généreux qui m’appellent. Leur voix est « comme une rosée qui va pour moi féconder la victoire. Oui, j’exécuterai « leurs intentions : le sort du vaincu, dans une si belle cause, serait « presque aussi glorieux que celui du vainqueur. Le jour de la lune et

' Le dieu de la hine» banni du cicl« rentra dans rassemblée des dieux par la faveur de Siva, qui Tavait placé sur son Iront.

« la constellation l’heure et le demi-jour ’ nous sont favorables. O roi , • je pars pour Mathourâ, je vais vaincre Kcsava. »

Après avoir adressé ce discours au vaillant prince de Sôbha, il lui lit le présent accoutumé consistant en parures et en pierres précieuses Il donna aussi aux Brahmanes et au prêtre de sa maison * de riches cadeaux, en les priant d'attirer sur ses armes les bénédictions du ciel. Il offrit uu sacrifice au feu, et après avoir pris toutes les mesures cpii pouvaient contribuer à son succès, il partit avec l’espoir de triompher de Djanérddana. O fils de Bharata, Sâlwa, heureux d’avoir réussi dans sa négociation, embrassa le roi des Vavanas, et retourna dans sa capitale.

TRIOMPHE DE CRtCHNA.

Djanamédjaya dit :

Quand le héros, dont la force était comparable à celle d’Indra, partit pour la ville de Vidarbhâ, pour quelle raison emmena-t-il Garouda? Que fit ce piiis.sant fils de Vinatâi* car le dieu ne l’avait pas pris pour mon-

tithinakchatram.

mûuhouritacaranam. M.WiJ-

M)n écrit cf||^lj|| rârand : malgré l'absence de l'a long dans la première syllabe, j’ai pensé que je devais entendre par ce mot cette division astronomique . qui correspond à la moitié d'un tirhi, ou jour lunaire. Voyez Hecb. asiat t. IX, pag. 367. Un passage du Moudrâ Bdkchasa , act. 4* montre l'importance que l’on attachait à ces diverse» circonstances de temps.

' Ces usages antiques subsistent toujours dans ITnde. Comme dans ces temps anciens,

les princes modernes donnent à ceuz qu'ils veulent honorer des élofles, des bijoux, de l’argent. Tels furent les présents que le jeune naturaliste Jacqueniont , enlevé malheureuse* ment à la science, reçut du roi de I^jore, à son audience de congé. Il dit dans une de ses lettres du iSmars i85i,qiie le prince lui don* nn le khélalt ou habit d'honneur, consistant en quatre cachemires , et sept pièces d’étoffe de soie ou de mousseline, une parure en pierres mal taillées, et une bourse de 1,100 roupies,

* Oti ap|)clait ce prêtre pourohita : il dirigeait tous les sacrifices qui avaient lieu dans la famille.

fi70 HARIVANSA.

ture. Voilà une circonstance, ô grand et pieux brahmane, sur laquelle je voudrai.s bien être éclairé.

Vôsampâyana répondit :

Ecoute, ô roi, l’œuvre plus qu’humaine que fit Garouda. Criohna était sorti avec lui de la ville de Vidarbhâ; avant d’arriver à Mathourâ, le sage compagnon du vainqueur de Madhou pensait aux dernières paroles que ce dieu des dieux avait prononcées en présence des rois : • Je pars, avait-il « dit, pour la belle ville de Mathourâ gouvernée par un roi Bhodja. • Garouda, qui prévoyait l’arrivée de Câlayavana, songeait à laisser Crichna seul continuer son voyage, |iour exécuter lui-méme une imjiortante mission. 11 .salua le dieu avec respect, et lui dit : • Seigneur, je vais me diriger vci-s

• Cousasthalî, l’ancienne capitale de Rêvata'; je visiterai le mont Rèvata ,

• et scs bois charmants, pareils au Nandana céleste. J’examinerai en détail

• ce pays délicieux, abandonné aux R.^ikchasas, protégé par des montagnes

• et parles Ilots de l’Océan, couvert d’arbres et de plantes, paré de mille

■ fleurs, peuplé d’éléphants, de seqients, d’ours, de singes, de sangliers,

■ de buflles, et de tant d’autres animaux sauvages. Après avoir reconnu

• quel peut être l’endroit le plus convenable pour un établissement, après

• avoir choisi un site agréable et avantageux pour une ville, je reviendrai

• vers toi pour te délivrer du soin ([ui va t’inquiéter. »

.\insi parla au maître des dieux le puissant roi des oiseaux ; il le salua ensuite, et partit du côté de l’occident. Crichna continua sa route avec les \âdavas, et arriva à Mathourâ : Ougraséna et tous les habitants vinrent au-devant de lui avec les transports de la joie la plus éclatante.

Djananiédjaya reprit ;

Ougraséna devait .savoir que Crichna avait été sacré roi par une assemblée de princes; que fit en celte circonstance ce monarque généreux et magnanime?

' G}u$asihaU esl le nom d’une province el celui d’une ville. V'ovei leci. x , pag. 54

Vcsanipâyana dit :

En eflet, il avait appris le sacre de Criclina, et le discours tenu, au nom d’Indra, par Tchitrângada, envoyé de paix et de conciliation : il avait su que la munificence du nouveau souverain avait donné pour les rois cent millions de bhdgas*, ce qui faisait cent mille pour chacun; qu’il en

* Ce mot m’a embarraAsé: ÎI »ignilie portion, fmctioii , et conunc l\ était s«ul dans la phrase , je ne savais k quelle unité il fallait le faire rapporter. Hus loin j‘ai trouvé que ce devait être une fraction du dinàra, H13T

dinânea bhâga. M. Wilson, dans son dictionnaire, nous apprend que le bhàffa équivaut à une demi-roupie. Mais la dîlTiculté est d’établir son rapport avec le (Jtnàra, qui semble avoir varié de valeur. En réunissant les dilTérents documents que peuvent offrir les lois de Manou, lect. vin, si. i34 et i35, et les diverses explications que donne M. W ilson en .son dictionnaire, aux nvots dindra, soatoma, carcha, mâcha , pala et ractica , on arrive à des évaluations tellement confuses ou contradictoires, qu'il faut dèses{)érer d'obtenir un résultat pleinement satisfaisant. Le souvama est la monnaie d'or que l'on cite le plus communément , et que M. W ilson estime à 8 roupies d'argent : cest aussi un poids d'or, qui varie de io5 grains Troy à Q3 7 (voyei la traduction du Mriichtcfiacat{, pag. 5o). Dans son dictionnaire le même M. Wilson dit qu'un iouv>ama vaut 176 grains Troy. et qu'un petit oirc/uz en vaut 180; il ajoute «pi'uu carcha est égal à 1 6 mJcW. Les luis de Manou portent que 16 rndcAoi forment un soummfl. Il résulte donc que le touvama et le carcha ont à peu près le même |wids. c'est-àdire 1 1 gr. 65q mülig., ce qui rejvrésenle en or une valeur de 4o fr. Or 8 roupies ne valent pas ao fr. : différence énorme entre le poids et la monnaie, qui me fait penser que, le mol xmvarRa signiüant piece ou poids d'or en géné-

ral, il y a des iouturnar simples et des souvarnas doubles. Dans son essai sur le Cachemire. XV® vol. des Recherches asiatiques , pag. 37, M. Wilson dit que le dinâm pesait 3a rettis , ou 4o grains, et valait, suivant Ferisbta, a roupies : ce qui ne peut s’entendre que d'un dinâra d'argent. Car, dans sou dictionnaire, au root dfndra , le même savant nous apprend qu'un dtnâra vaut deux rarcàoi; nous venons de voir que c'est la meme chose que deux foavamas. Mais il ajoute ensuite qn'on donne encore au dinâra l'évaluation d'un petit païa de 3a rettis. ou d'un grand pala qui représente toS soavameu. Un pala qui vaudrait 3a rettis ne serait par un demi-iouroraa. autrement un sourama simple, d'à peu près i5fr (ce petit pa/« est peutêtre d'argent), D'un autre côté, au mo\ pala, il est dit qu'un pala vaut 4 carchas, de la même manière que les lois de Manou nous enseignent que quatre souvarnas font un pala. De tous ces éléments incertains il est tmjwssibie de tirer une conclusion bien rigoureuse. Mais enfin, prenons l'évaluation moyenne du dinâra, et admettons qu'il ne contient que deux carchas ou soatamas simples, et que ce saueama, ainsi que le dit M. Wilson, vaut 8 roupies; 1c diadra en vaudra 16, et le bhdga , qui en est une fraction, étant estimé par M. Wilson à une demi-roupie, doit être le ^ d'un dindra, valant par approximation 1 fr. ao c. Nous supposons qu'il est ici question de la roupie d'argent, car il y a aussi la roupie d’or: la demi-roupie d'or vaut 8 roupies d’argent, et par conséquent correspond au souvarna simple. Une

IIAHIVANSA.

avait distribué dix à tous les simples citoyens; qu’aucun de ceux qui s’étaient présentés n’était retourné chez lui les mains vides; que sous la figure d’un Yàdava Sankha ’ donnait tout ce qui venait à la pensée de Criclina : tel avait été l'ordre de Couvéra partageant l’ivresse tics autres dieux. A ces nouvelles que lui avait rapportées un émissaire de sa maison, Ougraséna couvrit d’offrandes* les autels des dieux. Los deux côtés de la porte du palais de Vasoudéva furent, par l’ordre du roi, garnis de guirlandes et de drapeaux. Le prince Bliodja oma de riches étendards la .salle d’audience de Gansa, tendue do magnifiques tapisseries. A la porte de la ville fut élevé un arc do triomphe recouvert d’un enduit éblouissant “ ; en cet endroit on dressa un trône. De tout côté se formaient des chœurs de danse; on entendait le bruit des clients et le son des instru ments; partout, dans les grandes rues, on voyait des drapeaux, dos couronnes de fleurs et des vases remplis d’une eau parfumée do .sandal. Le sol était couvert d'étoffes et de tapis, et de chaque côté on brûlait dans des cassolettes du sandal ‘, de Vaijoumii ’, de la résine de gouggoula ’, ou des grains de sartlja^. Des troupes de vieillards, de femmes, d'hommes de tous les rangs, célébraient les louanges du héros; et de distance on distance des femmes devaient lui présenter l'aiglia. Tels étaient les préparatifs de fête qu’avait ordonnés le roi Ougraséna : lui-même, il se rend au palais de Vasoudéva, et lui apprend l’heureuse nouvelle qu’il avait reçue. Il se consulte avec Ràma, et ils vont cn.semblo au-devant de Crichna.

Cependant le son de la conque appelée Pântchadjanya venait de retentir : au.ssitôt tous les habitants de Mathourû, femmes, enfants, vieillards, sortent de la ville, avec les Soûlas, les Mâgadhas, les panégyristes et toute l’armée. I\éma était à leur tête avec le sage Ougraséna, disposé à présenter l'argha et le bain de pieds. Dès l’instant que celui-ci fut à

autre fraction du tiinâm c«t dhânaca, dont j'ignore la valeur.

* V'oyesicct. cvi, not. 4* SanLhaestun des Nidhis ou des Trésors |>ersonniru*s

* î*c texte porte soa<Oiàpanca. Le

mol soadhd signilie enduit, mortier : Ü désigne

aussi le myrobolait . et ftomrait indiquer la couleur particulière de cet enduit « dans letpicl entrerait la poudre jaune du tnyrobolan.

Ichandana (sirium mYrtjfolium].

' A^atlochum, bois d'aioés (a^ui/ann o^al/o-

• Bdeilium.

* Shorta robuita (sâl Iree).

CENT-ONZIÈME LECTURE, la vue de Crichna, il descendit de son char, et s’avança à pied. Le héro.s était assis sur un char magnifique, brillant de pierres précieuses; tous ses membres étaient couverts de parures étincelantes; sur sa poitrine, aus.si resplendis.sante que le soleil, pendait sa guirlande, appelée vanamâld; autour de lui on portait les insignes de la dignité royale, le Ichâmara, l’éventail, le parasol et l’étendard l’éclat cbloui.ssant qui environnait le maître des dieux obligeait les spectateurs à baisser les yeux devant lui comme devant l’astre du jour. A cette vue, Ougraséna d’une voix tremblante d’étonnement et de plaisir s’était dit à lui-même, • Il ne convient

• pas que je sois sur le même cbar que le grand et beau Rêma;> et, mettant pied à terre, il avait en ces termes parlé i ce héros : ■ Illustre

> vainqueur, reste sur ce char, et rentre avec pompe dans Mathourâ à la

• suite do Vichnou, qui se montre à nous ici-bas sous une forme emprun-

• tée. Dans la dernière assemblée des rois, Késava vient d’apparaître

> comme le souverain des dieux : mon devoir et ma volonté sont de lui

• rendre toute espèce d’honneurs. • Le frère aîné de Crichna répondit au roi : ■ Prince , cet hommage que tu veux rendre à Djanârddana ne

• con^^ent pas à ta dignité, et Djanàrddana lui-même ne saurait l’approu-

• ver. Te voir dans de pareilles dispositions, n’est^e pas déjà pour lui « un plaisir assez grand? Il revient dans ton royaume après avoir été re-

• connu pour roi des rois : il a reçu les hommages des dieux eux-mêmes.

• Que pourrais-tu ajouter à cet honneur? •

Ainsi parlaient les deux princes, et ils approchaient de Késava. Celuici , en voyant Ougraséna le bras élevé pour lui présenter l’argha, arrête son char, et dit à ce prince : « Vous me rendez un honneur que je ne

• dois pas recevoir du roi de Mathourâ lui-même. C’est moi qui vous ai

• conféré cette dignité, et je ne souffrirai pas que vous vous abaissiez jus- ■ qu’à m’offrir en personne les présents de Vargha, l’eau pour la houche

• et les pieds. Je vous remercie de vos bonnes intentions; mais, je vous le

• répète, le roi de Mathourâ doit consener sa dignité. Gardez votre rang, " et daignez accepter le présent que j’ai offert à tous les rois, ces cent

• mille blidgas, sans compter ces vêtements et ces parures. Montez sur ce

L^atileur, par ina<lvc*rUmcc, dit que cet m^me temps d'étendard, quand le dieu était

étendard était le roi des oiseaux, Ciarouda , qui porté sur un char. Mais ü a oublié que Ga-

en effet servait à \ idinou de monture, et en rouda se trouvait alors en mission.

Page 1