‹ Harivansa, ou, Histoire de la famille de HariChapitre 6 sur 55 · HISTOIRE DE PRITHOU : S.\ NAISSANCE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE PRITHOU : S.\ NAISSANCE

Vêsampâyana dit :

Dans la famille d’Atri, naquit le patriarche Anga, fidèle observateur des lois et semblable à son aïeul. 11 eut pour fils Véna, qui ne marcha point

Le veau est l’être qui par sa naissance a droit au premier lait de la vache. Voyez plus bas la sixième lecture, où sera expliquée celte

allégorie de la vache, dont le lait sert aux différentes créatures, suivant leur rang et leurs mérites.

sur ses traces : la mère do Vcna était Soiinîthâ, fille de Mrityou autrement appelé Cd!a. Ainsi par sa mère petit-fils d’un être nuisible et redoutable, ce prince abandonna les règles du devoir, et n’eut de goût que pour le mal. Il suivit une route qui l’éloignait de la vertu, et transgressant les lois dos Vèdes, il ne se plut que dans l’impiété. Du temps de ce patriarche, les mortels ne faisaient point la .sainte prière, ou l’exclamation pieuse qui accompagne les libations [vachat)'; les dieux n’étaient point invités dans les sacrifices à boire le soma Sous peine de mort, le tyran avait défendu toute espèce de culte et d’offrande. • C’est moi, disait sa proclamation, c’est moi qu’il faut

• adorer; c’est moi qui suis le sacrificateur et le sacrifice : oui, en moi est le

• sacrifice et l’olfrandc. • C’est ainsi, ô fils de Courou, que ce prince, sans boute, sans retenue, usurpait les honneurs divins : les Maharebis, ayant à leur tète Ca.syapa, vinrent lui faire des |■emontrances. • C’est i nous, diront-

• ils, qu’il a été donné do présider encore au culte pendant de nombreuses

• années : c’est par nous seuls que le sacrifice peut être efficace. O Véna ,

• n’oublie point les règles de la justice : ta conduite n’est pas celle des sages.

• Oui sans doute, tu appai'ticns à la famille d’Atri; mais tu dois te dire à toi-

• môme : mon devoir est de régner sur mes sujets. • Ainsi parlèrent les Mabarebis. Véna, ignorant et in.sensé, leur répondit en riant :

• Quel autre que moi a créé la loi? quel autre a le droit de se faire écou- " ter? Quel autre est pareil à moi sur la terre pour l’instruction, la force, la « pénitence, la vertu? Aveugles, insensés que vous êtes, vous ne voye* donc

• pas que je suis au-dessus de tous les êtres, au-de.ssus de toutes les lois?

• Si je voulais brûler la terre, ou l’inonder, ou bien bouleverser la nature,

• qui pourrait y trouver à redire? •

Voyant qu’ils ne pouvaient éclairer l’esprit de Véna ni guérir son orgueil, les Maharebis se mirent en colère. Ce fut alors que malgré sa force l’impie commença à trembler. Dans leur sainte indignation, ils le saisissent, et battent les humeurs * de sa jambe gauebe. De la jambe du roi ainsi remuée

' Mrihfou ou Cala esl U Mort personnifié ; il était fils d'Adharma (rimpiété).

* Ccsl le mot que l’on prononce en jetant dans le feu du sacrifice le beurre fondu. Dans les sacrifices offerts aux mânes, c'est le mol twaMà qui est employé.

' Du jus de Vau/rpias acitfa on forme un breuvage que l'on offre dans les sacrifices, et dont boit ensuite le sacrificateur. Ce breuvage porte le nom de soma.

* Le lecteur a dtjà vu que ce conte est une allégorie, non pas astronomique , mais hislo-

CINQUIÈME lÆCTllRK.

naquit un homme petit, trapu et noir. Tout effrayé, il se tenait debout, dans la posture du respect Atri, qui le voyait trembler, lui dit : • Âssiedst toi {nichida). • C’est lui qui fut le père de la race des Nichâdas Mais comme il était né sous l’influence de l’impiété de Véna, scs enfants furent pécheurs. O Djanamédjaya, sache que d’autres peuples habitant le Vindhya ’, tels que les Touchâras ' et les Toumbouras, barbares sans loi et sans religion, sont ainsi descendus de l’impie Véna.

Cependant les Maharchis, toujours irrités, prirent son bras droit et l’agitèrent, comme on agite l’arani Pareil à une flamme brillante, Prithou en sortit ; son corps resplendissait comme un feu éblouissant. 11 avait à sa main l’arc divin et retentissant qu’on appelle Adjagava sur ses épaules des flèches sacrées, et autour de son corps une armure étincelante. U venait de naître, et déjà tous les mortels, ivres de joie, accouraient en foule auprès de lui. Son père fut transporté dans le séjour des dieux , ô noble rejeton de Courou : il dut à la piété de son généreux 11b d’ètre sauvé de l’enfer destiné aux hommes morts sans enfants

rique. Qu'est*ce que le pied gauche , ou la main droite deV^éna ? Ne aerait*oe pa$ une partie de son royaume ? Le cÂté droit , en sanscrit, est le midi. Véna, prince orgueilleux et impie, veut régner sans les Brahmanes, qui se vengent de lui en soulevant les diverses contrées de son empire, et finissent par lui donner un succès* seur. Le mot sanscrit qui signiGc éatfre exprime l'opéralioD par laquelle on fait le beurre. lUen de plus commun chez les Indiens que ces images où figurent et le lait et le beurre. La Terre est une vache dont tous les êtres boivent le lait. Sous la forme de Lakchmi, elle est sortie, comme une espèce de beurre.de la mer barattée par les dieux. Ici les Maharchis se livrent à une opération pareille : c*cst un barattement.

* Cette posture est appelée andjali. Elle consiste à se placer devant une personne , 1a télé un peu inclinée, et les mains rapprochées l'une de l'autre avec les paumes en dessus qui forment une espèce de creux. Cette posture me semble indiquée dans le vni* livre de l'Enéide : Sar^it, et mtherei spectam orientia solis

Lumina, rite cavis andam de Jlanùne palmu

Soitulit

* Encore une de ces étymoli^es forcées pour rendre compte des mots : c'est une manie chet les |)oétes indiens. Un Nichida est un liMnme qui n'a point de caste ; c'est , par exemple , le bis d'un Brahmane et d'une Soùdrà.

’ Le Vindhya ou Bindh est la chaîne de montagnes qui sépare Tlndostan du Décan.

* Touchârtt veut dire froid, glace. On désigne sans doute par ce mot les peuples sauvages qui habitent le sommet des montagnes glacées.

* L'aroai est l'instrument avec lequel les Bralimanes allument le feu du sacrifice. On fait avec le buis de samt une pièce cubique de cinq pouces de diamètre, ayant une petite ouverture dans la partie supérieure, où Tmi introduit un morceau d'astcatiha que tirent deux personnes, chacune de son côté : la friction produit du feu.

** C’est le nom de rare de Siva.

" Le Padma-pouràna donne des détails sur la vie de Véna. Ou y Ut qu'il avait embrassé la

Le iiionient du baptême royal de Pritliou était venu : de tous côtés arrivcrent auprès de lui les dieux des mers, des fleuves et des eaux, chargés de pierres précieuses pour les lui présenter. Brahma lui-même avec les dieux, les enfants ” d'Angiras, tous les êtres animés et inanimés s'assemblèrent |)our assister au sacre d'un prince vertueux, environné de gloire et de puissance, et élevé au rang suprême pour le bonheur de la terre. Les cérémonies solennelles furent accomplies, suivant le rite sacré, par de savants Brahmanes, et Pritliou, Uls de Véna, fut reconnu roi des rois.

Alors les mortels opprimés par son père éprouvèrent sa bienveillance; et les vertus d'un prince chéri semblaient accroître une population heureuse de naître sous lui. Quand il devait aller sur la mer, les flots s’arrêtaient calmes et tranquilles; les montagnes s’ouvraient pour lui faire un passage. Son drapeau était partout respecté. La terre, d'clle-même et sans travail, produisait à volonté des fruits toujours mûrs; les vaches donnaient sans cesse leur lait à qui voulait les traire, et le miel se formait dans la coupe du loties. Ce fut dans ce temps, qu’au moment d’unsacrilice brillant en fbonneur de Brahmà, au jour appelé sôlya, naquit de Soùtl le sage Soûta Ce fut encore au moment de ce grand sacrifice que vint au monde le docte Màgadha. Les llichis les chargèrent de célébrer les louanges de Pritliou. • Que ce « prince, leur dirent ces saints personnages, que ce prince soit l'objet de " vos chants. C’est li une tâche qui vous convient; Pritliou est digne de vos ■ éloges. • Soûta et Màgadha répondirent alors aux Richis: ■ Nous pouvons

foi de Djina. I4^s Richis avaient réussi à le ('onverlir, et U avait fait |>éQiU;(Ke. Après avoir abdiqué en faveur de son fds Pnlliou. il s*élait retiré au paratlis de Mchnoii. I^s hommes sans enfants allaient dans un enfer appdé Voyei Wilson, an mol

'* Nous avons vu, lect. iii, que les Ritchas éiaieut filles d'Angiras. Celiii<:i eut d autres enfants; car Vriliaspati, le précepteur desdieus, est son fils. Je fais cette remarque , |Mrce que le nom patronymique , employé ici dans le texte, est masculin, quoique Ritchas soit du féminin.

" On donne le nom de Soûta et de Mûga- (üta k ces poètes qui célébraient les louanges des

princes, à ces panég}rUtes, souvent improvisateurs. que les rois avaient à leur solde. Ces bardes ou ménestrels exerçaient même une espèce de fonction, chantaient les vertus de leur patron, sa généalogie et les exploits de ses ancêtres ; ils l’accompagnaient à l’armée, et par leurs accents ils animaient le courage des soldats. Il ne faut pas confondre ces Soùtas et ces Mâgadhas avec ceux dont parlent les Lois de Manou . lect. X, et qui appartiennent par leur naissance aux classes mêlées, chaigés, les premiers de conduire les chars des combattants et de soigner les chevaux, les autres de voyager pour le commerce

■ bien louer pour leurs œuvres les dieux et les Ricliis eux-mêmes. Mais

• nous n’avons pas encore vu les actions de ce prince, ni les preuves de sa

• gloire. Comment nous serait-il possible de célébrer ses louanges.^ • « Eh

• bien, dirent les Richis, chantez le noble Prithou, pour les actions qui

■ doivent le distinguer un jour. Dites ce qu’un roi doit être : ami de la vérité, « toujours égal, équitable, plein d’honneur, affable, patient, fort, puissant

• contre les méchants, instruit dans les lois, reconnaissant, clément, aimable

• en ses discours, respectable, religieux, savant dans la science sacrée, doux,

• calme, agréable et habile é terminer les procès. >

C’est depuis cette époque, ô Djanamédjaya, que les poètes et les chantres savants, nommés Soûtas et Mâgadhas, ont, dans les réunions solennelles, relevé par leurs éloges la gloire et le bonheur des grands.

Ils avaient chanté Prithou , et ce prince, pour récompense, donna à Soûta le pays d'Arodpa, et à Mêgadha celui à qui ce même nom de Mêgadha est attribué “.

Les Maharchis dirent aux mortels heureux de le voir : • Ce prince vous

• donnera des moyens de subsister. > Alors ceux-ci vinrent trouver le fils de Vena : « Les Maharchis, s’écrièrent-ils, nous l’ont promis; c’est par toi que

■ nous obtiendrons notre subsistance. ■ Prithou, ainsi pressé par les mortels qui l’entourent , tâche de condescendre à leurs désirs. 11 prend son arc et ses flèches, et violente la Terre. Celle-ci effrayée fuit devant le fils de Véna , et se change en vache Prithou, l’arc à la main, poursuit la fugitive qui, poussée par sa crainte, parcourt tous ces mondes, où régnent Brahmâ et les autres dieux Mais toujours elle aperçoit le fils de Véna, tenant son arc tendu , et la menaçant de ses flèches aiguës et brillantes : elle aperçoit Prithou, puissant par sa piété, magnanime et redoutable pour les dieux eux-

Le Migadha est devenu aussi célèbre par ses princes que par ses poètes. Ces derniers ont porté le ivom général de Mâgadlia.

Le lecteur pourra comparer cette fable avec celle de la vache lo. Dans les Lois de Manou . lect. IX , si. 44 « il est dit que l'histoire de Prithivf , la terre , est une allégorie.

Ces mots désignent sans doute les diverses régions du globe, d'après leur position géographique; car le monde de Brahmâ est situé

vers le pâle. La Terre changée en vache me semble indiquer la vie pastorale des anciens. Prithou voulut J ajouter l'agriculture, et il éprouva d'abord do la résistance. Je suppose qu’il fut, dons le commencement obligé d'employer pour cela la violence. Cestlâ tourmenter, d'après le langage poétique, U terre qu'il doit protéger, et qui bientôt, sous sa Uil^le paciûque, deviendra féconde par le bienfait de l'agriculture.

nu-nies. Ne trouvant aucun protecteur, elle s’approclie enfin <le lui. Elle, que les trois mondes doivent révérer, elle est devant lui dans une attitude respectueuse. Elle lui dit : « Non, tu ne voudras point te déshonorer par la

■ mort d'une femme ... El cependant , sans moi , comment pourrais-tu « faire vivre les mortels? C’est moi qui soutiens tous les hommes, de moi

• dépend la vie du monde. O roi, avec moi mourraient tous les êtres. Si tu

• veux le bien de tes sujets, tu ne dois jras vouloir ma mort. O toi, qui es

• mon protecteur, daigne écouter ma voix. On prépare par la réflexion le

■ succès d'un projet. Réfléchis donc aux moyens d’assurer la subsistance des

■ mortels. Ce n’est pas en me détruisant, ô roi , que tu peux remplir ce des-

■ sein. On a dit qu’il faut respecter la vie des femmes : ce n’est point k

• l’égard d’un être d’une condition inférieure ô prince, que tu peux ou- « hlier les règles du devoir. » Le sage monarque, en entendant ces discours, sentit fléchir son courroux : et lui, que l’amour du devoir animait, il répondit à la Terre.

HISTOinE DE PRITHOü : L\ TERRE NOURRICE DE TOUS UES ÊTRES.

Prithou dit :

« Celui qui pour l’intérêt d’une seule personne, de lui-même ou d’un

• autre, donne la mort à plusieurs êtres animés, ou même k un seul, commet

• un péché. Mais quand cette mort a pour motif l’Intérêt du grand nombre, « alors, ô ma chère, il n’y a point de faute, il n’y en a jws même l’apparence.

• Mais surtout, si la mort d’un méchant doit faire le bonheur de la multi-

• tilde, c’est dans cette circonstance que l’homicide est une action pieuse.

'* Od voit dan» le Bhagavad-giti, lect. ix et ailleurs» comment les hommes sont récom|>enbHn après cette vio» suivant leurs œuvres» en montant ou en descendant dans Tèchelle des êtres. Ceux d'une caste inférieure peuvent es* perer, après avoir rempli les devoirs de leur

condition, de passer dans une caste plus relevée. LViat de la femme est regardé comme une dé>

gradation, cequ'indkjue le root ;

employé dans ce passage, et qui traduit littéralement. signifie un être qui est entré dans une matrict rttroqradc-

« Oui, je te frapperai, ô Terre, j>our le bien des mortels, si tu refuses d’écou- « ter mes avis. Je veux le bonheur des hommes : c’est en vain que tu dé-

• tournes la tête, et que tu t’obstines à désobéir à mes ordres. J’emploierai

• le fer contre toi ; ce sera pour mol une gloire, et je saurai sullire à la nour-

• riture des mortels. Soumets-toi plutôt à ce r[ue je demande, ô toi qui

• connais les règles du devoir. Fournis à la subsistance de tous les êtres :

• car tu le peux. Deviens ma fille ' ; alors je retiendrai cette flèche redou- ■ table, prête à te percer. •

La Terre répondit :

■ O prince, je remplirai toutes tes volontés, je le promets. C’est par la ■ réflexion qu’on prépare le succès d’un projet. Réfléchis donc au moyen

• d’assurer la subsistance des mortels. Vois-tu ce veau ’ que je nourris ? il

• faut m’en séparer, et niveler partout le sol terrestre, en sorte que mon

• lait, ô sage monarque, s’épanche également de tous côtés. •

Vêsampâyana continue :

Alors le fils de Véna, de la pointe de son arc, aplanit mille et mille montagnes, qui semblent s’étendre à sa voix. La Terre se découvre de toutes parts. Pendant les Manwantaras précédents, elle était inégale et, de sa nature, hérissée d’immenses aspérités. Tel fut son état sous le règne du Manou Tchâkchoucha. I.,ors de ces premières créations *, la Terre raboteuse et rude n’était

' Ici la Terre est considérée comme la fille de Prilhou : ailleurs elle est sa femme. Pritbou lui-niéme est regardé comme une incarnation de Vichnou.dont 1a femme Lakchmi s'incarne aussi pour suivre son mari sur la terre. Le lecteur doit s'habituer à cette idée : devenir fils ou ûlle d'un personnage . c*est prendre un nom cpii est dérivé du sien. Ainsi la terre est appelée Pnffirvf du nom de Pn'tfum.

* VoyeirOupnék'hatft I, p- 373.00 y |)aHe de cette allégorie appliquée au Vède. On y dit : Ipsum hoc cor vtfu/wn foc comedenfem ejus ima-

gtnari opor/r/. Il me semble qu'il faut entendre ici par le mot veau celui qui a droit au premier lait de la vache, celui qui est le chef dans chaque ordre, et qui a été nourri comme par priviU'*ge. Car le veau est feiifanl chéri, l'enfant de prédilection. Le Manou SwÂyambhouva est le chef du premier Manwanlara, que la terre a nourri jusqu'k présent, et qu elle quille pour donner son lait à tous les hommes

* Le poète semble indiquer par ce passage que ces créations diverses ne sont que des changements amenés par la civilisation.

HAIUVANSA.

point partagée en villes ou en bourgs. Point tic moisson, point de soin des troupeaux, point de labourage, point de commerce; mais au.s.si point de Iburberie, de cupidité, d'envie. C’est aux approches du Manwantara de Vévaswata que le fils de Véna opéra ce grand changement. Partout où la terre s’aplanissait, les hommes venaient y ctalilir leurs demeures. Quand ils ne se nourrissaient que de fruits et de racines, leur vie, dit-on, était extrêmement maihcurcii.se. Mais dès l’instant que Prithou eut sevré le veau de la 'Perre, qui est le Manou Svvâyanibhouva, ô prince, de sa propre main il se mit à la traire. Alors parurent dos moissons de toute espèce, grâce à la prévoyance du fils de Véna; c’est à Inique les mortels d’aujourd'hui doivent aussi leur nourriture.

Les Hichis vinrent ensuite pour boire le lait de la Terre. Leur veau fut Sonia : le brillant Vrihaspati, fils d'Angiras, fut chargé de traire la vache. 1æ vase de ces Richis *, c’étaient les chants sacrés (ickliandas); leur lait, c’était la pénitence, et la science étemelle de Brahma.

l.,es divers ordres de Dévas se présentèrent avec Indra à leur tète : c’est lui qui fut leur veau; leur vase est d’or et Savitri presse pour eux la mamelle de la vache, d'où sort un lait qui leur donne la force.

I-a Terre est aussi la nourrice des Pitris, dont le vase est d’argent ", et dont le lait est la swadlid. Le brûlant Varna, fils de Viva.svvàn, est leur veau; et Càla,qui donne la mort, Câla, qui sait le compte des humains, a la fonction de traire la vache pour eux.

Les serpents, dont le veau est Talcchaca, et dont le vase est une gourde, tirent aussi le lait de la Terre, et ce lait pour eux est du poison. O fils de Bharata, c’est Ërâvata,ou le lier Dhritarûcbtra'', qui doit, pour ces êtres redoutables, immenses, vigoureux, traire le lait qui est leur nourriture, leur espoir, leur force, leur ressource.

Les Asoiiras, dans un vase de fer, reçoivent également le lait de la Tene,

‘ Le vase désigne la qualité ]>articulirre qui Hiitingiie chaque ordre, le litre auquel la Terre lui accorde sa nourriture. Les UichU s'occupent (les sacrifices qui »on( accompagnés de chants.

* On SC rappelle quTndra, roi des Dévas, est un Aditva ou une fomie du soleil, ainsi que Savitri : il ii'est pas étonnant que le vue des Dévss soit d’or.

* Les Pitris habitent la lune : ce qui explique pour quelle raison leur va.<H> est d'argent. .Nous avons déjà vu qu*on appelle twaSui la nourriturc ofTerle aux mânes dans les sacrifices.

’ Ici , comme dans les deux paragraphes suivants. le texte semble (h’sigiier deux {lersonnes pour l’emploi de celui qui trait la vache. Mais peut-être les mois que j’ai pris pour des noms propres ne sont-ils que des épithètes

qui pour eux est la magic funeste à leurs ennemis. Virotchana, fils de Prahrâda, est leur veau; et, pour traire le lait, ils ont le Dêtya Madhou, ou Dwimoûrddhan, leur prêtre. C'est sur la magic que les Asouras fondent leur puissance ; c'est là leur science particulière; c’est par là qu'ils excellent.

O grand roi , dans un vase de terre non cuite”, les pieux Yakclias prennent le lait de la Terre; et ce lait pour eux, c’est le pouvoir d’être invisibles et immortels. Leur veau est Vê.sravana; celui qui tire ]>our eux le lait est Radjatanàbha ‘®, père de Manivara, ou Trisîrclia, fils d’Yakclia, grand par sa force, grand par sa pénitence. C'est ce lait qui les soutient; c’est cette prérogative qui fait leur mérite.

Les Ràkchasas et les Pisàtchas s’approchent ensuite pour traire la Tene. Leur vase est un crâne : ce sont des débris de cadavres qiii font leur nourriture. Leur veau est Soumâlin, ô fils de Courou; le sang est leur lait, que Radjatanâbha est chargé de traire; et c’est de ce lait que se nourrissent les Ràkchasas, les Yakchas, pareils aux immortels, les Pisàtchas, et tous les Bhoùtas.

Les Gandhanas et les Apsaràs font couler le lait de la Terre dans une coupe de lotus; à l’entour s’exhalent de suaves parfums. Leur veau est Tchitraratha; et celui qui tire pour eux le lait, c’est Souroutchi , prince puissant, courageux parmi les Gandharvas, et pareil au soleil.

Les montagnes aussi prennent le lait de la Terre. Leur vase est le rocher même dont elles sont formées, et dans ce vase sont les plus belles plantes et les pierres les plus précieuses. Leur veau est l'IIiinàlaya; c’est le grand Mérou " qui doit traire le lait.

Enfin la Terre donne son lait aux arbres et aux plantes, dont la coupe est de palàsa et renferme l'heureuse qualité qu’ils ont de repousser après

* Les Asouras sont dans les pof®-

mes sansenU pour leur liaLilelé dans 1rs arts magitpics. De là YÎcnt que quelques persotuies. qui ne voient que les mots «ont cru retrouver les Assyriens dans les Asouras , se rap|>elant que les GiahlcVns, |>euple de rAssyric , tdaient fameux sous ce rapport.

’ lài’uipdlra).

'* Ce mot va se reproclaire dans le paragraphe suivant , aiusi que le mot Yafichas : ce qui est un grand défaut d'exactitude, qtie le traducteur est oblige de reproduire.

" Montagne fabuleuse que les Indiens placent dans la grande Tartane.

'* C’est le butêa frondùsn.

avoir étô coii|h*s ou l)rûlés. LcSâla couvert de fleurs, est chargé de traire le lait, et c’est le Plakcha '* qui est leur veau.

Ain.si la Terre qui contient et produit tout, la Terre, source de toute pureté, est le siège et la matrice de tous les êtres animés et inanimés. Donnant it chacun, selon .ses besoins, un lait nourricier, elle se nourrit ellemême aiis.si <le ce lait, cl jirodiiit de son sein toute espèce de moisson. Elle fut do tous côtés homéc par la mer, et reçut le nom de Mèdini, quand elle fut engraissée de la moelle (niMas) de Madhou et de Kêtahha. Ce nom est i-onnu de ceux qui étudient les livres sacrés. Mais quand elle consentit à devenir lillc de Prilhou, on lui donna le nom de Prilhivi. C’est ce prince qui la divi.sa; c’est par lui qu’elle fut purifiée, et qu’elle se couvrit de fruits; c’est de lui qu’elle reçut .son bonheur et sa couronne de villes et de cités.

O le meilleur des rois, tel fut le gi'and Prithou; sans contredit il mérite les hommages et le respect de tous les êtres divers. Les Brahmanes euxmêmes, instruits dans les Vèdes et les Védângas **, les Brahmanes, si bien partagés dans la création, doivent honorer Prithou, .source étemelle de la science divine. Les princes de la terre, élevés au-dessus des autres mortels et avides de domination, doivent honorer Prilhou, roi des rois, auguste fils de Véna. Les guerriers invincibles, qui désirent la victoire dans les combats, doivent aussi honorer Prilhou qui fut le premier roi guerrier. Celui qui marche au combat en célébrant le nom du roi Prithou, traverse heureusement les champs de bataille les plus terribles et s’y couvre de gloire. Les Vêsyas riches et opulents, occupés de leurs affaires, doivent également honorer f illustre Prithou, qui assura jadis la subsistance des hommes. Les Soûdras eux-mêmes, purifiés par la dévotion, les Soûdras, serviteurs des trois autres castes, doivent honorer le noble Prithou, qui établit l’ordre sur la terre.

Je viens de te dire en détail quels sont les veaux de la vache divine, quels sont ceux qui sont chargés de la traire, dans quels vases son lait est reçu. Quel récit veux-tu maintenant que je te fasse?

“ Ml le tharta rt^mta (*â! Iree).

'* CmI le /Krw rtli^iosa. \oye* lecl. prcctkl. XinUngAs 5Î|inDiiient mfwfriYj tIesVètks; on apjH’lIp AitiAt certain? livre» desUuM à i'e\pUcation des Vètle». et nécessaires |K>ur en complt^ler U connaissance. On comptait su \'é-

dàngas: le Silchâ , cUmenU du langage; le Caipa, li«Tf des rites ; le \\âcarana. grammaire; le Ti-hhandas, prosodie; le D^yolis, astronomie; le NtnmcU, explication des mots et des phrases difT»cilpsqui peuvent sc rencontrer dan» rinterprvtalion de» N’étles.

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