‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 12 sur 140 · DÉFAITE DES ALLIES DE NICOLMBHA · texte numérisé non relu

DÉFAITE DES ALLIES DE NICOLMBHA

Yêsampâyana dit :

Aussitôt que l’oeil éclatant du monde, le soleil, se fut levé, Balabhadra et Sâtyaki s’empressèrent de monter Garouda. Ardents, prêts à combattre, le doigt garni de la peau qui doit le protéger contre la corde de l’arc \ ils adressent leurs hommages au maître des Souras, connu sous le nom de Biheodakéswara , et se baignent dans les eaux de l’Avartti-gangA 3, que la parole de Rendra a rendues à jamais pures et privilégiées. Crichna donne à Pradyoumna le commandement de l’avant-garde; il charge les Pândavas de protéger le champ du sacrifice, et conduit le reste de l’armée À l’entrée des souterrains. En ce moment il se rappelle Djayanta et Pravara; et aussitôt ces deux héros paraissent, amenés de leur propre volonté ou par la force de la pensée de Crichna ; ils reçoivent l’ordre de seconder Pradyoumna, jouissant comme lui du privilège de se soutenir dans les airs*.

Alors, au signal du chef, le tambour de guerre retentit : les trompes marines 4, les timbales et les autres instruments résonnent de toute part. Crichna donne au corps d’armée la forme d’un monstre marin (macara) *,

‘ Celle peau t'appelle jffcn'jmlM.M.WiL son dit qu’elle sert à protéger le bras gauche contre la corde de l’arc : le mot composé que Je traduis m'indique que c’eit un doigt

angooli , qui en est couvert, c'est-à-dire l’index de la main droite.

1 Voyet lecture précédente, note a.

* Dans cette expédition une partie de l’année de Crichna devait occuper les montagnes ; les guerriers élevés sur la cime des collines sont naturellement comparés à des oiseaux. Consul-

tes la lecture xxxn.tom. I, pag. tüo, note 60.

‘ sJçêfÇf djahitja. Ce sont les conques , appelées sankhas.

* Les lois de Manou , lect, vil , si. 187, font mention des formes diverses qu’un général peut donner à son armée. Ces formes portent le nom général de tyodfo» ; entre autres on mentionne la forme maccro, qui consiste à réunir les principales forces à l’avanl-garde et à l’arrière-garde en affaiblissant le centre. Le uuirana est un poisson fabuleux , que Ton confond avec le crocodile.

et désigne pour commander les dilîércntes divisions, Sûmba, Gada, Sùrana, Ouddliava, Bhodja, Yétarana, le sage Anàdhrichti, Vipritliou, Prithou, Critavarman, Soudanchtra, le. redoutable Yitchakchous; le zélé Sanatcournâra et Tchâroudechna protégeaient l’arrière-garde avec Anirouddba. Le centre de l’armée Yâdava était composé d'un nombre infini de chars, de chevaux et d’éléphants.

Les belliqueux DAnavas sortent de Chalpoura, avec le bruit qui accompagne la nuée orageuse. Ils sont montés sur des Anes, des éléphants, des monstres marins (macara), des dauphins®, des chevaux, des builles, des rhinocéros, des lions, des tortues. On les voit aussi portés sur des chars, agitant dans leurs mains des armes de toute espèce, ornés d’aigrettes, de guirlandes, de diadèmes, de bracelets. L’air retentit du bruit divers des instruments, des roues cl des conques mugissant comme les nuages. A la tète de cesAsouras qui s’avancent au combat, apparaît Nicoumbba, do même qtf Indra brille parmi les dieux. Ces terribles ennemis ont obstrué l’air et la terre, poussant mille cris, mille clameurs confuses. L'armée royale et auxiliaire était sous les ordres du roi de Tchédi : avec ce prince venaient les cent frères de Douryodhana , élevés sur des chars pareils aux villes célestes des Gandbarvas 7. Les robustes enfants de Nadin marchant avec Droupada, Rouimin et Acriti, se présentaient fièrement au combat; on distinguait Salya et Sacouni, agitant leurs deux arcs pareils à des palmiers, et le vaillant Bhagadatta, Djarasandba, Trigartta , le puissant \ ira ta. Nicoumbba et ses compagnons, emportés par leur ardeur, croyaient marcher à la victoire, et demandaient à combattre contre lesYàdavas, comme les grands Aso liras contre les dieux.

Nicoumbba commença l’attaque , et de ses flèches pareilles À des serpents frappa la formidable armée de ses ennemis. L’un des généraux ïâdavas, AnAdhrichti , soutint ce premier choc, et lui renvoya une grêle de flèches aiguës, et variées pour la couleur de leurs plumes. On n’apercevait ni le char, ni les chevaux du prince des Asouras ; son étendard, sa personne, tout était couvert de traits. Mais Nicoumbba, babile dans l’art de la magie, envi-

• SttoumAru.

7 Le» Indiens supposent que les GandLarvas sont portes à travers les airs dans des villes volante»

' J'ai cru devoir rendre ainsi le mot î

nâdinuh : plus loin on trouve le root ejç |f jrf Nadùouta

ronne Anâdrichti de 6C$ armes enchantées, et le rend immobile comme une colonne : puis il le saisit et l'entraîne dans son souterrain, enchaîné qu’il se trouve par une force surnaturelle. Par les mêmes moyens il attaque Crilavarman, Tchâroudechna, llhodja, Vêtarana, Sanatcoumâra, Garouda luimême, Nisatha, Oulmaca, beaucoup d’autres Yâdavas, et les emporte dans ses cavernes de Cliatpoura, restant lui-même invincible et caché par l'effet de sa puissance magique. En voyant les pertes qui apparaissent dans les rangs des Yâdavas, le divin Crichna s'indigne. Sa colère est partagée parBala, Sâtyalu, et surtout par Pradyoumna, le vaillant Samba, l'invincible Anirouddha, et tous leurs compagnons d’armes. Crichna bande son arc, et se présente aux Dànavas comme le feu qu’on allume au milieu du gazon. Les Dànavas accourent vers lui, semblables aux sauterelles dévouées à la mort qui s’élancent vers la flamme éblouissante. Us brandissent par milliers des armes qui peuvent tuer cent hommes à la fois 9, des massues , des tridents brillants comme le feu, des haches étincelantes, des quartiers de rochers, des arbres, de larges pierres. Mais ces armes menaçantes, et ces éléphants furieux, les chars, les chevaux, sont tous dévorés par les feux de Nàrâyana, qui, jaloux d’assurer le bonheur du monde, comme en riant, lance au milieu de cette mêlée scs traits resplendissants, aussi drus, aussi fâcheux pour le combattant que les pluies d’automne pour le pasteur. Les Asouras ne sont pas plus en état de supporter les flèches qui s’échappent de l’arc de Nârâyana, que les monticules de sable ne supportent la pluie qui tombe du nuage. Ils ne peuvent tenir contre Crichna; ils sont devant lui comme le taureau devant le lion à la gueule béante. Pour échapper aux coups du terrible Nârâyana, ils s’élancent dans les airs; ils espèrent sauver leurs jours : mais ils trouvent ces hautes régions occupées par le fils d’Indra, Djayanta, et par Pravara , qui de leurs traits de feu, semblables à des rayons, accablent ces ennemis qui fuient. Les têtes des Asouras tombaient à terre comme les fruits du palmier abattus de la cime de l’arbre. Les bras des Dêtyas, séparés du tronc, jonchaient le sol, semblables à des serpents à cinq tètes.

C’est alors que Pradyoumna, par le pouvoir de sa magie , créa une espèce de caverne, horrible à voir l0, dans laquelle il fit d’abord entrer Gada , Sâ-

* Nous avons déjà vu qu’on appelait cotte merveilleux , en disant que Pradroumna , posté

arme dans une gorge de la montagne, surprit le

* Ne pourrait-on pas expliquer cel incident corps d'armée commande par les Kchatrivas ,

rana , Satha, Sâmba et ses autres compagnons (larmes : de là, invisible, il frappait les Kchatriyas, qu’il enfermait ensuite Hans celte prison. Au premier rang des ennemis combattait Carna : te Gis de Roukminî l'attaque rapidement, le saisit et l'entraîne, au milieu des cris et des clameurs, dans sa caverne magique. Tel fut aussi le sort du prince Douryodhana, de Virâta, de Droupada, de Sacouni, de Salya, de Nila, Gis de Nadin, de Binda et d'Anoubinda, princes d’Avanti, de Djarâsandha, des rois de Trigartta, de Mâlava, de Pantchâia, avec leurs principaux officiers, de Dhrichtadyoumna , et d’autres encore. Pradyoumna criait à Acriti, â Mùtoula , À Roukmin, au roi Sisoupâla et à Bhagadatta : • O princes, je respecte les liens du sang et

• le titre de gourou ; c’est Bilwodakéswara lui-même, c’est le dieu qui porte

• le trident qui m’a donné l’idée de cette caverne, où je puis enfermer mes « adversaires. J’use contre Nicoumbha des secrets magiques que possédait « Sambara ll, et je délivrerai les Yâdavas qu'il a faits prisonniers. * A ces mots, Sisoupâla, chef de l’armée ennemie, attaque de ses flèches les Yâdavas et entre autres Pradyoumna. Celui-ci , après avoir adoré Bilwodakéswara , dirigea ses efforts contre le vaillant Sisoupâla, son parent. En ce moment le génie de la montagne 15 présenta au Gis de Roukminî des milliers de chaînes, et lui dit : « Noble Yâdava, rappelez-vous tout ce que vous a re- « commandé Bilwodakéswara , et remplissez les ordres qu’il vous a donnés

• pendant la nuit qu’il s’est montré À votre père ,3. Enchaînez ces princes qui ■ se sont laissé gagner par l'appât des pierreries dans cette affaire des filles

• de Brahmadatta. Délivrez aussi ceux des Yâdavas qui sont prisonniers, et

• exterminez tous les Asouras. Tel est l’ordre que doit exécuter Djanârddana ;

« telles sont ses instructions que vous devez lui rappeler. * Le héros, avec ces chaînes qu’on lui remettait de la part de Siva, attacha Bhagadatta, le roi Sisoupâla, Acriti, Roukmin et tous les autres, et il les transporta dans sa caverne magique. Liés et soufflant comme des serpents, ils furent confiés par le fils de Roukminî à la garde d’Anirouddha. Tous les autres chefs Kcha-

et les foira de mettre bas les armes ? Cette caverne magique ue serait alors qu'un défilé obscur où il se serait mis en embuscade. Dans le deuxième chant du Mahùbhirata, Djarâsandha enferme également dans une caverne les rois ses ennemis, qui sont délivrés par Crichna. Voyes aussi le llùruâvanu , liv. IV

u Ce Sambara était un Asouraqui avait enlevé Pradyoumna , et à la cour duquel ce Iséros avait été élevé. Nous verrons plus loin cette histoire. “ J'ai traduit de cette manière te mot

stenfç iêlddi.

u Voyez la lecture cxxxi.

triyas, généraux ou trésoriers u, subirent le même sort; et le vainqueur se rendit maître des éléphants et des chars. Échauffé par le succès et disposé à ne pas épargner les Asouras, Pradyoumna, sans quitter ses armes, dit au Brahmane Rrahmadatta ; « Vous pouvez en toute confiance continuer votre « sacrifice; vous n’avez rien à craiçidre, reposez-vous sur Ardjouna. Qui- « conque est sous la garde des Pàudavas ne peut rien redouter des dieux,

■ des Asouras, ni de tout autre. Vos filles non! pas été touchées par les

■ Asouras : j’ai su les sauver par le secours de la magie, et les voilà réunies • dans le champ du sacrifice. •

PUISE DE CHATPOURA.

Vê.sampàyana dit ;

Les Asouras se trouvèrent découragés dès qu’ils virent les rois et leur suite enfermés dans cette prison. Ils s’enfuyaient de tout cAté , poursuivis parCrichna, par Ananta 1 et les autres héros Yàdavas. Leur chef irrité, Nicoumbha, leur criait : «Oubliant vos serments, pourquoi tremblez-vous

• comme de faibles femmes? Infidèles à nos promesses, vaincus par nos

• rivaux, dans quel monde pouvons-nous aller? Que deviendrons-nous si « nous refusons de venger nos frères par la force de nos armes? La victoire

• remportée sur de fiers ennemis nous procure ici-bas des fruits honorables,

• et le héros qui succombe sur le champ de bataille recueille un bonheur « céleste. Après avoir fui honteusement pour rentrer dans vos foyers, quels ■ regards pourrez-vous affronter? Oserez-vous envisager vos femmes? Mal- « heur à vous! devant qui n’aurez-vous pas à rougir? » Ainsi parlait Nicoumbha , et les chefs Asouras s' arrêtent tout honteux de leur faiblesse. Ils recommencent le combat contre les Yâdavas, et leur courage semble doublé.

* cvchAdhyakcha , — 1 C'est-à-dire Baladera, qui est le serpent Sécha ou An an la

descendu sur la terre.

It. 1 I

82 IIARIVÀNSA.

Ils s’élancent, animés d'une ardeur helliqucu.se, et brandissant leurs armes diverses; mais ceux d’entre eux qui arrivent jusqu'au champ du sacrifice tombent sous les coups d'Ardjouna, de Bhima, d’Yçudhichthira, fils de Dharma, et des deux jumeaux s leurs frères. Ceux qui traversent les plaines de l’air rencontrent le fils d’Indra et le Brahmane Pravara. Le sang des Asouras coulait comme un fleuve qui au lieu d’herbes présenterait la chevelure des guerriers; au lieu de tortues, leurs tchacras ; au lieu de tourbillons, les roues de leurs chars; au lieu de rochers, des éléphants; au lieu de poissons, des épées; à la place des arbres de ses rives, des étendards et des lances; fleuve non moins retentissant que le tonnerre, où Govinda apparaissait tel qu’un vaste roc, troublant par son seul aspect la pensée des femmes, tout couvert d’une écume et de bulles sanglantes, et gonflé comme les torrents dans la saison des pluies.

A cette vue, Nicoumbha, furieux des succès de ses ennemis, et de la perte des siens qui tombent avec leurs chevaux, s'élance, ardent et impétueux. ir est entouré par Djayanta et Pravara, et frappé de flèches pareilles à la foudre. $e mordant la lèvre, Nicoumbha s’arrête et décharge un coup de sa massue sur Pravara : celui-ci tombe par terre. Le fils d’Indra relève son compagnon , l’embrasse , et, reconnaissant qu’il respire encore, il le laisse pour attaquer l’Asoura qu’il frappe de son cimeterre. Nicoumbha répond à Djayanta par un coup de massue. Celui-ci redouble d’efforts, et le Dètya, pressé parce héros, se dit à lui-même ; «Quand j’ai à me défendre contre « Crichna, qui massacre mes parents, pourquoi vais-je me fatiguer à com- « battre le fils d’Indra?» Aussitôt après cette réflexion, il disparait, et se rend à l’endroit où se tenait le redoutable Crichna.

Cependant le vainqueur de Bala, placé non loin de son fils, avait vu ses exploits; curieux de considérer le combat, il était venu avec les dieux contempler ce spectacle, et se réjouissait des exploits de Djayanta : « Bien, « bien!» s'écriait- il , et il l'embrassait avec tendresse. 11 serra aussi dans

* Le» Pindavas étaient cinq Ereres , dont trois avaient Connti pour mère. La mère île* deux autre* . qui sont N «coula et Sahadéva , s’appelait Aftidri. Les PnndaYfls passaient pour être les enfants de diffèrent* dieux, et Pandou n’était que leur père putatif ; ou plutôt , comme nou*

l'avons vu dans la Liii*lcct., tom. 1. pag. q43, ce* héros étaient les avatares de certaines divinités. Ainsi Nacoula et Sahadéva avaient eu pour p rès les gémeaux Aswiui-coumâras . ou , suivant une autre légende, ils étaient ces gémeaux incarnés.

CENT-QUAR ANTE-DEUXIÈME LECTURE, ses bras Pravara, qui était revenu de son évanouissement. Par son ordre les tambours célestes retentirent avec bruit pour célébrer la victoire de Djayanta.

Nicoumbha aperçut l'invincible Késava, arrêté avec Ardjouna non loin du cbamp du sacrifice. Il pousse un grand cri, et de sa terrible massue il frappe Garouda, le roi des oiseaux, Rala, Sâtyali, NâriWana lui-même, Àrdjouna, Bhima, Youdhichtbira et les deux jumeaux leurs frères, Vasoudéva, Samba et Pradvoumna. Le Dêtya emploie également des moyens magiques, et tout à coup il disparait aux yeux des guerriers. Vainement on le cherche; Hrichîkésa invoque dans sa pensée Bilwodakéswara, chef de ces demi-dieux appelés Pramalhas a. Alors par la grâce de ce maître tout-puissant on revoit Nicoumbha, le grand enchanteur, le front élevé comme le Kêlàsa, menaçant de tout dévorer, et appelant au combat Crichna, l'ennemi et le meurtrier de sa famille. Ardjouna, armé de son arc Gandîva, plus d’une fois frappe de scs flèches et la massue et les membres du géant; mais ces flèches aiguës venaient heurter contre les membres et la massue de Nicoumbha, et tombaient à terre toutes recourbées. Ardjouna, voyant l'inutilité de ses efforts, dit à Késava : • Qu’cst-cc à dire, Mâdhava? Mes flèches, pareilles au

■ tonnerre, peuvent fendre les montagnes. Qu’arrive-t-il aujourd'hui? Mon

• étonnement est extrême. ■ Crichna lui répondit en riant : « O fils de Coun- « tî, ce Nicoumbha est un génie 4 puissant. Écoute son histoire. Jadis ce « grand Asoura, cet ennemi des dieux, s’est rendu dans le septentrion \ et

■ s’y est livré à une grande pénitence qu’il a prolongée pendant cent mille

• ans. Le divin Hara 6 lui a donné le choix d’une récompense : Nicoumbha

• a demandé de pouvoir revêtir trois formes qu’aucun Soura ni Asoura ne « saurait détruire. Le dieu qui a le taureau pour symbole lui dit qu’en- « courant l’inimitié de Siva, ou des Brahmanes, ou de Vichnou, il ne serait « tué que par Hari, et non par d’autre; que lui, Siva, ainsi que Vichnou,

• étaient amis des Brahmanes, et que les Brahmanes étaient pour eux à

• la tête de la création. Ainsi, ô fils de Pândou, il n’est point d'arme qui

* Ainsi se nomme une classe de demi-dieux , appartenant à la cour de Siva.

* èjrj bhoaïam.

* Cet le contrée vc nomme Oatlaramurva :

c'est la plus septentrionale de» divisions du globe , celle qui est la plus voisine de l'océan glacial

* C'est-à-dire Siva.

8/i HAR1VÀNSÀ.

« puisse abattre Nicoumbha. Il a trois corps T, il est entreprenant» et fier du « privilège dont il jouit. Déjà, lors de l'enlèvement de Bhânoumatî, j’ai tué « un de scs corps. Le second corps de ce terrible ennemi devait être détruit

• par un autre que moi. Placé sous la protection de Diti, il se trouvait doué

• des fruits de sa longue pénitence. Le troisième est formidable : et c’est « celui avec lequel il habite à Chatpoura. Voilà toute l'histoire de Nicoum-

• bha , que sa mort complétera bientôt. »

Tandis que les deux Crichnas * parlaient ensemble, le terrible Asoura entra dans sa caverne de Chatpoura. Le dieu, vainqueur de Madhou, le suivit dans cet antre horrible , d’un diflicile accès, impénétrable à la lumière de la lune et du soleil, brillant d’un éclat qui lui est propre, et présentant, selon le désir de chacun, le bien ou le mal, le froid ou le chaud. Une fols entré sous ces voûtes, Crichna aperçut les princes prisonniers. Il renouvela le combat avec son puissant adversaire, et à sa suite s’élancèrent en ces lieux Bala et les autres ^ à davas, avec les généreux Pândavas : tous ensemble arrivèrent sur les pas de Crichna. Pendant que les deux combattants en étaient aux mains, Pradyoumna pénétra jusqu’au lieu où se trouvaient les Yâdavas prisonniers : il les délivra, et les ramena à l’endroit où était Djanûrddana, tous transportés de joie, tous demandant la mort de Nicoumbha. Crichna dit ensuite à son lils : « Noble héros, donne aussi la « liberté aux rois tes prisonniers; » et aussitôt Pradyoumna brisa les fers de ces princes, qui , mornes et silencieux, le front baissé, privés de tout l’éclat de leur puissance, se tenaient debout, tristes et confus.

Nicoumbha ne désespérait pas encore de la victoire : il s’approche de Crichna, qui attaque lui-même avec non moins d’ardeur son adversaire furieux. Les deux rivaux se frappent mutuellement de leur massue, et sc sentent en même temps défaillir sous les coups qu’ils viennent de se porter. A la vue des Pândavas et des Yâdavas que ccl accident a émus , les Mounis récitent îles prières qui doivent servir à ranimer Crichna; ils célèbrent scs louanges dans les hymnes consacrés par les Vèdes. Résava revient à lui : le Dânava recouvre aussi ses esprits, et les deux héros se disposent à une nouvelle lutte; tels que deux taureaux mugissants, ou deux éléphants,

7 Le» poète» grec» donnent aussi trois corps que Virgile dit dans son Enéide, liv. Vil et VIII.

à Gcryo» . et les poète» latins à Herüus. C’est ce 1 Cest-à-dire Crichna et son ami Ardjouna.

ou deux animaux féroce* \ ils vont avec rage recommencer ce terrible duel.

Alors la voix d’un être invisible dit à Crichna i ■ 11 est temps de détruire « avec ton tchacra ce fléau des dieux et des Brahmanes. Tel est l’ordre que • t’a donné Bilwodakéswara. Remplis ton devoir, et acquiers en même temps ■ une gloire immense. » Crichna répond : ■ Que votre volonté soit faite ! ■ 11 adore le maître du monde, il lance Souda rsa na 10, et le tchacra funeste À la race des Dètyas, pareil au disque du soleil, quitte la main de Nârâyana pour aller couper la tête de Nicoumbha, ornée de magnifiques pendants d’oreilles.

Bile tombe, cette tête superbe, comme du sommet de la montagne tombe le paon dont l’esprit a été troublé par l’aspect des nuages.

Nicoumbha, la terreur du monde, n’était plus : Bilwodakéswara en témoigne sa joie. Indra fait tomber du ciel une pluie de fleurs, et les tambour* célestes retentissent pour célébrer la mort de cet ennemi des dieux.

Le monde et surtout les Mounis chantent les louanges de Crichna. Le vainqueur donne par centaines aux Yâdavas les filles des Dêtyas. Pour se concilier l’esprit des Kchatriyas, il leur distribua des pierreries de toute sorte et des étoiles magnifiques. Il fit accepter à ses amis les Pândavas six mille chars attelés de chevaux. La belle cité de Chatpoura fut remise entre les mains du Brahmane Brahmadalta par le dieu bienfaisant qui a pour étendard l’oiseau Garouda, et qui porte dans ses mains la conque marine, le disque et la massue. Le sacrifice fut enfin achevé, et les Kchatriyas congédiés, ainsi que les généreux Pàndavas.

Crichna célébra aussi en l’honneur de Bilwodakéswara un banquet orné de cent espèces de viandes et de potages u, et remarquable par les mets et leurs assaisonnements u. Amateur des jeux de force et d’adresse, il fit combattre des lutteurs habiles, et distribua aux vainqueurs des richesses et des armes.

Enfin accompagne de son père, de sa mère et des Yâdavas, il fit ses adieux à Brahmadatta et reprit le chemin de Dwâravati. II revit cette belle ville remplie d’une heureuse population : partout régnait la joie, les rues étaient prsemccs de fleurs, et sur son passage le héros entendait célébrer ses louanges.

* idlâvnca.

" wtpa'

“ Nom du Iridan de Vichnou.

" <j r| vyandjana-

Celui qui entendra ou qui lira la mort du maître de Chatpoura 13 et le triomphe du dieu qui tient en ses mains le tchacra, celui-là sera vainqueur dans les combats; s'il n'a point d'enfants, il en obtiendra ; s’il est pauvre, il deviendra riche; malade, il recouvrera la santé; prisonnier, il verra briser ses fers. La lecture de celte histoire est encore efficace pour procurer, à l’époque de certaines cérémonies, une heureuse conception 14, la conservation du fœtus lû, et, dans les Sràddhas, la perpétuité d’une famille lfl. L’homme qui lit toujours ici-bas dans le Mahàbhârata 17 le récit de la victoire du plus fort, du plus grand des dieux, est à l'abri de toute maladie, et après cette vie il est sûr de se trouver dans la bonne route. Portant à ses mains et à ses pieds des parures d'or et des pierres précieuses, aussi brillant que le soleil, vainqueur de ses ennemis, grand au milieu des puissants, asseyant sa domination sur les quatre mers , possédant les quatre qualités 18 désirables, il sera un héros qui triomphera du monde, et se trouvera célébré sous mille noms divers.

TYRANNIE D ANDHACA.

Djanamédjaya dit :

Saint Mouni , j’ai entendu avec plaisir le récit de la chute de Chatpoura. Raconte-moi maintenant la mort d’Andhaca *, que tu m'as déjà annoncée;

“ Le leste dit : la mort de Chatpoura. Ni* coumbha parait aussi avoir porté le nom de Chatpoura.

11 tjarbhâdànam

' poamsaranam.

U akchayacaranam.

tl Le HarivaoM est considéré comme une suite et une partie du liahébhàrata.

■N>iNNIr^l

te ha ioure idhâ tmâ . J «crois

qu'il est ici queetion des quatre objets qui doivent fixer les désirs de l'homme , et dont les trois premiers forment ce qu'on appelle le trivarya ; savoir, la vertu , l'amour, la richesse et la béatitude finale.

1 Cet Andhaca semble être la deuxième forme de Nicoumbha , dont U a été parlé dans la lecture précédente.

CENT-QUARANTE-TR01SIÈME LECTURE, j’ai aussi le plus grand désir d’entendre de la bouche éloquente le récit de renlèvement de Bhânoumatî et de la mort de Nicoumbha 2 son ravisseur.

Yêsampâyana répondit :

Diti , voyant ses enfants tomber sous les coups du brillant Vichnou, chercha par sa pénitence & se rendre favorable le bis de Maritchi , Casyapa. I /a Mouni, satisfait de ses longues austérités, de sa soumission , de sa douceur, et de son égalité d’âme, lui dit enfin : «Epouse pieuse, je suis content : « choisis toi-même ta récompense. » Diti lui répondit : « Seigneur, mes cn- « fants ont été tués par les dieux : je désire un fils qui soit doué d’une

• grande puissance et du privilège de ne pouvoir succomber sous les coups « de ces terribles ennemis. » Le saint pénitent reprit : • Fille de Dakcha 4, « que ton désir soit accompli I Tu auras un (ils â qui les dieux ne pourront « donner la mort. Compte sur cet oracle. J’excepte cependant Roudra, le « dieu des dieux, dont le pouvoir est bien supérieur au mien. Tâchez donc ■ d'être sur vos gardes, ton fils et toi. ■ Alors le Mouni, s’approchant d'elle, de son doigt lui toucha le ventre, et aussitôt elle enfanta un bis qui avait mille bras, mille tètes, deux mille yeux, autant de pieds, et qui fut appelé Andhaca, parce qu’il marchait comme un aveugle ( andka ), quoiqu'il fût bien clairvoyant. Pénétré de cette idée que les autres êtres n'avaient point de prise sur lui, Andhaca porte ses ravages partout. Il enlève toutes les pierreries , et ne reconnaît d’autre droit que celui de sa force. Il outrage avec violence les Apsaras, dévaste leurs demeures, et répand la terreur dans le monde entier. Toujours plus hardi dans ses folles entreprises et dans ses attentats, Andhaca continue à enlever les femmes de la plus haute distinction et les pierreries les plus précieuses, et même, associé À d’autres Asouras aussi entreprenants que lui, il se disposait à porter ses armes victorieuses dans les trois mondes.

Le dieu Indra , en apprenant scs projets, dit à son père Casyapa : « Illustre

• Mouni, tels sont les desseins d' Andhaca. Dites-moi ce que nous devons « faire. Comment puis-je supporter cette conduite de la part d’un jeune

* Il en Mira question plu* loin: Nicoumbha, 1 Les femmes de Casyapa étaient QJies de Andhaca et Chatpoora sont le* trois forme* Dakcha : voilà pourquoi Diti s'appelle Dâichd’ d'un même personnage. y an!.

■ frère *? Comment, d’un autre côte, puis-je m’armer contre un de vos fils « chéris? L’auguste Diti entrerait en colère contre moi, si je donnais la mort « à son enfant. » Casyapa répondit à ce discours d'Indra : • Roi des dieux, j’y « pourvoirai : n’avez aucune inquiétude. ■

Cest donc ainsi qu'Andhaca avait reçu de Casyapa et de Diti le droit de soumettre les trois mondes, et ce droit était le fruit de la plus pénible des pénitences. Mais l'insensé en abusait pour attaquer les habitants du ciel, osant, en sa démence, persécuter même les Immortels. 11 brisait les arbres des bois sacrés, dévastait les jardins, enlevait les chevaux nés d’Outchtchôhsravas B, et, fier de sa force, à la vue même des Dévas, emmenait les éléphants divins issus de ces nobles animaux, qui sont les soutiens des régions célestes. Ennemi acharné des dieux, il ne l’était pas moins de ceux qui les honoraient par des sacrifices et des actes de pénitence. Par suite de la crainte qu’inspirait Andhaca, les trois castes n'osaient plus se livrer aux exercices de la piété. Au gré de ce tyran, le vent soufflait, le soleil répandait sa chaleur, la lune et les étoiles brillaient ou disparaissaient; les chars célestes ne cheminaient plus dans l’air, effrayés par la présence du superbe Dêtya. Le monde ne prononçait plus ni le mot aam, ni le mot vachat *: Andhaca l'avait glacé de terreur. L'orgueilleux pécheur parcourut ainsi l'Outtaracourou, le BhadrAswa, le Kéloumàla et le Djambou-dwipa 7. Les Dénavas et les dieux eux-mêmes, tous les êtres les plus puissants lui adressaient des hommages.

Les saints Ricins, ainsi persécutes, se rassemblèrent pour aviser aux moyens de détruire Andhaca. I.e prudent Vrihaspali dit à ces sages réunis:

■ Il n’est que Roudra qui puisse lui donner la mort. Tel est le privilège dont

■ Andhaca a été doué par Casyapa, lequel a reconnu qu’il ne pouvait le

■ sauver des atteintes de ce dieu. Cherchons donc le moyen de faire con- « naître k l'éternel Sancara 8 les dangers qui menacent tous les êtres. En

* Indra e*l aussi fais de Casyapa , mai* d'une autre mère.

* Cheval divin né de ta mer, lorsqu'elle a été barattée.

* Exclamation employée en versant te beurre dans le feu sacre.

1 Ce sont là les quatre provinces qui |*ortesit le nom de Mahdiiwipai ou grandi dtefpas. Je

ferai remarquer que dans le texte ces quatre muta sont au pluriel. Nous avons vu que l'Outlaracourou est la partie la plus septentrionale du continent. Le Bhadràswa est à Test, et le Kéloumàla à l'ouest. Nous savons que le Djatu* kou répondait à l’Indostan. Voyez les Récitercites asiatiques , VIII* vol. pag. 3o5.

' Nom de Siva.

- apprenant notre position, le dieu souverain du inonde saura bien sécher « nos lamies : il est la voie des justes, le dieu des dieui, l’essence suprême •,

• le mailrc de la nature, et son principe est que l’être vertueux doit protéger « les êtres vertueux et surtout les Brahmanes. Rendons-nous tous auprès du « sage Nârada; il trouvera pour nous un moyen de salut. 11 est éclairé, et

- certainement il saura intéresser Siva en notre faveur. »

Après ces paroles de Vrihaspati, tous les Mounis prièrent Nârada de les sauver, et celui-ci leur promit ses services. Quand ils furent partis, il se mit à réfléchir, et vit aussitôt le parti qu’il avait k prendre. 11 se rendit auprès du dieu des dieux, à l’endroit où se tenait dans Un bois de mandâras *® celui qui a pour symbole un taureau. Le saint Mouni resta toute la nuit dans ce bosquet d’agréables mandâras , comble d'honneurs par le dieu qui est armé d’un trident. Il partit ensuite pour le ciel, chargé des instructions de Siva, après s'être tressé une guirlande formée de fleurs de manddra et de santâna 11 attacha sur sa poitrine cette guirlande magnifique, qui exhalait les odeurs les plus suaves, et s’approcha du lieu où était le cruel et orgueilleux Àndhaca.

Celui-ci aperçoit Nârada, et respirant le parfum délicieux de cette guirlande de fleurs de santâna, il dit au Mouni : ■Illustre pénitent, en quel « lieu vient cette aimable fleur? Quel parfum! quel coloris! » «C’est dans

■ le Swarga, répondit Nârada, qu’existent ces fleurs de santâna. » « Ou est

• ce lieu? reprit Andhaca, et quel en est le maître? Ne puis-je obtenir de « toi ces renseignements? ■ Le Mouni, véritable trésor de pénitence, prit en souriant la main droite du Dêtya, et lui dit : « Seigneur, ces arbres croissent « en foule sur la haute montagne de Mandara w, et cette fleur est une « création de Siva. Personne, sans la permission de ce dieu, ne peut entrer •• dans ces bois gardés par de vaillants guerriers , dont les mains bran-

■ dissent des armes terribles, et dont le corps est couvert d’armures diverses. « Aucun être ne saurait tuer ces gardiens, protégés qu’ils sont par Mahâdéva. « Dans ces bois, au milieu des mandâras , se livre sans cesse au plaisir le

* Traduction de l'épithète Dkava , qui est uu des surnoms de Siva.

M Arbre fabuleux du paradia des Indiens, qui s'écrit aussi mandant. t

" Autre arbre du Swarga. Je crois bieo que

le manddra et le tanldna sont souvent confondus.

11 C'est le nom de la montagne fabuleuse dont les dieux sc servirent autrefois pour baratter la mer.

« grand Siva, qui est l’âme cl l’essence universelle. En honorant ce dieu,

■ maître des trois mondes, par des actes de pénitence extraordinaire, A fils « de Casyapa, on peut obtenir de lui des fleurs de mandüra. Ces arbres « chéris de Siva procurent tout ce qu’on désire, des femmes charmantes, « des diamants, des pierreries. Sous leur ombrage on n’a besoin de la lu- « mière ni du soleil, ni de la lune. Ces arbres brillent d’eux-mêmes; étran-

■ gers au malheur, les uns produisent des parfums de tout genre, les autres « des étoffes élégantes, d'autres des pierres précieuses, ou des nourritures « et des breuvages de toute espèce n : enfin ces arbres donnent tout ce que « la pensée peut imaginer. Sous ces bosquets de manddras on ne connaît ni « la soif, ni la faim, ni la maladie, ni l’inquiétude. Mille années ne me

■ suffiraient pas pour te dépeindre les qualités excellentes qui, de tout le ciel, « sont réunies en ce lieu. Il doit sans doute être après Mahendra, le vain- • queur des mondes, celui qui passe un seul jour sous ces ombrages. C’est « le Swarga du Swarga, le bien des biens, le tout du monde : telle est mon « opinion sincère. •

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