MORT DAN DH AC A
Vesampàyana dit :
Andhaca, après avoir entendu le discours de Nârada, résolut de se rendre sur le Mandara. Transporté de colère et menant à sa suite une foule de guerriers Asouras, il arriva sur cette montagne, qui était dans ce moment le séjour de Mahâdéva. Au-dessus du Mandara s'étendaient de vastes nuages; le sol était couvert de hautes herbes; des troupes nombreuses de saints et de Maharchis y trouvaient un asile. Le tchandana *, Y a gourou 2, le sarala 9
‘ Le sandal , «nam myrtifohum.
1 Aqailaria agaUocha,
1 P inus long folia
CENT-QUARANTE-QUATRIÈME LECTURE. 91 y croissaient en abondance. Les bois étaient remplis d’éléphants et retentissaient des chants agréables des Kinnaras \ Là les branches chargées de fleurs se balançaient mollement au souffle des vents. La terre montrait ses veines gonflées des métaux les plus précieux. Ailleurs l’oreille entendait les accents harmonieux des oiseaux; l'œil suivait le vol des cygnes dont les pattes avaient été purifiées dans l’eau des étangs, ou la course rapide des buffles vigoureux, effroi des Dêtyas. La cime du mont était couronnée de neige, et scs flancs couverts de mille troupeaux d’antilopes, et de lions dont la robe fauve brillait comme un rayon de la lune.
Le superbe Dêtya dit au génie du mont Mandant : • Tu sais que, par une
• faveur de mon père, personne ne peut me donner la mort, et que les « trois inondes, animés et inanimés, sont en mon pouvoir. Chacun tremble « devant moi, ô mont, et personne n’ose me combattre. Sur un de tes pla-
• tcaux est un bois précieux de pândjâtas 5, dont les fleurs procurent tous « lesbiens que l’on peut désirer. Eh bien! je veux avoir la jouissance de ce « bois. En vain tu te mettrais en colère. Que peux-tu contre moi? C’est un
• plaisir que j’ai hâte de goilter, et je ne vois pas qui pourrait te garantir
• de ma fureur. »
A ces mots le génie du Mandara ne répondit rien, et disparut. Alors Andliaca furieux, enorgueilli de sou privilège, poussa un cri épouvantable :
• Puisque tu dédaignes de répondre à ma demande, dit-il, je te réduirai
• en poussière. O. mont, vois quelle est ma force. ■ A l’instant il arrache un pic de plusieurs yodjanas, et le lance sur le corps de la montagne. Roudra, qui voit le Mandara, si fameux entre les monts, orné par la présence de taut de sages et doctes Brahmanes, sillonné par tant de ruisseaux majestueux, couvert de tant de forets diverses, aujourd’hui déchiré et inondé de sos propres eaux qui coulent sur lui en flots plus impétueux que les torrents célestes, Roudra vient à son secours. Il veut : et les cimes arrachées et lancées par les Asouras retournent sur eux-mômes pour leur donner la mort. Ceux d'entre ces fiers ennemis qui fuient après avoir jctc des quartiers de roc et ceux qui restent fermes «ur les plateaux de la montagne , tous également périssent sous les éclats de ces pierres qu’ils ont soulevées.
4 Musiciens célestes. — ‘ Le pàridjâta est ici confondu «tcc le mandâm. Voye* U cxxiv* lec-
Andhaca voit son armée terrassée : il s’indigne et pousse un grand cri. 11 ose provoquer le dieu : « O toi qui es le maître de cette forêt , viens com-
• battre contre moi. Pourquoi mes compagnons ont-ils été victimes de la
* ruse et de l’artifice? » Ainsi s’exprime Andhaca furieux : le grand Siva s'approche et lève son trident pour frapper l’insensé. Ce redoutable îswara sur le front duquel brillent trois yeux est entouré des demi-dieux appelés Pramathas, et d’une foule de génies dont il est souverain. A la vue de Siva irrité, les trois mondes ont frémi, et les mers troublées dans leurs ondes ont fui de leurs rivages. L’éclat du dieu a enflammé les régions célestes, et les astres égarés de leur route sont venus se heurter. Les montagnes ont tremblé, et des nuages est tombée une pluie de fumée et de charbon. La lune s’est échauffée, et le soleil s’est refroidi. Les Mounis, occupés de la loi divine, ont oublié leurs prières. Les cavales ont donné le jour à des bœufs, les vaches à des chevaux; les arbres, sans être touchés, sont tombés réduits en poussière. Les lois de la nature ont été renversées, et des accouplements monstrueux ont eu lieu entre les taureaux cl les vaches*. Çà et là, dans ce tumulte, errent les Râkchasas, les Djàtoudhànas 1 et les Pisâtcbas.
Mahâdéva, témoin du désordre qui règne dans le monde, lance son trident armé d’une flamme étincelante. L’invincible trident frappe la poitrine d’ Andhaca, et l’ennemi des dieux est réduit eu poudre. A sa chute, tous les dieux ci les saints Mounis chantent les louanges de Sancara; les tambours célestes retentissent, et une pluie de fleurs descend du haut des airs. Les trois mondes respirent de leurs craintes mortelles. Les Gandharvas font résonner leurs chants, les Apsarâs reprennent leurs danses, les Brahmanes récitent les Vèdcs, et les sacrifices recommencent. Les astres suivent leur cours accoutumé et les fleuves leur pente ordinaire. Le feu ne brille plus dans l’eau, toutes les régions célestes recouvrent la paix, et le Manda ra, le plus illustre des monts, brille, comme auparavant, des richesses dont il est orné et de l’éclat qui le couronne. Le dieu Siva se livre aux plaisirs avec OumA au milieu de ses bois de pâridjâtas, après avoir établi l’ordre dans le monde, et donné à Indra et aux autres Souras la liberté de remplir leurs devoirs.
* Wïï Ura ÏTmTF C’est un non» que* l’on donne à une eapéte
f. de lUkcKasa, ou de mauvais lutin.
1 UffrlHÎ’jr] :
FETE MARITIME DE DW ARA V ATI.
Vénérable Mouni, tu viens de me raconter la mort d’Andhaca, et le triomphe de Siva qui rendit la paix aux trois mondes. Fais-moi le plaisir de me dire maintenant comment l'autre corps de Nicoumklia fut tué par le dieu qui porte le tchacra.
Vésampàyana reprit :
Illustre Râdjarchi, tu possèdes la foi, et je puis te confier l'histoire du maître du monde, du tout-puissant Hari. Dwâravatî était devenue le séjour de l'incomparable Vichnou : cependant arriva le moment du pèlerinage maritime 1 au tirtka, appelé Pindâraca. Le roi Ougraséna et Vasoudéva furent chargés de la surveillance de la ville : tous les autres partirent. Ils formaient des groupes différents : dans l'un brillait Balarâma, dans l’autre le sage Djanârddana, maître du monde, ailleurs les jeunes Yâdavas pareils à des Immortels. A la suite de ces nobles enfants de Vrichni , tous remarquables parleur beauté et leurs parures, venaient des milliers de femmes; car depuis la victoire des puissants Yâdavas sur les Détyas, une foule de courtisanes s’était établie à Dwâravatî. Ces femmes, destinées aux plaisirs * de cette vaillante jeunesse, et accoutumées au faste et à l’humeur des Kcha-
1 nanoaànyAtrd. On donne le
nom d/dtaî à un jour de fête qui consiste en pèlerinage à un endroit sacré, on en procession pour promener des idoles. Cest ainsi que la ftle de Crichna , à Djogannatha , est appelée Iiatha yâtrA , parce qu’on fait sortir le char de ce dien. Ces fêtes sont accompagnées de réjouissances ,
et de représentations dramatiques qui porteot aussi le nom d’jdfrd -
* L’expression sanscrite qui désigne cette espèce de femmes ressemble parfaitement A l’expression transis*; sETTRTTt «■ 'T^rTT crldânârl ou yoatatï ( lusâi putUx).
Iriyas, devaient, par la facilité des jouissances, prévenir entre les Yâdavas les disputes que cause ordinairement la passion : telle avait été la sage pensée de Crichna.
Mais l'illustre Balarâtna se contentait de l'amour de la seule Rèvatî, et leur tendresse mutuelle ressemblait à celle du Tchacravâca \ Échauffé par la eddambari \ orné d’une guirlande de Heurs sauvages, sur les flots de l’Océan, ce héros goûtait avec Rèvatî des plaisirs purs et innocents. Sur le même théâtre, Govinda , à l’œil de lotus, Govinda, créateur suprême, se livrait aussi à des ébats joyeux et variés 5 avec ses seize mille femmes; et chacune, éprise de son divin époux, se disait : « C’est moi qui suis la bicn- « aimée : c’est moi que dans scs jeux sur la surface de l’Océan il a choisie « pour compagne. ■ Toutes en effet portent sur leurs membres des traces de leurs luttes amoureuses; toutes sont satisfaites; et, fières de la faveur de Govinda, elles lèvent la tète avec orgueil et disent aux suivantes qui les entourent : « C'est moi, oui c’est moi qui suis la bicn-aimée ! » En voyant dans le miroir les traces que ses ongles ou ses dents ont laissées sur leur sein, sur leur lèvre, elles se réjouissent. Elles chantent, et leurs voix célèbrent la naissance de Crichna. Elles dévorent * de leurs regards et ses yeux et le lotus de son visage. Leurs yeux, leur âme est toute remplie de l’image de cet époux qui est aussi leur amant; et il semble que la certitude d’être aimée seule ajoute encore h leurs charmes. Tout occupées de l’unique objet qui les captive, elles n’éprouvent aucun sentiment de jalousie. Le divin Nârâyana a contenté leurs désirs, et toutes sans exception portent leur tète avec fierté, heureuses du titre d'amies de Késava.
Ainsi ce dieu poursuivait avec toutes ses femmes le cours de ses plaisirs heureusement diversifiés. L’Océan, qui en est le théâtre, a, par l’ordre de Crichna, dépouillé scs ondes de leur amertume : scs flots calmes et limpides exhalent toute espèce de parfums. Ces femmes, pour agacer leur époux , font jaillir l'eau sur les chevilles de ses pieds, ses genoux, ses cuisses, sa poitrine : ainsi les pluies de l’automne tombent sur l’Océan. Késava les
‘ Voyex leet. cxxxvn , note 6
* Voycileel, xcxvu , tom. I.
* Cette idée est exprimée par te mot ^ JgJ ^ vénearvâpa , plusieurs Cois répété. Je n'ai pas
cru qu'il pût être ici question de la faculté que possédait Crichna de se multiplier et de se pré sentir en même temps à toutes ses épouses.
* Le texte dit : clin beaent.
couvre à son tour d’une onde légère : ainsi les nuages du ciel arrosent les plantes fleuries. Mollement inclinées, elles s’écrient en regardant tendrement Hari : «Je tombe, cher époux, retiens-moi I • Elles fendent les flots sur des bateaux formés d’un bois léger, et qui représentent les uns des hérons, des paons ou des éléphants, les autres des poissons et des monstres marins, enfin toute espèce de figure; d’autres nagent, de manière à montrer aux yeux de Djanârddana enchanté leurs seins pareils à deux coupes élégantes \
Roukinini se mêle à ces jeux qui font le bonheur de son époux. C’était une suite non interrompue de plaisirs, auxquels prenaient partie plus grand des Immortels et ses joyeuses compagnes. Couvertes d'un léger vêtement, ces femmes, dans leurs mouvements vifs et folâtres, ressemblaient à d'aimables et beaux lotus flottant sur la surface des eaux. Crichna, habile à peindre et à exprimer la passion, s’adressait à chacune suivant son caractère, et savait la soumettre à son doux empire. Oui, le divin, l’éternel Ilrichtkésa multipliait ses plaisirs, tendrement enchaîné par ses amantes celles-ci, trompées par les apparences, le prenaient pour un simple mortel, digne par sa naissance et scs vertus de leurs constants hommages. En voyant le soin qu’il mettait à varier leurs jouissances, en considérant sos qualités, son mérite, le doux sourire qui précédait toutes ses paroles, ces épouses, ivres d’amour, vouaient à Crichna une espèce de culte.
Ailleurs les groupes variés, composés de jeunes gens et de femmes, embellissaient la surface de la mer. Crichna, pour achever de subjuguer leurs sens, avait mandé les Apsarâs, savantes dans l’art de la danse et du chant, et les héros Yâdavas ne pouvaient contenir les transports de leur admiration en voyant les pantomimes *, en entendant la voix harmonieuse et les instruments de ces femmes divines; car, voulant que rien ne manquât À la fête, le dieu avait fait venir de la cour de Couvera et de celle d’Indra les Apsarâs les plus habiles. Ces nymphes, appelées par la volonté du toutpuissant Crichna, étaient arrivées, et, baissant devant lui avec respect leur tête ornée de cinq aigrettes9, clics attendaient scs ordres. Késava, les rcle-
1 Je n’ai trouvé que ce sens raisonnable k ce
: Fi^j ! Tïr,4 fy ^
iwrarçT;
1 ïrf*FPT abhinaya .
' Ces mots servent de traduction à l'épithète panlchaUhcide-
96 > IIAR1VANSA.
vant avec bonté, leur dit : « Déesses amies de la joie, soyez sans crainte :
• allez auprès des Yâdavas, et pour l'amour de moi contribuez à leurs plai-
• sirs. Développez votre adresse dans les arts de la danse et du chant, dans ■ la pantomime, cl sur les divers instruments. De cette manière vous méri- « terez les faveurs que vous pouvez désirer. Je considère les Yâdavas comme
• d'autres moi-même. « A l’instant ces Apsarâs, inclinant la tête devant Hari, vont exécuter ses ordres et se présentent aux Yâdavas.
Leur présence donne à la ruer un nouvel éclat : ainsi brillent dans le ciel les éclairs au sein des nuages. S'élevant sur les flots comme sur un terrain solide, elles font entendre un concert de ces instruments dont les sons se prolongent mieux sur l'eau 10, et représentent avec des gestes animés les pièces qui font l'admiration du Swarga. Leurs parfums, leurs guirlandes divines, leurs vêtements, leurs regards agaçants, leurs tendres mouvements et leurs sourires subjuguent l'Ame des Yâdavas, qui ne peuvent résister aux flammes de leurs prunelles, â l'élégance de leurs gestes, à la grâce de leurs lèvres riantes, à la tendre expression de leur jeu. Alors, plongés dans une douce ivresse n, ils se laissent entraîner dans les airs, au milieu de ces régions où règne le vent. Crichna, pour leur complaire, vient jouer dans les plaines célestes avec ses seize mille épouses. Les Yâdavas connaissent sa toute-puissance, et ce prodige ne les étonne pas; ils se voient sans trembler au-dessus de ces vastes abîmes de l’air. Les uns se rendent de lâ sur le Rêvaia, les autres dans leurs demeures, ou dans les bois dont la solitude les charme.
Par la volonté du maître du monde, de l'incomparable Vichnou, l’eau de la mer est devenue potable. Ces beautés à l’œil de lotus, courant sur l'eau comme sur le sol, entraînaient avec elles par la main ces jeunes héros, se plaisant quelquefois à plonger avec eux dans les flots. A leur disposition se trouvaient des mets et des boissons de toute espèce 1S, scion la forme
" Le texte dit seulement : de* irutruments d'eau. lH djalavâdyâni. Je n'ai pas
cru que l’auteur désignât ici l'instrument qui (orme une espèce d'Aamwnrcu, et qu’on appelle djalatnranga. Cet instrument consiste en une coupe de mctal , remplie d’eau , d'où l'on tire des notes harmonieuses .
“ Ce passage me semble exprimer le délire de leur enthousiasme et de leur ivresse : ils se croient transportés dans les cieux. Le poète dépeint Terreur de leur imagination exaltée comme une réalité.
11 Ici se retrouve le ver» que nous avons cité dans la note 6 de la lecture précédente.
CENT-QUARANTE-CIPiQUIÈME LECTURE.
qu’ils pouvaient souhaiter. Ornées rie guirlandes élégantes, dans des réduits mystérieux, elles leur faisaient savourer des voluptés qui ne sont connues que des habitants du Swarga.
Cependant le soir approchait : mais les Vrichnis et les Àndhaca9, non fatigués de plaisir, après les ablutions ordinaires, montèrent avec leurs compagnes «ur des vaisseaux magnifiquement ornés, et continuèrent leurs jeux. Sur ces vaisseaux, lart de Viswacarman avait représenté des places carrées, des portiques arrondis, des terrasses. L’œil surpris pourrait les prendre pour le Kélâsa, le Mandara ou le Mérou, car ils sont chargés d’arbres, de bêtes fauves, d’oiseaux; on y voit des arcades ornées de lapislazuli 15, de longs coïtions de pierres précieuses, de nombreux filets de saphir *\ de cristal l\ d'émeraudes w et d’or. On admire aussi sur quelques-uns des lierons, des perroquets, des éléphants. Ces vaisseaux tout brillants d'or étaient dirigés par d'habiles pilotes, et sillonnaient la mer qui soulevait ses vagues avec orgueil. L’empire de Varouna était couvert de tout côté de navires dressant leurs voiles blanches, de galères, de barques d’écorce l7. Çà et là des villes aériennes de Gandharvas venaient à côté des vaisseaux Yâdavas sc poser sur les flots de la mer. Sur ces vastes bâtiments imaginés pour réunir tous les genres de plaisir, Viswacarman avait formé une espèce de Nandana l* : des jardins, d’élégants édifices, des arbres, des lacs, des chars, enfin toutes les merveilles de l’art se trouvaient, suivant l’ordre de Nêrêyana, disposées par l’ouvrier céleste de manière à reproduire aux yeux des Yâdavas enchantés tous les prodiges du Swarga. Posés sur les branches des arbres, des oiseaux faisaient entendre leurs sons mélodieux, et en faveur des Yâdavas leurs accents semblaient avoir une douceur nouvelle. Des Cokilas blancs, descendus du séjour céleste, trouvaient pour ces héros des chants harmonieux et variés. Sur le haut des terrasses brillantes comme les rayons de la lune, des paons s’agitaient en cadence, développant les
u Cette pierre s’oppctlc véJoûrya, parce qu'on l'extrait du mont Vidoùra. I-e XIII* vol. des Recherches asiatiques, png. 437. parle d'une préparation liquide de ce minéral, qui donne aux objets une apparence d'or et d'émail.
" RW
l'émeraude.
ffuudru. C'est aussi le nom de
w J'ai traduit ainsi le root jahrorre, auquel le dictionnaire donne la signification de lapùlixuti.
M Littéralement /a pierre Je GaroaJa.
’ 5TiWrrRrt
“ Jardin céleste d'Indra.
trésors de leur queue et charmant les oreilles de leur voit. Tous les pavillons de ces vaisseaux étaient couronnés de guirlandes et garnis d‘oiseaux ou d'essaims d'abeilles bourdonnantes. Par la volonté de Crichna les arbres s'étaient couverts de (leurs, et autour de chacun d'eux régnait la saison qui lui convient. L’air était doucement agité par le souffle d’un vent agréable, qui séchait la sueur causée par la fatigue du plaisir, et qui, embaumé des parfums de toutes les fleurs, avait la fraîcheur du sandal. Les Yâdavas, au gré de leurs désirs, obtenaient, par la faveur de Crichna, le chaud ou le froid qu'ils demandaient au milieu de leurs jeux. Le dieu qui porte le tchacra les protège, et ils n'ont à craindre ni la toux, ni la soif, ni la maladie, ni l'inquiétude.
Cette fête maritime, donnée aux illustres Yâdavas, était donc embellie de danses et de chants : les orchestres résonnaient sans interruption, et les jeux couvraient la mer sur une étendue de plusieurs yodjanas. Tous ces héros étaient comme autant de rois. Quant à leur protecteur, au divin Nârâvana, Viswacarman lui avait préparé une galère capable de contenir toute sa suite. Les pierreries des trois mondes avaient été employées sur ce vaisseau. Chacune des épouses de Crichna avait son habitation resplendissante d’or, de diamants et de lapis-lazuli , parée de fleurs de toutes les saisons, parfumée de toute espèce d’essence, et animée de la présence de ces oiseaux célestes dont le langage est doux et harmonieux.