AUTRES DÉTAILS SUR LA FÊTE DE DW ARA V ATI
Vésampâyana dit :
Balarâma prend aussi sa part de tous ces plaisirs; mollement couché près de Révatî, resplendissant de riches parures, le visage couvert de la poudre de sandal, les yeux rouges, les bras pendants, le corps mal assuré, la tête affaiblie par l'effet enivrant de la câdambari, il est vêtu d’une robe aussi noire que le nuage orageux, tandis que lui- même il est blanc comme le
rayon de U lune. On croirait voir le disque de cet astre dans toute sa splendeur, brillant au milieu d’une couronne de nuages. Le seul pendant qu’il porte à son oreille gauche *, doucement agité par le mouvement de sa tête, rend un son agréable : de temps en temps le dieu jette de côté un tendre regard sur son amie, dont il contemple les attraits avec ravissement.
C’est alors que, pour obéir aux ordres du vainqueur de Cansa et de Nicoumbha, les belles et folâtres Apsarâs, à la taille élégante et svelte , se présentent dans le séjour de Balarâma , qui , pour sa richesse, est comparable à la demeure des dieux. Elles saluent Râma et Révatî; au son des instruments, les unes dansent, les autres chantent. Quelques-unes, prenant les ordres de Balarâma et de la fille du roi Rêvata, représentent par leur pantomime l'histoire des amours de ce héros et de cette princesse. D’autres, empnintant le costume, le langage, les manières des femmes du pays, forment des chœurs, frappent leurs mains en mesure *, et, suivant le mouvement d’une vive et agréable cadence , figurent par leurs gestes ou célèbrent par leurs chants les heureux exploits et la grandeur de Sancarchana et de Crichna, la mort de Cansa s, de Pralamba1 * * 4 et des autres Dêtyas, la chute de Tchânoûra au théâtre 5 *, la gloire d’Yasodâ, le trait par lequel Crichna mérita le nom de Dâmodara la mort d’Arichta 7 * *, de Dhénouca *, de Poûtanâ “, l'établissement des pasteurs dans le pays de Vradja 10, la force avec laquelle Djanârddana brisa les deux ardjoanas Elles disent comment il
créa des troupes de loups qui portaient la mort avec eux 13 ; comment il dompta dans le lac de l’Yamounâ le roi des serpents, le cruel Câliya comment du lac de Sankha il enleva tous les lotus 11 ; comment en faveur des vaches il souleva le Govarddhana ,B; comment il redressa la taille de la parfumeuse bossue ie; comment ce dieu, éternel et sans reproche, après
1 Nous avons déjà remarque ailleurs cette
circonstance : Balarâma ne porte qu'un pen-
dant d'oreille.
* uüuulatihm Voy. tom. I,
lerl mvt. note 8.
* Voyex tom. I, lect. lxxxvi
* IIU. lect lu.
* Ibid. lect. lxxxvi -
* IkU. lect. uni.
T Ibid. lect. lxxvii. ,
* Ibid. lect. lilx.
* Ibid. lect. un.
“ Ibid . lect. lx.
u Ibid. lect. uni-
11 Ibid. lect. lxiv. Voyex aussi plus loin la lecture CLViit.
“ Voyex tom. I , lecL lxviii.
" Je ne connais pas celte légende.
“ Voyex tom. I . lect. lxxiv.
M Ibid. lecL lx uni-
avoir été nain, sut agrandir sa taille Elles racontent la défaite de SAbha les exploits du héros qui porte le soc. w, la mort de Moura ”, l'ennemi des dieux, l’attaque formée par des princes puissants contre le char qui portait la fille de Gândliâra **, l’enlèvement de Soubltadrâ ”, et la victoire renq>ortée dans les plaines de Bdlàhaca et de Djambou39, les trésors de pierres précieuses qui devinrent alors la proie du vainqueur. Tels étaient les sujets des chants de ces Apsarâs, chants délicieux, qui charmaient les souvenirs de Sancarchana et de Crichna, et qu’elles savaient varier avec un art infini. Echauffé par la cadambari, Balarâma, tout brillant de riches parures, s’intéressait vivement à leurs jeux; lui-mème et Révati accompagnaient du mouvement de leurs mains 31 le rhylhuic de ces chants mélodieux.
Témoin des transports de Balarâma, Crichna céda lui-même au doux attrait du plaisir, et, pour encourager les autres, il se livra tout entier à la joie avec son épouse. Un héros illustre dans le monde, Ardjouna, était venu assister aux réjouissances de cette fête maritime, et, accompagné de la belle Soubhadrd, il partageait le bonheur de Crichna. Au milieu de toute cette
,T Ce trait n'a pat île rapport arec t'hiMoire de Crichna; c'est Ym-Iihoh qui apparut tou* l'apparence d'un nain dan* l'avatare de Yàmana.
" Prince dont il a été question dans la cvm* lecture , et qui a dû régner dans le pays de ce* Sobiens que QtiintfrCurce place prêt de l'Acéainc, Ihr. L\. Je ferai mnaïquer que dans la clix* lecture , la CJ.KXI* et la tUXYI*, Salvra et le prince de Soblia semblent devoir être deux personnages differents, w Cest Balarâma.
** Nom d’un Détya, tué par Yichnou, qui pour cette raison est surnommé Moanfri.
" Le Gâudhâra était In province qu'on appelle aujourd'hui le Candahar. Je crois qu'il est ici questiu» de l'aventure de Dâmodara , roi de Cachemir. Ce prince, pour venger la mort de (ionarda son père . attaqua les amis de Crichna qui revenaient d'un mariage : la mariée fut tuée, l’époux cl scs amis se défendirent et ôtèrent la vie à l'agresseur, qui laissa sa femme Yasovati enceinte- Crichna eut l'attention d’envoyer de*
Brahmanes à cette veuve pour la oouaoler. Cette princesse de Gàudliora dont il est ici question est peut-être aussi l'épouse même de Crichna, qui porte le nom de GdnJhârf; vom Icct CLV: ce que semble au reste confirmer la clxxi* lecture. Voye* aussi la mention que fait la eux* lecture d'uue outre princesse nommée également Gti mihàrt.
** iStHililiadri est la sœur de Crichna : elle fut enlevée par Ardjouna, qui l'épousa.
" U telle porte
bAhihitcatljnmboumiUè Je ne suis pas sûr de ma traduction du mot mdla. Mêla est aussi une contrée située dan» l'ouest et le sud-ouest du Bengale : c’e*t Bamghur, ou, suivant Wilfard, Mâlbhum dans leMidnapour. Le poète fait peut être ici allusion à l'expédition de Crichna coutre Andhuca, rapport^! dans la lecture cxxxix et la suivante.
“ Cette idée est exprimée par le mol tahattaldla. Yojrex plus haut note a.
folâtre jeunesse on distinguait le sage Cada, Sârana, Pradyoumna, Sâmha, Sâtyaki, Oudâravirya fils de Sâtrâdjitî, le beau Tchâroudcchna, les deux jeunes héros, Nisatha et Oulraouca, fils de Balarâma, Acroûra, Sénâpali, Sancou et d'autres chefs Yâdavas. Le vaisseau qui portait cette glorieuse réunion, par la puissance de Crichna, prit un accroissement digne du nombre et de la dignité de cette auguste assemblée. La joie dont s'enivraient ces Yâdavas, pareils à des Immortels, pénétra le monde entier, et chassa des cœurs toute pensée criminelle.
Un hôte divin, le Mouni Xârada, par amitié pour le vainqueur de Madhou et de Késin, vint animer aussi les plaisirs de cette fête. Ce Brahmane, les cheveux relevés sur la tête en une seule touffe, son luth à la main, va se placer sur le devant du vaisseau, et c’est lui qui par les sons de son instrument conduit la danse a6. Il s'élance ensuite au milieu du cercle, et par ses gestes bouffons et ses imitations burlesques il amuse la société. C'est $atyahhâniâ et Késava lui-même, c’est Ardjouna et Souhhadrâ, c’est le divin Balarâma et Révatî qui sont tour à tour les objets de ses plaisanteries. Il copie les mouvements de leur corps, il répète les éclats de leurs rires, il reproduit l’expression de leur joie, et ces charges exagérées dérident le visage des personnes même les plus graves. Reprenant un discours qu'il vient d’entendre, il en prolonge avec affectation les derniers sons. Enfin par ses rires bruyants il excite le rire des autres, et sa gaieté communicative gagne toute l’assemblée et le grand Crichna lui-même.
Cependant d’après les dispositions du suprême ordonnateur de celte fête, de jeunes beautés allaient distribuant à tous les assistants des pierres précieuses, de riches vêtements, des guirlandes divines formées de fleurs de santdna, des colliers de perles, des fleurs de toutes les saisons.
Quand la danse fut finie, d'autres jeux commencèrent. Le divin Crichna, prenant par la main le Mouni Nârada, tombe avec lui dans la mer, où il pousse aussi Sâtrâdjitî et Ardjouna, et le héros s'écrie en souriant avec joie : • Il faut nous diviser en deux partis; jetez-vous dans les flots, et livrons- ■ nous un combat auquel les femmes seront admises. Que Balarâma, ac-
" Ce mot n’est peut-être qu'une épithète. Car i] ne sc trouve pas parmi les noms de» enfants de Crichna cités dans la eut* lecture.
“ Cette danse se nomme rdsa. On désigne
par ce mot une (été de bergers , composée de chants et de danses , entre autre» d'une danse circulaire qui représente celle de Crichna et des bergères ses compagnes.
HAMVANSA.
• compagne de Révatî, soit à la tête de l'un de ces partis avec mes fils et « une moitié des Yâdavas : moi je commanderai la seconde division com-
• posée des autres Yâdavas et des Ris de Balarâma. »
Aussitôt Crichna appelle l’Océan; celui-ci se présente avec respect devant le dieu, qui lui dit : • Aie soin que tes ondes soient limpides et parfumées :
■ éloigne les monstres marins. Que tes flots, ordinairement agités, soient « pour nous un terrain solide et orné de mille pierres précieuses. Conforme*
« toi aux volontés de ce peuple. Deviens, contre ta nature, un breuvage
• agréable au gré de chacun. Ne présente à leur vno que de beaux pois-
• sons, brillants comme le lapLs-lazuli, U perle, la pierre précieuse ou l'or.
« Fais sortir de ton sein de merveilleux lotus, aussi agréables à l'odorat
• par leur parfum qu'à la Vue par leur couleur, et couverts d’abeilles qui -< viennent y puiser un suc délicieux. Sur la surface de tes eaux établis des « vases pleins de ces liqueurs que l'on fait avec les baies de la mird r et « du madhouca “, ou de toute autre boisson fermentée w. Que les Yâdavas « reçoivent de toi des coupes d’or pour se désaltérer à longs traits. Que tes
• ondes, couvertes de fleurs aux calices blancs et parfumés, restent calmes ' et tranquilles au milieu de tous leurs ébats. EnGn, fais en sorte que rien
■ ne trouble les Yâdavas et leurs compagnes uniquement occupés de leurs
• plaisirs. »
Ainsi parla le dieu à l’Océan, et il donna le signal des jeux de concert avec Ardjouna. Aussitôt Sâtrâdjiti, à qui Crichna en sécréta donné le mot, fait en riant rejaillir l'eau jusque sur Nârada. Balarâma, s'abandonnant sans réserve à l'ivresse du plaisir, prend la belle Révalî par la main, et se jette avec elle dans la mer. Les fils de Crichna et les chefs Yâdavas qui doivent être du côté de Balarâma s’élancent aussi dans les flots; leclat de leurs vêtements est terni par l’eau, leur visage rayonne de joie, et leur tête est échauffée par les liqueurs et par l’ardeur du jeu. Non moins empressés, emportés aussi par une double ivresse, leurs vêtements en désordre, Nisatha, Oulmouca et d’autres Yâdavas se rangent du parti de Crichna. lueurs poitrines sont ornées d'une guirlande de fleurs de santdna. Distingués tous par leur
** Celte liqueur est le m irtya, ainsi appelé du nom de là contrée où se fabrique cette boisnon . ou du mot mtrd qui pourrait être une plante , le fythrum frxUicoiiUK.
“ Le madhouca est le borna latifoli a dont on tire use liqueur appelée mddwt ou mddAtrtca.
" Le nom général sous lequel on désigne les liqueur* fermentées est tourd.
CENT-QUARANTE-SIXIÈME LECTURE, force, parfumés d’essences, les combattants se réunissent autour d'une superbe bannière : ils portent pour arme une pompe maniable et fègère 30, et chantent des airs nationaux pleins de grâce et de mélodie. Crichna veut que les milliers de courtisanes présentes à la fête se joignent aux divines Apsarâs pour faire toutes entendre sur les instruments qui leur sont familiers des sons que répètent au loin les flots. Mais surtout les nymphes, toujours jeunes et folâtres, accoutumées à faire retentir de leurs accents les ondes du Gange céleste, charment les échos de l’Océan des éclats de leur voix harmonieuse, et des accords qu’elles tirent de leurs flûtes et de leurs autres instruments. En voyant cette réunion de beautés, on dirait une assemblée de déesses ; leurs yeux peuvent être comparés à des coupes de lotus; des lotus forment leurs guirlandes; elles ont dérobé tous les trésors de ces fleurs éveillées par les rayon» du soleil. Ccst l'espoir du plaisir ou l'ordre do Crichna qui attire toutes ces femmes, et l'Océan, couvert de mille visages brillants de si doux rayons, ressemble A un ciel où viendraient apparaître mille lunes. La mer, sillonnée par mille beautés étincelante» , est comme un vaste nuage que coupent les lueurs éblouissantes de l’éclair. Cependant les deux partis s’attaquent : Nârâyana, secondé par Nârada, fait jaillir l’eau sur ses adversaires; les compagnons de Balarâma leur répondent par une aspersion générale. Chacun se rallie au drapeau qui le guide au combat : dans leurs mains brille l'instrument dont le piston pousse l’onde sur les rangs ennemis. La joie, l'émulation, l’ivresse les animent, et les femmes de Balarâma et de Crichna ne sont pas les moins acharnées dans cette lutte amusante. Les Yàdavas, les yeux enflammés, en présence de ces
" Cel instrument, appelé djulavantra , est une espèce de seringue. Dam le Mémoire de Buchanan sur le» Birman», inaéré au VI* sol. de» Bccherche* asiatique», pag. 399, on parle d’une ft*te qui *e termine par un «musnaenl pareil : le» homme», pendant tout le dernier jour, jettent de l’eau aux femme», et celles-ci aux homme*. Les femmes enceintes sont exclue» de oe« jeux , qui sont un objet de rire pour toute la jeunesse- Je ne sais plus où j’ai lu que chez ce» même» Birman», à la fin de l'année, il j a dan» tout l’empire une cérémonie dont le but est de purifier l'homme de toutes les souil-
lures morales qu’il a contractées durant celte même année. Le» femmes munies de seringues ou tenant des vases d’eau parcourent les rue» et aspergent les hommes qu’elle» rencontrent, et qui ont le droit de leur rendre la pareille. Il existe encore aujourd'hui un usage qui pourrait être une imitation de ce jeu. A la grande fifcte du printemps . appelée Mi. 00 se jette l’un sur l'autre , de loin avec une sarbacane , et de pré» avec la main, une poudre rouge et odorante nommée phalgou, pichtdta et dhoâligontchtekha. Voyex Nouveau Journal Asiatique. 11*75, pag. a3i et a34.
femmes, tiennent à se conduire en héros : le tube que leur main dirige vomit l’eau incessamment : l'orgueil, l’ainour, l’entrainement du plaisir, tout se réunit pour soutenir longtemps leurs efforts.
Mais le dieu qui porte le tckacra a préparé pour eux de nouvelles réjouissances : il calme l’ardeur des combattants, et lui-mème, avec Nârada, Ardjouna et les autres, arrive auprès de l’orchestre. La lutte a cessé, et la danse commence. Ce n’est plus un sentiment d’orgueil qui les anime ; ils sont tout entiers à l’amour; ils suivent l’exemple que leur donne Crichna, et les couples heureux se mêlent, te confondent dans des mouvements rapides et cadencés.
Oupendra lui-même en dansant a terminé le bal, et il quitte le séjour des ondes. Il prend et donne au Mouni qui l’accompagne un cosmétique convenable. Les Vâdavas aussitôt font comme lui : leurs corps sont essuyés, et ils passent, sur l'invitation de Crichna , dans la salle du banquet M. Placés suivant leur rang et leur âge, ils choisissent parmi les mets et les boissons ce qu’ils peuvent préférer. Les cuisiniers 3S, remarquables par leur propreté, ont apporté des viandes bouillies, relevées par le moyen du jus de fruits ou d’herbes acides **, comme la grenade 34 et l’oseille 36 ; ils ont servi des animaux tout entiers rôtis à la broche, tels que de jeunes buffles, bien gras , dont les chairs ruisselantes d’un jus abondant sont arrosées de beurre et baignent dans une sauce piquante, formée de végétaux acides et de sel. Les chefs d’oflice 37 donnent leurs ordres, dont ils surveillent l’exécution; et devant les convives sont présentées de larges tranches de biches ou d’autres gibiers, arrangées sous toutes les formes, et pénétrées des sucs de l’oseille et de la mangue M; des poitrines tout entières, humectées de beurre et saupoudrées de sel et de poivre 39 ; des racines, des grenades, des
pânabhodmi , mol à mot potwm»
local.
" souda.
u Cette cloue de plantes, dont le» fruit» ou le* feuille» «ont acide» , *c nomme amlaoaiya : on y comprend le limon, l'orange , la grenade, le tamarin, la pomme de boi», loaeille, le laooulcka [artocarpuj lacoatcha), la tpondias uuinjifera et d'autre» encore.
u njîfi trfcoarra.
** ghrila, beurre clarifié (ÿA*e).
" TtftJTSr
M Tjjrl tchoûla (mtuÿifera indica).
mari (chu.
citrons40, du basilic 4I, de 1 assa-fœtida w, du gingembre45, de l’andropogon M, distribués çà et là en entremets pour enflammer le palais et exciter la soif; des oiseaux rôtis, garnis d enveloppes acides, et couverts d’une sauce onctueuse composée avec du beurre, du jus de mangue li, de l'huile et du sel. Ixs liqueurs extraites de la miru et du madhouca, et les autres boissons fei montées coulaient dans les coupes, et ces coupes circulaient passant des mains des ^Adavas aux mains de leurs amies. Mais on ne leur sert pas seulement de ces nourritures substantielles : ils ont aussi un choix d’aliments plus légers 4
composés d épices odoriférantes, et saupoudrés, les uns en rouge, les autres en blanc, des fromages 47 crémeux, des mets de toutes les formes, et tout pénétrés d’un beurre savoureux , des légumes, des potages 48 variés, du lait bouilli avec du sucre èp, du caillé 50 doucement parfumé, dont on avait su diversifier 1 emploi, enfin des fruits de toutes les espèces. Tels sont les divers mets et les boissons variées qu’on offre à ces Yâdavas; et tous, meme les plus sages, au milieu des joies de cette fête, oublient les règles de la modération.
Enfin rassasiés et contents ils mêlent leurs voix à celles des femmes, et commencent des chants agréables ou des airs amoureux, qu'ils accompagnent de gestes. La nuit était venue : alors Crichna avertit l’assemblée que 1 on va exécuter les airs des TchhAlikyas w, qui ne sont autre chose que ceux des Gandharvas célestes. Nârada prend son luth , sur lequel avec tant de science il parcourt les six degrés de l’échelle musi-
JTTrpfJ mdlouloaruja [citnu médita].
- mwj parnâsa (ocrmum tanctum).
kiiujoa.
1 ïrTïTTT ârdracu.
bhoûjlrina {andropogon tchanan-
thus).
amra , appelé atmi capttana “ Dkakchya. Voytt lect. cxxxvu , note a 5.
" RiHIi *'«<■•
MTCttré.
dadhi; iTTT^T nudlu. Le nuâla est du lait caillé mêlé avec du sucre et de» épices.
" Je n’ai trouvé sur ce mot aucune espèce de renseignement, et l'ignorance complète où je suis resté sur sa signification a dû influer sur la traduction de tout ce passage. Je confesse donc en toute bumilite que plusieurs endroits de la lin de cette lecture m'ont présenté des difficultés dont je ne me flatte nullement d'avoir trouvé la solution. Je |>en»c que le mot ichhd- UAya est un des noms des Gandharvas. La racine de ce mot pourrait bien être {^rf tchhala . qui signifie adreae, déception.
HÀK1VANSÀ.
cale M; Criclma avec Ardjouna et sa famille forme la chaîne de la danse bruyante» appelée kalUsaca M. Les plus illustres d'entre les Apsarâs font résonner le tambourin et les autres instruments. La fêle alors se trouve couronnée, et les regards de Crichna et de son frère sont délicieusement charmés par l'apparition de la belle Rambhâ, à la taille élancée, aux gestes élégants, d’Ourvasî, aux beaux yeux bien fendus, d'Héml, de Misrakésî, de Tilottamâ, de Ménacâ, et des autres, qui, pour complaire à Crichna, viennent déployer leur science dans l'art du chant et de la pantomime, et conquérir tous les suffrages par leur talent gracieux et flexible.
Le fils de Vasoudéva, émerveillé de leurs chants, de leurs danses, de leurs gestes, leur prodigue des louanges, et charge leurs compagnes de distribuer le bétel M d’honneur et des fruits d’une odeur admirable.
En effet, à ces airs des Tchhâlikyas-Gandharvas apportés, par une faveur particulière de Crichna, du ciel sur la terre, k ces plaisirs tout divins, réservés pour les oreilles des Yâdavas, le fds de Roukminî a voulu joindre les douceurs d'un bétel qu’il a lui-même habilement composé, mélange délicieux de cinq aromates M dignes de la bouche des rois, substance merveilleuse, qui est, pour Nàrâyana lui-même comme pour les hommes, un objet éternel d'envie, qui, par l’cflet d’une douce ivresse, donne au mortel la prospérité, les richesses, les honneurs, la victoire, la vertu, la pureté, qui fait luire à ses yeux l'aurore du bonheur, dissipe les mauvais songes et tue le péché.
Ces chants des Tchhàlikyas-Gandharvas sont ceux que le fameux roi Ré va ta , admis dans la demeure des dieux, entendit pendant quatre âges, et qui furent cause de l’erreur par laquelle il prit des milliers d'années pour un seul jour On exécuta ensuite la Soucoumdradjdti *\ qui n’est
” Voje» leci. cixvi , note 7.
“ C'est une ronde ordinairement exécutée par des femmes.
“rlT^T tiimhodla; c‘esl le piper brtel dont la feuille , mêlée k la noix d'aréca , quelquefois a un peu de chaux et à plusieurs épices, forme une substance que michent avec plaisir les Indiens , et qui porte le nom de /nul
* Je suppose que ce» cinq aromates sont les cinq épices indiquées par M. Wilson au mot
fj J | *-h panlckajcngandhaca . savoir, lo
clou de girofle, la muscade, le camphre, le bois d'alocs et lo caccola, cwcuhu atdicta.
u Voyes tom. I , lect. x , p«g. 55.
” Ce passage est surtout un de ceux dont j'ai déclaré que la traduction était fort conjecturale. Le sens général me conduit à regarder la soacrmmd rwÿdti comme l'air d'une danse particulière. qui probablement s'exécutait avec des flambeaux : de la son nom , qui signifie jatmin.
que la Gàndftarvadjâli , brillante de mille lumières. Toute la beauté de cette danse fut vivement sentie par Crichna et Nârada, par Pradyoumna et les principaux Yâdavas, qui reconnurent qu’elle était une émanation des Tchhâlikyas : ainsi les guides retrouvent dans un mauvais pays les traces du chemin. On peut jusque dans la mer distinguer l’eau des rivières : on peut à la bonté de scs fruits nommer telle ou telle colline. 11 n’est aussi que le Tchhâlikya qui réunisse tant de science pour la mesure M, les demitons les six tons principaux 00 ; et en effet la Soacoumâradjdti n’est qu’une petite partie d’un vaste corps.
Mais ces chants devaient cesser : car tout, même les dieux, les Maharchis, les Gandharvas ont une fin; c’est ce que la science nous apprend. Ces concerts célestes, dont la bonté de Crichna permettait à des mortels de jouir, sont terminés : cependant ces fêtes se renouvellent souvent pour eux. Enfants, jeunes hommes et vieillards, tous se livrent k la joie; mais jeunes ils annoncent, vieux, ils prouvent qu’ils sont dignes du beau nom d'Yâdavas, vivante image de ceux qui les ont précédés dans cette carrière mortelle, toujours pleins de valeur, toujours pénétrés de l’amour de leurs devoirs. Les vieillards, dans les leçons qu’ils adressent aux autres, font valoir non pas l’autorité que donne l’âge, mais celle que donne l’amitié : doux privilège que chacun se plaît à respecter parmi ces Dasârhas, ces Vrichnis et ces Andhacas, amis de leurs enfants, et respectueux envers leurs parents.
Enfin Crichna prend congé de cette brillante assemblée. Les divers chœurs des Apsaris saluent avec respect le vainqueur de Késin, et remontent au ciel, portant la joie dans leur âme et la laissant aussi sur la terre.
chaque danseur , avec son flambeau , brillant comme une fleur de cet arbuste. Cette explication n'est , de ma part , qu’une simple supposition.
“ rt-t ,ila-
** wwiîrtcfcleMand ; c’est la sep-
tième partie d’un grâma. Voyes le IX* volume des Recherches asiatiques . pag. 45g .
" Voyct lect. cxxvi , note 7.
ENLEVEMENT DE BHANOCMATI.
Yésampâyana dit :
Pendant que les Yâdavas étaient occupés de sacrilices et de fêles, un terrible ennemi des dieux méditait le crime, et, pour son propre malheur, il l’exécutait : le Dânava Nicoumbha enlevait la jeune Rhànoumati, fille de Bliânou. Fidèle à son ancienne haine, il a recours aux secrets de la magie, et, se rendant invisible, il obsède et tourmente les femmes des Yâdavas. 11 avait encore & venger la mort de son frère Yadjranàbha et de Prabhâvati, fille de ce prince, tous deux tués par Pradyoumna Profitant du moment favorable, le rusé Dânava pénètre dans le parc de Bhànou, que sa position et ses défenses semblaient mettre à l'abri de toute surprise. Tout à coup un grand bruit se fait entendre dans le gynécée a; Pair a retenti au loin des cris plaintifs d'une vierge modeste. Vasoudéva et le fils d’Ahouca arrivent eu armes, attirés par ces gémissements. Mais le ravisseur se cache à leurs regards avec sa proie : leurs yeux n’aperçoivent rien. Ils se rendent alors auprès de Crichna, et lui racontent le crime qui vient de se commettre. Au récit de cette injure, Djanârddana s'indigne; accompagné d'Ardjouna , il monte sur Garouda, l'ennemi des serpents. En même temps il dit au héros qui porte un poisson sur sa bannière 3 de le suivre sur son char, et ordonne à l’oiseau fils de Casyapa de faire diligence.
Le redoutable Nicoumbha avait gagné la ville de Yadjranàbha : Ardjouna et Crichna l'eurent bientôt rejoint, ainsi que Pradyoumna, héros initié aux secrets de la magie. Aussitôt que Nicoumbha les eut aperçus, il tripla sa
' Le» lectures suivantes nous apprennent que , loin de tuer Prabhâvati , Pradyoumna la séduisit et en fit sa femme.
* cfj | canyApoum , mol à mut viryittttiM uriu.
1 C'est Pradyoumna . fils de Crichna , lequel fut trouvé miraculeusement dans le ventre d'un poisson. Un le regarde comme l'Amour régénéré, de là vient que dans le texte il est souvent appelé Cdma.
personne, et les attaqua, comme en se jouant, avec ses trois lourdes massues, hérissées de nœuds. Le misérable a dans ce moment la force d’un Immortel : de son bras gauche il tient la jeune Bhânoumati; de la main droite il brandit son arme menaçante. Les deux Criclmas 1 et Pradyoumna, 6 cause de la jeune vierge, n’osent attaquer l’Asoura avec leur ardeur accoutumée : ils ont pour eux la force et le courage, ils sont habitués à vaincre, et cependant ils ménagent leur ennemi. Incertains, embarrassés, ils tremblent de frapper celle qu’ils viennent protéger. Ardjouna , habile & manier toutes les armes, habile surtout à tirer de l’arc, le premier, perce de ses traits le Dêtya qu’il vise comme on peut viser un éléphant ou un chameau. Ses compagnons, non moins adroits, de leurs longues flèches1 atteignent aussi le Dânava, sans toucher à la jeune vierge.
Alors, recourant aux prestiges de l’art des Asouras, Nicoumbha disparait subitement avec Bhânoumati : les yeux les cherchent en vain tous les deux. Cependant les trois héros ne cessent de le poursuivre, et s'attendent â le revoir. En effet il reparaît bientôt sous la forme d’un vautour, tenant dans ses acérés la victime qu'il a enlevée. A l'instant Ardjouna recommence & le harceler de ses flèches aigues, s'abstenant toujours de toucher Bhânoumati. L'.Asoura , planant sur la terre, parcourait les sept du-lpas, toujours suivi de ses ennemis. Enfin s’arrêtant sur le Gocarna ”, lieu rempli de la splendeur
' Nous avons déjà vu qu'Ardjouna portait aussi le nom de Crichna , peut-être à cause de l'amitié qui l'unissait au (Us de Vasoudéva.
* Lo texte dit qu’elles sont longues d'une vitasti, mesure qui équivaut à une paJmo ou À douce doigts.
1 Le Gocarna est un lieu consacré & Sîva . «le là vient que ce dieu est surnomme Gocaméncara. Voyet dans le XVI* vol. de» Recherches asiatiques. pag. 46 1 , une invocation bouddhique en son honneur. Mais il ne m'est pas facile de dire où cet endroit est situé. M. Wilson nous apprend que c'est un lieu de pèlerinage sur la côte de Malabar. En effet, clans l’inscription expliquée au III* vol. des Recherches asiatiques, pag. 39 , ce mot se trouve cité parmi d'autres qui semblent appartenir à la presqu'île en deçà du Gange. Dans le V* vol. du même ouvrage on
place Gocarna (Gowkero ) près de MangaJore. D'un autre c<‘»té, le I" vol., pag. foil mention d’un Gocarna . près du Penjab , et parmi les rivières qui sont à la droite du Gange il en est une petite nommée fleura/. Il faudrait donc conclure que divers lieux ont porté ce nom de Gocarna. Si nous consultons les détails du texte ici traduit, nous serons portés à croire que le Gocaroa , dont il y est question , *e trouve au nord du Pâripâtra, puisqu'on dit que Nicoumbha quittant Gocarna qui e»t au nonl |K>ur se rendre ver»
ie midi. ^>)il^H^I|-é,rrr
Çlvti'ii îPTFT. arrive ensuite à
Chatpoura. Une autre chose à observer, c'est que le poète fait descendre Nicoumbha du Gocarna dan* une île du Gange, et, que celte rivière soit ou le grand Gange, ou le petit , tient on u parlé