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- songez que la jeunesse se passe, et qu'elle va se perdre dans le temps,
■ comme les fleuves dans la mer. Croyez-moi, il n'est pas de plaisir tel que
■ celui de l'amour : c’est là pour la femme le premier des biens. Votre père
• vous laisse entièrement libre dans votre choix : vous pouvez à votre grè
• vous décider en faveur d’un Déva ou d'un Asoura. Mais quand je consi-
• dère quelles sont et pour l'extérieur et pour l’esprit les qualités que prè-
• sentent les jeunes Asouras, je pense qu’ils devraient rougir d’aspirer à
• votre main; certes vous dédaigneriez tous ces prétendants, s’il était pos- « sible au fils de Roukminî, à Pradyounina, de se présenter devant vous. « Dans les trois mondes il n’a point d’égal pour la beauté, la naissance, « l’âme et le courage* Quelque part qu'il se présente, parmi les Dévas, les
■ Dânavas ou les mortels, il est toujours le premier, le plus vaillant comme « le plus vertueux. A sa vue, tous les cœurs lui sont ouverts Comparez
■ son visage à la lune dans toute sa splendeur, ses yeux à deux lotus, sa « démarche à celle du lion, et vous serez encore bien au-dessous de la vé-
• rité. Il doit sa naissance à Vichnou qui, pour le former, a pris la subs- « tance de tout ce qu’il y a de mieux sur la terre * : c’est l'Amour, c’est
• Ananga qui a repris son corps5. Il venait de naître quand le méchant Sam*
■ bara 6 l'enleva. Pradyoumna tua son ravisseur; et quoiqu'il possède à fond « tous les secrets de la magie, ses heureux penchants n’en sont pas altérés.
1 J'ai changé la pensée de l'auteur; cl je ne conçois pas que dans un pareil sujet , dan» un discours de cette nature, on puisse se permettre un langage obscène, tel que celui que contiennent ce» deux vers sanscrits :
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* Càma , dieu de l'amour, était fils de Brahma- Il essaya son pouvoir sur le dieu Siva, à qui il lança une de scs flèches. S» va furieux
le consuma du feu de son regard , et ensuite, touche de son sort, il lui accorda de renaître dans la famille de Crichna. Considère comme privé de son corps et réduit en cendre» , Càma est appelé Ananga , mtmbrù priva (tu.
* Càma venait de renaître dans lu famille de Crichna sous le nom de Pradyounina , quand un Asoura, nomme Sambara, qui devait un jour périr sous ses coups , l'enleva et le jeta dans la mer. 11 fut dévoré par un poisson, qui bientôt après tomba dans les filets des pécheurs ; ce poisson fut porté dans les cuisines «le Sambara . l'enfant retrouvé et élevé à la cour mérorde Sambara. qui ne put échapper à son destin. Cette histoire est racontée en détail duns le Bhùgavata, et dans le Harivanaa, lect. clxi et suivante.
CEN'T-QL'ARANTE-NEUVIÈME LECTURE. 119 - Formez-vous l’idée de la réunion de toutes les qualités qu’on peut admi-
• rer dans les trois mondes, et vous aurez une image de Pradyoumna,
■ brillant comme le feu, ferme comme la terre, pénétrant comme le soleil,
■ profond comme l’eau. •
Prabhâvatî répondit à Soutchimoukhi : « Noble génie, j’ai bien souvent
■ entendu parler de ce Vichnou descendu sur la terre. Mon père et le sage
■ Nârada m'ont fait à ce sujet des récits merveilleux. C’est, dit-on, l’ennemi « des Détyas, et, pareil à la foudre, il brûle nos tribus des feux de son
■ tchacra, ou les accable sous les flèches de son arc et les coups de sa « massue. Aussi les Àsouras, qui occupent les divers quartiers de notre
■ ville, sont-ils avertis par leur roi de veiller à leur salut. Sans doute le « désir légitime d’une femme est de s'allier à un epoux d’une famille plus « relevée que la sienne. S’il y avait quelque moyen d’amener ici Pra-
• dyoumna, ce serait pour moi un grand bonheur; je sens que ma race ne « pourrait être qu’honorée s de cette union. Bon génie, je demande ton
■ secours: fais qu’un descendant de Vrichni, que Pradyouiuna devienne
■ mon époux. Quoique Hari soit l’ennemi des Détyas, quelques femmes « âgées de nos Asouras m’ont raconté sa merveilleuse histoire : elles m'ont b parlé de la naissance de Pradyoumna et de sa victoire sur le cruel Sam- » bura. Je sens que l'image de ce héros est au fond de mon cœur. Mais je
• ne trouve pas de prétexte qui puisse l’amener auprès de moi. Je te suis
■ toute dévouée; deviens mon conseil et mon ambassadeur. Cherche dans
• ton esprit éclairé un expédient qui me réunisse à Pradyoumna. •
b Oui, reprit en souriant Soutchimoukhi , je serai votre ambassadeur; b par moi il connaîtra vos sentiments. Je saurai l’engager à se rendre auprès
• de vous, et vous serez bientôt l'heureuse épouse de Câma. Belle princesse, « souvenez-vous de ma promesse, elle aura tout son effet. Cependant parlez b au roi votre père des histoires merveilleuses que je raconte: faites naître b en lui le désir de m’entendre, et je trouverai le moyen d’arriver au but
• que nous nous proposons. •
Prabhâvatî suivit ce conseil, et bientôt le roi des Dânavas, en se promenant dans son gynécée, dit à Soutcliimoukhî : « Ma fille m’a parlé de tes « histoires étonnantes; je suis curieux de connaître quelques-uns de tes
1 1* texte dit punfiée.
IÏA Kl VA NSA.
•> merveilleux récits. Allons, dis-moi quelque chose de singulier, que toi
• seul aies vu dans le monde, dont personne n’ait encore parlé, de quelque « genre que ce soit. • L’oiseau céleste répondit au puissant roi des Dânavas :
• Prince, écoutez. Jai vu sur le mont Mérou la pieuse Sândilî ®, qui par la
• vertu de sa pénitence fait des miracles. Amie de la fille d’Himàlaya, elle
• vit dans la retraite, occupée de ses méditations, bonne, tranquille et heu-
• reuse du bonheur de tous les êtres. J’ai vu encore un acteur qui a reçu
• des Mouitis une singulière faveur : il peut prendre la forme qu’il veut; srtr
• d'être goûté dans les Irois mondes par son heureux talent, il parcourt « tous les pays, l’Outtaracourou , la région d’Yama , le Bhadràswa , le Kétou-
• inàla et les autres provinces; il connaît les chants et les danses des Gan- « dharvas, et s'attire l’admiration des dieux eux-mêmes. • • 11 y a peu de » temps, dit Vadjranâbha, j’ai entendu les contes des Tchàranas \ j’ai vu « les prestiges des Siddhas s. Ce genre de spectacle nie cause toujours un
• grand plaisir, mais je ne connais pas encore l’acteur surprenant dont tu
• viens de me parler. • • Cet acteur, reprit Soutchimoukhî, parcourt les sept « f/i vipas, et se rend partout où il croit que son talent sera apprécié. El en
• effet il mérite qu’on le recherche. S’il pouvait soupçonner votre goût, « ô prince, il s’empresserait de se rendre à vos désirs. » ■ Eh bien! répliqua « le roi des Asouras, noble génie, je te charge du soin de le faire venir
• <lans mes états. Adieu. •
Les cygnes, ayant pris congé de Vadjranâbha, son vont prévenir le roi des dieux et Crichna, Celui-ci explique ses intentions à Pradyoumna, qui doit épouser Prabhâvatî, et tuer Vadjranâbha. La ruse va seconder ce projet, et le nom de Khadra couvrira les embûches de fïari. Sous un vêtement de comédien se cachent les principaux \iklavas ; Pradyoumna est le premier sujet de la troupe (ndyaca)*; Samba en est le bouffon {vidoùchaca}., Gada
• Voyes lecture cxxxvm, note ’i8.
T Le* Tchâranas «ont quelquefois confondus avec le» Gandharvas , ce sont ordinairement des comédiens ambulants.
' Les Siddhas sont aussi des saint» qui appartiennent à la cour d'Indra, et que l'on confond avec les Vidyâdhara». Il» jouissent d'une puissance surnaturelle, et habitent les ans. Les Indien» croient qu'un soulier magi-
que, appelé u (U ht . sur lequel on a prononce certaines paroles, transporte son possesseur partout où il veut. La poésie, qui ennoblit tout, donne ici le nom de tidJhai à ces escamoteurs qui vont de ville en tille exploiter la curiosité. des populations.
* Voyes dans l'exposition qu'a donnée M. Wilson du système dramatique des Indiens, l'espèce de personnage que jouent le nâyacu et le
est l’interlocuteur (pdripdmea)1* ; d autres Yâdavas sont chargés de différents rôles; on leur adjoint un certain nombre de femmes distinguées par leurs grâces et leurs talents 11 , et de plus un orchestre convenable. On jurerait que ce sont les véritables compagnons de Bbadra , dont ils ont tout l'extérieur et le costume. Pradyoumna les fait monter sur un char magnifique , qui, à travers les airs, transporte ces héros là où ils doivent défendre la cause des dieux. Ainsi cachés, hommes, femmes, musiciens, sous le costume du rôle particulier qu’ils vont jouer, ils arrivent dans un faubourg populeux de Vadjrapoura, distingué par le nom de Swapoara n.