‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 18 sur 140 · REPRÉSENTATIONS DRAMATIQUES · texte numérisé non relu

REPRÉSENTATIONS DRAMATIQUES

Yêsampâyana dit :

Vadjranâbha, par une proclamation adressée aux habitants de Swapoura, avait ordonné de donner à ces comédiens une belle maison , tous les secours de l’hospitalité, des pierres précieuses, des cadeaux de toute espèce, des étoffes variées, et des domestiques aussi beaux que lestes. Les ordres du prince furent exécutés avec empressement. Bbadra à peine arrivé voulut justifier sa réputation ; il parut devant les Dètyas, qui l'accueillirent avec des transports de joie immodérés. On lui jetait de tout côté de l’aigent et des pierres précieuses. Le spectacle commence *, et l'attention des spectateurs est vivement excitée. On représentait un drame (ndfaca'j dont le sujet

nr&j propria. Il se trouve dan» ta lecture cm ; l'endroit où hcsica requit Crichna s'appelle aussi Swapoara.

1 Je ferai remarquer que I nntcur exprime l'idée de joaer la comédie par le mot qui signifie

dauter, RH nrita. Le mot nota lui même s'ap-

plique à un danseur comme à un comédien. Il parait que les Indiens ne font pas de distinction entre la danre et U comédie.

vidnachaca. (Théâtre indien, *v sterne dramatique, 5*.)

" M. Wilson dit que le pâripAnva remplit le n>lc du chœur dans le» pièces grecques.

“ vdramoukhyinati. Vâ-

ramoakhyû désigne ordinairement la préridente d'une réunion de courtisanes. I) est ici question de femmes qui peuvent être honnêtes.

* Le mot tteapoura signilie ville particulière .

est tiré du grand poème qui porte le nom de Rdmdyana * : le puissant Vichnou naissait 5 pour détruire le roi des Râkchasas; on voyait Lomapâda-Dasaratha 1 séduisant le solitaire Richyasringa par le moyen de jeunes kayadères s, Sdntâ son épouse, Râma, et ses trois frères Lakchmana, Satroughna, et son épouse Sîtâ. Les acteurs qui représentaient ces personnages étaient vêtus do costumes convenables; et les Dônavas, jeunes et vieux, les regardaient avec admiration. Ils ne pouvaient se lasser de contempler cette merveilleuse imitation de la nature, la perfection du jeu des acteurs, l'élégance de leur geste. Après le prologue d'usage i \ prastdvand ) , ils avaient vu une suite (dhdrana) “ de scènes (prarcsa) 7 intéressantes. Leur étonnement, leur joie se manifestait par de bruyantes acclamations ; leur visage était enflammé, ils se levaient, ravis de la beauté du drame, et ne se rasseyaient que pour se lever encore. Comme témoignage de leur satisfaction, ils distribuaient aux acteurs des étoffes de prix, des colliers, des bracelets, de superbes rivières de perles, dont la blancheur était relevée par l’éclat de l’or et la teinte sombre du lapis-lazuli. Après la grande pièce, les acteurs s’exercèrent encore sur des sujets particuliers, et ils récitèrent des vers en l’honneur des Asouras et des Mounis, dont ils célébraient la naissance et la famille.

Vadjranftbha donna ordre aux habitants de Swapoura de lui amener le merveilleux acteur. Le roi desDétvas, heureux de posséder celui qu’on lui avait vanté avec tant de raison, veut qu’il paraisse sans délai dans Vadjrapoura. Les ordres du prince sont exécutés fidèlement, et les YAdavas sous le vêtement de comédiens se voient introduits dans cette ville dont l’entrée leur était défendue. On les établit dans une maison que Viswacarman lui-même

* Le lUmayana , comme on peut le voir dans le théâtre indien de M. Wilson . a fourni le sujet de plus d’un drame. Il en est un, entre autres, en quatorze actes, intitulé par excellence MaKândlaca ou le grand drame. On en attribue la première pensée au fameux HanoumÂn , qui joue un si grund rôle dans l'histoire de Rima.

* Itàina surnommé Tchandra est considéré comme un avatare de Vlcbnou.

* Roi d'Anga. On lui donne quelquefois le nom de Dataraüta , et même on le confond per erreur avec le prince de ce nom qui fut roi

d'Ajrodhvà et porc de Rama. Voyct tom. 1. lcct. xxxti, png lia.

‘ On trouvera cet épisode du Rimàyanadans les notes de la traduction de Sacountalâ par M. de Oiézy . pag soi.

* Le principal acteur ou directeur d'une troupe comique est appelé ioûtra-dkâra , parce qu'il tient et dirige le fi] des scènes.

7 Le mot mwfir prutnmti est celui par lequel on désigne l’entrée en scène d‘un personnage.

semblait avoir construite, et on leur donne tout ce qu’ils peuvent désirer. Le grand Vadjnra&bha célébrait alors la fête de Câla. Il fit élever un beau théâtre (rangai'rîfa), et, quand il les crut remis de leurs fatigues, il leur eqvoya des présents magnifiques de pierres précieuses, et les engagea h donner une nouvelle représentation. Entouré de ses parents, il vint se placer sur son trône. La salle avait été disposée de manière que les habitantes du gynécée pouvaient tout voir sans être aperçues.

Cependant les Yâdavas, qui par ces jeux préludent à d’autres scènes terribles, viennent, au foyer (népattya), de revêtir leurs costumes, et vont commencer la représentation. Alors de larges timbales, des tambours de diverses dimensions, des instruments à vent ou à cordes, forment de leurs sons réunis un admirable concert. La voix des femmes fait entendre un des airs divins des Tchhâlikyas, douce ambroisie pour l'oreille et l’âine des auditeurs. Sur les différents tons de l’échelle musicale appelée Gândkdra 8, elles chantaient, avec un ensemble délicieux, la descente sur la terre de là céleste Gangâ *, épanchant scs ondes au milieu des campagnes qu’elle féconde et qu'elle purifie. A ces accents harmonieusement cadencés, par lesquels est célébré cet heureux événement, les Asouras sont émus, et se lèvent en applaudissant.

Mais bientôt arrivent nos comédiens déguisés : Pradvoumna, accompagné de Gada et du courageux Sâmba , se présente et prononce l’invocation préliminaire ( nândî) ; après cette cérémonie, le lils de Roukmini récite des vers qui ont rapport au chant que l’on vient d’entendre, et annonce le sujet de la pièce qui va être jouée. C’est un trait de l'histoire de Couvéra w, les amours de Rambhâ n, ouvrage célèbre du savant Mouni Nârada. On y

* Le mol gândhA ro s'emploie pour designer la troisième note chct le» Indien», et en même temps un clc leur» IroU y ramas ou échelles musicales- Vovr le mémoire de M. Patcrson , IX* vol. des Recherches asiatiques.

* Les Indiens prétendent que le Gange sort de dessous les pieds de Yichoou , au pôle même» et traverse les airs en vapeurs insensibles qui se condensent et remplissent le lac Mànasarovara ; il vient ensuite tomber sur un rocher, nommé la Ule de Mahâdèva : c’est là que se trouve la chute du Gange, appelée Gangotrl. La

in) tliologie dit que le Gange descendit du ciel à la prière de Uhagtraiba. On célèbre , le troisième jour du mois de Yésakha (avril-mai), l’anniversaire de la descente du Gange sur la terre.

* L’épithète employée p^r |*4U.

leur, semble désigner une classe particulière de pièces dont les sujets étaient tirés de l'histoire de Couvéra, dieu des richesses.

u Le nom de la pièce en sanscrit est Bam- UuiUtisàram , qui se traduirait mieux par vutie,

1IÀRIVÀNSA.

voit comment la nymphe Rambltâ se laissa toucher par la tendresse de Nalacoûvara , comment Râvana fut puni de son crime par une imprécation lancée contre lui. Les décorations, par un effet magique de l'art des Yâdavas , représentent au naturel le mont KéltLsa a. Le râla de Râvana est joué par Soura u, celui de Rambltâ par Manovat! , celui de Nalacoûvara par Pradyoumna , à qui Samba sert de vidoûchaca J*. Enchantés de la grâce de leurs mouvements, de leur jeu, de leurs gestes, les Asouras les comblèrent d’éloges, et ajoutèrent à ces louanges des présents de toute espèce, des étoffes magnifiques, des pierres précieuses, des parures, des colliers de perles, de diamants, de lapis-lazuli , des chars élégants, des voitures aériennes, des éléphants issus d’une race divine et doués de la faculté de traverser les airs, du sandal odorant, et frais comme la glace, de l’aloès embaumé, et d'autres parfums renommés, enfin de ces pierres merveilleuses appelées tchintümanis et qui procurent â leur possesseur tout ce qu’il peut désirer. Les spectacles sc succédèrent, elle roi se distingua surtout par la richesse et la variété des cadeaux qu'il lit en cette occasion aux femmes des chefs Dânavas.

Cependant Soutchimouklii était revenu auprès de Prabhâvati , et lui avait dit : * Je me suis rendu dans la belle ville de Dwâravnli habitée jwi

• les 4âdavas. J'ai vu en particulier Pradyoumna, ô ma belle amie, et je « lui ai parlé de vos sentiments. Son bonheur est extrême; il a voulu hâter

• le moment de vous voir, et aujourd'hui même, ce soir, il vous demande

rende z-wiu de Rambhd. Harabhà est une de ces nymphes célestes , que l’on appelle ApiarAs. Je ne connais pas bien l'histoire des amours de Hamblid el de Nalacoûvara , (ih de Couvéra. Je crois cependant que cette pièce peut être fondée sur un fait que l'on rapporte de Hàvuna, tyran de Lancé, le même qui fut depuis vaincu par Raina. Ce Hàvuna était frère de Couvéra. qui par sa piété avait obtenu de Hrahmà le royaume de Lancé, où le» chemins, dit-on, sont pavés d'or : Couvérn «u fut chassé par son frère, et se retira sur le mont Kélésa. Non content de l'avoir privé de scs étals . Hàvana poussa plus loin ses méfaits: il enleva la bru de Couvéra . lequel le maudit, et par suite de cette imprécation le leu

sortait des dix tètes de Hivana. Hrahmà apaisa Couvera irrité, et il fut convenu que Hàvana perdrait sa virilité, s'il commettait encore une faute de ce genre. Je ne sais jusqu'à quel point la pièce dont il est ici question pouvait faire allusion à cette légende : parmi les drames cités par M. Wilson il n'en est aucun sur ce sujet.

'* Les Indiens croient que c'est un îles pic» les plus élevés de l'IIimàlaya , au nord du Mànasarovara.

" Aïeul de Griclina.

u Personnage qui dans les pièce» indiennes est chargé du rôle de bouffon. Voyez le travail de M. Wilson sur le système dis mu tique des Indiens. 5*.

• un rendez-vous. Oui , aujourd'hui même vous verrez votre bien-aimé. ■ Ne craignez rien, les enfants d’Yadou ne gavent pas manquer à leur « parole. » Prabhâvatî , agitée de crainte et de plaisir, dit à Soulchimoukhi :

• Ne me quitta plus, je veux que lu sois près de moi quand je verrai le

• (ils de Késava. Ta présence me donnera plus de courage. » Le génie obéissant promet de se conformer à ses désirs, et entre avec elle dans ce palais, chef-d'œuvre de Viswacarman. Dans un appartement supérieur tout est pré|>aré pour recevoir Pradyoumna. Aussitôt après Soutchimoukhi s'élance par la route des airs; messager fidèle de l’amour, il va porter au (ils de Crichna les vœux de Prabhâvatî. Il revient, et s’écrie : • Voici le (ils de

• Houkmini; du courage 1» Mais en arrivant, Pradyoumna a vu une guirlande do fleurs que les femmes de la princesse venaient de tresser pour elle, et sur laquelle se reposaient de légères abeilles. 11 lui prend fantaisie de revêtir la forme de cet industrieux insecte, et il se cache au milieu des fleurs : il veut voir, sans être connu, celle qui lui est destinée. La guirlande est apportée, placée sous les yeux de Prabhâvatî , et déposée à quelque distance. Le soir approchait : les autres abeilles se retirent; mais Pradyoumna cherche un asile sur l’oreille de sa bien-aimée, qui est alors pour lui comme le calice d’un lotus. Cependant la lune se levait au ciel dans tout son éclat, et Prabhâvatî en la contemplant dit à Soutchimoukhi :

■ O mon ami, je ne sais quel feu me brûle. Ma bouche est desséchée.

• Mon cœur est inquiet. Quel est donc ce mal auquel je ne connais pas de « remède? La vue de cet astre accroît mon secret tourment. Il n’est pas « encore levé pour moi, cet autre astre dont les aimables rayons doivent « rafraîchir mon cœur, cet astre que je n’ai pas encore vu et que je ne « connais que par tes discours, iiclas I je sens que je succombe. MaUicu- « reuses femmes que nous sommes! je tremble, car il ne vient pas, comme « tu me l’as annoncé, celui que mon cœur désire. Je m’étais dit ; Je vais « parcourir une route semée de lotus ,9! infortunée que je suis! j’y ai trouvé « le serpent d’amour et sa morsure cruelle Scraient-ce donc les rayons

** Voyez dans la cxxiv* lecture 1a note a. On retrouve ici la môme expression que celle qui a été relevée dans cette note . et dont le sens m a para difficile à établir.

* ■ Qui legitis flores et humi nascenlia Traça . • Frigidus, ô puéril fuçite bine, latet an- • guis in Kerbà. •

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