‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 20 sur 140 · DESCRIPTION DE L AUTOMNE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE L AUTOMNE

Yêsampâyana dit :

Le mois de Nabhas 3 avait amené les nuages qui couvraient le ciel de tout côté. Pradyoumna, en les contemplant, dit à la belle Prabhâvatî, aux larges et grands yeux, au visage brillant comme l’astre des nuits dans sa splendeur : • O ma charmante amie, la lune, dont le disque est si brillant, ■ et dont ton visage me représente tout l’cclat , est maintenant voilée par

1 Ce sujet a déjà été traité, lect. lx\i et lixii. III* vol. des Recherches asiatiques les noms des

* Nom ancien du mois qai fut depuis appelé doute mois de l'ancienne année solaire , où .Snfnona ( juiHct-août). On trouvera dans le Nabhas est le cinquième.

If.

HAR1VÀNSÀ.

• les nuages, et ne se montre que par intervalles, comme ta face quand « elle est ombragée par les tresses de tes cheveux. L'éclair se dessine en

• arc dans le ciel, et ressemble à l'or éblouissant de ta parure. L'eau jaillit

• de la nuée retentissante en filets aussi délicats que tes membres. Sur le « sombre fond du nuage apparait une ligne de grues, pareille pour sa blan* « chcur à la rangée de tes dents. Les feuilles sont tombées sur les étangs , « dont elles couvrent fonde autrefois brillante et limpide, et maintenant « troublée par les torrents. Ces nuages poussés par le vent, et sur lesquels « les troupes de grues forment une espèce de dentelure, se heurtent dans

■ l'air, comme les éléphants, avec leurs défenses éblouissantes de blan- « cheur, s'attaquent dans les forêts. Vois cet arc aux trois couleurs qui res-

■ semble au signe 5 sacré qui décore ton front. Les nuages sont forne-

• ment du ciel et la joie du monde.

• Cependant à la vue de ce ciel orageux, les paons font éclater leur

• joie; ils poussent des cris, ils se rassemblent, relèvent leur queue pesante

• et déformée, et, près de leurs compagnes, par leurs trépignements imitent

• les mouvements du danseur. Les uns, à l’abri sur les terrasses du palais

■ dorées par la lune , se promènent fièrement et déploient avec orgueil les

• couleurs variées de leur brillant plumage; les autres, surpris par forage « sur les sommets des arbres, ramassent les trésors de leur queue riche « en pierreries, et, faile toute mouillée, leur beau corps tout frissonnant, « s’abattent sur la terre couverte d'un gaz. on nouveau, l^a pluie cesse un « instant, et laisse régner un air doux et frais, embaumé de l'odeur du « sandal, et charge des parfums ravis aux fleura du cadamba \ du sardja 6, « de Yardjoana c; air délicieux, chéri de l'amour, qui sèche sur nos mem- « bres la sueur de la volupté, et présage une pluie nouvelle. Privé de ce « souffle bienfaisant, que serait l’automne? Non, rien n’est au-dessus de « ce vent parfumé, qui vient doubler le charme de nos entrevues, et, après

• les douces fatigues de l’amour, rafraîchit mollement nos membres brûlants.

« A la vue de ces grandes rivières qui se débordent et inondent au loin la

’ Trois lignes courbes tracées sur le front avec du limon du Gange ou de la poussière de sandal . ou des cendres de bouse de vache, sont le signe de» sectateurs de Siva. PrabhâvaÜ était doue dévouée à ce dieu. Les sectateurs de Vich-

nou n en ont que deux. Ceux de lUina portent une espèce de trident-

* Naacîca cadamba.

* Skorva rabat la (sàl fret).

' Pcntaptera arjona.

CENT-CINQUANTE-DEUXIÈME LECTURE. 131 « campagne, les cygnes abandonnent le Minasa7, et arrivent avec les grues

• et les hérons. Les fleuves et les torrents ont perdu leur brillante limpi- « dite, et sc trouvent couverts de ces troupes de cygnes et de grues qui « s’y abattent en forme de tourbillons.

■ En ce moment le maître du monde, le grand Oupendra, dort étendu

• sur le serpent qui lui sert de couche * : à ses côtés est la belle Lakchmî. Le

■ Sommeil s’approche avec respect, et berce mollement les deux époux. « Cependant la lune, obscurcie par les nuages, ressemble à la fleur du « lotus noir, ou plutôt à la face de Crichna ®. Les Saisons l0, placées autour « du dieu et briguant ses faveurs, lui présentent des guirlandes de fleurs et - des branches de cadamba, de nipali , d 'ardjoana. de kctaca **. 1-e ser-

■ pent se traîne auprès de lui, et sa bouche, qui distille le poison, touche

■ les fleurs que pressent les pieds de Crichna : il se plaît avec l'abeille « à s'enivrer de leur doux nectar. Tous les êtres animés partagent le res-

■ pect dont l'homme est pénétré pour le maître de la nature.

« Vois, ô nia charmante amie, ce ciel chargé de nuages, pareil k un « lac profond suspendu sur nos têtes, et dont les eaux menaceraient à

• chaque instant de rompre leurs digues. Vois ces nuages entourés d’une « belle ceinture de grues voyageuses, et destinés à féconder la terre. Tel

■ qu'un prince , armé de son tchacra , pousse ses éléphants privés contre les « éléphants sauvages et orgueilleux de leur force, tel le vent furieux, chas- « sant devant lui ces masses humides, pousse, heurte les nuages avec « d'autres nuages. De leur sein déchiré jaillit une onde céleste et pure, que

• saluent de leurs cris joyeux lesTchâtacas15, les paons et les autres oiseaux. > La grenouille, dont les flancs sont comme sillonnes par les seize côtes14.

* Cesl le même que le Mànasarovara.

* Noua avons déjà vu que pendant In saison des pluies Yichnou est supposé dormir, et qu’il a [tour couche le grand serpent appelé Sécha ou A nanla, dont les mille têtes se relèvent audessus du dieu pour lui servir de pavillon. On appelle Prabodhani le jour ou Yichnou est supposé se réveiller de ton sommeil . le 1 1 du paheka blanc de Càrtica.

* Le teint de Crichna est noir.

“ Voyez la vin* lecture, tons. 1, pog 44, note 4-

" i\ ianclca cadamba. D parait que c’est le même arbre que le cadamba. On le désigne aussi comme une espèce d’aiora ou d'ùroni.

" Panda nui odorulitsimtu.

" Cut ului melano-leucus.

* 14 chodautpakcluuA-

ryyin. Il me semble que, par cette épithète un peu obscure, l’intention de l'auteur est de dépeindre les seize côtes de la grenouille, devenues plus apparentes à la suite des chaleurs de l’été qui ont dû l’affaiblir.

• au milieu de ses compagnes, fait retentir le marais de ses coassements,

■ comme le sage et vertueux Brahmane l5, entouré de scs disciples, mur-

• mure les paroles du Rig-véda.

r Oh f que j’aime cette saison , lorsque amenant à sa suite l’orage et le ton-

• nerre elle réveille deux époux endormis, et les force A chercher dans les

• bras l’un de l’autre un asile contre la terreur, en doublant les transports

• de leur amour! Mais, ô mon amie, ô toi qui es pour mon âme ce que le « nuage est pour la terre altérée, cette saison a un défaut; c’est que d’un « voile humide et sombre elle cache à nos regards cette lune brillante

• comme ton beau visage. Quand cet astre, doux flambeau du monde,

■ apparaît entre deux nuages, l'homme enchanté semble voir un ami revenu

• de la terre étrangère. La lune est le témoin des gémissements de l’amante

• séparée de son ami ; elle est sa consolatrice quand elle se couvre de nua-

• ges , et que la bien-ainiée peut se dire : 11 revient. Si la lune est le charme

• du rendez-vous pour celle qui jouit de la présence de son ami , elle est « comme un feu dévorant pour celle qui vit loin de l’objet de sa tendresse , « réunissant ainsi en elle les deux extrêmes, la peine et le plaisir.

■ Mais outre les avantages de ces rayons argentés dont tu peux jouir ici, a dans la ville de ton père , la lune nous a dispensé d’autres biens. Cet astre

■ brille à tes yeux sous le nom de Tchandra 10 ; nous le connaissons encore

• sous celui de Tchandramas p. C’est lui que les Brahmanes, instruits dans « le Sàma-véda, aux jours appelés panrans 1S, célèbrent comme seigneur a magnifique et source de toute pureté : c’est lui qui, par ses austérités, a - mérité le titre vénérable de roi des Brahmanes, titre brillant et difficile a à obtenir Puissant par scs œuvres, il est devenu le père de Boudha ”, « lequel a donné naissance au roi Pouroûravas ”, homme véritablement a divin, qui, animé dune sainte flamme, tira le feu caché au sein de la a sami , qui aima Ourvasi, la plus belle des Apsarâs, qui, rassasié de la

■ divine ambroisie et habitant du céleste séjour, fut honoré par les sages et

lune en sanscrit est «lu genre masculin. C'est le dieu Lamas «les latins.

” Nom du dieu de U lune incarné.

** Voyez tom. I, pag. a5, lecL iv, note 18. * Voyez la lecture xxv.

’* Voye* Ibid.

" Voyea la lecture xxvi.

* Dans noa mœurs rien n’égalerait l’imper* tinencc d’une comparaison dans laquelle une grenouille serait assimilée à an respectable ecclésiastique. Les Indiens, à ce qu’il parait, ne voyaient dans celle espèce de rapprochement aucune teinte d’impiété.

M Nom de la lune, appelée aussi Soma. La

« respectables Brahmanes du nom de Soma et d'Agni. C’est de Pouroûravas , « et par conséquent de Tchandramas, que sont descendus et Àyousa, et

• Nahoucha lequel devint roi des Dévas, et le maître des dieux, le sou-

• verain du monde, la gloire desYâdavas, Ilari, né pour défendre la cause « des Souras. C’est de la famille de l’illustre époux des filles de Dakcha 24 « qu’est sorti le roi Vasou **, honneur de la race lunaire , qui acquit le titre « de Tchacravarttin et une puissance pareille à celle d’Indra; et le prince « Yadou *, le plus illustre des fils de la lune, qui obtint sur la terre le pou- « voir souverain; et les Bhodjas*7, nobles enfants (TYadou, comparables au

• roi des Souras. Dans cette heureuse famille aucun prince n’a paru ami « de la fraude, de l’impiété ni du vice; tous ont été distingués par leur

• foi, leur générosité, leur bravoure; tous ont été des modèles de vertu. « Mais par-dessus tous brille celui qui est le maître de la terre et l’ami des « hommes justes : ô ma belle amie, baisse avec respect ton front superbe

• devant Nârâyana , par qui vivent tous les autres êtres, Nârâyana , soutien du

• monde et du ciel, devant le héros dont Garouda est l'étendard, devant

• le dieu puissant qui est ton beau-père. »

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