DÉCLARATION DE GUERRE
Vêsampâyana dit :
Le sacrifice du grand Casyapa était fini; les dieux étaient retournés dans leurs demeures. Alors Vadjranâbha se présenta devant le saint Mouni , et lui exprima son désir de posséder les trois mondes. « Si tu veux m'en croire, • lui dit Casyapa, tu resteras à Vadjrapoura, au sein de ton royaume. Je sais
** Voyez la lecture xxvn.
41 Voyez lecture xxvm. Ce prince posséda le titre d'Indra , qu'il perdit pour avoir outragé le saint Mouni Agaatya. H fut, dit-on, changé en serpent.
** Voyei loin. I, pag. n, lecture a. Cet époux des filles de Dakclia est Tchandra.
M Voyez lecture xxxn, tom. I, pag. i5o.
" Voyez lecture xxxm, tom. I, pag. i53,
47 Voyez lecture xxxiv , tom. 1, pag. 60.
• qu Indra, de sa nature, est ton ennemi, mais il a pour lui le pouvoir de la « pénitence. La piété et la science divine font sa force : il a de l’expérience,
• et, maître du monde entier, il justifie les suffrages et les vœux des gens
• de bien. Tous les êtres sont heureux sous son empire. En vain tu essaieras
• de l’abattre; Vadjranâbha, tu succomberas dans cette lutte. Le pied du
• voyageur passe sur le serpent et ne l’écrase pas. » Ce discours était loin de plaire à Vadjranâbha : l’insensé ressemblait au malade qui, déjà enveloppe des liens de la mort, refuse les remèdes qui lui sont offerts. Il salue Casyapa, patriarche de tous les êtres, et, se fiant en sa force, il persiste dans son projet de soumettre les trois mondes. 11 rassemble ses parents, ses alliés, et se met en devoir d'attaquer le Swarga.
Cependant Crichna et le roi des dieux avaient déjà pris leurs mesures, comme nous l'avons vu. Les cygnes avaient été envoyés pour préparer la défaite de Vadjranâbha : les chefs Yàdavas, instruits du plan de Crichna, avaient pris une résolution par suite de laquelle Vadjranâbha et tous ses sujets devaient être mis à mort par Pradyoumna. Dans l’intervalle, la fille de Vadjranâbha et scs deux cousines avaient contracté leur mariage secret; épouses fidèles et dévouées, elles étaient devenues enceintes, et l’époque de l’accouchement allait bientôt arriver. Les cygnes furent chargés par Pradvoumna de transmettre ces détails à Indra et â Késava; et ceux-ci, par l’intermédiaire de ces divins messagers, lui répondirent de n’avoir aucune inquiétude, que les enfants qui allaient voir le jour naîtraient doués de toutes les qualités du corps et de l’esprit, et que, sans aucune transition, ils arriveraient aussitôt k l’âge mûr, remplis de vertus et de science, possédant, sans les avoir étudies, les Vèdes, les Védângas et les différents Mantras. Les cygnes vinrent donc rapporter aux Yàdavas qui se trouvaient k Vadjrapoura les intentions d’Indra et de Késava. Bientôt Prabhàvatî mit au monde un fils, qui était tout le portrait de son père; non moins heureuses quelle, Tchandravati et Gounavatî eurent aussi chacune un fils; le fils de Tchandravati fut appelé Tvhandraprabha, celui de Gounavatî, Gounavân ; et ces rejetons de la race d’Y’adou, suivant l’oracle d’Indra et de Crichna, à peine nés, passèrent subitement k l’état d’une brillante jeunesse, pleins de force et de science
‘ Les Grecs disaient la même chose de leur peine née , avait secouru sa mère prise des dou dieu Apollon, et surtout sur Diane, qui, k leurs de l'enfantement.
CENT-CINQU ANTE-TROISIÈME LECTURE. 135 Mais ces nouveaux habitants de rappartement supérieur du palais, comme l’avaient prévu Indra et Crichna, furent un jour aperçus par les gardes Dêtyas, chargés de surveiller les plaines de l’air. Le rapport en fut fait à Vadjranàbha, qui déjà se préparait à la conquête du ciel. «Que l’on recherche,
• s’écrie ce prince, qu’on arrête les misérables qui osent profaner mon |>aiais ! • Ainsi parle le puissant roi des Asouras : toutes les issues sont fermées. « Qu’on les arrête I qu’ils meurent! • tel est le cri général. Les satellites, fidèles à l’ordre qu’ils ont reçu, accourent avec empressement. Les princesses entendent tout ce tumulte, elles se troublent, elles gémissent. Mais Pradyouinna les rassure, et leur dit : • Vous n'avez rien à craindre tant qu’il
■ nous restera un souffle de vie. Que peuvent contre nous les Dètyas? Re-
• prenez courage. » Puis s'adressant en particulier à PrabhAvatî, qui demeurait faible, éperdue : «Vois, lui dit-il, et ton père et ton oncle, tes frères « et tous tes parents, armés de leur massue. Sans doute, par égard pour toi,
• je dois les respecter. Mais demande-le à tes deux cousines, le moment
• n’estdl pas critique? Nous sommes morts, si nous les attendons; la victoire « est à nous, si nous les combattons. Les chefs Dànavas arrivent sur nous
• des deux côtés pour nous attaquer. Que devons-nous faire, quand l’ennemi
• est à la portée de notre tchacra ? • PrabhAvatî gémit : sa tête s’incline, ses genoux fléchissent : «Noble héros, s’écrie-t-elle, arme-toi, et défends tes
■ jours. Vis pour tes enfants et tes épouses. Souviens-toi de ta vénérable
• mère 1 et d’Anirouddha \ et daigne me sauver moi-même. Le sage Dour- « vâsas m’a promis autrefois qu'épouse et mère fortunée je ne connaîtrais
• pas les malheurs du veuvage, et que je jouirais de la vue de mon fils V Si
• l’oracle du pieux Mouni ne peut s’accomplir qu’à cette condition, ô fils « de Crichna, je ne te retiens plus. • Elle dit, prend une épée, lève les yeux vers le soleil et, remettant avec fermeté le fer entre les mains de Pra-
* Cost-à-dire Roukmini , mmommif dans le texte Yêdarbht, fille du roi de Vidarbha.
' Anirouddba est un autre fils de Pradyoumna, dont nous avons vu le mariage, lecture cxvu.
* Cette idée est exprimée par le mot si jef 3(1 djtvapoutrd. Tel est aussi le sens de la prière faîte pour l'épouse le jour de son ma-
riage. Voyei Vü* vol. de* Recherches asiatiques, pag. 3g8.
* Le manuscrit bengali remplace «Ue circonstance par une autre. Au lieu de ^ y \ ,
ce manuscrit porte J , désignant
par ces mots une espece de libation particulière.
dyourana : « Va, lui dit-elle, sois ■victorieux! » Le héros, transporté de joie, saisit le glaive que lui présente sa lîdèle amie, et son front s'est incliné vers elle.Tchandravatî et sa sœur arment également Gada et le magnanime Sâmba.
Alors Pradyoumna dit au chef des cygnes qui le salue avec respect : « Je ■ vous laisse en ces lieux avec Sâmba pour résister aux Dânavas : quant à moi,
• c’est dans les plaines de Pair que je vais combattre l'ennemi. » Ainsi parle le fils de Crichna, et aussitôt par son art magique il se crée à lui-même un char volant, traîné par un serpent à mille têtes, aussi terrible que le terrible Ananta. A cette vue, la confiance est revenue au cœur de Prabhâvati; Pradyoumna s'élance au milieu des Asouras, comme le feu qui se répand au sein d’une forêt. De ses traits effilés comme un serpent ou courbés comme un croissant, il perce, il fend, il met en pièces les Dêtyas. Ceux-ci furieux, dirigeaient de tous les côtés leurs flèches sur le fils de Crichna, sc croyant certains de l'abattre. Pradyoumna frappe sans relâche : sous ses coups tombent les bras couverts de riches bracelets, et les têtes ornées de pendants d’oreille. La terre est jonchée des membres et des corps mutilés par son cimeterre.
Le roi des dieux, accompagné des chœurs célestes, contemple avec joie le combat des Yàdavas et des Dêtyas. Les Asouras qui ont osé attaquer Gada el Sâmba sont déjà plongés dans le gouffre de la mort, comme les poissons dans l'océan. Le dieu*, témoin de cette lutte terrible, envoie à Gada son propre char, conduit par le fils de Mâtali , et à Sâmba son éléphant ftrâvata \ dirigé par Pravara !k. 11 charge son fils Djayanta de seconder le fils de Roukmini. Le prudent Indra a dit à ces deux enfants des dieux, nobles et vaillants héros, à l'illustre Brahmane Pravara, et au fils de Mâtali, en l’envoyant avec l’éléphant Erâvata : ■ Le charme que possédait notre ennemi
• est rompu; l’insensé doit succomber sous les coups des Yâdavas. L’entrée « de ses états est maintenant ouverte indistinctement à tous les êtres. • Alors Pradyoumna et Djayanta s'approchent du palais; ils accablent sous leurs traits les Asouras qui le défendent. Le vaillant iils de Crichna dit au terrible Gada : « Frère d'Oupendra, Indra vient de t'eûvoycr son char attelé
’ En cet endroit Indra porte le non» de Hari ; ’ Ou Èràvann.
on l’y distingue aussi par fépithetc de Aantd- * C'est le même brahmane que nous avons hnna, comme dans la xxxiv* lecture , ton». I, vu combattre pour la cause d'Indra dans la pag. îSp. exxx* lecture.
CENT-CINQUANTE-TROJSIÈME LECTURE. 137 » de chevaux célestes *, avec le fils de Mâtali son écuyer, comme il a envoyé » à Samba l'éléphant Érâvata , monté par Pravara. Nous faisons aujourd'hui
• un sacrifice à Roudra 1#, et demain, après ce sacrifice, Ilrichîkésa veut
• retourner triomphant à Dwâravati. 11 veut que, malgré les liens qui nous « attachent à Vadjranâbha, nous l'immolions sans pitié. Ce prince a osé « concevoir la pensée criminelle de conquérir le ciel. Remplissons donc
• notre devoir; il ne l’emportera pas sur Indra et son fils. De la vigilance:
• voilà ce que j’ai à te recommander. L’ennemi doit employer tous les
• moyens pour défendre sa forteresse 11 : une pareille perte est pour un « héros pire que la mort. »
Telles étaient les instructions que donnait Pradyoumna à Gada et à Sâmba. Tout à coup par l'effet d’une magie divine, il crée des milliers de Pradyoumnas, et dissipe les ténèbres dont les Détyas s’enveloppaient. Le roi des dieux se plaisait à voir les exploits de ce héros : chacun des ennemis était attaqué par un Pradyoumna , et l’on ne pouvait distinguer quel était le véritable Pradyoumna qui animait tous ces corps. Cependant la nuit était survenue, et n’avait pas suspendu le cours des triomphes du noble fils de Roukmini : trois fois les Asouras avaient été mis en déroute. Pendant que le fils de Crichna combattait, Djayanta allait, dans les eaux du Gangr céleste ia, faire les ablutions du crépuscule ls; il venait ensuite combattre à son tour, et remplacer Pradyoumna, que le fleuve divin recevait alors dans ses ondes.
* Ce» chcvaui wml désignés par le mot
" Roudra est mi nom de Siva , considéré ici comme le dieu de b désir uciion.
w Le mol calatru, employé pour
signifier ici farterew . citadelle , veut aussi dire femme.
" A|i|>elé VickmwfHidt, parce qu'il sort de dessous les pieds deVklmou, comme nous l‘ avons vu iect. cxxiv, noie l 1.
" Le crépuscule du soir et du matin s'appelle uiruihsâ : on donne aussi ce nom à une cérémonie que font les Indiens, particulièrement au lever et au coucher du soleil , et qui consiste en prières et en ablutions.