‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 22 sur 140 · CENT-CINQUANTE-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CENT-CINQUANTE-QUATRIÈME

LECTURE

MORT DE VADJRANABHA.

Vêsampàyana dit :

L'œil du monde, le soleil, brillait au ciel depuis trois heures, quand Hari apparut porté surGarouda, l'ennemi des serpents. L’oiseau divin, aussi rapide que le vent, vient se placer à côté d’Indra. A peine Crichna est -il arrivé, que, pour jeter la terreur dans l'âme des Dêtyas, il fait entendre le son de sa conque Pântchadjanya *. A ce signal, Pradyoumna se présente devant son père. •L’heure est venue, lui dit Crichna, hâte-toi de monter « surGarouda, et va immoler Vadjranâbha. ■ Le héros salue avec respect Indra et Késava, il s’élance sur Garouda, et avec la rapidité de la pensée il arrive près de son ennemi, qui soutenait dignement cette noble lutte. Pradyoumna, habile â manier toutes les armes, le frappe à la poitrine d'un coup de massue. Le Délya chancelle, son sang coule en abondance, d va s'évanouir. • Kcprends courage, • lui dit le fils de Crichna. Vadjranâbha revient à lui : ■ C'est bien , s’écria-t-il , je te reconnais pour un Yâdava , aussi • brave que généreux. Mais défends-toi , et tâche de parer ce coup. • Il dit, et avec un bruit égal à celui de cent nuages amoncelés, avec une rapidité effrayante, de sa massue lourde et noueuse il frappe au front Pradyoumna, qui vomit le sang et se sent défaillir. Crichna le voit : il sonne de sa conque guerrière, et lui rend sa force et sa vigueur. Les mondes sont étonnés de l’effet merveilleux produit par les sons du Pântchadjauya : Indra et Késava sc réjouissent. Celui-ci remet dans les mains de son iils le redoutable Ichacnt, dont le tranchant a moissonné tant de Dêtyas. Pradyoumna s’incline d'abord avec respect devant le roi des Souras et devant son père; puis il lance le disque fatal, qui abat la tête de Vadjranâbha aux yeux des Dêtyas étonnes.

1 Voyez la lecture mm.

D'un autre côté, dans la partie du paiais la plus retirée, Sounâbha combattait en désespéré, et trouvait la mort sous les coups de Gada. Sâmba, de ses flèches acérées, perçait les Détyas acharnés à se défendre, et les envoyait au roi des morts, comme une proie dès longtemps attendue. Nicoumbha 8, témoin de la chute du grand Vadjranâbha, et tremblant devant Kârftyana, s’enfuit à Chatpoura.

L’ennemi des dieux avait succombé : Indra et Crichna entrent dans Vadjrapoura. Les prisonniers sont passés au fil de l’épée, mais on accorde la vie aux enfants et aux vieillards déjà vaincus par la crainte. Indra et Késava tinrent conseil pour savoir ce qu’ils allaient faire de leur conquête. D’après l’avis de Vrihaspati , on divisa le royaume de Vadjranâbba en quatre parties, qui furent données l’une à Vidjaya, fils de Djayanta, la seconde au fils de Pradyoumna, la troisième au fils de Sâmba, et la quatrième à Tchandraprabha. On fit quatre parts des quatre mille villages magnifiques , des mille bourgs populeux et pareils à Vadjrapoura, qui avaient formé l’empire de l’ambitieux Asoura, des tapis, des fourures, des étofFes, des pierres précieuses amassés dans ses trésors. Au bruit du tambour céleste *, les quatre jeunes princes reçurent le baptême royal 4 dans les eaux du Gange céleste des mains du roi des dieux et du sage Késava. Nobles rejetons des Richis, illustres enfants d’Indra et de Mâdhava 5, ils possédèrent le privilège de parcourir les plaines de l’air : Vidjaya le tenait de sa naissance même, les jeunes Yâdavas de 1a nature de leurs mères *. Le roi des dieu! recommanda â Djayanta de veiller pour la défense de ces nouveaux rois, dont l’un devait propager sa propre race, et les autres, celle de Késava. * Je leur donne, dit- ■ il, le droit d’être invulnérables aux atteintes de tous les autres êtres, et « de se transporter par les routes de l’air au ciel ou à Dwàravatî. Mets à leurs • ordres des éléphants issus de l’éléphant céleste, des chevaux nés d’Out- « chêhsravas, et des chars fabriqués par Twachtri 7. Fournis aussi à Sâmba

* Cest le personnage dont on a vu la mort dans la cxlvii* lerture.

* Ce tambour s'appelle tUtadoundonkhi.

* La principale cérémonie du sacre ou plubk du baptême des rois consiste à verser sur leur tête de l’eau prise à l’un des fleuves regardé» comme sacrés. On mêle à cette eau du miel . du beurre clarifié, une liqueur spiritueuse.

deux espèces de gaion et des épis nouveaux.

* Nom de Crichna : l'un de oes enfants n’était pa» son petit-fils, mats aon neveu.

' Je crois que ces mots font allusion à la propriété que possédaient les Asouras de traverser les airs, comme nous l’avons déjà remarqué.

1 Nom de l'artiste céleste Viswacarman.

« et à Gada les deux éléphants qui doivent le jour à Krâvata, et nommés » Sacrandjaya et Pourandjaya. Que ces animaux, qui ont le pouvoir de tra- « verser les airs, transportent ces deux héros à leur gré à Dvvâravatî ou « dans le royaume de leurs enfants, quand ils voudront leur faire une visite. •

Telles furent les instructions du souverain des dieux : il prit ensuite le chemin du ciel, et Késava celui de Dvvâravatî. Gada, Sâmba et rradyoumna. après un séjour de six mois dans ce pays nouvellement conquis, retournèrent aussi dans leur propre contrée. Ces royaumes subsistent encore sur le flanc septentrional du mont Mérou, et ils subsisteront tant que durera le monde. Après avoir terminé cette guerre , où la terrible massue avait joue un si grand rôle les Vrichnis, pour récompense de leurs hauts faits, furent admis dans le Svvarga*; Gada, Sâmha et Pradyoumna, qu'ils avaient laissés à Vadjrapoura , vinrent les y rejoindre ensuite pour recueillir le prix de leurs exploits et de la faveur du grand Crichna.

O roi, je viens de te faire le récit de cette nouvelle expédition de Pradyoumna, récil qui procure aux hommes de la prospérité , de la gloire, une longue vie, la victoire sur leurs ennemis, une nombreuse postérité, un grand accroissement de biens et une heureuse santé. Tel est le merveilleux effet des paroles do Dwépâvana.

DESCRIPTION DE DW \R AV ATI.

Crichna, monté sur Garouda , aperçut la ville de Dvvâravatî, semblable au séjour des dieux et couverte d’une bruyante population. Le plan de cette ville avait été tracé sur les dessins de Viswacarman : tout s’y trouvait admi*

* Celte périphrase est ta traduction de l'épithète miaalè.

* Je serais tenté de croire que ce lieu appelé

ici twarya est tout simplement Dwâravati, séjour de bonheur pour le» Yàdavas et comparable au Swarga du dieu Indra.

rablcmcnt disposé, les jardins, les parcs, les tourelles, les places, les champs cultivés, les montagnes, les machines et les maisons de plaisance. Lorsque pour la première fois le fils de Vasoudéva était arrivé dans ce pays, il avait mande Viswacarman, et lui avait dit : ■ Dieu des artistes, si

• tu veux me faire plaisir, donne tous tes soins à f embellissement de Dwâ-

• ravaü; que cette ville soit entourée de jardins délicieux; qu’elle devienne ■ riante comme le Swarga : qu’elle soit digne enfin d’ètre ma capitale.

• Réunis en ces lieux toutes les pierres précieuses que l’on peut voir dans

• les trois mondes. » Crichna s’était ensuite occupé des querelles des Souras, et avait eu à soutenir de terribles combats. Cependant Viswacarman, avec la permission d’Indra, était venu à Dwâravati, et avait fait de cette ville une seconde Amarâvati.

Porté sur Garouda, le chef des Dasârhas aperçut de loin ce merveilleux ouvrage de Viswacarman, et s’en approcha avec le plus vif empressement. 11 contemplait avec joie autour de la ville ces plantations d’arbres agréables; ces canaux pareils au Gange ou au Sindhou, couverts de fleurs de lotus et de cygnes; ces murs resplendissants d’or, brillants comme le soleil, portant leur tête dans les airs qu'ils couronnaient comme aurait fait une guirlande de nuages; ces bois dignes du Nandana et pareils à ceux du Tcbêtraratha, formant autour de Dwâravati une ceinture pareille à celle des nuées autour du ciel. À quelque distance s’élèvent diverses branches du Rêvata, ornées de plateaux et de maisons charmantes : à l’orient, c’est le Lakchmîvân, offrant des arcades enrichies d’or et de pierres précieuses: au midi, le Pantchavarna , couvert de verdure; à l’occident, l’Àkchaya qui apparaît comme un étendard royal; au nord, le Vénoumân, d’une couleur jaunâtre \ et semblable au mont Mandara.

On distingue , non loin du Rèvata , différents bois délicieux : c’est le Tchitraca, le Pântchavarna, le Pântcbadjanya , le Sarwarttouca , le Mérouprabba vert et touffu, le Gûrgya, le Pouchpaca, le Satâvartta, planté d'akchacas *, de citronniers5, de manddras 4 et de camviras *; le Tchitraratha, le Nandana, le Rarnana, le Bhâvana, le Vénoumân. Du côté de l’orient brille une belle rivière, appelée Mândakini, dont la surface est

J 1 fl 4 ^ pémdomra,

* Dalbergia oajetniensis.

' En sanscrit vidjaca.

* Erythrina falgens ( carat tree ) nu ascltpiat yigantca [ttrallo w toorf}.

' Olcandcr ou mman odoram.

ornée de lotus aux feuilles noires. Les plateaux des diverses collines sont habités par des troupes de Dévas et de Gandharvas que l'amitié de Crichna a su y attirer et pour lesquels Viswacarman a construit de superbes demeures.

La rivière se partage en cinq branches, qui vont arroser et embellir de leurs ondes sacrées la ville de Dwâravltî. Cette ville apparaît, immense, élevée, entourée de fossés profonds, défendue par de hauts remparts, brillante d'un enduit jaune, garnie de machines de guerre, d'instruments meurtriers *, de jalousies d’or ’, de croisées de fer, grandes et arrondies 8. Huit mille chars, ornés de sonnettes, et de superbes étendards, parcourent tous les quartiers de Dwâravati, qui ressemble À la ville des dieux. Cette cité magnifique a huit yodjanas de large, et douze de long; sa banlieue * en compte deux fois autant. On y remarque huit rues principales, seize grandes places, et de plus un large chemin de ceinture : ouvrage admirable, digne d’étre chanté par Ousanas 10 lui-méme. Dans ces rues peuvent se déployer à l’aise la magnificence du cortège des femmes ou des seigneurs Vrichnis, et l'habileté des guerriers dans leurs manœuvres militaires : car sept chars y marchent de front. D’autres rues de diverse grandeur y ont encore été ménagées par Viswacarman pour la commodité des glorieux Dasfirhas.

On arrive aux maisons par des escaliers u enrichis d’or et de pierres précieuses : tout y respire le plaisir et la prospérité. Les pavillons n et les cours y retentissent d'un bruit continuel; des étendards y flottent avec orgueil. Autour de ces habitations sont plantés des arbres dont le sommet s’agite avec grâce : le faite de ces palais agréables est tout resplendissant d’or, couvert d'un enduit jaune et comparable au pic du mont Mérou. Ces

* C'est l'instrument appelé mtaghni, c'est* à-dire capable de lucr cent personnes.

Ce sont peut-être des barreaux, une espèce de treillis. Voyca lecture ctx , note 3o , et lecture ctiïi, note 4.

* J'ai cru pouvoir rendre ainsi le mot

nui W/c Ancra,

* Je ne s«i» si j'ai bien saisi le sens du mot sqraÿsr oapamvéta.

11 Voyez lect. xx, tom. I. peg. 98. note 28.

Quand je pense que cet Ousanas est considéré par les Indiens comme le précepteur des Ajouras , je ne puis m'empêcher quelquefois de rapprocher son nom de celui du fameux Houckeng. que les Persans reconnaissent pour un de leurs premiers législateurs.

U A Iti l^p'^bdiâz. Ce mot veut dire Adfiment,

temple t palais. Je crois qu’il peut signifier aussi une partie d'un bAtimcut, corps de logis, et

même terrasse et balcon.

CENT-CINQUANTE-CINQUIÈME LECTURE. 143 édifices pompeux sont comme des montagnes d'un aspect varié , et offrant des plateaux, des grottes, des collines délicieuses. Les arbres, disposés par Viswacarman pour le plaisir des Yâdavas, sont aussi diversifiés par leur nature que par leur couleur; chargés de fleurs de cinq teintes différentes )5, ils s'élèvent dans les airs, s'y balancent avec le bruit du nuage orageux, et, dorés par les rayons du soleil ou de la lune, brillent comme un magnifique incendie.

Mais surtout les hôtels des grands et celui du fils de Vasoudéva attirent tous les regards, et brillent dans Dwâravati, comme de magnifiques nuages brillent dans le ciel. Le palais de Cricbna a été l'objet particulier des soins de Viswacarman : il a quatre yodjanas de long, et autant de large. D’immenses richesses y sont accumulées. Il est composé de différents corps de logis, qui s'élèvent ainsi que de vertes montagnes, et pour lesquels Viswacarman, d'après l’invitation d'Indra, a réuni tous ses moyens. L’un, appelé Hémâbha , et resplendissant comme la cime dorée du mont Mérou , est le séjour charmant destiné À Roukminî. Un autre est la demeure de Satyabhâmâ, remarquable par sa couleur jaune, et ses escaliers garnis de pierres précieuses : on le nomme Bhogavàn. Un troisième, formé de quatre pavillons, est orné de drapeaux qui regardent les quatre points de l'horizon, et qui éblouissent les yeux, tels qu’un soleil sans nuage : plus brillant que tous les autres, il mérite le nom de bkâscara u, et c’est là que réside Dj&mbavati. Entre ces deux palais, il en est un qui a la couleur du soleil à son lever : pareil à la cime du KèlÂsa, il est étincelant d’or; on dirait un océan de lumière. On l’appelle Mérou, et il sert de séjour à la fille du roi de Gândhâra , à la noble Gàndh&ri. Un cinquième palais porte le nom de Padmacoùta : il a la couleur et l’éclat du lotus, et il est habité par SoubhimA. Un sixième, le Soûryaprabha , embelli de tout ce que l’esprit peut désirer, avait été par Crichna assigné à Lakchmanâ. Mitrabind demeurait dans un septième palais, connu sous le nom de Para , tout éclatant de pierres précieuses et de lapis-lazuli , distingué par sa couleur verte, et visité par les Dévarchis. Enfin, un dernier palais d’une incomparable beauté, était le Kétoamân, magnifique retraite de SounandA >5, se dressant dans les airs comme une superbe montagne et fréquenté par tous les dieux.

" On verra , vers là fin de cette lecture, “ Ce mot signifie toleil. quelles sont ces cinq couleurs. “ La cxvi* lecture donne les noms des

HÀIIIYANSÀ.

Le clief-d’oeuvre de Yiswacarman, c’était l’habitation particulière de Cric hua**; elle occupait en surface plusieurs yodjanas. Entièrement composée de pierres précieuses, elle étincelait de toute part. On lui donnait le nom de Vidjaya. Çà et là étaient placés des officiers portant une canne d’or et un drapeau sur lequel on lisait l'indication des chemins et des cours. Toutes les pierreries du séjour céleste s’y trouvaient amoncelées : le chef des Yâdavas, par un effet de sa force miraculeuse, y avait transporté le Vedjayanta, qui est un pic du Hansacoûta, près du lac d’Indradyoumna, élevé de soixante palmes n et long d’un demi yodjana. A la vue de tous les êtres, cette célèbre colline, qui forme la cime élevée du Mérou, ornée de lotus et de mille autres plantes, toute resplendissante d’or, couverte de chars divins, de kinnaras, de grands seq>ents, fut, par la route céleste d’Aditya, amenée k Dwàravati, et, suivant le désir d’Indra, employée par Yiswacarman. késava y plaça aussi le Pâridjâta, qu’il avait enlevé après un combat merveilleux soutenu contre les dieux, qui voulaient le retenir. Pour l’agrément de Crichna, on avait planté dans les jardins des arbres chargés de fruits, de fleurs et de pierreries; on avait disposé des bassins et des étangs, couverts de lotus rouges et odorants, sillonnés par des barques toutes d’or et de pierre* précieuses, ombragés d’arbres magnifiques, tels que les salas l6, les |uilmicrs l\ les cadambas 20 et les figuiers 21 aux cent branches. Yiswacarman avait même transporté en ces lieux les plantes de riliinàlaya et du Mérou. Le» fleurs y offraient l’agréable mélange des cinq couleurs, le rouge, le jaune, l’orange ”, le noir ,Ji et le blanc; les fruits de toutes les saisons naissaient en foule dans ces bosquets charmants.

Au milieu de cette ville coulaient à plein bord, sur un sable jaune et un caillou poli, des rivières tranquilles, qui çà et là formaient des pièces d'eau. Quelques-uns de ces courants, garnis d’un sable et d’un gravier doré, étaient

épouse* de Crichna : ils ne se rapportent pas avec tous ceux qui sont cités eu cet endroit-ci.

Iji même observation se reproduira pour la eu* ht turc. SûunuruUï esl peut-être pour Soadattd.

" rïïrf hf lu. Je pense que ce moût Vêdjavanta est le même que celui qui , dans la cxxi* lecture. est appelé Manipartoata

'* Shorea robmta * Kn sanscrit tri ta K Nauclaa cadamba.

" On appelle le figuier ^ robin.

** Kn Hanscril aronna. qui est la couleur de l’aurore

u SdlIH fydma. Ce mot s'emploie pour signifier noir, bleu et même tort.

couverts de fleurs et ombragés par de nombreux rameaux. Sous les arbres était abritée une foule de paons et de Cokilas, ivres de plaisir. On rencontrait aussi des troupes d'éléphants, de vaches, de buffles, de sangliers, de cerfs, de grands oiseaux. Au centre apparaissait le palais doré, élevé par Yiswacannan à la hauteur de cent coudées; et à l’entour cent et cent hôtels qui avaient l’air de montagnes, des ruisseaux, des rivières, des bois et des parcs.

ENTRÉE DE CRICHNA A DW ARA V ATI.

Vésampiyana dit :

Le dieu aux yeux de taureau contemplait Dwâravatî, et admirait son propre palais, formé de cent pavillons majestueux, élevé sur mille colonnes de cristal, brillant de pierres précieuses et de corail, présentant aux yeux éblouis de tant de splendeur cent arcades pompeuses, et des portiques dorés. Telle était l’habitation particulière de Crichna, où le premier des métaux était partout prodigué. Des bassins, chargés d'ornements d’or et de pierres précieuses, avec des degrés magnifiques, se montraient couverts de fleurs épanouies et de lotus rouges : çà et là le tableau était égayé par l’aspect des paons et par les chants des Coltilas. Viswacarman avait entouré ce palais d'un mur de pierre haut de cent coudées, et d’un énorme fossé; merveilleux séjour, pareil à la demeure d'Indra, et large en tous sens d'un demi yodjana.

Ce spectacle transporte de joie le petit-fils de Soùra, qui, élevé sur le dos de Garouda, remplit de son souffle cette conque jaune, dont le son fait frémir scs ennemis. A ce bruit la mer est émue, le ciel retentit, le monde entier est frappé d'étonnement. Mais en reconnaissant le son du Pântchadjanya, en voyant Garouda, les Coucouras et les Andhacas accourent avec allégresse, et ne peuvent contenir leur joie à l'aspect du dieu qui porte dans ses mains la conque divine, le tchacra et la massue, et qui, assis sur Garouda, brille comme le soleil. Les tambours et tous les instruments corn-

HAR1VANSÀ.

mencent aussitôt un immense concert, auquel s'unissent les cris de lion de tous les habitants. Les Yâdavas s’assemblent : Vasoudéva se met à leur tète, et au milieu des sons de la trompe et des autres instruments de musique, le roi Ougraséna se présente au palais de Crichna. Dévakî, Rohinî, Yasodâ et les épouses du fils d’Ahouca allaient , de maison en maison , se communiquant l'heureuse nouvelle de l'arrivée du héros.

Crichna descendit à la porte de son palais, où Garouda, docile à la voix de son maître, vint le déposer. Le dieu, petit-fils d’Yadou, salua les davas : il reçut les hommages de Râma, du lils d'Ahouca , de Gada , d’Acroiira . de Pradyoumna et des autres, et entra dans son palais, heureux d’y introduire le Maniparwala et le PAridjAta *, l'arbre chéri d’Indra, que le fils de Roukminî avait été chargé d’apporter. Tous ces héros, parents de Crichna, se regardaient l’un l’autre d’un air de surprise, et admiraient l’éclat du Pâridjâta. Ils comblèrent d éloges le courage de Govinda, et accompagnèrent ensuite le dieu dans l'intérieur du palais que lui avait préparé Viswacarman. Au milieu du gynécée, Crichna lit déposer le Maniparwata, et planter convenablement le divin PAridjAta , objet de tant de respects et de combats. Le guerrier, qui avait vaincu scs ennemis, s'occupa ensuite de sa famille. Il donna des étoffes, des parures, des bijoux, des esclaves, de l’argent, des colliers de perles brillant comme les rayons de la lune , et des pierreries magnifiques à toutes ces épouses qu’il avait délivrées de la tyrannie de Naraca *, sans oublier dans ses générosités Dévaki, Rohinî, Révati, et le fils d’Ahouca. Mais les plus favorisées furent, sans contredit, SatyabhAmA, la plus belle des femmes, et Roukminî, fille de Bhiclimaca, la première dans le cœur de Crichna comme dans sa famille \ Kilos reçurent de lui des palais plus distingués que les autres, plus élégants par leurs tourelles et leurs terrasses, et un train de maison plus considérable.

1 D .semble par ces moto que ce passage serait mieux placé à la suite de U conquête du Pàridjiu, lecture cxxxii.

* Yoye» lecture exil.

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