‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 24 sur 140 · SUITE DE LALLOCUTION DE N ARA DA · texte numérisé non relu

SUITE DE LALLOCUTION DE N ARA DA

Vèsampâyana dit :

Narada continua : * Crichna a brisé les liens dont Mourou voulait l'en- « lacer *, il a tué Nisounda et Naraca s, et ouvert la route qui conduit à la « ville de Prâgdjyoticha. Les princes de la terre, que l’envie excitait contre

* lui, ont été effrayés du bruit de son arc et de son Pântchadjanya. Vaine-

■ ment Roukmin était soutenu par les armées des rois du Dakchina, égales

■ en nombre aux nuages du ciel : Roukmin, malgré sa vaillance, a été « vaincu, et Roukmini enlevée rapidement par Késava 3. Sur un char bril-

• lant comme le soleil, retentissant comme le tonnerre, le héros qui porte « la conque, le tchacra et la massue, a emmené cette princesse pour régner

■ au milieu des Bbodjas \ Sur la Djàroùtht 3 il a vaincu le fils de Cratha ,

* Voyez loct. exx, toin. 1, pag. 5a5 1 Voyez iSûL pag. 5a5.

1 Lect cxv, tom. I, pag. Aya.

* Le poète donne k cette prince» se l'épithète de Bhodjd, soit k cause de sa naissance, soit à

cause de l'alliance qu'elle « contractée avec Crichna : car tou» h» Yâdava» semblent avoir porté par extension le nom de Bhodja.

1 J'ai pris ce mot pour le nom d'une rivière que je ne connais pas.

154 HAR1VANSA.

« Acriti, Sisoupâla, et le rusé * Satadhamvan avec son armée \ Dans sa « colère, il a donné la mort k Indradyoumna, à l'Yavana Caséroumàn, à -« Sàlvva, l’illustre roi de Sôbha. 11 a, des coups de son tchacra, frappé

- mille montagnes et les arbres qui les couvraient. Deux héros, émissaires

■ de Râvana, qui en un clin d’œil se transportaient partout, ont, sur le

■ sommet du Mahendra 8, senti l’effet de son courage. Près de l’Irâvatî *,

■ Gopati et Tdloukétou, qui brillaient dans les combats comme le soleil « et la lune, ont trouvé le trépas sous les flèches lancées par son arc. Les « roues de son char ont écrasé deux Dânavas, Ni mi et Hansa, avec toute « leur suite. Bàrûnasi a été bnllée par lui le roi des Cftsis a perdu le trône « et la vie, et ses parents ont partagé son sort Scs flèches indomptables

• ont vaincu Maya, et délivré, comme par miracle, le fils d'indraséna. Ce « héros infatigable, se rendant à Lohilacoûta, a vaincu sur la mer Varouna

- lui-même entouré de tous scs monstres marins. En vain les dieux con-

• servaient avec soin dans le palais d’Indra le divin PâridjAta : Crichna , « sans redouter Indra, a enlevé cet arbre M. Sous ses coups sont tombés « Pândya, Pôndra, CAlinga, Mâtsya , le roi de Banga et toute son armée. « Les cent princes, enfants de Gândbâri, venaient de perdre la vie : c’est

• lui qui, par ses sages conseils, consola cette belle princesse n. Le plus

* Voy«i lecl. xxxix, tom. 1, pag. 137. Le texte porte cfîh taçra. Comme le prince appelé Dantawklru est quelquefois nomme l)anlavaern, il *c pourrnit que ce mot uacrei fût mU par abréviation (tour le nom de ce roi.

' La plupart des faits que cite ici Nârada me août peu connus , et se passent presque tous du côté de la presqu’île orientale de l’Inde. Je n’ai pns trouve de renseignements qui pussent m’édairer : c'est dans le Mahàbhàrata qu'il serait possible de tes recueillir. J’ai lâché de présenter ccs idées dans leur brièveté avec toute l’exactitude possible.

* Ghates septentrionales.

* Sans doute le mot Irâtati est le même quÊrâvart. Or Érdv&tî est le nom de deux rivières placées à des distances fort éloignées l’une de l’autre. L’une est le Ravi dans le Penjab , l’autre est l’iravaddi dans la presqu'île

orientale de l’Inde. Je crois que c’est de cette dernière qu'il est ici question.

11 Ce fait est rapporté dans le Rhignvata-pourâna. Quant k 1a défaite de Varouna, voyou plus bas iect. clxxxv.

u Voyez 1a exxu* lecture et le* suivantes.

" J’ ai adopté ce sens, qui m'est fourni par un épisode du XI' livre du MahibhiraU. Gândhàri était l'épouse do Dhritnrùclitra , et, comme Hécube dan» l’histoire de Troie, la mère, au moins putative, de cent princes dont l'ainé se nommait Douryodhana. Elle les perdit tous dans la guerre des Côravas contre les Pàndavas : amenée pour les pleurer sur le champ de bataille, elle y reçut des consolations de Crichna. Cependant ce passage pourrait aussi bien s’appliquer à la princesse Gândhàri, qui fut une des femmes de Crichna. Voyez la cxlti* lecture, noie a», et la lecture clxxi. Ce n'est que la mention du

• illustre des fils de Countî, celui qui manie en se jouant lare Gandîva,

• n’a pu résister au redoutable vainqueur de Madhou *\ qui , par la force

• de son tckacra, a vaincu également Drona et son fils, Cripa, Carna et le « vaillant Bhichma *\ Ce guerrier qui porte la conque, le tckacra, la massue « et lepée, par amitié pour Babhrou, a enlevé la fille du roi Sôvîra *9, et, « pour faire plaisir à Vcnoudâri, il a subjugué toute une province voisine, « féconde en chevaux et remarquable par scs chars.

* Dans une naissance précédente, Mâdhava avait dépouillé Bali de l’em-

■ pire des trois mondes, et l'avait privé de la force, des richesses et de la

■ puissance qu’il avait obtenues par ses austérités **. Crichna a vaincu, non « loin de la ville de Prâgdjyoticha, le fils de ce même Bali, dont la mort

• ne pouvait approcher : en vain les Dânavas répandaient au loin la terreur,

■ armés de poignards, de massues et même du tonnerre; le puissant Bâna

■ fut oblige de céder*7. Un des ministres de Cansa , nommé Pitha, avait « une chevelure formée de pointes d’épée : malgré sa force, il trouva la « mort sous le bras de notre héros. Tel fut aussi le destin de Djambha,

• qui était l'horrible Erâvata 18 revêtu d’une forme humaine. Crichna a « vaincu et relégué dans la mer le grand serpent Càliya, qui infestait les « eaux de l’Yamounâ **; il a ressuscité le fils de Sândîpani et vaincu Yama

■ lui-même. Enfin cet ennemi puissant de tous ceux qui haïssent les dieux « et les Brahmanes donna la mort à Naraca, Gis de la Terre, qui avait > enlevé les pendants d'oreille d'Aditi, et par amitié pour le maître du

• tonnerre il rendit à la mère des dieux ce que le Détya lui avait ravi **.

lecture xxxu, pag. * 43 ; lecture xx, f*ag. ggict lecture xvi , png. 74, note a.

* Les Sôvîra» habitaient un pays situé dans l'ouest de l'Inde, non loin de l’indus.

“ Lect. xu, tom. I. pag. 190.

17 Nous verrons plus loin l'histoire de l’Asaura Bâna.

u Èrâvata (lecture lit, tom. I, pag. aa) est un serpent fils de Casyapa. Sa sceur est la fameuse Ouloupt, qui. dans le Mahàbhârata, devient la femme d'Ardjouna.

N Lect. lxviii, tom. I, png. 375.

** Lect lxxxix , tom. I , pag. 38o 11 Lect. exx, tom. I. pag. 5a 3.

nombre 100 qui m'a décidé à suivre ici le sens que j'ai choisi.

M Je crois qu'il est ici question de la querelle de Crichna et d'Ardjouna . à l'occasion de l'enb’vcment do Soubhadrà.

" Ces personnages se sont distingues dans la guerre des Pândavas et soutenaient le parti des Côravas. Drona commanda en chef l'armée de Douryodhana : il eut pour fils Aswatthâman. Cripa était son beau-frère. Les Indiens prétendent que lui et Aswntthâmon vivent toujours, attendant la restauration de la foi dans toute sa pureté. Voyez lecture xxxii, tom. I, pag. 149. Quant à Carna et â Bhichma . voyes aussi tom. I.

« Et c’cst ainsi que Crichna , roi et seigneur du monde , s’efforce d’éta-

• blir la paix entre les dieux et les Dêtyas; il fait régner la justice parmi « les mortels, célébré des sacrifices accompagnés de magnifiques présents, « et, après avoir accompli l’œuvre infinie des dieux, il retournera dans sa

• céleste demeure. Cependant, comblé de gloire, il habitera l'heureuse et

■ belle Dwâravati dont il est le fondateur, Dwâravatî qu'il a conquise sur

■ la mer, ville aimée des Richis, couverte de pierres précieuses, ornée de « cent autels23, de cent poteaux pour les sacrifices, entourée de bois char- « niants, et voisine du séjour de Varouna. Le dieu de l’océan, connaissant « la pensée du béros qui porte l’arc Sârnga, »c plaira à baigner de ses

• ondes la cité bâtie par le lils de Vasoudéva , et comparable au palais du « soleil. Parmi les Souras, les Asouras et les mortels, il n’a existé, il n’exis-

• tera personne plus digne d’habiter cette ville que le vainqueur de Ma- « dhou. Et cet ami , complaisant pour les Yâdavas, cest Vichnou , Nârâyana ,

- qui est à la fois le soleil et la lune, dieu fort et infini, incompréheo- « sible, libre et indépendant, pour qui tous les êtres ne sont que de légers

- jouets dont il s’amuse. Il n’est rien au-dessus de celui qui porte toutes

• les formes 33; cent et mille fois déjà les œuvres de cet être adorable ont

- été célébrées par ceux qui nous ont précédés. Je viens de vous dire ce •• qu’il a fait avec Sancarchana, dans sa naissance présente, pendant son enx fance et son âge mûr. »

Ainsi parla le saint et savant Mouni, qui, avec l’œil de sa longue pénitence, sait tout voir d’avance. Après avoir fait, selon l'intention d’Indra, l’éloge de üovinda, Nârada retourna au ciel, honoré par tous les Yâdavas. Cependant Crichna distribua aux Vrichnis et aux Audhacas, suivant leur mérite, toutes les richesses qu'il avait conquises Les Yâdavas, heureux d’habiter Dwâravatî, et enrichis par la générosité du héros, firent des sacrifices dans lesquels ils ne ménagèrent pas les présents.

teMtyo. Ce*l »us$i un arbre coti»«cré. —

vuu<arnij/Mi

CENT-SOIXANTIEME LECTURE.

FAMILLE DE CRICHNA.

Djanamédjaya dit :

Des milliers d’épouses quon donne à Crichna on en cite particulièrement huit. Divin Mouni, dis-moi quels enfants ce héros eut de ces huit femmes.

Vésampâyana répondit :

Voici d’abord les noms de ces huit épouses; je te dirai ensuite les noms de leurs enfants, qui furent tous des héros. Ces femmes de Crichna furent Roukminî, Satyabhârnâ, Nâgnadjitl, Soudattâ *, fdle de Sivi; la riante Lakchruanâ, Mitrahindâ, fille de Calinda*; Djàmhavati de la famille de Pourou, et Soubhimâ, fille de Madra 5.

Les enfants de Roukminî1 * * 4 furent Pradyoumna, faîne, lequel tua Sambara; ensuite Tchâroudechna, le lion de la race de Vrichni, habile à diriger un char; TchÂroubhadra, Tchârougarbha , Soudanchtra , Drouma, Souchéna®, Tchârougoupta, le vaillant Tchâroubinda : le dernier fut Tchâroubâhou. Roukminî eut encore une fille, nommée Tchâroumati.

Satyabhârnâ donna le jour à Bhânou , à Bhimaratha , à Cripa , à Rohita , à Dîptimân, à Tâmradjâkcha, à Djalàntaca, et à quatre filles, Bhânou, Bhîmaricâ, Tàmrapakchâ, et Djalandhamâ.

1 Le ms. de M. Tod nomme cette femme

Sou/lantà et SoadAntA. J'ai déjà fait remarquer

au lecteur, lecture cxvi , note 8. et lecture clv, note 5 , que le poète n'est pas d'accord avec lui» même pour les noms qu'il donne à ces huit épouses de Crichna.

* Ces mots sont la traduction de l’épithète Câlindi. Le Calinda est une montagne qui fait partie de l'Himàlaya. et d'où sort l'Yamuunâ.

Sans doute Mitrabindà était fille du roi de la contrée qui avoisine cette montagne; car le lecteur aura déjà observé que le poète donne aux roi» le nom du pays sur lequel il» régnent.

* Voyet la xc* lecture, tom. I, pag. 5&S, note 19.

* Voyez la cxv* lecture, Ter» la Gn, où ce» nom» ne sont pas tous les même».

* Le ms. de M. Tod porte Sonkhéna.

HAR1VANSA.

DjAmbavati eut pour fils SAmba, fameux par son courage; Mitravân, Mitrabinda , Mitrabâhou et Sounitha. Elle leur donna une sœur nommée Mitravait

Nâgnadjiti mit au monde Bhadracâra, Bhadrabinda, et une fille, Bhadravati.

Soudai tâ, fille de Sivi, fut mère de SangrAmadjît , de Satyadjit, de Sénadjit et du héros Sapatnadjit.

VricAswa, Vricati, Vriti et le vaillant Vriradipti durent le jour A Soubbîmâ, fille de Madra.

I^akchmanA donna la naissance à GâtravAn, à GAtragoupta, au courageux GAtrabinda, et à une fille, nommée Câtravatî.

La fille de Calinda fui la mère d'Asrouta, savant dans les livres sacrés; et le divin Hrichikésa, en confiant cet enfant A SroutasénA, dit A son épouse d'un air joyeux : « Il aura deux mères, et sera pour toujours 6 votre fils « A toutes deux. »

De Vrihatl, fille de Sivi, Crichna eut encore, dit-on, Gada \ le brillant Àngada, Outpala, Coumouda, Swéta, et une fille, nommée Suctd; de Sou* dévA, Agâvaha, Soumitra , Soutchi, Tchitraratba, Tchitraséna, et deux tilles , Tchitrâ et Tchitravati; (d'une autre feumie 8) Stambavana 9 et Vanastamba, père de Mitraséna ,0, et une fille, appelée Stambavati; de SoutasomA, descendante de Cousica, Vadjrânsou et Kcliipra; de la fille d’Youdhichtbira, Aoudhicbtliira, avec CApâlin et Garouda, habiles tous deux à manier toute espèce d armes.

Les autres enfants de Crichna sont comptés par milliers. Le nombre s'en élève ju.squ’A un ayuata 11 ; ils lui donnèrent huit ayoatas de descendants, tous héros savants dans fart des combats. Voilà ce que j’avais A te dire sur la famille de Crichna.

* Le texte porte SrraFÎi : HHTI . Vojrc* res mois dans le Bâmàyana , II, 18-

7 Gada est le nom d'un oncle de Crichna. Il parait que c’est ici le nom d'un de scs fils. Le manuscrit bengali attribue la famille, dont il est question en cct endroit , A l'oncle de Crichna ; mais l’ensemble de ce passage m’a déterminé à suivre la leçon des deux autres manuscrit*.

* J’ai ajouté ces mots, parce qu'il m’a semblé que ce* enfants ne pouvaient être attribués à la femme dont il venait d’être question. Ce passage m'a paru fautif, et les trois manuscrits ne sont pas d'accord.

* Le texte porte ffam6<ufam6awuui.

11 Le manuscrit bengali et le manuscrit dévandgori de Paris donnent nrwuena.

" Ce nombre équivaut à 10,000

Le fils de Pradyoumna, issu d'une princesse de Vidarbha J*, fut Anirouddha , furieux sur le champ de bataille, et portant la figure d'une biche sur ses drapeaux.

De Baladéva et de Révali naquirent Nisatha et Oulmouca, deux frères semblables aux Immortels, et guerriers pleins de eourage.

On cite encore parmi les femmeR de Crichna, Soutanou et Narâtchi, qui donnèrent le jour, l’une à Pondra, l'autre à Capila. Pondra fut roi, et Capila ermite. Touri eut de Crichna un guerrier renommé, Djara, qui commanda aux Nichâdas adroits à manier l'arc; le même Crichna rendit Câsi mère de Soupârswa , célèbre pour son agilité.

Le fils d’Anirouddha fut Vadjra : Vadjra donna le jour à Pratiratha, et Pratiratha à Soutchârou.

D'Anamitra, le jeune fils de Vrichni ü, naquit Sini; de Sini, Salyavâk , et Satyaca habile à diriger un char. Le fils de Satyaca fut Vouyoudhâna : cet Youyoudhdna fut père d'Asanga; Asanga , de Touni, et Touni, d’Yougandhara M. Là se termine la généalogie de la race de Vrichni.

NAISSANCE DE PRADYOUMNA.

Tu as dit tout à l’heure que Pradyoumna avait tué Sambara. Racontemoi comment il accomplit ce glorieux exploit.

Vêsampâyana reprit :

De Roukminî, qui était Lakchmî 1 descendue sur la terre, et de Crichna naquit Pradyoumna, charmant comme l'Amour V Or c’était l'Amour lui-

11 Voyez le commencement de U civil* lec- loti». I, pag. 161 » où à U place de Toûni on Ut lui*. > flàoBwi

" Voyez la xxxiv* lecture, ton». I, pag. i5g. 1 Voyez lecture cxv, tom. I, pag. 4g5.

" Cette généalogie w retrouve lecture xxxiv, * Autrement Glma.

même achevant sa pénitence. 11 était destiné à donner la mort à Sambara. Il y avait sept jours que Roukminî était accouchée : Sambara, surnommé Cdla, s’introduisit au milieu de la nuit dans la chambre de cette malheureuse mère, et enleva le jeune fils de Crichna. Celui-ci savait bien ce qui arrivait, mais il se soumettait à la destinée qui réglait ces divines métamorphoses, et le terrible Dânava n’éprouva aucun obstacle. Cet Asoura, dont la mort enveloppait déjà l'existence, employa la inagic pour ravir sa proie : il prit l’enfant dans ses bras et l'emmena dans sa capitale 1 * * * 5.

Parmi les épouses de Sambara se trouvait une femme d’une graude beauté, nommée MâyAvatî; elle était semblable à la divine Mfiyâ \ dont elle avait tous les brillants attraits. Elle venait de perdre son enfant. Sambara lui donna le iils de Crichna, comme s’il eût été son propre fils : l’insensé était entraîné par son mauvais destin. Cette princesse, dont la vie tenait à une mystérieuse inagic, frémit de plaisir à la vue de cet enfant; et, comblée d’une joie extrême, elle ne pouvait se lasser de le contempler. À mesure qu’elle le regardait, ses souvenirs s’éclaircissaient: ■ Oui, se disait-elle, « c’est bien lui, c’est mon bicn-aimé. C’est mon époux, c’est mon seigneur,

* dont, le jour et la nuit, la pensée me jette dans un abîme de douleurs, « et m'empêche de goûter aucun plaisir. C’est lui qui jadis fut réduit en « cendres 5 par la colère du dieu qui porte le trident , et que je retrouve

• aujourd'hui dans la vie. Comment pourrai-je avoir pour lui l’affection » d’une mère? comment lui donnerai-je le sein? sachant que je suis son « épouse, comment pourrai-je m’appeler sa mère? »

Telles étaient les réflexions de MAyàvatî. Elle aimait à demander l’enfant à sa gouvernante , et elle lui faisait prendre des boissons merveilleuses 4 qui lui procurèrent une croissance rapide. Le fils de Roukminî, qui ne l’entendait parler qu’en présence de sa gouvernante , croyait que MâyAvatî

1 L'histoire dePradyoumna est au racon toc

dans le BhAgavata-pourlna, mais le récit en est

pins fabuleux. Le poète y dit que Sambara jeta

Pradyoutnna à la mer ; que cet enfant , trouvé

dan» le corps d'un poisson qui l'avait dévoré, fut remis à .MAyAvatî, intendante des cuisines de Sambara. Le reste de l'histoire, quoique moins développé, est conforme au récit du Hamansa.

* Voye» lecture cxv, ton». I, pag. 4y5. note 17.

* Voye» lecture gilix, pag. 1 18. note 3.

* Ces boissons s’appellent iHIMH rauiyana. Ccsl le nom technique que l'on doune à une liqueur merveilleuse qui prolonge la vie et prévient la vieillesse , et qui est l élixir de vie des alchimistes.

était sa mère. Celle-ci hâtait de toute sa puissance les progrès de son élève, et , entraînée par son amour, elle lui livra les divers secrets de la magie des Dânavas. Quand Pradyoumna fut devenu homme fait, et qu'il commença à sentir le prix des charmes d’une femme, brillant de beauté, instruit dans tous les exercices militaires, il fut alors pour Màyâvati l’objet d’agaceries aimables ; elle ne voyait en lui que l'époux auquel était liée sa destinée ; il était Càma, elle était Càminî. Elle lui souriait avec tendresse, et scs regards exprimaient ses désirs. Elle le serrait dans ses bras, et Pradyoumna étonné lui disait : « Pourquoi renoncer à votre affection de mère pour vous livrer

■ à un autre sentiment? Hélas ! vous outragez la nature; et l'inconstance que

■ l’on reproche aux femmes peut-elle aller jusqu’à ce point? Vous oubliez « que je suis votre (ils, et vous nourrissez des désirs que je dois réprouver.

■ Une autre que vous m’aurait-elle donné le jour? quel est ce renverse-

■ ment des lois de la nature? Je désire connaître la vérité, étonné que je « suis de votre conduite. Je sais que l’âme des femmes est aussi mobile que « l’éclair, qu’elles s’attachent aux hommes comme le nuage aux cimes des « montagnes. Parlez-moi, princesse, avec franchise : Suis-je votre fds, ou

■ bien suis-je un étranger pour vous? Que signifie la passiou que vous me « témoignez? »

Ainsi parle Pradyoumna. Màyâvati , les sens tout troublés par son amour, répond avec douceur au (ils de Késava, et lui révèle un grand mystère.

• Non, tu n’es pas mon fils; Sambara n’est pas ton père. Tu es un noble

■ héros de la race de Vrichni, le (ils de Crichna et do RouLmini. Sept jours « après ta naissance lu as été enlevé de la chambre de ta mère, où tu étais

■ endormi dans ton berceau. Ton ravisseur, c’est mon époux, lier de sa « force et de sa puissance. Ennemi de la maison de ton père dont la gloire

• égale celle d’Indra, Sambara t’a enlevé. Et ta mère chérie, privée de son « tendre nourrisson, pleure sans relâche, affligée comme la vache que l’on

• a séparée de son veau. Sans doute ton père, qui est aussi puissant qu’In- - dra, et qui a pour étendard l’oiseau Garouda, ignore que l’enfant qu’on lui « a ravi existe en ces lieux. O mon ami , tu es le fils des Yrichnis, et non de « Sambara ; les Dânavas n’ont pas d’enfant tel que toi. Oui , j’ai pour toi de

• l’amour, car tu n’es pas mon fils. En voyant ta beauté, je sens que mon « cœur faiblit. Enfant des Vricbnis, daigne répondre à ce sentiment qui

HÀKIVÀNSA.

« règne au fond de inon cœur. Je viens de le révéler ton sort : tu nés pas

■ mon fils, tu n’es pas le fils de Sambara. »

A ce discours de MAyâvatî, le fils de celui qui lance le tchacra ne respira plus que la vengeance contre Sambara : * Comment, se disait-il, cet odieux

■ et vil Dânava est habile dans les arts de la magie, il est puissant sur les « champs de bataille, et il s'attaque au (ils de Kèsava , à un enfant t il l'en- « lève sans crainte! Eh bienl aujourd'hui je veux qu'il craigne. Par quel « moyen exciterai-je sa colère? comment lui donnerai-je la mort? que puis-

• je faire d'abord pour irriter cet insensé? Son drapeau, orné de couleurs « brillantes et de la figure d’un lion , flotte sur son palais au-dessus d’un « arc de triomphe, pareil au sommet du Mérou : d’une flèche acérée je vais

• labattrc. En apprenant que son drapeau est tombé, Sambara va accourir :

• je le combattrai . je le frapperai et ensuite je me rendrai à Dwàravatî. •

Tel était le langage de Pradyoumna. Il prend son arc, tend la corde, ajuste la flèche, et abat le drapeau de Sambara. Celui-ci apprend le trait d’audace de Pradyoumna; il s'indigne et dit à ses fils : « Allé* sans retard

• immoler le lils de Houkmini : délivrez mes yeux de la vue d*un ennemi. • Les fils de Sambara, en entendant les paroles de leur père, s'arment aussitôt et vont pour le venger par la mort de Pradyoumna r ce sont Tchitraséna, Atiséna, Viswakséna, Sénadjit, Sroutaséna, Sousèiia 7, Somaséna, Mata, Scniini, Sényahantri, Sénahan, Sènica, Sénaskandha, Sénaca, Djanaca, Sacala , Vicala , Santa . Sousânta, Antacara, Vibbou, Coumbhakétou, Soudanchtra, Kési et les autres. Armés de tchacras, de massues, de tridents, de haches \ de cognées, ils vont là où la mort les appelle. Ils entourent l'ennemi , qui les attend de pied ferme. Pradyoumna, monté sur un char, se présente au combat, son arc à la main. Alors commence entre les fils de Sambara et le fils de Kcsava une lutte dont la seule pensée fait frissonner. Les dieux, accompagnés des Gandharvas, des grands serpents, des fUkchasas, arrivent sur leurs chars célestes pour contempler avec leur roi cet horrible spectacle. Là sc trouvaient Nârada, Toumbourou, Hâhâ, Houhou, chanteurs de la cour d’Indra, et les Apsarâs, et le Gandharva, concierge0 du palais des dieux. Scène merveilleuse à voir! d’un côté les cent fils de Sambara, de

7 Le manuKrit bengali dit Satrviuena et Pnuéna. — * qrTÈST pullita. — ‘ no-

tfhAra

1 autre le fils seul de Crichna. Comment pourra-t-il triompher de tant d’ennemis?

Le vainqueur de Bala, Indra, entendant exprimer ce doute, apprit aux dieux un secret qu'ils ignoraient : • Sachez, leur dit-il , quelle est la puissance « de ce héros. Pradyoumna est Cdma qui , dans une naissance précédente, a « été consumé par le feu de la colère de Siva. Le dieu, surnommé Trilot-

• chana, touché de la douleur do Rati, épouse de Câma, lui accorda une « faveur: Vichnou, lui dit-il, revêtu d’une forme humaine, habitera un - jour Dwàravati. Celui qui dans les trois mondes va être connu sous le nom « (YAnanga deviendra alors son fils; il se nommera Pradyoumna, et il

• donnera la mort à Sambara. Une semaine se sera à peine écoulée depuis sa

• naissance que ce Dànava viendra , par la puissance de la magie , enlever cet « enfant du sein même de Roukmini. Pour toi, tu te rendras au palais de

• Sambara, dont tu deviendras la femme sous le nom de Mâyâvati : couverte

• des voiles d’une divine magie, tu sauras le tromper. Là tu retrouveras

• ton bien-aimé, qui, amené sous la forme d’un enfant, grandira par tes « soins. Quand Ànanga sera devenu homme, il frappera Sambara, et vous

■ irez vivre ensemble à Dwàravatî : il sera heureux avec toi, comme je le > suis avec Pârwatî. Le maître des dieux , après avoir ainsi arrangé l’avenir,

• se transporta sur le Kèlâsa , séjour aussi brillant que le Mérou , et habité

■ par les Siddbas et les Tchâranas I0. L’épouse de Càma salua le divin époux

• d’Oumâ, et dirigea ses pas vers le palais de Sambara, attendant le mo- « ment annoncé par son destin. Ainsi vous n’en sauriez douter, Pradyoumna

• donnera la mort à Sambara et à ses enfants. •

Voy et lecture cxlix, oote$ 7 ei 8.

DÉFAITE DE LARMEE DE SAMBARA.

Vèsampâyana dit :

Il était donc commencé le terrible combat entre les lils de Sambara et le fils de Roukniinî. LcsDètyas furieux lançaient à Pradyoumna des flèches, des dards, des tcltacras, des traits fulminants *, brandissaient autour de lui des haches, des piques, des massues, des masses de fer. Le fils de Crichna * leur décoche à chacun cinq flèches. La colère des Asouras redouble, et, toujours pleins de confiance, ils font pleuvoir sur Pradyoumna une grêle de traits. Ananga \ outré d'indignation, tend son arc avec promptitude, et abat dix des enfants de Sambara les plus ardents. D’un autre trait il tranche la tête du vaillant Tchitraséna. Les autres se rassemblent pour combattre de concert leur ennemi et l’accabler sous leurs coups. Leurs flèches partent, et semblent devoir seconder leur impatience. Mais Pradyoumna, comme en se jouant, abattait les tètes de ses faibles adversaires; et une fois vainqueur de ses cent ennemis, il s’arrête sur le champ de bataille, défiant hardiment celui qui voudrait les venger.

Sambara, apprenant que ses cent fils ne sont plus, entre dans une grande colère. Il commande k son écuyer d’atteler son char, et celui-ci, le saluant jusqu’à terre, sort pour exécuter ses ordres Le roi rassemble son armée, dont il excite l'ardeur, prend son arc et ses flèches, et s'élance sur son char. Ce char, chef-d’œuvre, de Tari, est traîné par mille ours, attachés avec des nœuds de serpents: il s’avance, revêtu de peaux de tigres, orné d’un treillis circulaire 4 d’or, divisé en riches panneaux, sur lesquels sont

bhuuiüundl. M Wilson dit que c'est une espèce d'arme à feu.Voy. lect. ccxxm.

1 Le nom patronymique employé ici est à remarquer : c’est cft|Uf|P4|»q . comme qui dirait, tenant de Cricknâjram.

’ Nom de Coma , et par conséquent de Predyoumna.

1 Voyez lecture exx, note 3o, et lect. clxv, note 7. Le root djâla est toujours pour moi difficile à comprendre.

peintes des figures de loups et des guirlandes d'étoiles. Le joug est d’or : par-dessus flotte à une grande hauteur un drapeau sur lequel on a représenté un lion , et dont la hampe est d’or également a. Un large rebord s'y trouve disposé pour prévenir la violence des chocs» et le timon de fer est retenu par un lien de diamant. Aussi haut que le sommet du Mandara, ce char s’élève ombragé d’un tchdmara magnifique.

Sur ce char qui l’attend, tout resplendissant d’or et rempli d’armes diverses, Sambara s’élance, impatient de combattre et appelé par son mauvais destin. Il est entouré d’une nombreuse armée et de ses quatre généraux, Dourddhara, Kétoumàlin, Satrouhantri et Pramarddana. A la suite de ce prince, aride de combats, marchent dix mille éléphants, deux cents chars, huit mille chevaux, et des millions * de fantassins. Tel était l’immense cortège à la tête duquel s’avançait Sambara. En ce moment apparurent mille prodiges d’un funeste augure. Des troupes de vautours couvrirent le ciel; les nuages formèrent une espèce de crépuscule, et grondèrent d’un ton formidable. L’ouragan remplit les airs. Les Sivâs 1 rendirent un son sinistre. Un vautour, comme s’il fût venu compter l’armée des Dânavas, se plaça sur le haut de l’étendard royal, semblant attendre le moment où le sang allait couler. Sur le char de Sambara on vit un cadavre * tomber, et de là rouler à terre. Des oiseaux poussèrent de lugubres cris * au-dessus de sa tète. Le soleil se trouva dévoré par Swarbhânou autour de lui apparurent plusieurs disques. L’œil gauche de Sambara trembla, comme présage de terreur; son bras gauche frémit; les chevaux de son

1 Le mot hémadanda, qui est dans cette même lecture exx, se reproduit ici. Je l’ai traduit de la même manicre , mais sons être bien certain du sens que je lui donne. Un tiarufa est en général un bâton. Ne seroit-cc pas plutôt ici le bâton, symbole de la justice et du commandement , avec lequel on punit le criminel ? À côté du tchdmara et de la bannière , le danda ne serait pas déplacé.

* CRpT PraTotlta

’ Qu'est-ce que les Srôdj? Tarais d'abord considéré ce mot comme synonyme de Roodru. I-e» Roudras sont, comme on sait, des demidieux, des manifestations inférieures du dieu

Siva. Voyes lecture ni, tom. I, pag. 17. Mais dans la lecture ccxliv j'ai trouvé que ce mot était féminin. Sied est un nom du chacal.

' cabandha. On désigne ordinaire-

ment par ce mot un corps sans tête , et qui est encore vivant

' Ces cris sont ceux dont il est question dans la note ah de la xx* lecture, tom. 1, pag. 97.

* C est le même personnage que FÜboo, qui est l'éclipse personnifiée. Le mot que j'ai rendu par diufae est parigha, que l'on a vu

lecture lxxix , note i3. Voyes aussi lecture CLXin, note 37. qfl%: q-f^fgrl ;■

char s'arrêtèrent ; un corbeau se percha sur sa tête ; il tomba du ciel une pluie de sang et des pierres calcinées; des milliers de météores s'abattirent sur le front de l’armée ; l’aiguillon glissa de la main de l'écuyer qui conduisait les chevaux du char. Mais sans faire attention & ces prodiges, Sambara , aveuglé par sa colère , poursuit ses projets de vengeance contre Pradyoumna.

Les tambours, les conques, les timbales formaient un horrible concert, qui faisait au loin trembler la terre. Effrayés de ce bruit, les animaux des bois et les oiseaux erraient de tout côté, faibles et interdits. Au milieu de ces innombrables ennemis, le fils de Criclma restait immobile, décidé à les attaquer et pensant au moyen d’abattre leur orgueil. Sambara, qui ne peut maîtriser sa colère, lance à son adversaire mille flèches qui n'arrivent pas jusqu'à lui : elles sont brisées au milieu de leur essor par les flèches de l’adroit Pradyoumna. Au contraire celui-ci, de l’arc que tient sa main, décoche une foule de traits qui vont tous frapper les chefs de l’armée ennemie. Priv écs de leurs généraux, ces troupes fuient en tremblant devant le héros, qui s’approche du char de Sambara. Le roi Dânava, qui voit ses soldats dispersés, s’adresse avec colère aux officiers qui l’entourent : • Allez, leur dit-il,

• hâtez-vous d’attaquer le fils de notre ennemi. Frappez sans pitié, et qu'il

• expire promptement sous vos coups. Comme le fer du médecin retranche

• le mal qui dévorerait le corps, abattez aussi l’insensé qui nous outrage.

• Prévenez scs fureurs, si vous m’êtes véritablement attachés. ■ Ses officiers, partageant son indignation, inclinent la tête en signe d’obéissance, et lancent leurs chars en se faisant précéder d’une grêle de flèches.

Le héros qui porte un poisson sur sa bannière 11 les voit venir; il tend son arc, et résiste hardiment au torrent impétueux qui l’enveloppe. Vingtcinq flèches sont lancées à Dourddliara, soixante-trois à Kétoumâlin, soixante et dix à Satrouhantri, quatre-vingts à Pramarddana. C’est à eux que s’adresse de préférence le fils de Roukminî. Irrité des attaques de Pradyoumna, chacun d’eux lui décoche soixante flèches, que l’habile guerrier avec ses propres flèches brise dans leur vol. Puis il prend un trait qui a la forme d’un croissant, et tue l'écuyer de Dourddhara, à la vue de tous ces princes et de l’armée. De quatre flèches lourdes et noueuses, ornées de plumes de héron ,

Tel est l'enseigne de Pmdyoutnna, qa'une légende bit retrouver dan* le corps d'un poisson.

CENT-SOÏXÀNTE-DEUXIÊME LECTURE.

il perce les quatre chevaux du môme générai ; d’une autre, le nœud du timon *a, d'une autre encore le parasol et le drapeau flottant ; soixante autres font voler en éclats le joug, les roues et l’essieu. Enfin, pour couronner l’œuvre, l'intrépide guerrier, prenant un dernier trait bien acéré et orné d’une plume de héron, l’envoie au cœur même de Dourddbara. Celui-ci expirant perd d’un seul coup sa vio, ses richesses, sa renommée, ses honneurs, et tombe de son char, comme l’astre déchu de ses mérites est précipité du ciel.

Témoin de la mort du vaillant Dourddhara , le Dânava Kétoumâlin accourt pour le venger, et accable de ses flèches le fils de Crichna. Le sourcil froncé, le visage menaçant, il crie à Pradyoumna : « Arrête! • Celui-ci, furieux, le couvre de ses flèches, comme dans la saison des pluies le nuage couvre la montagne de gouttes d’eau. Le général de Sambara, percé de mille traits, prend son tchacra pour donner la mort à son ennemi. Au moment où ce tchacra aux mille rayons, aussi éclatant que celui de Crichna, arrivait auprès de lui, Pradyoumna , à la vue de tous, le saisit, le renvoie, et tranche la tête de Kétoumâlin. Le roi des Dieux, en contemplant cet exploit du fils de Roukmim, fut saisi de la plus vive admiration, ainsi que toute la troupe céleste : les Gandharvas et les Apsaras lui jetèrent une pluie de fleurs.

Satrouhantri et Pramarddana ont vu le désastre de Kétoumâlin : accompagnés d’une suite nombreuse, ils s'approchent de Pradyoumna. Ils lancent ou brandissent contre lui des massues, des tchacras, des javelots des masses de fer u, des flèches, des dards ,5, des haches, des marteaux ,6; mais Pradyoumna avec ses flèches brisait tour à tour ces armes, et faisait éclater l’étonnante prestesse de ses mouvements. Dans sa colère , il frappait par milliers les éléphants et leurs conducteurs, les chars, les chevaux et les écuyers, perçant tout de ses traits infatigables. L’armée entière périt sous scs coups. !.a plaine ne présente plus qu’un fleuve horrible 11 qui roule du sang à la place d’eau : les colliers de perles y

" tffçfî yoktra.

" CTTfT H“-

14 fl nt lomam. C*eal peut-être aussi un levier ou une lance.

tiennent lieu de vagues; la chair, la

pfUaoabhimKptUa. M. Wilson don nepf^lTI^T

bhlndapAla.\oy. toro. I, lect. xli, note 55.

* mûta-

” Le poète se pUil à cette comparaison que nous avons déjà vue deux fois. Voyez tom. I, lecL lxixix, et tom. II, lect. cxlii.

moelle, les os, de limon; les parasols, (files; les flèches, de tourbillons; les chars, de bas fonds; les bracelets et les pendants d’oreille de tortues; les bannières, de poissons; les éléphants, de requins 11 ; les chevaux, de crocodiles; les cheveux, de plantes aquatiques 19 ; les ceinturons y remplacent les fibres du lotus; les faces d’hommes, les fleurs du lotus elles-mêmes; les émouchoirs, les troupes de cygnes; fleuve épouvantable formé par Ananga, ou les poissons, ce sont des têtes mutilées; où fonde, c’est du sang; où les alligators, ce sont des armes; fleuve affreux à voir, affreux à traverser, sombre, lugubre, et du tribut de ses flots enrichissant le rovaume d* ** Varna.

Le fils de Iloukmini s’approche de Satrouhantri, et, par les flèches dont il l’accable, porte sa fureur au dernier degré. Celui-ci lance le meilleur de ses traits, qui vient glisser sur le cœur de Pradyoumna , et pénètre dans sa chair. Cependant le héros ne chancelle pas un instant. Il prend un javelot enflammé, et le lance au malheureux Satrouhantri, avec le bruit qui accompagne la foudre d'Indra 20. Le Dânava, percé au cœur, sent la mort qui vient enchaîner ses articulations et scs os: il tombe en vomissant le sang.

Pramarddana , qui voit tomber Satrouhantri , se présente au combat. Il prend sa massue et s’écrie: « Arrête, guerrier 1 Que veux-tu faire de cette ■ tourbe inconnue? Insensé, c’est contre moi qu’il faut combattre. Ta vie « m'appartient. Enfant des Yrichnis, ton père est mon ennemi. Je vais com- « mencer par tuer son fils, pour le tuer aussi lui-même; cl, lui mort,

• tous les dieux seront détruits. Que les Dêtyas et les Dânavas se livrent à

• la joie : tu vas succomber sous mes armes; ta mort et celle de tes parents « nous délivreront de nos ennemis. Je vais faire les libations funéraires en

• l’honneur des enfants de Sambara21. Aujourd'hui la fille insensée de

• Bhichmaca pourra gémir quand elle apprendra que son fils, si brillant de

• jeunesse, est privé de la vie. Ton père, qui porte le tchacra, aura conçu

• de vaines espérances, et en recevant la nouvelle de ta mort, le misérable

* Cette plante porte te nom do térAIa , talhtnrria octandra.

** Ce 8 oui de» passage* tels que celui-ci qui ont fait croire que les ludions avaient des armes a feu, ou que les ouvrages qui perlent de ces «nues sont modernes. Cependant les lois de

Manou, lecl. vu , s). 90. parlent aussi de traits enflammés , et sans doute ce n'étaient que de» flèches garnies de matières inflammables “ Vojfei à 1a fin de la Luxriii' lecture comme le» libations d'eau étaient une partie de» cérémonies funéraires. Ici l’eau sera remplacée par le sang.

• cessera de vivre. ■ Il dit, et de sa massue il frappe le fils de Roukmim. Pradyoumna reçoit le coup, étend les bras, saisit le char de Pramarddana et le renverse par terre. Pramarddana se débarrasse de son char, se relève sur ses pieds, et, la massue à la main, se représente promptement devant Pradyoumna. Mais celui-ci lui arrache cette massue, et l’en frappe jusqu'à la mort. Les Dé ty as, qui voient Pramarddana sans vie, prennent la fuite, aussi incapables de tenir tète à Pradyoumna, que les éléphants au lion dont la présence les épouvante. Comme un troupeau de brebis qui tremble de peur à la vue du chien , ainsi cette armée se dissout poursuivie par la terreur que lui inspire Pradyoumna. En la voyant les vêtements tout couverts de sang, défaite, les cheveux en désordre, on dirait une jeune fille aux jours de son impureté mensuelle. Percée par les traits du guerrier divin, cette armée rentrait dans ses foyers, toute souillée de sang, abattue par la crainte, respirant à peine, incapable de s’arrêter un moment et de regarder en face son vainqueur33.

CENT-SOIX ANTE-TROISIÈME LECTUR E.

COMBAT DE PRADYOUMNA ET DE SAMBARA.

Yêsampàyana dit :

Sambara, outré de colère, dit à son. écuyer: • Allons, conduis rapide- « ment mon char en présence de rennemi. Qu’il puisse sentir de près la ■ puissance de mes flèches. • A ces mots, l’écuyer, pour obéir à cet ordre, presse scs ours tout couverts d’or. Pradyoumna, dont le regard attentif a suivi la marche de ce char, saisit son arc et ajuste une flèche dorée. Il vise le Dêtya au cœur, et lâche le trait qui vole rapidement à son but.

** S'il fallait regarder comme de l'histoire de semblable* récits, rien ne serait plus ridicule que ce combat de Pradyoumna contre une armée entière Mais si Ion pense que ce person* nage est le fri» d’un dieu considéré comme le soleil , on découvre alors dans cette légende une

allégorie ingénieuse : ou commence à s'expliquer l'enfonce de Pradyoumna passée chcs les Détyas , ou les génies des ténèbres , et sa victoire sur les quatre généraux de Sambara , qui peuvent sans Joute représenter les quatre points cardinaux.

IIARIVANSA.

Samhara troublé »e sent défaillir, et se soutient à la barre1 de son char. Mais bientôt il recouvre ses esprits, prend son arr, et, furieux, répond au fils de Crichna par sept flèches aigues. Sept flèches de Pradyoumna les brisent successivement sans les laisser approcher, et le héros décoche encore à Samhara soixante et dix traits, suivis de mille autres, qui, ornés de plumes de hérons et de paons, viennent frapper le Délya, comme les nuages frappent la montagne. Tous les points de l'horizon* sont couverts d’un voile de traits; le ciel en est obscurci, et le soleil a disparu. Un javelot de Satnbara , aussi brillant que l’éclair, dissipe cette obscurité, et une grêle de flèches vient tomber près du char de Pradyoumna. Celui-ci, l’arc toujours tendu, avec une étonnante dextérité, réussit à briser tous ces traits, et d’une dernière flèche atteint encore son ennemi.

Alors Samba ra , ayant recours à la magie, lui lance une pluie d'arbres entiers. Pradyoumna décoche un trait de feu, qui dévore tous ces arbres et les réduit en cendres. À cette pluie succède une grêle de pierres, que le héros Yadava repousse avec une arme qu’anime le vent. Le cruel ennemi des dieux appelle à son secours une autre magie : il tend son arc, et envoie à son rival des traits qui couvrent son char et se changent en lions, en léopards, en sangliers, en hyènes, en ours, en singes, en éléphants noirs comme le nuage, en chevaux, en chameaux. Pradyoumna lance un trait de Gandharvas5, et tous ces êtres fantastiques sont anéantis. Sambara, furieux de voir ses projets déjoués, forme une création magique d’éléphant*, jeunes de soixante ans, montés par d’habiles conducteurs, s’avançant, la trompe levée et menaçante, et disposés au combat. Le fils de Crichna, à cette vue, réfléchit un moment, et, non moins habile dans la science magique , il crée à son tour une troupe de lions qui dévorent les éléphants ,

déjà huit point» do l'air; eu que pradi-

tah et tiduah s'emploient pour le» points inter môdiaircs , le dictionnaire ne donne pas une désignation assez précise. Dans ce sens on em ploie encan le mot apadisah.

* Je ne sais quelle est celte espece d'arme, ni quel efTet elle doit produire : tout à l'heure il en sera encore question , et alors il en résultera une création d'clrcs, appelés Sambhas.

comme le soleil dévore les nuages.

1 J’ai rendu ainsi le mot 5|'|rfl toiti, qui signifie ordinairement une lunie , et qui dan» celle circonstance me semble désigner une barre à laquelle on se retient, une rampe sur laquelle on s'appuie.

* le» se trouvent deux mots dont la différence n'est pas bien marquée . ; et |c| | î

praJuah et tielisaft Le mot ditah indique

Le Dânava emploie alors une autre arme magique, inventée par Maya, qu’on appelle j Mohaiii, et qui porte dans le cœur la faiblesse et l'évanouissement. Pradyoumna la combat par un trait appelé Sandjnâstra , et qui redonne aux sens la force et la vigueur. La fureur du Détya redouble ; il produit à son tour une troupe de lions ; le fils de Roukmini , à cette vue , prend un trait de Gandharvas et crée des Sarahhas \ lesquels, pourvus de huit pieds, vigoureux et armés d’ongles et de dents terribles, mettent en fuite les lions, comme le vent chasse les nuages. Sambara, étonné du succès de son rival, se disait à lui-méme ; • Comment parviendrai-je à lui donner la mort? ln-

• sensé que je suis de ne l’avoir pas détruit dans son enfance! Le voilà

■ devenu homme, et le misérable veut ma perte. Quel moyen dois-je eni- « ployer contre cet insolent ennemi? 11 me reste encore une arme magique

■ et redoutable, que je tiens d’un dieu ennemi des Asouras, de Siva lui— « même. Elle s’appelle Pànnagi : produite par mon art, qu’une troupe de

• serpents brûlants aille consumer le malheureux qui me brave. » Aussitôt des serpents enflammés s’élancent au commandement de Sambara, et vont enchaîner de leurs traits dévorants le char, les chevaux, l’écuyer de Pmdyoumna et Pradyoumna lui-même. L’enfant des Yricbnis, qui se voit chargé de semblables liens, trouve aussitôt dans les secrets de la magie un moyen de se délivrer. L’arme qu’il imagine se nomme Sôpami; il produit une foule de Sonparnas *, qui s’élancent sur les serpents et les anéantissent. Ce dénoument imprévu étonne à la fois les Souras et les Asouras ; leurs voix s’élèvent de tout côté pour louer Pradyoumna ; • Honneur, s’écrient-ils avec «joie, au héros magnanime! honneur au (ils de Roukmini, vainqueur du » plus terrible des enchantements! *

Sambara, dont les serpents viennent d’ètrc détruits, sc dit à lui-même :

■ Je possède une massue toute brillante d’or, et pareille au sceptre de « Câla. Elle m’a été donnée par la déesse Pârwati touchée de ma dévotion :

• Prends, m’a-t-elle dit, cette massue dont ne saurait triompher dans le « combat aucun des dieux, des Dânavas ni des mortels. Je l’ai faite dans le

* Le* Snrabha» sont (tes Animaux fabuleux qui ont huit pied* , et qui habitent dan* les montagne» de neige. On les surnomme Oiirrfdhvapâda.

1 Les Souparnas sont des oiseaux pareils à

Garouda, qui est, comme on sait, l'ennemi né des serpents, et iis orlt contre ces animaux ta même antipathie que lai.

* C'est-à-dire au danda du dieu de la destruction.

HAR1VANSA.

« temps que j’exerçais sur mon propre corps de sévères austérités : elle peut

• détruire toute espèce de charmes, et abattre tous les Asouras. Avec cette

• massue j’ai mis en pièces deux Dana va s, terribles et courageux, errants

• sur les montagnes, Soumbha et Nisoumbha 7 avec toute leur suite. Quand « tu te trouveras en danger de la vie, lève cette arme contre ton ennemi.

• Ainsi m’a parlé la déesse Pârwatî, et elle a dispani. Eh bien ! je vais l'aire

• sentir au fils de Késava le poids de cette merveilleuse massue. •

ta roi des dieux a deviné son intention et dit à Nàrada : • Approche-toi

• promptement du char de Pradyoumna, et instruis-le de sa première nais- « sance. Donne-lui l’arme de Yichnou, destinée à immoler Sambara : qu’il

■ reçoive une armure que le Dêtya ne puisse briser. » Nàrada , obéissant à l’ordre de Maghavan 8, traverse l’air et dit au héros dont le drapeau est marqué d’un poisson : • Guerrier, reconnais en moi le Gandharva Nàrada « envoyé par le maître des dieux pour te donner quelques instructions.

■ Rappellc-toi d’abord que tu es l’ancien Câmadéva, consumé par le feu de « la colère de Siva, et pour cette raison appelé Ananga. Tu es né dans la

• famille de Vrichni; ta mère est Roukminî, ton père est Késava, ton nom « est Pradyoumna. Le septième jour après ta naissance, tu as été enlevé par « Sambara de l’appartement de ta mère, et amené ert ces lieux : car il savait

• que de toi il recevrait un jour la mort, et que telle était la part que te

• laissait Késava dans l’exécution de son plan conçu en faveur des dieux.

• Cette Màyâvati, aujourd’hui femme de Sambara, c’est Rati, ta fidèle et < tendre épouse lorsque tu étais Càma. Elle est venue habiter la maison de « Sambara pour avoir l’occasion de te prodiguer ses soins. Elle a revêtu un « corps d’apparence magique, pour charmer le barbare Dêtya, et tous ses

■ efforts tendent à redevenir Rati. Ainsi, Pradyoumna, sachant que ton

- épouse est près de toi, combats Sambara et donne-lui la mort avec l'arme

• de Vichnou. Prends Màyâvatî pour femme et retourne à Dsvàravati. Voici « l’amie de Vichnou; voici une armure éclatante que te remet Indra. Ecoute

• encore une dernière parole, et conforme-toi à mes instructions. Cet ennemi « des dieux possède une massue formidable que lui a donnée Pàrvvatî , et

- qui porte des coups trop certains : personne, parmi les dieux, les Dànavas

• et les mortels, ne peut y résister. C’est à toi qu’il est donné de détruire

1 Voyez lect.Lvm, lom. I, png. îG3 — 1 Non» d’Indra.

• Digi

3d by Goc

CENT-SOIXANTE-QUATRIÈME LECTURE. 175 « cette arme redoutable; mais, avant tout, tu devras te rendre propice par

• de pieux hommages la déesse, épouse de Mahâdéva. Assuré de sa protec-

• tion, tu pourras alors commencer le combat contre ton ennemi. « Ainsi parla Nârada , et il retourna auprès de Vàsava.

MORT DE SAMBARA.

Yêsampàyana dit :

Sambara, animé par le ressentiment, saisit sa massue; cl le soleil aux douze formes 1 * frémit à ce spectacle, les montagnes s’agitèrent, la terre trembla, la mer sortit de son lit, tous les dieux furent indignés. L’air se couronna de vautours, des météores tombèrent du ciel, le sol fut rougi d’une pluie sanglante, et le vent souffla avec violence. A la vue de ces prodiges, Pradyoumna descendit de son char, et, dans une posture respectueuse, il pensa en son Âme à Fârwatî, épouse de Siva. Le front baissé, il adora la déesse, et dit:

« Aum ! Adoration à Côtyâyanî * ! adoration A la mère de Cârtikéya] ado- « ration ACâtyâyani, souveraine des trois mondesl J’adresse mes hommages « à celle qui est la mort de ses ennemis, A Gôrî 3, fille d'HimAlaya, à celle ' qui tua Soumbha, qui déchira le cœur de Nisoumbha. Je vénère Câla-

• râtri 4 * * et Coumârî ‘, et dans l’attitude du plus profond respect j’adore la

• déesse qui se plaît au séjour de la montagne , qui habite le Yindhya *, qui « donna la mort à Dourga 7. Je m’incline devant Mabâdévî *, terrible dans

1 Ce sont, comme on sait, les dotue Àdi-

lyas. Voyez leel. ni, tom. I, pag. 18.

1 La Lvtn* lecture est un hymne adressé à

la même déesse. On y retrouve les mêmes idées que dans cette prière. Voy. aussi la clxxV* lect.

1 Nom de la déesse Pârwati : ce mot signifie Manche ou jeune fille.

* Voyez lect. l, note g.

* Epithète de Pârwati , signifiant jeune fille.

* Voyez lect. lvii, pag. a63-

* C’est du nom de ce géant tué par la déesse Pârwati qu’elle prit , suivant les uns , son nom de Dourgâ. D'autres donnent à ce nom une autre étymologie , ce que semble indiquer notre auteur, en appelant plus bas cette déesse

(RTjflT.

* Grande déçue, épouse Je Mahâdéva.

HÀMVANSÀ.

« les combats, passionnée pour la guerre, devant la déesse de la victoire et •• du triomphe ®. J’honore la déesse invincible, incomparable, fléau de ses

• ennemis, tenant dans sa main une cloche et couronnée d’une guirlande

• de sonnettes. Je m’humilie devant celle qui porte le trident, qui mit à « mort l'Asoura Mahicha lc, qui est traînée par des lions, et qui sur son dra- ■ peau porte la figure de cet animal. Enfin j’adore Ecânansâ n, Gâyatri Ia,

• celle qui est honorée par des sacrifices, celle qui est ia Sâvitrî 15 des Brali-

• mânes. O déesse, faites que dans le combat je sois toujours vainqueur des

• Bâkcliasas I *

l-a déesse Dourgà entendit avec plaisir la prière de Câma, et elle lui répondit : ♦ Héros, fils de Roukmini, choisis la grâce que tu désires, et que « ma vue ne te soit pas inutile. » Pradyoumna, frémissant de joie à ces paroles de Pârwati, la salua avec respect et lui dit :« O déesse, si vous êtes

• contente de mon hommage, si vous daignez consentir à ma demande, « soyez- moi favorable, et accordcz-moi la grâce d’être vainqueur de tous

• mes ennemis. Que la massue que vous avez donnée à Bambara et qui fait

• son unique défense, en tombant sur mon corps, se change en guirlande - de lotus. ■ • Ainsi soit fait! » dit la déesse, et elle disparut.

Alors Pradyoumna, satisfait et radieux, remonta sur son char. Bambara, poussé par le désir de la vengeance, balançait sa massue. Enfin il la pousse contre la poitrine de son ennemi; mais, en approchant de Pradyoumna, cette massue devient une guirlande de lotus, qui reste suspendue au col du héros: telle dans le ciel brille une couronne d’étoiles autour de la lune. Les dieux, les Gandharvas, le» Siddhas et les grands Ricbis applaudissent à cet exploit, et honorent le fils de Késava. Celui-ci, qui vient de voir la massue du Dânava changée en guirlande, prend l’arme «le Yiclinou que lui a remise Nârada : il tend son arc et lui dit : ■ Si je suis le fils de Késava et « de Roukmini , avec cette flèche immortelle donne la mort à Sambara. •

* sPTT ci fasFTl

* Celait le géant Soumbha, sous in forme d'un buffle. Les exploits guerriers de la déesse Dourgà sont célèbres dan» le Tchandi, section du Màrcandéva-pouràna-

11 Voyez lecture cLViu , note 3.

” La Gâyatri est une stance du Rig-véda, i|ue l’on a personnifiée et dont on a fait la femme

de Rrahmn. Ou la confond ici avec Dourgà, femme de Siva.

” L'hymne entier dont la Gâyatri est la première stance est appelé Sdufri. Les deux mois Gârafrt et Sàvitrt sont confondus, et comme prière, et comme personnage mythologique. Voyez lecture cxvm , ion» I . note 3 . et lecture cxzii . note 8.

A ces mois lare se détend, et le trait divin décoché par le héros Vrichni, ce trait qui réjouit les oiseaux de proie et qui est capable de briller les trois mondes, perce le cœur de Sanibara et va ensuite s'enfoncer en terre. Mais il ne reste du Détya ni chair, ni nerf, ni os, ni peau, ni sang : tout est réduit en cendres par le trait enflammé de Vichnou.

Après la mort du géant Détya, de l'odieux Sanibara, les Gtndharvas se livrèrent à la joie, les Apsarâs commencèrent leurs danses; Ourvasî, Ménaeâ, Rambhft , Pourvvatchinti u, Tilottamâ prirent part â la joie universelle qui transportait tous les êtres animés et inanimés. Le roi des dieux et la troupe céleste, pour témoigner À Pradyoumna leur reconnaissance, faisaient pleuvoir sur lui des fleurs de tous les côtés. Heureux de la mort du Détya immolé par la main du fils de Vichnou, lesSouras, délivrés de crainte, allaient célébrant le héros qui porte un poisson sur sa bannière. Cependant le fils dcRoukmini, fatigué du combat, rentrait dans la ville, et, aussi empressé que lamant qui se rond auprès de sa bien-aimée, il se hâtait daller revoir la fidèle Rati.

CENT-SOIXANTE-CINQU IÈME LECTU R E.

ARRIVÉE DE PRADYOUMNA A DW ARA V ATI.

Vésampâyana dit:

L'habile magicien, le guerrier invincible, Sanibara, venait de périr malgré toute sa science dans Part des enchantements, malgré son courage dans les combats. 11 avait succombé dans le jour appelé achtami Pradyoumna, après avoir dans la ville de Rikchavanta 2 donné la mort à cet Asoura, prit avec lui la divine Mâyâvati et se dirigea vers la capitale de son père. Un char

11 Les manuscrits devanigaris portent V'ipratckinti.

1 Le mois est partagé en deux quinzaines, dont le huitième jour s'appelle achtami

1 La partie orientale du YLndhva, depuis le

golfe dn Bengale jusqu'à la source de la Narmadâ , se nomme IiiAcha ou Riltchatdn. Je ik* sais pas s'il faut chercher la ville de Riichavanta dans ccs parages. Le texte porte bien

HAR1VANSA.

magique les transporta rapidement par les airs vers la ville charmante, défendue par la puissance de Cricbna, et Pradyoumna descendit dans le gynécée avec Mâyâvatî, sous la forme d'un jeune homme resplendissant de toute la beauté de Câmadéva. Les femmes de Késava, à ce spectacle, restèrent étonnées : elles éprouvaient un sentiment de plaisir mêlé de crainte. Elles considéraient avec joie cette apparition de Câma et de sa divine épouse, «t semblaient les dévorer des yeux. A la vue de ce beau visage, rempli de douceur et de modestie, elles se sentaient peu b peu pénétrées d’un tendre intérêt. La triste fioukminî , en le contemplant, ne pouvait s’empêcher de penser b son fils, et, les yeux baignés de pleurs, elle disait à ses compagnes qui l'entouraient : • Ecoutez le récit d'un songe que j'ai eu cette nuit. Le

■ vainqueur de Cansa m'avait donné un collier de perles, comparable pour « sa beauté aux rayons de la lune. Une jeune fille, la tête ornée d’une che- « velure magnifique, le corps vêtu d’une robe brillante, portant b sa main

• une fleur de lotus, entre dans ma maison : elle me parfume elle-même

• d’une essence dcsandal, prend une guirlande de lotus, et déposant un

• baiser sur ma tête 5, y place cette même guirlande. *

Ainsi Pioukmini, l’esprit tout occupé de Cricbna, racontait ce songe à ses compagnes, et en même temps ses yeux s’attachaient sur le jeune homme qui venait d’arriver. ■ Elle est heureuse, la mère de cet aimable enfant! Je

■ crois voir Câma à la fleur de l’âge. O mon fils, quelle est la femme for-

• lunée qui jouit de la félicité de t’avoir donné le jour? Beau jeune homme « à l’œil de lotus, que viens-tu faire en ces lieux avec ton épouse? Mon

• cher Pradyoumna aurait cet Ige, s’il ne m’avait pas été ravi par un destin » cruel. .♦ . Mais évidemment ce jeune homme est un Vrichni, je ne me « trompe pas. Certains signes me l’indiquent : c’est Djanàrddana sans tekacra. « Je reconnais 1a tête de NArâyana, scs cheveux, son front; je retrouve la « large poitrine, les bras de mon beau-frère, armé du soc guerrier. Qui es-

• tu donc, toi qui réunis tous les traits des Vrichnis? Oui. tu es la chair « divine et le sang de Nârâyana. «

En ce moment arrivait avec empressement Cricbna , qui venait d'entendre le récit de la mort de Sambara que lui avait fait Nârada. Il contemple avec

* L'exprmion sanscrite *e traduirait littéralement par odoran : ^ IJdQ Itj PJ moûnidkanyou-

pâghrâya.

CENT-SOIX ANTE-CINQUIÈME LECTURE. 177’ ravissement son fils aîné, qui est tout le portrait de Càma, et Mâyâvatf sa bru. 11 dit à la divine Roukminî ï « Celui qui est ici près de toi , c’est ton « fils. Par lui le magicien Sambara a trouvé la mort, par lui ont été détruits

• tous ces enchantements qui faisaient la terreur des dieux. Cette fidèle

• épouse de ton fils, cette bru pieuse s’est appelée Xfâydvati, tant quelle a « habité le palais du Dânava. Ne t’effraie pas de son titre d épouse de Sam-

• bara. Lorsque Càma a cessé de vivre, lorsqu’il fut devenu Ananga, la

• compagne chérie de ce dieu ne s’est pas soumise à partager l'amour du « Dêtya ; par une forme fantastique elle a su le tromper, et cette beauté ,

• comparable à la lune éclairée de ses plus beaux rayons, pendant l’enfance « de ton fils n’a pas été souillée par la tendresse d’un autre; elle n’a livré « à Sambara qu’un corps produit par la magie. Voilà donc la digne épouse

• de Pradyoumna, voilà ta bru, voilà celle qui est destinée à faire le bon- « heur d’un héros chéri de la terre. Quelle soit introduite dans ton palais,

« et qu’elle y reçoive tous les honneurs qu’elle mérite. Embrasse un fils « qui t’est rendu et qui longtemps a été mort pour toi. *

Ce discours de Crichna causa à Roukminî une joie incomparable; cette mère fortunée s’écria : « Mon bonheur est doublé, puisque je jouis de la « vue de mon époux et de mon fils. C’est aujourd’hui que mon amour reçoit « toute sa récompense, aujourd'hui que tous mes vœux sont comblés par la « vue d’un fils que j’avais cru mort et par celle de sa bicn-aiméc. Viens, ô « mon enfant, entre dans mon palais avec ton épouse. » Ce fut alors que Pradyoumna, s'avançant avec respect, salua Govinda, sa mère et le courageux Baladéva. L’illustre Késava fit relever, et prit dans ses bras le vaillant Pradyoumna en baisant ses cheveux \ Mâyâvati , toute brillante de parures d’or, s’était aussi inclinée devant les parents de son époux. Roukminî la fit relever, la prit par la main, l'embrassa et lui parla avec tendresse. Elle serra contre son cœur et son fils et sa bru , et les fit ensuite entrer dans son palais.

Pradyoumna, dans ce moment, ressemblait au fils d’Indra introduit dans le ciel par la divine Satchî *.

* Voye* U note mcirddhnyâghrâya

précédente, ÇjfjJTsTPT

* A U suite de cette cutv* lecture, vient celle qui « déjà été traduite sous le n* civill.

quel est l'être heureux?

\ rsa m paya n a dit :

Le môme mois où Sambara, pour son propre malheur, enleva Pradyoumna, Djambavatî eut un fils nommé Sdmba. Dés son enfance Sâraba fut par son oncle Râma formé au métier des armes, et se concilia l'estime de tous les Vrichnis.

A cette époque Crichna habitait la brillante ville de Dwâravatî : autour de lui tous ses ennemis avaient été détruits, et le héros vainqueur était aussi heureux que les Immortels dans le séjour d'Indra. Le roi des dieux, témoin de la prospérité des Yâdavas, voyait d'un œil mécontent sa propre félicité. Les princes, parla crainte que leur inspirait Djanârddana, quittaient le tronc pour se retirer dans la foret.

Lin jour Douryodliana faisait un sacriûce dans la ville de Vâranasa l; tous les rois s'y étaient assemblés. On y parlait du bonheur de Mâdhava et de ses enfants, de la ville de Dwâravatî établie au sein môme de la mer. Le désir vint à ces princes de visiter amicalement Hrichikésa : ils le firent prévenir par des députés , et bientôt ils arrivèrent eux-mômes. Les principaux d'entre eux étaient Douryodhana, les rois soumis au sceptre de Dhritarâchtra , les Pândavas, Dhrichtadyoumna, les souverains des Pândyas a, des Tcholas s, des Calingas1, des Bâhlicas*, des Dravidas®, des Khasas7, traînant À leur suite dix-huit armées complètes 8. Ils se présentèrent devant la ville

’ J'ignore si c'est la même ville que Burinas], Vojexlect xix, tom. I, pag. >73,noie3. Parmi les villes que, dans le VisùmnJulnt, les Pindavas réclament, ü en est une nommée VArendra (a.

* Voyez lecture xc, note 36.

* Le TchoU est le Tanjore.

* Voyez lecture xc, note Q.

1 Le Bdhlica est le pays de Balkh , au nordouest de l'AIghanistao.

* La contrée de Dravida s'étend de Madras au cap Comorin.

’ Les Khaaos sont les montagnards du Cachemire.

• wrf^ïïft mom.

que protégeait le bras de Crichna, entourant de leurs bataillons le mont Rêvata et couvrant de leurs camps l’espace d’un yodjana. Alors l'auguste Hrichîiésa et les héros Yâdavas sortirent à la rencontre de ces princes. Le vainqueur de Madhou, au milieu de ce noble cortège, apparaissait comme le soleil au milieu des nuages de l’automne. Après avoir rendu à chacun de ces princes les honneurs qu’ils méritaient, suivant leur dignité et leur âge , Cricbna se plaça sur un trône d'or : tous les autres s’assirent sur des sièges différents selon l'élévation de leur rang. Cette assemblée de rois ressemblait à celle que tient Bralimâ quand il convoque les dieux et les Asouras.

La conversation roulait sur des objets variés, et occupait toute ("attention des Yâdavas, des princes et de Késava, quand tout à coup le vent souffla avec bruit, l’air s'obscurcit, l’éclair sillonna la mer et le tonnerre retentit. Un moment après du sein de ces ténèbres apparut Nârada, qui, les cheveux relevés en djatâ, la vinâ attachée à son bras, aussi brillant que la flamme étincelante, mit pied à terre et s’avança dans cette assemblée royale. Lorsqu'il eut fendu les flots pressés de cette mer immense pour s’approcher de Crichna, le favori d’Indra dit au chef des Yâdavas : « Noble héros, seul entre « les dieux, tu es admirable, tu es heureux : aucun autre ne l’est dans le

■ monde. • A ces paroles du Mouni, Cricbna répondit en souriant : « Oui ,

• je suis admirable, je suis heureux, mais par les présents 9 que je fais. » Nârada, à cette réponse, reprit devant les rois assemblés : « Crichna, la

■ longue série des discours que j’ai tenus à toute la nature est achevée, et

• je reprends ma route. » Et les princes, le voyant disposé à partir, s’adressèrent à Késava : « Cette parole de Nârada renferme un mystère que nous « ignorons. 11 t’a dit : O Mâdhava, tu es admirable, tu es heureux! Tu lui

• as répondu rOui , par les présents que je fais. Nous ne pouvons comprendre

• l’objet d’une pareille allusion. S’il était possible de nous en instruire, « ô Crichna , nous écouterions avec plaisir une explication. » Crichna leur répondit : • Ecoutez, Nârada lui-même va vous donner la clef de notre

• discours. Sage Mouni, dites à ces princes quel est le motif de votre dis-

• cours et de ma réponse. • Nârada , assis sur un siège d’or et magnifiquement orné, donna en ces termes l’explication qu’on lui demandait.

* < fort U il dfdtcMnà : présent l'ail à la suite de» sacrifice».

HAR1VANSA.

Nârada dit :

Écoutez, 6 princes ici assemblés; je vais vous dire ce qui a été l'occasion de ce propos. Un jour je m'étais rendu sur les bords du Gange pour y faire la triple ablution 10. Je me promenais seul au moment où le soleil se couvre des vapeurs de la nuit. J’aperçus une tortue de la forme de mon luth : on aurait dit un monticule ou bien un large éléphant ; elle m’apparaissait enveloppée d’une double cuirasse, longue d’un crosa u, s’avançant d’un pas lent sur scs quatre pattes, humide , et couverte de limon et de plantes aquatiques **. Je touchai de la main l’animal amphibie, et je lui dis : ■ Tortue, « tu es admirable de corps, tu es heureuse : tel est mon sentiment. • La tortue, prenant une voix humaine, me répondit : • Puissant Mouni, qu’y « a-t-il d’admirable en moi? comment suis-je heureuse? C’est la rivière du « Gange qui est heureuse : rien n’est plus admirable qu’elle. Dans ses eaux « se trouvent par milliers des êtres tels que moi ,3. •

Aussitôt avec empressement je m'approchai du Gange : « O la plus belle

• des rivières, lui dis-je, tu es heureuse; toujours ornée de mille merveilles,

• habitée par des poissons gigantesques, tu te rends à la mer, formant des « îles qui servent de retraites aux saints pénitents. • La rivière du Gange répondit à ce discours : «Illustre Gandharva, habile dans les luttes et les « combats, je ne suis pas heureuse, je ne suis pas admirable. Tu connais « la vérité, et ton discours me surprend. C’est l’Océan, ô saint Brahmane, « qui fait l'admiration du monde; c'est l’Océan qui est heureux, lui qui

• reçoit par centaines des rivières telles que moi. »

Après avoir entendu les paroles de la rivière qui descend du ciel , j’allai vers l’Océan et je lui dis : • Océan, tu es la merveille des mondes, tu es « heureux, toi qui es l’essence des ondes, à puissant souverain des eaux! « C’est vers toi que tendent toutes ces rivières honorées sur la terre qu’elles

• purifient : ce sont des épouses qui viennent retrouver leur époux. ■

M Cette ablution , qui »c fait le malin . 1 midi et le soir, se nomme frrcAévaaa.

" Mesure de distance de A.ooo coudées.

" C’cst i dire de tévâlat; voye* lecture clxii, note 19.

“ La donnée principale de cette histoire se retrouve dans le livre de Cal il a et Dirana et dans la fable vit du IX* livre de La Fontaine , où l’on voit aussi un Brahmane renvoyé d'être en être pour arriver jusqu’au plus puissant.

L’Océan, apparaissant au-dessus de ses vagues agitées par le vent, me répondit : • Non , divin Mouni , je ne suis pas admirable , comme tu le dis.

■ C’est la Terre qui est heureuse, elle qui arrête mes flots soulevés. * A peine avais-je entendu cette réponse de l’Océan que je me hâtai de revenir vers la Terre, à laquelle je dis : « O Terre, mère de tout ce qui a un corps, tu es

• heureuse, tu es admirable entre tous les êtres. Douée d'une grande soh- « dite, tu portes les animaux, tu nourris les hommes; même les êtres cé- « lestes n’agissent que soutenus par toi.» La Terre, provoquée par mes éloges, quitta un moment sa tranquillité naturelle et me répondit en ces termes : « Noble Gandharva, spirituel ami de la contradiction, je ne suis ni

■ heureuse ni admirable ; elle ne m’appartient pas cette solidité que tu loues. « 11 faut appeler heureuses les montagnes qui me soutiennent. La merveille

■ que tu cherches, ce sont ces montagnes, vastes chaussées u du monde. «

Tournant alors mes pas et mes paroles d’un autre côté, je m’adressai aux montagnes :« Vous êtes heureuses et admirables, vous qui supportez la «terre, vous qui produisez des mines inépuisables d’or, de pierres pré-

• cieuses, de métaux de toute espèce, vous éternels soutiens du monde. > Les montagnes, couronnées de forêts, entendant mon langage, me répondirent pour me désabuser : « Saint Brahmarchi, nous ne sommes pas heu-

■ reuses : ce n’est pas en nous que sont les merveilles. L’être entièrement

• admirable parmi les Souras, c’est le Pradjâpati Brahmâ. ■

Je me présentai donc devant le père des êtres, essence infinie de toute la nature, et je lui adressai à son tour les paroles que j’avais adressées à tous les autres. Les yeux baissés, en adoration devant Swayambhou, puissant auteur du monde, dieu aux quatre faces, issu d’une fleur de lotus, j’osai lui dire : • O maître de la terre, vous êtes la seule merveille; vous êtes

• heureux, je ne vois rien au-dessus de vous. Tous les êtres, animés et ina- « nimés, dépendent de vous. Les Dévas, les Dânavas, les mortels, tout ce « qui a une âme et des sens, 6 souverain des dieux, tous ces mondes , visibles

• et invisibles, existent par vous. Vous êtes le dieu des dieux, éternel , source

• première de la vie et de l’action de toute cette immense création. • Le dieu BrahmA, l’aïeul des mondes, me dit alors : ■ Nârada, pourquoi célèbres-tu « par tes paroles mon bonheur et ma merveilleuse existence? Les Vèdes sont

iétavah.

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