‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 26 sur 140 · DÉLIVRANCE DES ENFANTS DU BRAHMANE · texte numérisé non relu

DÉLIVRANCE DES ENFANTS DU BRAHMANE

Ardjouna dit •

Je vis une multitude de montagnes, de rivières et de forêts; enfin nous arrivâmes sur les bords de l’Océan, séjour des poissons. Le dieu de cet empire, se présentant devant Djanàrddana dans une posture respectueuse, lui offrit Yargha , et lui dit : • Qu’exigex-vous de moi ? * Crichna reçut sou hommage, et lui répondit : «Epoux des rivières, je veux pour mon char «un passage sur ton domaine.» L'Océan, saluant le héros dont Garouda est l’étendard, reprit la parole : «Excusez, ô dieu, il n’en sera pas ainsi.

• Ce serait d’un mauvais exemple. C’est vous-même qui avez creusé mes « abîmes : je me conformerai à l’ordre que vous avez établi. D’autres rois ■ égarés par l'orgueil voudraient vous imiter : c’est une considération, ô

• Govinda, qui doit vous arrêter et vous engager à vous contenter de la

1 Dàrouca est le nom de l'écuyer de Crichna. que Sa ty aki . Voyez lect. xxxiv. tom. I . pog. 1 6 1 .

Nous ne savons pas si c'est le inèjne personnage et lect. eu, tom. II, pag. 1 5g.

« terre ferme. ■ Le lils de Vasoudeva dit à l’Océan : • En faveur de moi, «en faveur d'un Brahmane, fais ce que je te demande. Aucun autre que «moi n'aura cette prétention. • L’Océan, craignant que Djanàrddana ne le maudit, lui répondit: «Que votre volonté soit faite! Je vais vous ouvrir,

« ô Crichna, une carrière que votre char, avec son superbe drapeau , pourra

• parcourir à sec. • Késava reprit : • Autrefois je t’ai accordé pour faveur

* particulière de ne jamais voir tes ondes desséchées, et de ne point dé- ■ couvrir aux regards des mortels tes trésors de pierres précieuses. Tu « peux aujourd'hui affermir tes flots sous mon char, certain qu’aucun « autre n’aura la connaissance de les richesses. * L’Océan obéit, et nous passâmes sur ses flots comme sur une terre solide, étincelante de mille pierres précieuses.

Après avoir traversé la mer, nous gagnâmes bientôt les contrées septentrionales, et nous arrivâmes au mont Gandhamâdana l. Sept montagnes se présentèrent alors devant Késava , le Djayanta , le Yidjayanta \ le NÜa 5, le Radjata \ le grand Mérou, le Kèlâsa et l'indracoûta, élevant leurs fronts admirables et variés pour la couleur. Elles lui dirent : «O Govinda, que « pouvons-nous faire pour vous? » Le vainqueur de Madhou les accueillit avec honneur, et, content de leur respect, il leur répondit : « J’ai besoin que « vous m’ouvriez un passage â travers vos flancs. * Les montagnes, se conformant aux désirs de Crichna, lui cédèrent le passage qu’il réclamait. Alors elles disparurent, ô prodige I et le char-sans obstacle roulait, comme le soleil traversant les nuages. Les chevaux conduisirent ensuite ce char dans un pas dangereux : nous nous trouvâmes au milieu d'un brouillard, né des terrains fangeux de ces montagnes, et les chevaux s’arrêtèrent, ne pouvant plus avancer. En ce moment Govinda , d'un coup de son tchacra, frappa ce brouillard: l’air s’éclaircit. En sortant de l’obscurité et en revoyant la lumière, je repris mes sens et bannis toutes mes frayeurs. Je vis alors de tout côté dans l’air une clarté merveilleuse : c’était le Sarwaloca , l’immense réservoir des êtres. Hrichikésa pénétra dans ce foyer de lumière, tandis que le char était

Cette montagne est celle qui sépare l'IUvrita et le Bhadmwa : elle est h l'est du Mérou.

* Voyez lect. clv , vers lt Un. On y parie du VèdjayBoUL

* C'est une chaîne de montagnes que Ion place au nord de l'Oivrita.

* Le Radjata , que l'on confond quelquefois avec le Kéiàsa, est plutôt ici le Swélaparwata , qui sépare THiranmaja et le Rorainaca.

188 H AR1VANSA.

arrêté avec le Brahmane et moi. Un moment après le puissant (inclina apparut, ramenant les quatre enfants du Brahmane, les trois anciennement ravis et le dernier qui venait d’être enlevé. II les remit h leur père, qui les revit avec la joie la plus vive. J’éprouvais aussi en moi-même je ne sais quel plaisir mêlé d'un grand étonnement. Nous retournâmes, comme nous étions venus, avec les enfants du Brahmane. Un seul instant suffit pour nous ramener à Dwâravati; je fus surpris que ce voyage n’eût pas duré une demijournée. Le glorieux Crichna, non content de rendre au Brahmane ses enfants, le combla encore de richesses et lui donna une habitation plus solide.

UNIVERSALITÉ DE CRICHNA.

* Ardjouna dit :

Crichna fut le bienfaiteur de bien d’autres Brahmanes, et sut combler les vœux de ces hommes vénérables, pareils aux Richis. Jouissant avec moi de ses heureux loisir», cl entouré des Vrichnis et des Andhacas, il nous racontait des histoires diverses sur des sujets tout divins. A la lin de son récit, je m'approchai de lui et lui demandai comment était arrivé tout ce que j’avais vu; comment l’Océan avait rendu scs ondes solides, comment les montagnes s’étaient ouvertes; de quelle manière le brouillard épais et terrible qui s’était élevé avait été dissipé par son tchacra; par quel moyen il était entré dans ce foyer de lumière extraordinaire; comment il avait délivré les enfants du Brahmane; par quel secret ce long voyage avait été abrégé, et achevé en si peu de temps. ■ O Késava, lui dis-je, expliquez- • moi comment tous ces prodiges sont arrives. »

Le fils de Vasoudéva me répondit : ■ Ces enfants n’ont été enlevés que « pour me donner l’occasion de montrer que Crichna est tout dévoué à l’in- > térêt des Brahmanes. Enfant de Bharata, cet éclat éternel et divin que tu « as vu, cette splendeur digne de Brahmà, c’est moi-même. Cette nature, « que ne bornent ni le temps, ni l’espace, cette nature visible et invisible,

« ccst moi. En y pénétrant, les mortels, savants dans U science de IWa ,

« sont arrivés à l'émancipation ûnale. Telle est la voie d’un nombre infini

• de saints yogins : partant de Brahmâ, elle traverse le monde entier. Ainsi < cette lumière merveilleuse qui t’a apparu, c’est moi; cette onde qui sous » nos pas est devenue solide, c’est moi; celui qui lui a donné cette soli-

• dité, c’est encore moi. C’était moi, ces sept montagnes, différentes de « couleurs, qui se sont présentées à ta vue, et cette obscurité née du limon,

« et ce brouillard, et celui qui l’a dissipé. Je suis le temps et le devoir de « tous les êtres, la lune et le soleil, la terre, les montagnes, les rivières,

• les fleuves; les quatre points principaux de l’horizon sont mon haleine - divisée en quatre souffles; de moi sont nées les quatre castes, les quatre

■ conditions de la vie *; c’est moi qui ai enseigné les quatre Vides*. •

« O dieu, m’écriai-je, seigneur de la nature entière, je désire vous con- « naître] Je vous salue avec respect, et vous adore, 6 le plus grand de tous

■ les êtres ! »

Crichna reprit : « Brahmâ et les Brahmanes, la pénitence et la vérité, la « destruction 5, l’étendue, l’atome, tout est en moi. O Ardjouna, tu m’aimes « et je te suis attaché. Je te dirai ce que je ne confierais à aucun autre. Le

■ Rig, l’Yadjour, le Sâma et l’Atharwa, les Richis, les dieux, les sacrifices, « tout cela est en moi. Les cinq éléments, la terre, l’air, l’éther, l’eau et la « lumière, la lune, le soleil, le jour, la nuit, les pakchas *, les mois, les sai- « sons, les heures, les calâs 5, les kchanas ®, les années, les montras divers, « tous les livres, les sciences, l’instruction, ce sont là autant de manifesta- « tions de mon essence. O fils de Counti , je suis la mort et la création; l’être ,

• le non-être, l’âme, l’esprit et la matière, l’être supérieur surnommé Tad 7. *

Tel fut le discours que me tint Crichna; il m’avait honoré de son amitié, et mon âme était tout entière à lui. Voilà ce que j’ai entendu, ce que j’ai vu moi-même. J’ai satisfait à votre demande, ô roi des rois; je vous ai raconté l’un des hauts faits de Djanârddana ; il en est beaucoup d’autres que l’on pourrait citer encore.

1 C'est-à-dire le* quatre d/ramas.

* Je confonds ici le mot oacjram avec le mot roadra , épithète de Si va , considéré comme

le dieu de la destruction. Vojtt lect. i , pag. 6.

* Voje» lecture tiii . ton». I, pag. 43.

* Voye* ibid.

* Mesure de temps , égale 4 3o calât.

' Xoyei Bhagavad-giti , lect. xvn , al. a 3.

Vésampâyana dit :

Le premier des Courous, Youdhichthira, surnommé Dharmaràija , après avoir entendu ce discours, adora en son âme Govinda, chef des êtres : ce roi , tous ses frères et les princes présents à cette assemblée , restèrent pénétrés d’une profonde admiration.

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