‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 29 sur 140 · A H 1 VANS A · texte numérisé non relu

A H 1 VANS A

■ seul, ose pénétrer dans une ville aussi célèbre que U nôtre. Les Àdityas,

- les Vasous, les Roudras, les brillants Aswins craignent de se présenter

• dans Sonilapoura. Quelle existence glorieuse est réservée à celle qui

■ aurait un époux aussi distingué, aussi vaillant? Tu dois t'estimer heureuse

• que la faveur de Dévi l’ait donne un semblable mari, aussi puissant que « Candnrpa *. Je vais maintenant te dire ce qu’il est à propos de faire, pour « savoir quel est le père, le nom, le pays de cet époux. •

Üuclid, rougissant d’ainour, dit alors à la lülc de Coumbhânda : « 0 mon

• amie, et comment pourrai-je le connaître? Réfléchis toi-même; je ne sais

• que répondre, on est sujet à se tromper dans ses propres affaires. Vois, « et tache de me rendre la vie. » A celte instance d’Ouchâ, l’aimable fille de Goumhhânda répondit :« 11 faut sur-le-champ appeler auprès de toi l’Apsarâ

• Tchilralékhâ, habile à trouver d'heureux expédients : elle connaît parfai- « tement les trois mondes. * Aussitôt Oucbê, passant de l'étonnement à la joie, lait venir i’Apsarà Tchilralékhâ. Cette tendre amie sc présente, et la malheureuse princesse la saluant avec respect : « Ecoute, lui dit-elle, la dé-

claration que je vais te faire. Si aujourd'hui même tu ne m’amènes pas

• l'époux qui m’est cher, le héros à l’œil de lotus, égal en puissance à l’élé- « pliant furieux, je suis résolue à mourir. Hàte-toi, ô ma belle amie. •

TdiitralékliA, relevant peu à peu le courage d'Ouclid, lui dit : « Ce que

• tu demandes n’est pas facile à deviner : car on ne connaît ni la famille, ni la

• tribu, ni la forme, ni les qualités, ni le pays de ce personnage. Toutefois « sa personne est connue de toi. Voici donc ce qu’il est possible de faire. *• Suis en tout les instructions que je te donnerai. Je vais te faire le por- « trait de tous ceux qui sc distinguent par leur naissance, leur extérieur et

- leurs qualités chez les Dévas, les Danavas, les Yakcbas, les Gandharvas, « les serpents, les R.ikchasas et les mortels : dans sept jours je te montrerai « ces portraits; tu reconnaîtras sur la toile celui qui est ton mari, et tu

• pourras alors réclamer hautement son amour. » * Ainsi soit fait, dit üuché

• à sa chère Tchitralékhâ, rien n’est mieux imaginé. » Aussitôt celle-ci se met à l'œuvre; d’une main savante elle trace la ressemblance de tous les personnages les plus renommés, et au bout de sept jours elle vient développer sa toile devant Ouchâ et ses autres amies. C'était une galerie com-

* Nom du dieu d'amour

CENT-SOIXANTE ET TREIZIÈME LECTURE, plètc de tous les princes qui pouvaient avoir quelque célébrité parmi les Dévas, les Dânavas, les Kinnaras, les serpents, les Yakchas, les Ràkchasas, les Gandharvas, les A sou ras, les Détyas et les mortels. • Vois, dit-elle à Ou-

- châ, tous ces portraits; reconnais celui de l’époux que lu as vu pendant ton « sommeil.» Elle fait passer sous ses yeux toutes ces peintures, et arrive aux princes de la race d’Yadou. C’est alors que, frappée d'étonnement, Ouchâ aperçoit Anirouddha, et dit à Tchitralékhâ : • Le voilà, le voleur d’amour « qui s'est introduit dans mon palais, et qui pendant mon sommeil a surpris « ma tendresse. Je le reconnais à sa beauté; c’est bien là le coupable. O Tchi* « tralékhâ, parle-moi de lui; dis-moi ce que lu sais de son histoire, de ses

■ qualités, de sa naissance. C'est surtout dans le malheur que Ion doit re- » trouver l’amitié. Oui, l'amour rne transporte. Deviens mon guide en cette « circonstance; c’est à toi que je veux confier le succès de cette affaire. »

Tchitralékhâ lui dit : • Ce héros, ton époux, est le petit-fils du sage

■ Criclina, maître des trois mondes, et le fils de Pradyoumna : il est renommé « pour son courage, et dans les trois mondes il n’est personne qui l’égale « en force; il peut déraciner les montagnes, et les briser les unes contre les « autres. Tu es bien heureuse d’avoir reçu de l’épouse de Siva un mari d’une

• aussi bonne maison et de la race d’Yadou. * • Eh bien! reprit Ouchâ, ô ma « belle amie, deviens ma messagère : il est une route qui m’est interdite, et « qui cependant est la seule qui nous soit ouverte, c’est celle des airs; mais

• toi, tu peux suivre cette route. Tu connais les secrets de Vyorja10, tu peux

• prendre les formes que tu veux, et ton esprit est fertile en expédients :

■ charge-toi de m’amener promptement mon bien-aimé. Cherche un moyen

- pour nous réunir : car mon bonheur dépend maintenant de lui. Vois com- » ment tu peux inc faire arriver à ce but désiré. Je te l’ai déjà dit ; si aujour-

• d'hui tu ne m'amènes pas cet époux semblable à un immortel, je sens que

• j’en mourrai. •

A ces paroles d’Ouchâ Tchitralékhâ répondit : ■ Aimable princesse, écoute

• mes raisons. Dwâravali n’est pas moins forte que la ville de Bàna. Ses rem-

- parts sont de fer, scs portes sont solides, et elle est vigoureusement dé- « fendue par les Vrichnis qui l’habitent. Placée sur le bord de la mer et

• construite par Viswacarman, elle a été, par le dieu qui porte un lotus sur

Pouvoir surnaturel : elle est une yogi ni.

son ombilic , confiée à la garde de héros invincibles. Entourée d'une masse de rochers, de murailles, de fossés, on ne peut y arriver qu'en passant par des forts inexpugnables : elle est protégée par sept enceintes et par des montagnes élevées. Enfin il est impossible d'entrer dans Dwàravati. Prends garde de compromettre ou ton père ou moi-méme. ■ Ouchâ lui lit: > Ta puissance, qui est surnaturelle [yoga), te permet d’y entrer. Qu’est-il besoin de plus longs discours? Telle est ma ferme résolution. Si je ne vois ce visage d'Ânirouddha , que mon imagination compare à une lune brillante, il faut que je descende au séjour d’Yama. Mais le succès serait assuré, si quelqu'un se rendait auprès de lui. Veux-tu que je vive? sois ma messagère. Si tu tiens à mon amitié , si ton afTection est sincère en sou langage, amène-moi promptement mon bicn-aimé , ou je meurs. C'est le seul moyen de me sauver la vie. Une fois que l'amour nous a frappées, nous sommes prêtes à sacrifier notre vie, nos parents, l'honneur même de notre famille. Tout ce que les amants désirent, ils veulent le voir accompli : c'est ce que nous apprend la sagesse des livres. Oui , tu peux pénétrer dans Dwàravati. Je t'en supplie, 6 ma belle amie, procure-moi la vue de celui que je chéris. • « Ta prière, dit Tcliitralékhâ , est à mon oreille aussi douce que l'ambroisie. Tout ce que pourra faire l’amitié par de bonnes et agréables paroles, sois sûre que je le ferai. Je nie rends à l’instant à Dwâravati, et je t'amènerai aujourd'hui cet Anirouddha, noble enfant des Vrichnis. •

Promesse désastreuse pour les Dànavus , et qui fut fidèlement accomplie! Tchitralékhâ avait à peine fini de parler, et déjà elle avait disparu. Entourée de ses compagnes, Ouchâ resta toute pensive. 11 était la troisième heure, quand Tchitralékhâ partit de la ville de Bâna pour aller porter le message de son amie. Elle honorait en passant les pénitents qu'elle rencontrait. En un moment elle arriva à Dwàravati, soumise aux lois de Crichna, ornée de palais qui ressemblaient aux pics du Kélàsa, et apparaissant à ses regards comme l’étoile qui brille au ciel.

EMPRISONNEMENT DANIROUDDHA.

Vêsampâyana dit:

En arrivant à Dwâravati , Tchitralékhâ s'arrêta devant le palais, et réfléchit au moyen de s’acquitter de sa commission. Tandis qu’elle pensait au parti qu’il lui fallait prendre, elle aperçut sur le bord de l'eau le Mouni Nârada qui se livrait à ses méditations. Aussitôt Tchitralékhâ, transportée de joie, s’approcha de lui, et, le front baissé, elle salua le saint Bichi. Nârada lui donna sa bénédiction et lui dit : « Quel motif t’amène en ces lieux ? Dis- « moi toute la vérité. ■ La nymphe, gardant une posture respectueuse, répondit â ce divin Dévarchi, que le monde honore : • Seigneur, daignez

• m’écouter : je viens ici chargée d’une commission difCcile. Il s'agit d’em- ■ mener Anirouddha, et voici pourquoi. Dans la ville de Sonitapoura il

• existe un Asoura puissant, nommé Bâna , dont la fille, jeune et brillante « beauté, s’appelle Ouchà. Cette princesse est éprise du vaillant fils de Pra-

• dyoumna, et Pârwali le lui a donné pour époux. Je viens le chercher

• pour le conduire dans cette ville de Sonitapoura, mais j'ai besoin que vous

• me dirigiez par vos conseils. Annoncez vous-même à Crichna l'objet de

• ma mission. Il est certain qu’il va éclater entre ce héros et Bâna un grand

• débat; et, il faut l’avouer, P Asoura est presque un dieu quand il s’agit de « combattre. Je crains bien qu’ Anirouddha ne puisse pas le vaincre; et il « sera nécessaire que le grand Crichna vienne triompher de cet ennemi aux « mille bras. Je suis donc envoyée pour emmener Anirouddha. Comment ce « prince accueillera-t-il cette nouvelle? Comment Crichna recevra-t-il cette

• information? Seigneur , daignez le disposer favorablement pour moi. Dans

• sa colère il peut briller les trois mondes , et , si son petit-fils venait à périr,

• son imprécation seule me réduirait en cendres. O saint Mouni , j’implore

« vos avis; faites que la princesse obtienne son amant , et que moi-même je « sois à l’abri de tout danger. •

Nàrada répondit à Tchitralékbâ : « Ne crains rien, et apprends de quelle

• manière il faut te conduire. Quand tu auras mené Anirouddha dans le « palais de la jeune princesse, s’il est question de combat , appelle-moi aus-

• sitôt par ta pensée. J’ai un vif désir de voir ce combat; je m’en promets

• une grande joie; ne manque pas de m’en informer. Prends ce bol ', dont « l'effet est de rendre invisible À tous les regards. Tu peux, à ton choix, en « communiquer la vertu A un autre. • Ainsi parla le grand Nàrada:* Que

• votre volonté soit faite! ■ répondit Tchitralékbâ; et aussitôt, saluant le noble Richi, la nymphe, toujours sur l’aile du vent, se rendit au palais d’Anirouddha.

Au centre de Dwâravati se trouvait la demeure de Pradyoumna, et à quelque distance celle d’Anirouddha , ornée de portiques a et de colonnes d’or, d’arcades d'or et de lapis-lazuli , parée de guirlandes et do couronnes; çà et là sont disposés des vases* remplis de rafraîchissements; ses terrasses4, brillantes comme le soleil, forment, autour du palais, l’effet d’un beau col de paon nuancé de riches couleurs. De tout côté étincèlent les pierres précieuses et le corail ; de toute part retentissent les chants divins des (iandharvas. Tchitralékbâ reconnut h cette magnificence l’heureux séjour du fils de Pradyoumna : elle entra , et vit Anirouddha pareil, au milieu de ses femmes , au roi des astres s’élevant tl^ns le ciel. Occupé de plaisirs cl de jeux, et entouré de ses compagnes attentives à prévenir ses désirs, il savourait de douces liqueurs 4 , couvert de riches vêtements , et assis sur un siège magniüque, pareil enfin au dieu, pctit-lils d’Elavilâ0. Au son des

1 Celle peti le boulo s'appelle WJI HIHHI »»(/>« (rimai/ Voyei lecture eu , note 6.

d’après l’idc© exprimée dans la lecture cxlvi, pag. îoa Cependant il se peut que ce» vases, au lieu d’élre rempli» de liqueurs agréables , ne le soient que d'eau ; celte eau , agitée par des esclaves, répand la fraîcheur dans les appartements. /WrmtnwnMd peut aussi être con-

fondu avec poùmapâlru , mot qui s’emploie pour désigner des vase» dans lesquels on met les étoffes cl autres présents qu'un prince destine k scs amis ou favoris.

* maikonmâJhvtca. M- Wilson dit que c'est une liqueur extraite des fleurs du borna latifolia.

* Epouse du Richi Poulastya. et aïeule de Couvéra , dieu des richesses.

CENT-SOIXANTE ET QUATORZIÈME LECTURE. 207 instruments les plus agréables se mariaient les voix les plus harmonieuses. Et cependant l'esprit d’Ànirouddha était distrait. Des femmes charmantes dansent, chantent autour de lui; et Tchitralékhà s’aperçoit que son Ame n’est point émue : il n’a pas l’air de goûter ces plaisirs , qui semblent n'avoir plus aucun attrait pour lui.

C’est qu’un songe occupe toute sa pensée. Tchitralékhà se rassure : elle n’a plus de crainte en voyant ce héros, au milieu de ce cercle de femmes, pareil à cet animal qui est le symbole d’Indra Et elle se disait à elle-même : « Que dois-je faire? Allons, il faut l’aborder. » En ce moment elle était invisible par reffet du bol mystérieux. Alors, du milieu de l’air où elle planait elle descend vers le palais. Elle apparaît au seul Anirouddha, dont les yeux sont miraculeusement ouverts pour la voir : elle le mène à l’écart, et lui dit d’une voix douce et tendre : « Salut à toi, héros enfant d’Yadou. Et

■ le jour et la nuit chacun travaille pour ton bonheur. Ecoute : j’ai à te dire

• un secret qui intéresse tes amours, et je viens te parler au nom d'Ouchâ, « mon amie. Oui , je suis envoyée près de toi par une jeune beauté qui t’a « vu , qui est devenue ton épouse durant son sommeil, et qui garde ton image

• en son cœur. Elle pleure, elle gémit, elle respire à peine, elle se consume » dans son amour, ne formant qu'un seul vœu , celui de te voir. Viens au-

■ près d’elle, et tu sauveras ses jours: autrement sa mort est certaine. Je sais

■ que tu as mille épouses dans ton palais; cependant tu ne peux t’empêcher « de donner ta main à une femme éprise d’amour pour toi. C’est Dévî elle-

• même qui a fait naître en elle cette passion ; j’ai exposé devant scs yeux di- « vers portraits : elle t’a reconnu, et elle ne vit plus maintenant que de « l’espérance de revoir celui dont elle conserve les traits en son souvenir. En- « fant d’Yadou, aie pitié de son amour; elle et moi , nous t’en conjurons « avec respect. Je te parlerai aussi de sa naissance, de sa famille, de ses

■ qualités; je te dirai quel est son rang et son caractère, de quel père

■ elle est née. Elle est la fille du roi de Sonitapoura , du grand Asoura Bâna, « petit-fils de Virotchana*. Uniquement remplie de ta pensée, elle ne peut « plus vivre sans toi. L’amour et la volonté de Dévî se réunissent pour faire

■ de toi son époux. Ce n’est qu’à cette condition qu'elle peut consentir à

• vivre. •

i/J îh'rjsf tacruJkwadja, c’e»l-àdire leléphaut. — 1 Voyez lecture in, tan. 1, png. ig.

Ainsi parla Tchitralékhâ; Anirouddha répondit : « C’est elle certainement

■ que j’ai vue moi-même en songe. Apprends mon secret , ô charmante messagère : sa beauté , ses grâces, ses manières , sa tendresse , ses pleurs , tout

« se représente à chaque instant du jour à ma pensée , et me jette dans un « délire inexplicable. Si tu veux mériter ma reconnaissance, ô Tchitralékhâ,

• si tu veux te montrer mon amie, conduis-moi auprès d'elle, et que je voie •> ma bien-aimée. Brillé des feux d’amour, empressé de me réunir à mon

• amie , je t’en supplie les mains jointes’, réalise, oh ! réalise mon songe. •

Tchitralékhâ répondit à ces mots : • Mon voyage portera scs fruits et l'es- ► puir de mon amie sera comblé. Que votre volonté soit donc faite! » ajout a-t-elle; et bien assurée de l’amour d'Anirouddha , elle le rend tout À coup invisible dans son propre palais, au milieu même de scs femmes, remmène en le tenant par la main, le conduit par la route que fréquentent les Siddhas et les Tchâranas, et arrive promptement à Sonitapoura. Les deux voyageurs, cachés à tous les yeux par la vertu du bol magique, descendent à l’endroit où se trouvait Ouchâ. Tchitralékhâ découvre tout à coup aux regards de ta princesse, Anirouddha, orné de diverses parures et de guirlandes, couvert d’un vêtement magnifique et semblable au beau Candarpa. A cette vue, Ouchâ sourit; elle éloigne ses compagnes qui étaient auprès d’elle, et introduit le héros dans son palais. Scs yeux sont rayonnants de joie et s'attachent avec tendresse sur l’objet de son affection ; elle offre au noble Yàdava les présents de Yarghya , et embrassant Tchitralékhâ, elle lui prodigue les noms les plus aimables. Mais bientôt un sentiment de crainte pénètre dans son âme; elle dit à sa confidente : ■ O mon amie, comment ferons-nous

■ pour tenir cette aventure secrète P Le bonheur est dans le mystère , mais si

■ nous sommes découverts, notre vie est en danger. » Et en même temps elle se retire avec son amant dans un lieu solitaire, mais sa terreur n’en est pas moins grande.

Tchitralékhâ lui adressa ces mots pour la rassurer ; • Ecoute, ô mon amie!

• 1 Ai destin que l’homme se crée â lui-même peut être détruit en un mo-

■ ment. Mais si la faveur de Dévî t’est véritablement acquise , personne ne » pourra découvrir le mystère dont vous aurez soin de vous envelopper. * A ce discours de son amie, Ouchâ baisse les yeux : • Qu’il en soit donc ainsi ! »

* 7^'ïlîTFFPTT *

s'écrie-t-elle; puis elle Hit à Anirouddha: «Celui qui pendant mon sommeil

• est venu surprendre mon amour appartient à une famille distinguée :

• c’est un pareil motif qui m’a fait succomber au désir de posséder le cœur « d’un amant aussi rare. Noble héros, vous répande* le bonheur autour de

• vous, et je réclame une place dans votre cœur, que d’autres déjà ont su tou- « cher. » Ainsi s'exprimait Ouchâ avec autant de douceur que de prudence; en même temps ses yeux étaient remplis de larmes de joie. Anirouddha essuie ces douces larmes, il sourit, et d’une voix qu’une véritable pssion inspire, il lui tient ce langage séduisant : « O ma belle et charmante amie, » mon bonheur, dont vous venez de me parler, dépend de votre honte pour ■ moi. Recevez l'hommage de mes sentiments. C’est la première fois que je

• vois réellement ces lieux : une fois déjà, mais en songe et pendant la nuit,

• j’ai visité ce gynécée. C’est à votre faveur que je dois maintenant d’y être » admis. L’oracle de l’épouse de Roudra ne sera pas vain : fort de la prolec- « lion de cette déesse et comptant sur votre indulgence, je me présente aujourd'hui. Oh! grâce pour ma présomption ; j’implore de vous mon par- > don. • Il dit , et dans leur asile mystérieux ces deux amants réunis goûtaient le plaisir de se retrouver, plaisir qui pour Ouchâ n’était pas sans un mélange de crainte. Quelques moments après, leur mariage fut consacré par le rite Gdndharva ,0. Chaque jour était témoin de leur bonheur, leur tendresse égalait celle des oiseaux nommés tchacravâcas 11 ; ornée de guirlandes divines, et belle de son amour, Ouchâ s'abandonnait sans réserve aux charmes de cet hymen, qui resta quelque temps secret.

Cependant le héros Yâdava, couronné de fleurs, pré de guirlandes et de vêtements dignes des dieux, fut enfin aperçu pr les gardes de Bàna. À l’instant cette nouvelle fut portée au roi : on lui dénonça l’outrage fait à la prsonne de sa fille. Dans sa colère le üls de Bali, le vaillant et terrible Bâna, fait rassembler la troup de ses satellites. « Allez, leur dit-il, que le malheureux « soit mis à mort , qu’il expie l'affront fait à notre race ta honte d’Ouchâ re- « tombe sur toute sa famille : c’est nous-mêmes qu’il attaque, celui qui, dé-

• daignant de la demander à son père, est venu la déshonorer pr sa vio- « lence. Quelle est donc la force, quel est le courage du misérable insensé « qui ose pénétrer dans notre ville et jusque dans notre palais I • Ce discours

" Voyez lecture eu, note a. — " Voyez lecture cxxxvu, note 6

a excité l’ardeur des satellites. A peine ont-ils reçu ces ordres, qu’ils sortent pour aller attaquer Anirouddha. Elevant dans leurs mains leurs armes menaçantes, inspirant la terreur par leurs costumes divers, ces Dânavas irrites ont juré la mort du fils de Pradyoumna.

Celui-ci. entendant les pas de cette troupe armée, s’est levé promptement; il demande quel est ce bruit, cl il voit autour du palais une foule de soldats qui l’assiègent. La fille de Bâna, à ce spectacle, pousse des cris de douleur ; ses yeux se remplissent de pleurs, elle tremble pour les jours d' Anirouddha. Le héros , ému par les larmes et les pieuses clameurs de son épouse, lui dit pour la rassurer : ■ Tu n’as rien à craindre, o ma belle amie; > tant que je vivrai , tes jours sont en sûreté. Au contraire tu dois te réjouir,

■ car le moment du triomphe est arrivé. Je ne m’inquiète pas de la présence

■ de tous ces satellites de Bâna. Tu vas aujourd’hui juger de ma force. * Aussitôt il s'approche de ses ennemis, seul et confiant dans sa propre valeur; il est poussé par la colère, et ses dents mordent scs lèvres.

C’est alors que TchitraléLhâ, entendant les cris de fureur des soldats de Bâna, appela par sa pensée le divin Nârada. A l'instant ce grand Mouni arriva dans la ville de Sonitapoura, et, sc tenant dans l’air, il dit à Anirouddha : « Courage, noble héros, ne cm ins rien : je viens pour te rassurer. » Anirouddha voit Nârada, le salue, et, l'âme contente et remplie de force, il s’avance au combat. Aux cris de tous scs adversaires réunis, ce guerrier s’élance, comme l’éléphant blessé par la pointe du croc ,a qui le dirige. Ses ennemis en le voyant sortir du palais, plein de courage, les dents enfoncés dans ses lèvres, commencèrent & trembler, et déjà ils songeaient à fuir. Dès la porte du gynécée , il saisit sa massue incomparable, et, pour la perte d’un grand nombre, il la brandit avec cette force et cette habileté qui lui sont naturelles. Les autres cherchent à lui résister : ils font pleuvoir sur lui une grêle de flèches, agitent leurs massues, leurs épées, leurs lances, leurs tridents. Cependant, assailli de tout côté par les Dânavas irrites, le fds de Pradyoumna reste immobile; sa voix résonne comme le bruit du nuage orageux dans la saison des chaleurs. Promenant dans les rangs de ses ennemis sa terrible massue, il est au milieu d’eux comme le soleil, dans le ciel, entouré de nuages. Nârada, couvert d’une peau noire et son bâton à la main, le regar-

’iffr fotra. — 11 Ce»! U peau d'une antilope noire, que porte l'anachorète.

CENT-SOIXANTE ET QUATORZIÈME LECTURE. 211 dait avec plaisir, et l’encourageait du geste et de la voix. {.es Dânavas, frappés par ccttc massue redoutable et puissante, s'enfuirent de peur, comme des nuages poussés par le vent. En voyant son triomphe, le vaillant Anirouddha poussa un cri de lion : ainsi résonne la nue qui couvre le ciel vers la fin de l’été. ■ Arrêtez, • disait-il aux guerriers Dânavas, et il continuait à les frap* per. Ceux-ci poursuivis avec vigueur, la tête baissée, revinrent auprès de Bâna, et là, respirant à peine, tout couverts de sang, affaiblis parla crainte, ils paraissaient tristes et abattus. « Courage! leur criait le roi; bannissez cette « vaine terreur, rassemblez-vous et combattez , vaillants Dânavas. * Ainsi leur pariait Bâna, et leurs regards exprimaient la crainte dont ils étaient pénétrés. • Eh ! quoi , leur disait-il, oubliant votre gloire à jamais célèbre, vous « vous abandonnez à la faiblesse, comme de méprisables ennuquesi Et quel i est donc celui dont l’aspect vous épouvante? Vous si habiles à manier les « armes , vous voulez déshonorer votre race. Je le vois bien , je ne dois

• plus compter sur vous. Allez, éloignez-vous de moi, et périssez honteu-

• sèment. «

Telles étaient les paroles terribles dont Bâna gourmandail ses soldats : des milliers d’autres sont appelés pour les remplacer. Une armée formidable par son nombre et ses traits menaçants se présente au combat, excitée par son chef : l’air retentit au loin du bruit de ces guerriers dont les yeux brillent de colère; on croirait entendre le roulement des nuages étincelant du feu des éclairs. Les uns, fermes sur la terre, poussent des cris semblables à ceux des éléphants; les autres, suspendus dans l’air, font entendre des clameurs telles que le fracas des nues dans la saison des pluies. Quand cette armée fut rassemblée, de tous les rangs s’élevèrent des voix qui disaient ; * Arrête, arrête! » Alors Anirouddha commença à les attaquer; c’était merveille que de voir un seul homme résister à des milliers d’ennemis courageux. Il leur enlevait leurs massues et leurs lances, et s’en servait pour les frapper; puis, sur le front même de la bataille, brandissant sa propre massue, il abattait une foule de guerriers. Armé d’un cimeterre, couvert d’un bouclier qu’il avait ravi à scs victimes, il allait portant la mort dans les rangs de ses adversaires. On le vit, trente- deux fois différentes, aller, pénétrer, revenir, plonger et tourner en tous sens au milieu des bataillons ennemis. On le vit, à plusieurs reprises, seul, sous les yeux du prince aux mille bras, paraissant se faire un jeu des combats, et terrible comme la Mort

dévorante. Pressés par ce héros, couverts de sang, succombant sous les coups, les Dânavas reculèrent du côté de Bâna : des milliers d'éléphants, de chevaux, de chars étaient abattus çà et U. De toute part s'élevaient des cris plaintifs, et le ciel répétait de longs gémissements. Telle était la terreur «fui avait frappé les Dânavas, que, vomissant le sang, et découragés par la vue de leurs désastres mutuels, ils perdaient toute espèce d’espoir. Jamais dans leurs combats avec les dieux ils n'avaient éprouvé une crainte pareille à celle que leur inspirait Anirouddha. Les uns élevés comme de hautes collines , brandissant dans leurs mains des massues, des tridents, des épées, tombaient à terre baignés dans leur propre sang; les autres, troublés par la peur, lançaient de loin leurs flèches mal assurées, dont l’air était obscurci , mais rien ne pouvait soutenir l’attaque d'Anirouddha.

Bâna, voyant sou armée dispersée, et privé de tout espoir, brillait dans sa colère, comme le feu du sacrifice que le bois alimente. Cependant Nârada sautait de joie au milieu des airs, et applaudissait au triomphe d'Anirouddha. Bâna , dans l'ardeur de son ressentiment , s’élance sur un char que dirige Coumbhânda, et s’approche de son ennemi, élevant dans ses nulle maius des épées, des haches , des massues, des tridents : on dirait le dieu Indra entouré de cent étendards. Quelques-unes de ses mains tiennent l’arc tendu, et ses doigts sont défendus par un bourrelet de cuir 14 contre la tension de la corde. Il pousse «les cris de lion, il agite son arc, sou «eil est rouge de colère : ■ Ar- • rète , s'écrie-t-il , arrête î • A ces mots l'invincible lils de Pradyoumna tourne les yeux «lu côté de Bâna, et il sourit. Il voit le Dânava qui se présente au combat dans le même appareil que jadis lliranyacasipou , lors des querelles «les Dévas et des Asouras : le char de Bâna est attelé de mille chevaux, ombragé d'étendards et de drapeaux rouges, orné de cent clochettes retentissantes, recouvert de peaux d’ours et long de dix nalwas 1&. Hcmpli de joie, Anirouddha sent redoubler son ardeur : ferme et résolu, armé de son cimeterre, protégé par son bouclier, il attend le moment «lu combat, comme jadis l’homme-lion né pour la mort du premier des Détyas. A la vue d’un guerrier, combattant à pied avec des armes si légères , Bâna , empressé de le frapper, ne peut contenir sa surprise et sa joie. ■ Comment , se dit-il , serai t- « il invincible, ce rival désarmé, cet ennemi, qui ne porte qu’un simple

“ JT"P*1T yofttJ — 11 Distance de âoo couder*.

CENT-SOIXAKTE ET QUATORZIÈME LECTURE. ‘213 « cimeterre? » Et déjà, comme s’il était sûr de la victoire, il dit en montrant Anirouddha : ■ Qu’on le prenne , et qu’on le mette à mort. » Mais le iils de Pradyoumna qui l'entend se contente de rire en le regardant. Cependant Ouchâ gémit et tremble de crainte : Anirouddha lui sourit pour la rassurer.

En ce moment Bâna commença l’attaque par une grêle de petites flèches qu’il knça à son ennemi. Anirouddha les brisa dans leur vol , ou les détourna avec son bouclier. Les deux rivaux étaient également acharnés l’un contre l’autre. Le héros Yâdava brillait devant Bâna, comme le soleil à son lever, et triomphait des vains efforts du Dânava, tel que le lion combattant dans la forêt l’éléphant furieux. Mille flèches rapides, aiguës et meurtrières venaient l’assaillir sans l’émouvoir. Cependant fatigué de ces attaques, il s’avance avec son cimeterre et son bouclier au milieu de cette pluie dont son adversaire ne cesse de le harceler. Il s’irrite à la vue de son sang qui coule ; il aspire à se venger et s'élance jusqu’auprès du char de Bâna. Celui-ci de ses épées , de ses massues , de ses tridents, de ses dards , de ses flèches le frappe, le perce, l’accable, sans pouvoir toutefois le faire fléchir. Anirouddha, d’un bond rapide, est arrivé jusqu’au char dont il brise le joug; de son cimeterre il frappe les chevaux, à la vue de Bâna , qui couvre alors son imprudent rival d’une masse de traits et d’armes de toute espèce. L'adroit Dânava s’écrie, ■ Il est mort, » et, descendant de son char, saisit un dard formidable, brûlant, entouré d’une rangée de clochettes, pareil â un soleil enflammé, ou au sceptre terrible d’Yama. 11 lance ce dard, qui ressemble à une comète flamboyante ; mais Anirouddha , qui voit arriver ce trait mortel , s’avance , le saisit dans son vol et le renvoie à Bâna. Le dard , traversant le corps du Dânava, va s’enfoncer en terre. Frappé de ce coup imprévu, Bâna s'appuie sur le bâton de son drapeau, et se sent défaillir. Coumbhânda lui dit : « O roi, pour- « quoi méprisez-vous cet ennemi? il combat comme un héros ferme et in- « trépide. Employer contre lui la magie, il n’est pas d’autre moyen de - l’abattre. Protégez-moi en vous défendant vous-même, et n'ayez pas i’im- « prudence de le dédaigner. Qu’il périsse , ou nous succombons sous ses

• coups. >

Excité par ces paroles de Coumbhânda, le prince répond avec courroux : « Je lui garde un trait qui va lui donner la mort. Je le traiterai comme

• Garouda traite le serpent. • Il dit, et avec son char, ses chevaux, son étendard, son écuyer, il disparaît sous la forme d'une ville de Gandhar-

HAR1VÀNSA.

vas L'invincible Anirouddha, ne trouvant plus son ennemi, regarde vers tous les points de l’horizon. Le fils de Bali a disparu par la vertu d'un bol magique, et, tout invisible qu’il est, il lance sur son ennemi des flèches qui ont la forme de serpents, et qui, de leurs nœuds, enchaînent le fils de Pradyoumna. Celui-ci, dont tous les membres se trouvent liés, reste immobile et pareil au niont Mcnâca l\ Ces serpents, dont les gueules vomissent le feu , l’entourent de leurs replis , et forment autour de lui comme une haute montagne, au centre de laquelle le héros est emprisonné. Mais, toujours animé du même courage, il ne tremble pas.

Cependant Bâna s’emportait contre lui dans les ternies les plus durs, et, reparaissant auprès de son étendard, il s’écriait avec fureur: « Coumbhànda, «qu’on mette à mort ce misérable, qui a porté le déshonneur dans notre « famille! ■■ Que votre volonté soit faite, répondit Coumbhànda; cependant, « ô roi, soutirez que je vous donne un conseil. Sachons quel est son pere,

« son pays; par quel moyen il est arrivé en ces lieux. Sa force est égale à

■ celle d'Indra. Plus d’une fois je l’ai observé pendant le combat; il sem-

■ blait que c'était un jeu pour lui : on aurait dit un enfant des dieux. 11 est

■ vaillant, rempli de hautes qualités, et habile dans l’art de manier les

■ armes. Peut-être ne mérite-t-il pas la mort que vous prononcez contre lui. « Il a sans doute épousé Oucliâ suivant le rite Gândharva, et vous savez

■ que vous-même vous n’avez aucun droit sur votre tille, qui peut se choisir

• un époux à son gré. Ainsi n’en venez à la dernière extrémité qu après avoir

• bien réfléchi. Son trépas pourrait vous laisser des regrets : sa mort peut être

• un grand mal, et sa vie un grand avantage. Ce héros mérite qu’on le traite

• avec respect. Ces serpents qui l'entourent ne lui causent aucun tourment.

• Il paraît de bonne naissance, rempli de force, de courage et de vertu : un

• semblable héros est fait pour la gloire et la renommée. Menacé de la mort,

■ il ne compte pas les ennemis. Si la puissance de la magie ne l’avait pas « vaincu, il aurait triomphé de tous les Àsouras. Il connaît les divers genres

• de combat, et sa force peut être même supérieure à la vôtre. Tout cou» «vert de sang, enchaîné par les serpents, il semble encore nous braver,

■ et son front se ride d’un triple sillon. Réduit à la nécessité de combattre ,

■ il n'a eu recours qu’à la force de son bras. O roi, il n’a pas voulu se sou-

** Vojfii lecture txxix, loca. I. noie i5. — " Voyei lecture ex vin, tom. I, note 3a.

• mettre devant vous. Quel est donc ce jeune héros ? Il n’a que deux bras , et

• il a osé lutter contre un prince qui en a mille. Il n'a point calculé votre

• puissance. Certes celui qui possède tant de force et de courage mérite « d’être connu. Votre fille ne saurait appartenir à aucun autre. S’il est issu

• d’une illustre famille, il faut, ô prince, qu’il soit honoré de vous. J’ai

• défendu sa cause, disposé cependant à vous obéir. •

Ainsi parla le généreux Coumbhânda. «Tu as raison,» dit le terrible Bâna; et, donnant l’ordre de garder avec soin Anirouddha, le vaillant fils de Bali rentra dans son palais.

Cependant le grand Richi Nàrada, quand il avait vu Anirouddha enchaîné par les serpents magiques, s'était rendu à Dwàravatî par la route de l’air, et avait annoncé cette nouvelle à Crichna. Après le départ du Richi, Anirouddha se dit à lui -même : «C’en est fait du cruel Dânava. Nàrada,

• arrivé à Dwàravatî, rendra compte de tout ce qui s’est passé au héros qui

• porte la conque , le tchacra et la massue. » Mais Ouchâ , en apercevant le fils de Pradyoumna sous les chaînes des serpents, s’affligeait et poussait des gémissements. Ses yeux étaient rouges à force de pleurer. Anirouddha lui dit : ■ O ma belle amie, pourquoi te lamenter? Ne crains rien. Ne vois-tu

• pas venir, pour me sauver, le vainqueur de Madhou ? En entendant le son « de sa conque, et le seul vent de son bras, les Dànavas vont mourir de peur, « et leurs femmes avorteront. » Ces paroles rendirent à Ouchâ toute sa confiance ; cependant elle pleurait encore sur l’obstination de son père.

PRIÈRE D ANIROUDDHA A DÉVl : SA DELIVRANCE.

Vésampâyana dit :

Anirouddha était à Sonitapoura retenu en prison avec Ouchâ 1 par le roi des Asouras, Bâna, fils de Bali. Dans cette circonstance il implora la pro-

1 Cette circonstance n'est pas mentionnée dans 1a lecture précédente.

tertion de la déesse qu’on a surnommée Cotavi 2. O roi, je vais te dire la prière qu’il lui adressa. Après avoir adoré celui qui est infini, impérissable et divin, le premier des dieux, l’éternel et excellent Nârâyana, le seigneur souverain, je te répéterai, tels que Ilari 3 lui-méme les a célébrés, les noms de cette bienfaisante déesse , que ce dieu véuère et qu’il appelle Tchandi, Cdtydyani , Dèvi, Ary&k% que les Ricliis et les dieux honorent avec les fleurs de l'éloquence*, déesse existant dans tous les corps et révérée de tous les êtres. Anirouddha lui dit :

« Lo front baissé devant toi, pur d’esprit et de corps, je t’invoquerai, je « t’appellerai à mon secours, ô toi qui es la sœur* d’Indra et de Vichnou. « Tu es GôtamP; tu as été la terreur de Gansa et le bonheur d'Yasodâ; tu

• es née au milieu des vaches, et tu as été la fille du berger Nanda*.

» Pure, sage, habile, heureuse, sainte, tu es le fléau des enfants de Diti : -tu habites dans tous les corps, et le monde entier te révère. Antique,

• clairvoyante, tu es Mâyâ*; tu as la face et l’éclat de la lune. Tu es la tranquillité, la fermeté, la mère; tu es celle qui séduit1* les yeux et charme « les esprits.

• Les dieux et les Ricins t’adressent leurs hommages; tous les êtres t’ado-

- rent. Tu es Càli 11 Capâlinî **, Càtyâyam, Dévi; tu inspires et tu chasses

- la crainte. On te décerne le nom de vierge u et le titre de belle54; lu es « Càlaratri 13 , sortant du terrible Cala. Trois yeux ornent ton front16. Tu

- suis avec fidélité les règles saintes

* G1 mot signifie nu*. Voj« lecture «.lxxxii.

1 Dans 1* lviu* lecture , le poêle a inséré une

prière a relte même déesse , qui va s'incarner dan* le sein d'Yasodâ,

* Voycx jKiur toute* ce» épithète* cette même lecture tviit, tom. I. pag. a6A-

1 x-âkpoucKpa

* Nous reverrons ce mot plus bas C'est un terme qui exprime l'amitie, ou une alliance toute métaphysique, plutôt qu'une pareulé naturelle.

1 Ce mot indique sans doute une naissance de In dresse dam lu famille de Golamn- Mais je ne connais pas celle légende. Voyei lect. xxxu . tom I. pag. i5o-

* Voyez le* luit; lu, lom. I, pag. afi<*

* Voyez la cxv* lecture, note 17.

’ H |«£»H ! nvduint

“ Siva étant confondu avec le Temps ou Cala, sa femme s'appelle Cdtf.

** On représente Siva avec un collier de crânes: de là son surnom de Capdlin. dont le féminin est Capdlinf.

“ t.-MI canyâ "

** Voyez la lvii* lecture, tom. 1, pag. -j64

* Siva est représenté avec trois yeux.

11 Mot à mot , elle stt brahmatchârint.

* Tu es l’éclair14, tu es aussi le son qui reteutit au sein du nuage. Tu es « le squelette I#, comme tu es aussi la déesse au large visage. Douée des « plus nobles qualités, tu es la première dans toutes les espèces d'êtres*1;

» tu es Sacounî11 et Révati Parmi les tithis tu es Pantchamî *, Cita- « chtî23, Pôraamâsî 28 et Tchatourdasî En toi sont les vingt-sept consteila-

• tions, toutes les rivières, les dix régions du ciel.

■ Tu habites les villes, les bois, les jardins, les portes, les pavillons54 qui

• couronnent les palais. Tu es GAngi* et Gàndhârî ; livrée aux saints excr- « cices de Y yoga, tu dispenses les grâces de la dévotion. Tu es la pudeur,

• la fortune, la gloire, l’espérance, la joie du ciel”, Saraswatî M, et, la mère

• des Vèdcs, Sâvitrî51, entièrement dévouée à ses adorateurs53.

« Pieuse pénitente, tu procures la paix du cœur. Tu es EcânansA 54 . Tu ■ apparais avec six faces33. Une aigrette magnifique orne ta tète36. Tu es « Madirâ*7, Tcbandî, Uâ **, Couchm&ndî*. Si tu soutiens les êtres, tu es

" Le nom de l'éclair. qui «al féminin en sanscrit, est ici tAddminî.

'* Littéralement , tu et VétAU. Un vétala est un mauvais esprit qui hante les cimetières cl anime des corps morts.

M T^TPTPTT yoûtkatyâyrâ.

11 O mot est le nom d’un oiseau qui est le milan ou l'aigle.

n Nom de la deuxième constellation

** Cest-à-dirc les jour» lunaires.

" Le cinquième jour.

“ Le sixième jour-

®* Le jour de pleine lune

11 Le quatorzième jour.

“ K I r*1 «Wdh.

** J’ignore d'où provient cette épithète donnée a Dévi. Gangi reçut d’Agui Càrtikéya, fils de Siva . Mais je ne vois pus pour quelle raison la mère de Càrtikéya aurait été surnommée Gdngl. D’un autre côté , Siva reçoit le Gange sur sa tête . quand ce fleuve descend du ciel: de là vient que ce dieu est nommé GangAdkara. Le mot Gângi aurait il le même sens que GungAdhora? Peut-être aussi ce mot et celui de Gàndhàrt qui

suit ne signifient-ils que déeae adorée sur Ut hardi de Gange el dans le GAndhAra.

** Kat-ce bien le sens de ïî'ivmi divatparsd ?

" Saraswatî .déesse de l’doqucnce, est ordinairement fille et femme de Brahma.

" Voyez lecture clxiv , note 1 3.

” 01101 fKH,r'

rait aussi signifier qu'e/fe affectionne la offrande* iU rit bouilli.

“ Voyez lecture «.vin , note 3.

* C'est ainsi que l’on représente le dieu Cârtikéya. fils de Dévi. De ces six faces, quatre représentent les points cardinaux, et les deux

autres le zénith et le nadir.

" ^TRrî^TT fMryyé. Ce mot peut aussi désigner que les cheveux de la déesse sont en désordre.

n Déesse des liqueurs fermentées.

M Ce mot s’emploie pour signifier la vache ou la terre.

** Nom de Dévi , lequel est aussi celui d une plante, cucurhtta pepo.

HARIYANSA.

«aussi ramie des combats. Tu répands la crainte, et tu brises l'audace « de tes ennemis. Tu aimes le séjour du Malt va40, du Mandara, du Vin- « dhya , du Kélâsa.

* Brillante de beauté , tu es portée sur un char que traînent des lions. « Tu revêts mille formes : ton étendard est orné de l’image d’un lion. C’est « en vain qu’on voudrait te prendre, te vaincre, t’approcher : ta vue seule

• a épouvanté Nicoumbha. Amie des liqueurs, tu es Sourâdévî 4I. Tu es la «jeune sœur du dieu qui lance le tonnerre, et l'épouse de Siva. Tu es aussi « Kiràtî 42, couverte de baillons et adorée par les troupes de brigands.

«Tu aimes à te nourrir du beurre consacré, et à boire le soma. Tu « es Sômyâ, habitante de toutes les montagnes. Tu as frappé à mort Soum- « bha et Nisoumbha. Ta large poitrine est semblable au front d’un éléphant. « Mère de l’armée des Siddhas, tu es adorée par les Siddhas et les Tchâ- - ranas. Noble déesse, tu es la mère de Coumâra 4\ tu es Pârwatî, fille « d’Himâlaya.

"Tu es le père et la mère de tous les êtres; tu es le monde tout entier, « le ciel , les «lieux et les Apsarâs : c’est par toi que sont devenues fécondes «les cinquante44 filles de Dakcha , les épouses des dieux, celles qui ont « uni leurs destinées aux mille enfants de Cadrou4\ à leurs fils et à leurs « petits-fils, celles qui se sont mariées aux Ricbis, aux Yakchas, aux Gan- «dbarvas, aux Yidvâdharas et aux mortels.

«Tu es adorée dans les trois mondes qui retentissent des chants har- « monieux des Kinnaras. Incompréhensible, infinie, tu es tout ce qui existe. « Salut à toi ! Je t’adore sous ces noms et sous d'autres encore, ô Gôtamîl

• Que ta faveur daigne me délivrer promptement de ces liens. Jette sur « moi un regard de bonté , déesse aux yeux de lotus ; je me prosterne

• devant toi et j’implore ta protection. Daigne aussi me délivrer de toute « autre espèce de chaînes.

«Brahmâ, Vichnou, Roudra, la lune, le soleil, le feu, les vents, les « Aswins, lcsYasous, les Viswas, les Sâdhvas, Mahendra, le nuage, Dhâ-

M C’est la chaîne de» Ghatcs occidentales.

M Autre nom de la déesse des liqueurs.

u Les K i râlas , nommes Kirrhatia dans Arnen. aonl des peuples sauvages qui habitent les montagnes. Dans le Kirdlârdjoanira, Siva se dé-

guise en kir à ta pour faire la guerre à Ardjouna . 41 Nom de Càrlikéya.

41 La m* lect, , tom- 1, pag. i5, en compte soixante.

* VoyexiW-, pag aa.

«tri**, la terre, les dix régions célestes, les vaches, les constellations, les

• planètes, les rivières, les lacs, les torrents, les mers, les Vidhyâdharas, « les oiseaux, les serpents, les Souparnas *7, les Gandharvas, les Apsarâs, enfin

• le monde entier aime à chanter les louanges de Dévi.

• Celui qui lit avec dévotion cette prière sacrée en l’honneur de Dévî

• reçoit d’elle une grande faveur le septième mois. O déesse aux seize bras*3,

• ornée de parures diverses, brillante de perles sur tous tes membres, éle-

• vant un front ceint d’un diadème superbe, ô CâtyAyanî, on vante ta bien- « faisancc. Salut à toi, Mahâdévî! sois touchée de ma prière, et protége-moi.

• Accorde-moi une vie heureuse, de l’honneur, de la constance, de la fer- - meté. Que mes fers soient brisés. Daigne exaucer mes vœux ! »

C’est ainsi qu’Ànirouddha enchaîné célébrait la grandeur de la puissante Dourgâ, dont la face renverse les citadelles. La déesse lui apparut, et, pleine de bonté pour le héros, le délivra de ses chaînes. Elle daigna même le consoler et calmer sa juste impatience. De son doigt elle toucha et ouvrit cette espèce de cage, aussi forte que le diamant, dans laquelle les nœuds des serpents retenaient l’époux d'Ouchâ, puis, s'adressant avec douceur au prisonnier qu’elle venait de délivrer, elle lui dit : « Anirouddha,

• le héros armé du tchacra va venir achever ta délivrance. Ce vainqueur des

• Dètyas frappera les mille bras de Bâna, et emmènera ce prince dans sa

• propre ville. Le fils de Bali se trouvera désarmé, et Hari porté sur le roi

■ des oiseaux t’enlèvera avec la fille de Bâna. •

Anirouddha, apprenant ainsi que Bana allait bientôt ressentir les effets du terrible tchacra, rendit A Dévî des actions de grâces, et dans l’accès de sa joie son visage brillait comme le disque de la lune. «Adoration à toi,

• bienfaisante Dévi ! adoration à toi , redoutable ennemie des Asouras 1

■ adoration à toi, souveraine toujours puissante ! adoration à toi, secourable

■ amie de tous les êtres 1 adoration à toi , qui as vaincu le grand Asoura "Mahicha**l à toi, qui as toujours été la terreur de tes ennemis I à toi,

■ qui es Brahmâni , Indrânî , Koudrànî w, le passé et l’avenir, A toi toujours

** Nom de lirahmà ou de Vichnou.

** Oiseaux semblables k Garouda- " Ordinairement on ne lui en donne que dix, " Voyex lecture clxiv . note î o.

“ Ce» nom* sont ceux par lesquels on exprime

l'énergie femelle de Brahma , d'Indra et de Hou dra , contenue dans Dévi, C'est ce qu'on appelle aussi les mdtru. Voyex lecture cxvm , note 88. Voyex aussi ce mot dans le dictionnaire de M Wilson.

MARIVANSA.

• glorieuse ! Sauve-moi de tous les maux , ô Nârâyanî s\ je t’adore ! Je t’adore ,

• mère et maîtresse du monde* illustre pénitente, lidèle en amitié; fille « d'Himâlaya, 6 toi qui es la terre elle-même, déesse aux yeux de lotus,

• sauve- moi. Je me prosterne à tes pieds pour implorer ta protection. Je

• t’adore , le front baissé avec respect , et te remercie de m’avoir délivré « de mes chaînes. Garde-moi de tout péché. O Nârâyani, je t’adore. Sauve-

• moi de tout mal , ô toi qui es la terreur des Dânavas. Épouse chérie de

• Koudra, noble déesse, qui guéris les maux de tes serviteurs, maîtresse

• souveraine, délivre-moi de la crainte de tous les maux.»

Celui qui lit avec recueillement cette prière sacrée en l’honneur d’Àryâ sera purifié de tout péché, et ira dans le monde de Vichnou; s'il est dans les fers, il recouvrera sa liberté. Tel est l'effet inévitable de cette lecture.

TEMOIGNAGE RENDU A CRICHNA.

Cependant le palais d'Anirouddha était rempli des gémissements de toutes ses femmes. Elles ne voyaient plus leur maître chéri : on aurait dit autant de Kinnarîs1 affligées. • Hélas! hélas I s’écriaient-elles, le maître du « monde, Crichna, habite auprès de nous, et notre seigneur nous est enlevé, « et nous sommes livrées à la crainte. Indra et les Dieux ses sujets, les Ady-

• tyas, les Marouts, à l’ombre de son bras puissant, vivent tranquilles dans « le ciel. Ce héros est la terreur à la fois et la sécurité du monde. Et voilà

• qu’on nous ravit son petit-fils, le vaillant Anirouddha. Quel est donc l’au-

• teur de ce crime? Ab î certes, il est intrépide dans son forfait, l’insensé ■ qui ose ainsi provoquer la colère terrible du lils de Vasoudéva. Il se

• trouve sous la dent de la Mort entrouvrant sa bouche pour le dévorer, « celui qui a la folie d’attaquer le généreux Crichna. L’époux lui-mème de

w Voyez la note précédente. — 1 C'en le féminin du mot k muant , espèce de musicien céleste-

■ Satchî, s'il se rendait coupable envers l'enfant d’Yadou d’un semblable

■ crime, ne pourrait sauver ses jours. Privées de notre époux, nous n avons

■ plus à attendre que le malheur et la honte : la mort seule est désormais « notre partage. • Tels étaient les discours de ces femmes éplorées, et dans leur profonde ailliction elles versaient des larmes. Leurs yeux, inondés de pleurs, ressemblaient aux calices des lotus remplis d’eau dans la saison des pluies, et, sous leurs longues paupières recourbées, ils paraissaient comme rougis de sang. Du sein de leurs palais leurs cri» se répandaient au dehors ; ainsi s’élèvent dans l’air les bêlements plaintifs de mille brebis. A ce bruit effrayant et nouveau, l'alarme régna dans la ville, et tous les héros sortirent rapidement de leurs maisons. « D’où viennent ces cris que l'on entend dans • le palais d’Anirouddha? Défendus par Crichna, comment pouvons-nous « être encore inquiétés? » Remplis d'une tendre sollicitude, le regard effaré, telles étaient les questions qu’ils s’adressaient, pareils à des lions que la crainte vient de faire sortir de leur caverne.

En cet instant le tambour de guerre fut frappé pour les avertir de se rendre au conseil : à ce son ils arrivèrent tous. « Quel est donc cet événe- « ment? » se demandèrent- ils , et ils apprirent bientôt les uns des autres ce qui venait d’arriver. Les yeux remplis de larmes et rouges de colère , les invincibles Yâdavas restaient immobiles, et soupiraient. Au milieu du silence générai, Yiprithou prit la parole, et s’adressant au grand Crichna, dont la douleur s'exhalait en longs soupirs : • Noble et vaillant héros, pour- « quoi restes-tu ainsi pensif? Tous les Yâdavas mettent leur confiance dans « la vigueur de ton bras. Tous ceux qui ont recours à toi ont obtenu pro-

■ tection. Le grand Indra a senti qu'en toi était la défaite comme la vic-

■ toire. 11 dort heureusement sans inquiétude. Comment donc, toi, peux-tu

■ éprouver des chagrins ? Tes parents sont tous plongés avec toi dans « cette mer d'amertume. Rctire-lcs de cet abîme, héros généreux. Quel

■ est cet événement qui cause tes soucis ? Ce n’est rien , dis-tu. O Mâdhava, « ce n’est pas en vain que tu réfléchis. •

Pendant ce discours Crichna ne cessait de soupirer. Aussi habile que Vrihaspati 3 dans l’art de la parole, il répondit : « Yiprithou, je pensais à ce « que je dois faire; et plus je médite, moins je puis fixer mon irrésolu-

* Maître des dieux, surnommé Gourou ou SoardtchJrya.

« tion. Ainsi je ne saurais en ce moment répondre convenablement à ton

• discours. Je vais m'expliquer devant les Dâsàrhas \ Apprenez , héros

• Yàdavas, ce qui me jette dans cette préoccupation d'esprit. Quand tous « les princes de la terre vont apprendre l'enlèvement d'Anirouddha , ils « penseront que nous tous, ses parents, nous sommes sans force et sans « puissance. Le lils d’Ahouca, notre roi, fut un jour enlevé par Sâlwa \ - mais ramené par nous après un combat sanglant. Dans son enfance Pra- « dyoumna nous a été ravi par Sambara : ce lils de Roukminî nous est « revenu après avoir tué son ravisseur sur le champ de bataille a. Mais au- « jourd'hui quel est donc le sort du fils de Pradyoumna ? C'est là ce qui fait « l'objet de mes réflexions, vaillants héros. Oui, je combattrai l'ennemi qui « a osé mettre son pied sur ma tète sans qu'il fût réduit en cendres : lui « et sa race y perdront la vie. *

■ Ainsi soit fait! dit SAtyaki; cependant il faut, ô Crichna, envoyer des

• émissaires à la recherche d'Anirouddha, Qu'ils parcourent toute cette i terre , les montagnes, les bois. • • Eh bien! dit Crichna en souriant au lils « d’Ahouca, envoyez sur-le-champ ces émissaires à la recherche d'Aniroud- » dha. Qu’on en dirige, ô roi, et au dedans et à l’extérieur. * Ougraséna lit exécuter à l'instant les ordres de Crichna : il expédia, pour retrouver Anirouddha, des émissaires dans toutes les directions : il leur fournit des chevaux et des chars. • Allez, leur dit-il, parcourez tout dans nos do-

• maines au dedans et au dehors. Visitez sur le Révata les lieux couverts « de roseaux ou ombragés d’arbres; parcourez le Rikcha sur vos chevaux ra-

• pides. Ne passez aucun bois, aucun jardin sans l'inspecter. Allez partout

• hardiment. Vous aurez à vos ordres des milliers de chevaux et de chars.

• Allez, et cherchez le petit-fds d’Yadou. •

Le général Anàdhrichti prit la parole et dit au puissant Crichna avec une espèce de crainte respectueuse : « O Crichna, écoute, je te prie, mon

• discours ; il y a déjà quelque temps que je désire te parler. Asiloman , ■ Pouloman *, Nisounda et Naraca1, Sôbha, Sâlwi1, Mènda*, Dwivida 16 ,

Ricin, beau «père d’Indra. tué par son gendre- ’ Voyez lecture CU, tom. I, pag. 517.

• Voyei lecture cxlyi , note 18.

* Dànava tué par Vkhnou.

11 Non d’un singe tué par Rimatchandra.

1 Nom donné aux Yàdavas.

* Ceat le prince dont il est question dans la cv* lecture et les suivantes.

* Voyet la lecture clxi et les suivantes.

4 Pouloman est ordinairement le nom d’un

■ le grand Hayagriva 11 avec tous les siens ont perdu la vie après de longs « combats soutenus dans l’intérêt des dieux. Toutes ces querelles ont été

■ terminées sans laisser aucune suite. O Govinda, tu as frappé de manière

■ à ne pas laisser de chef d’arrière-garde. Mais l’œuvre difficile que tu as

■ exécutée en enlevant le Pâridjâta 12 ne se trouve pas entièrement terminée :

■ elle doit encore avoir des conséquences. Indra, monté sur Ërâvata, malgré « son habileté dans les combats, a été vaincu par la force de ton bras; « mais son ressentiment n’est pas éteint , et ce ressentiment aura des suites.

■ Je crois qu'Anirouddha a été enlevé par Maghavan ,J. Quel autre que « lui peut avoir l’audace et la puissance de se déclarer ton ennemi? Tel

■ est mon avis. »

Le sage Crichna , respirant avec la force de l’éléphant, répondit au vaillant Anâdhrichti. « Général , c’est une erreur. Les Dévas ont trop de géné-

■ rosi té, trop de sagesse et de prévoyance pour agir ainsi. Je leur ai rendu

■ assez de services dans leurs querelles avec les Dânavas , et pour les aou-

- tenir j’ai frappé dans les combats un assez grand nombre d’ennemis : je

- n’ai jamais eu d’autre pensée, d’autre soin que de leur témoigner mon « dévouement et mon amitié. Comment pourraient-ils me manquer, après

■ avoir reçu tant de preuves de mon attachement? Toujours nobles et gé- « néreux , ils sont reconnaissants et attachés à leurs devoirs. An&dhrichti ,

■ tu te trompes. Anirouddlia n’a été enlevé que par suite de quelque in- « trigue de femme. Mais une manœuvre aussi indigne n’est pas dans la « nature desDévas. •

Acroûra, qui venait d’entendre ces paroles de Crichna, ajouta A son discours ces réflexions sages qu'il prononça d’une voix douce et insinuante :

• Seigneur, ce que fait Indra, nous le faisons aussi, et la conduite de

• l’époux de Satchi est en tout modelée sur la nôtre. Les dieux nous doix vent protection, comme nous devons aussi protection aux dieux. C’est « pour eux que tu as pris un corps humain, toi, Yichnou, vainqueur de

• Madhou, dieu des dieux, héros, et maître éternel. » Emu par ces mots d’Acroûra, Crichna lui dit avec affection : • Anirouddlia, certainement,

• n’a été enlevé ni par les dieux, ni par les Gandharvas, ni parles Yakchas « et les RAkchasas : c’est par une femme et par suite d’une intrigue amou-

“ Voyez lecture exx , tom. I , pag. 5aa. — “ Voyez lecture cxxxui. — u Nom d'indi a,

» rcuse. Les femmes des Détvas et des Dânavas sont passionnées, et con- ■ naissent les secrets de la magie. Ce sont elles qu’il faut accuser : c’est de

• U que vient le mal. »

Ainsi parla le généreux Crichna , et son explication fut accueillie avec laveur parmi les Yâdavas. Un grand bruit s’éleva : c’était la voix des Soûlas, des Mâgadhas1*, des panégyristes qui célébraient la grandeur de Crichna; leurs doux accents retentissaient dans le palais de Mâdliava , et charmaient son oreille. Mais voilà que de tout côté les émissaires arrivent à la porte du conseil , et s’écrient d'une voix tremblante : ■ Nous avons visité les jardins» « les assemblées, les rochers, les cavernes, les fleuves et les rivières. Cent « fois nous avons parcouru tous ces lieux, et nous n’avons rien trouvé. ■ D'autres revenaient aussi, et disaient à Crichna : « Nous avons vu toutes les

• contrées, et nous n'avons pas trouvé le fils de Pradyoumna. Enfant « d'Yadou , quels autres ordres voulex-vous nous donner concernant la re-

• cherche d’Àniroudrîba ? ■ Alors les Yâdavas, accablés par la douleur, et, les larmes aux yeux, se dirent : ■ Que nous reste-t-il à faire? • Les uns, le front baissé, se mordaient les lèvres; les autres fondaient en larmes ; d’autres, fronçant le sourcil, pensaient au moyen de sortir d’embarras. Au milieu de leurs réflexions et de cette inquiétude que leur causait le sort de leur parent, le jour disparut, et les Yâdavas, toujours plongés dans leur affliction, résolurent de passer la nuit.

Cependant les instruments de musique et les conques marines retentissaient dans le palais de Crichna pour annoncer l’heure du réveil ,a. Alors au jour pur d’un soleil radieux , Nârada entra seul en riant dans la salle du conseil. A la vue de tous les Yâdavas assemblés avec Crichna, il salua Mâdliava de l’acclamation royale15. Crichna, se levant avec empressement, lui présenta Yanjhya 11 cl le madhou/tarca et une vache. lx» saint Richi se plaça sur un siège orné d’étoffes magnifiques, et dit aux Yâdavas: • Pour-

“ V oj« lecture v. lom. I, pag. 3o.

* Uo poète musicien , nommé vétàlica . est chargé <r«nnuiK-er en ver» certain» moments de la journée, comme le matin et le *oir. Ï1 éveille le prince au brnil de la musique et de» chants. Ce pocte se nomme encore khtAttàla ou IrhèlttAla et MtAnthea

" Cestà-dire, Au mot victoire,

AjupambAu.

11 Pour ce mot argkya ou aryha, voyez lecture XIV , tooi. 1 , pag. 70 , note a 1 .

" Le maAkouptava est un plat de caillé, de beurre et de miel . présenté aux bûtes que l'on veut honorer.

• quoi donc cet air pensif? Tristes, mornes, abattus, vous êtes sans mouve- « ment et sans énergie, comme des hommes énervés. »

A cette interpellation du grand Nârada , le fils de Vasoudéva répondit : « Pieux brahmane, écoutcz-moi. Anirouddha a été enlevé, et nous avons

• passé cette nuit à penser aux moyens de remédier â nos inquiétudes. Si

• vous avez quelque nouvelle à nous donner de lui, si vous lavez vu quel-

• que part, ô divin Mouni, parlez; c’est un service que je réclame de votre « amitié. » L'illustre Késava finissait ces paroles, Nârada lui dit en souriant: « Vainqueur de Madhou, écoutex-moi. 11 vient de se livrer entre Aniroud- « dha et Bâna un grand combat , digne de tous ceux que l’on raconte des « dieux et des Asouras. Le sujet de leur querelle est Ouchâ, fille de ce

• puissant Bâna : c'est pour cette princesse que l’Apsarâ TchitralélhA est « venue enlever Anirouddha. Les deux champions se sont donc livré un « combat terrible, et j’ai admiré moi-méme les coups que se sont portés le « fils de Pradyoumna et Bâna : on les aurait pris pour Bali et pour Vàsava.

■ Enfin Bâna, craignant l'habileté d’Anirouddha, a eu recours à la magie, « et a enchaîné sa valeur par des nœuds de serpents. Il avait même or-

• donné sa mort. Votre petit-fils a été sauvé par les conseils de Coumbhânda, « ministre de Bâna, et le héros s’est vu lié par les serpents magiques du « prince dont la valeur avait échoué contre lui dans le combat. Mais vous, « ô Crichna, levez-vous promptement pour la gloire et le triomphe. Ce n’est

• pas ici le moment d’encourager ceux qui marchent à la victoire : d'ailleurs « le héros, même lorsqu’il est abattu, conserve sa force et sa fermeté. *

Excité par ces paroles, le fier Crichna donna aussitôt l’ordre du départ. Couvert de poudre de sandal et de lâdjas w, il sortit bientôt lui-même. Nârada lui dit : ■ Crichna, il vous faut par la pensée appeler le fils de Vinati.

■ Autrement il vous est impossible de faire cette route difficile , qui est de « onze mille yodjanas. Pour arriver â Sonitapoura, où est maintenant Ani-

■ rouddha , employez le vaillant Garouda, qui en un moment vous transpor-

■ tera dans la capitale de Bâna. • Après avoir entendu ces mots , Hari pensa à Garouda, et aussitôt le serviteur fidèle se présenta devant lui dans l’attitude du respect. Le fils de Vinatâ, saluant Crichna , lui dit avec soumission :

■ O dieu dont l’ombilic a produit le lotus mystérieux, pourquoi m’avez-

M Voyez lecture cxxivi, note 10

■ vous appelé? Je désire savoir le service que vous demandez de moi. Quelle

■ est la ville que je dois renverser du choc de mes ailes? O Govinda, qui « n’a pas éprouvé la force de mes coups ? quel est l’orgueilleux insensé qui « court au trépas , ignorant et le poids de votre massue et les feux de votre « tchacra? A quel ennemi le héros orné d’une guirlande divine 50 va-t-il « lancer son soc aussi dévorant que la gueule du lion? Quel malheureux « doit rouler à terre, consumé par vos flammes? Quel est celui dont les « sens vont défaillir au son de voire conque divine, ô Mâdhava? Quel est « le prince qui , avec sir suite, est destiné à descendre au séjour d’Yama? •

Ainsi parlait le sage Garouda ; le fils de Vasoudéva lui répondit : « Ecoute , « roi des oiseaux. Le fils de Bali, Bdna, a surpris par la ruse le fils de « Pradyoumna, et le retient enchaîné dans la ville de Sonitapoura. Enivré « du charme de l’amour, Anirouddha s’est vu lié par des nœuds de ser- « ponts venimeux. C’est pour aller le délivrer que jo t’ai appelé. Il n’est que

• toi qui puisses inc seconder pour ce voyage. Transporte-moi prompte- « ment dans les lieux où est retenu le fils de Pradyoumna. La fille des « rois de Vidarbhâ a, sa mère, pleure et appelle son enfant à grands cris : que « par toi la mère et le fils se trouvent bientôt réunis. Tu sais qu’autre fois « tu ravis l'ambroisie, et qu'aiors nous fîmes ensemble un traité : tu es de- « venu mon étendard , mon compagnon fidèle 73 . Puissant ennemi des ser- « pents , toi que je regarde comme mon ami , prouve-moi aujourd’hui que tu « m’es attaché. Aucun oiseau ne t’égale en rapidité. Approuvant jadis ton » noble motif, je ne t’ai point maudit, quand seul lu as délivré ta mère du

■ poids de l’esclavage sous lequel elle gémissait. Du choc de tes ailes des

• guerriers ont été par toi terrassés dans le combat. Tu as prêté ton dos vi-

■ goureux à des troupes entières de Souras. Viens avec moi dans des régions

■ inabordables; je veux devoir la victoire à ton secours. Par l'étendue de « tes ailes tu ressembles au Mérou; par leur légèreté tu ressembles au

Garouda alla saisir 1a lune et la cacha sous son aile. Indra avec les dieux vint l'attaquer et fui vaincu. Vichnou fut plus heureux; mais, content de la conduite de Garouda, il lui accorda une capitulation honorable. Garouda devint la monture de Vichnou, et quand le dieu est porté sur un char, l'oiseau se place au-dessus de lui en forme de bannière flottante

" SRW vanamAlm. Crichna porte une guirlande nommée vanamâlâ.

“ Voyex lecture civil.

M Vinati , mère de Garouda , était devenue , à la suite d’une gageure , esclave de Cadrou , mère des serpents. Ceux-ci promirent de la délivrer si Garouda voulait leur donner le breuvage d'immortalité, dont la lune est le réservoir.

• dieu de lair. 11 ne fut, il n’est, il ne sera aucune force pareille A la tienne.

« Puissant enfant de VinatA, généreux et noble ami, unissons-nous pour « sauver Anirouddha. •

- Je suis confus, dit Garouda, des discours que vous me tenez, magna- ■ nime Crichna. A votre faveur seule je dois mes succès, ô Késava. Je suis « heureux des éloges que vous m'adressez. Mais c’est A vous qu’est due toute « louange, et c’est vous qui me louez! Vous êtes au-dessus des Vides, au- « dessus des Souras. C’est de vous que vient toute grâce. Vous savez ce qui « est utile À tous les êtres, et vous comblez de bienfaits ceux qui sont dans « le besoin. Vous avez quatre bras et quatre formes35 : c’est vous qui diri- « gez les quatre holocaustes3*, qui connaissez les devoirs des quatre ordres « de dévots, qui offrez les quatre sacrifices. Vous êtes le grand poète * : vous " portez avec honneur l’arc, le tchacra et la conque. Célébré entre tous les « dieux, vous soutenez la terre. Noble fils de Dévaki, vous êtes armé de la

• massue et du disque; vous avez pour l’amour des vaches élevé le Govard- « dhana56; par vous sont tombés Cansa et Tchânoûra, le premier, le plus « habile des lutteurs*7. Ce dernier exploit vous a rendu le maître et le pro- « tecteur de ceux qui s’exercent à la lutte. Etre supérieur, vous êtes l’ami , le « défenseur, le soutien toujours assuré des Brahmanes. Identifié avec BrahniA,

• constamment secourable, c’est vous qu’on appelle Ddmodara **; c’est vous « qui avez donné la mort À Pralamba à Késin 50 , à d’illustres Dànavas, « à Asiloman, à Ràvana 5I. C’est de vous que Vibhîchana w et Sougrîva B

Rrahmà est représenté avec quatre tète»; mais je ne sais pas précisément ce qu'on entend ici par le» quatre forme» de Crichna. Ce sont peut-être les quatre Vèdes.

" J'ai déjà dit que sans doute ces quatre holocaustes étaient les quatre sacrifice» désignés, liv. II des lois de Manou, »l. 80, sous le nom de pâcayadjnai- Je ne Mis quelle différence le texte prétend mettre ici entre tJrjiA et

. Ces quatre sacrifices sont l’offrande

aui Viawadévas, le Sriddha particulier, le Sràddha perpétuel , et l’hospitalité.

” rnahâcavi.

** Voyot lecture lxxiv, tom. I. pag. 3i».

w Voyez lecture iaxxyi, tom. I, pag. 366.

“ Voyez lecture Luit, tom. I, pag. ayq.

** Voyez lecture lxx, tom. I, pag. 3oo.

* Voyez lecture lxxx , tom. I , pag- 338.

*' C’est Bâmatchandra qui l’a tué.

” C’était le frère de Ràvana , qui fut appelé à lui succéder au trône de 1 JincA : fl avait été l’ami et l’allié de Rima.

H Chef de singes, ami de Rima. Quand Rima arriva dans le pays de Sougrîva, celui-ci était révolté contre le roi BAlin , son frère , qui lui avait enlevé sa femme Roomi. Bàlin fut blessé à mort par Rima, et partagea son royau me entre son frère Sougrha et son fil» Angada. Son

« ont reçu leur royaume, vous qui avez tué Bàlin *, qui avez détrôné

• Bali et enlevé des trésors de pierres précieuses96. Vous êtes vous-même

• 1a première des pierres précieuses. Sorti du sein de Samoudra , vous êtes » Varouna, vous êtes la grande source des rivières. Parc de votre arc et de

• votre conque, vous êtes le plus illustre des archers. On vous nomme Di i-

• sârha, habile et savant guerrier. On vous appelle aussi Govinda. Vous êtes

• l’océan, l’éther, les ténèbres, le swarga, la terre, celui qui trouble la

• mer, qui porte le swarga, qui est le prix destiné à un grand nombre.

• Vous êtes aussi le grand nuage , le père de toute semence. Vous êtes le « perturbateur des trois mondes , celui qui porte avec lui la colère , le mal

• et la crainte; niais en même temps vous êtes le désir et celui qui le sa- « tislait. Vous savez manier toute espèce d’arc. Vous êtes celui qui dérange

• et qui arrange”, qui détruit et qui construit5®; vous êtes le germe d’or **, « l'embryon de la terre, l’être immatériel et l’être revêtu de formes, le ■ maître*0, le grand dieu41, doué de qualités innombrables. Vous daignez » me louer, et c’est vous, être éternel, qui méritez d'être loué. Ceux sur « lesquels votre regard ne daigne pas s’attacher, malgré leur force terrible, « sont frappés par la verge d’ïama, et forcés de rétrograder dans l’échelle « de la création. Ceux au contraire que vous regardez d’un œil de bonté

• sont dans ce monde et dans l’autre délivrés de tout péché, et vont tous « dans le swarga. O seigneur, je me soumets à tous vos ordres. Commandez, » je suis disposé à vous obéir. »

En même temps Garouda , après avoir fait entendre l’acclamation royale, ajouta ces mots, « Me voici prêt, seigneur, à vous servir de monture; » et, s'approchant de Crichna, il frémissait de plaisir. Alors le héros, l’embrassant par le cou, lui dit * ■ Ami , à la perte de nos ennemis! reçois cet argha. • Aussitôt

royaume se nommait kichkinJha , prés du Mysore.

** Voyez la note précédente.

** Lors de l'avatare appelé Vdmana.

" Voye* lecture czxi.

” FfëTrf «* STrfo “ drPT ! «< PlciM ! ■

** Hiranyagarbfia. Voyez lecture i, ton). I, 1 pag, 5. On donne le nom de garUui au lit du

Gange, quand le fleuve est à sa plus grande hauteur. Ses flots chargés de limon méritent bien alors l'épithète de hiranya (doré}. Ne serai t-cc pas là l'explication physique de U fiction poétique de rbraiçsjflrttfl 1

" Ce nom est ordinairement donne

à Siva, et est synonyme d'fwara. Voyei lect. i , toxn. 1, pag. 5.

w MahdJèva, nom de Si»a.

CENT-SOIXANTE ET SEIZIÈME LECTURE. 229 le dieu qui porte la conque, le tckacra, la massue et le cimeterre, présente avec empressement à Garouda l’offrande de Yaryha; et, peu d’instants après, sur le dos de l’oiseau céleste apparaît le premier des êtres, ardent à saisir la victoire, celui que sa couleur a fait nommer Crichna w, celui qui a tué Causa, Késin , Pralainba, qui a quatre bras et quatre armes, qui connaît les quatre Vèdes et les six Védângas, celui dont la poitrine est ornée du Srîvatsa49, dont l'œil ressemble à la fleur du lotus, dont le poil est hérissé et la peau douce, les doigts et les ongles réguliers, dont le blanc des ongles est teint en rouge 44, dont la voix est douce et pénétrante , les bras longs, arrondis et pendants jusqu’aux genoux 45, la (ace noire, dont le corps, brillant de jeunesse, tient de l’apparence du lion, et resplendit comme mille soleils; qui, maître, âme et essence de la nature, possède les huit qualités souveraines 49 qu’il a reçues du suprême Pradjâpati, et qui règne sur les Pradjdpatis , les Sâdhyns et les dieux, celui enfin dont la gloire est célébrée par les Soûtas, les Mâgadhas et les panégyristes divins, et par les illustres Ricliis, instruits dans la science des Vèdes et des Védângas.

Après avoir fait proclamer la déclaration de guerre dans la ville de Dwâravati , le noble fils de Vasoudéva se mit en route. 11 était assis sur Garouda, ayant derrière lui le héros qui porte le soc et ensuite le terrible Pradyoumna. • Sois vainqueur de Bâna et de ses satellites. Personne ne « peut te résister dans le combat. De toi dépendent la prospérité constante, « et la victoire qui accompagne la puissance. Oui , tu vaincras ce roi des Dêtyas « et son armée. ■ Ainsi s’exprimaient les Siddhas, les Tchâranas, les Maharchis qui parcouraient les plaines de l’air, et que Crichna rencontrait sur son passage tandis qu'il volait au combat.

“ Crichm signifie noir.

** Voyez lecture XLi, tome 1, page i85, note ao.

“ Pratique usitée dans l'Inde.

u Ce»t l'explication que l'on a aussi donnée du surnom d'Artaxerco Long a* main.

* H est question ici ou des huit facultés surnaturelles appelées vrMwdfi; ou des huit «raie» dont il sera (ait mention au commence-

ment de la lecture suivante ; ou de huit présages heureux , tds que ceux que l’on nomme acklamangala (voyez ce mot dans M. Wilson); ou de ces huit formes que l'on donne i Siva, surnommé poux cette raison uchlamoârttùüuirn , et qui sont invoquées dans le prologue du drame de Saconntal ; ou bien encore de la présidence qui aurait été accordée au dieu sur les huit point, cardinâu, :

VICTOIRE REMPORTÉE SUR LE FEl'.

Yêsampâyana dit :

Au bruit que faisaient les instruments de musique, les conques, les chants des Soôtas, des Mâgadhas, des panégyristes, les acclamations des mortels qui lui souhaitaient la victoire, Crichna avait pris une forme qui le rendait aussi brillant que le soleil , la lune et Indra. Au moment où le fils de Yinatâ allait s'élever dans les airs, la splendeur de Hari éclata sur toute la personne de Késava. Le dieu à l'œil de lotus apparut comme une large montagne, et, disposé à frapper le Dânava, il prépara ses huit bras1 *: ceux de droite étaient armés du cimeterre, du tchacra, de la massue, de la flèche; ceux de gauche, du bouclier, de l’arc, du tonnerre 3 * et de la conque. Au-dessus de lui s’élevaient mille têtes, qui se dressaient sur les mille corps de Sancarchana 5. Celui-ci, vêtu de blanc, fier et superbe comme le Kêlâsa aux cimes magnifiques, ressemblait, sur la croupe de Garouda, à la lune qui sc lève. Quant au vaillant Pradyoumna, volant aux combats, il resplendissait comme le grand Sauatcoumâra \ Garouda, du vent de ses ailes , agitait les hautes montagnes, et couvrait À lui seul le chemin des vents. 11 traversait rapidement cette route supérieure , fréquentée par les Siddhas et les Tchâranas. fUma dit à l'incomparable Crichna : « D'où vient que « nous avons perdu notre couleur naturelle pour prendre celle de l’or ? ■ que signifie ce prodige? qu allons-nous faire du côté du Mérou? • • Je

1 Dana U lecture précédente on ne lui don- 1 Sancarchana ou Ralarâma est une incarna

naît que quatre bras : le lecteur doit être arcou- lion du serpent Ananta , à qui la mythologie

tume à oes petites contradictions. donne mille tètes, servant de pavillon au dieu

* Le manuscrit dévanàgari de Paris à la place Crichna.

de ce mot met iiae fleur de btui, padma * Voyez lecture xvii, tom. I , pag. 78.

« pense, répondit Crichna, que nous arrivons près de la ville de BAna : et

■ pour la protéger, ce feu brillant a été allumé1 * * * * *. On l'appelle âhavaniya

• et c’est de ses reflets que nous sommes en ce moment frappés : c’est là

■ ce qui change notre couleur. » • Eh bien! reprit Râma, si nous sommes

• arrivés près de notre ennemi, éteignons ce feu, et profitons de cet avan-

• tage pour commencer sur-le-champ notre attaque. • « Allons, dit Crichna

• au fils do Vinatâ , agis le premier et promptement : je frapperai plus tard « le dernier coup. »

A ces mots, Garou da s’élance vers le Gange céleste : il se donne à luimême mille têtes , plonge dans le fleuve , y boit une grande quantité d’eau, et vient ensuite la rejeter en forme de pluie, pour éteindre le feu dont la clarté s'étendait au loin. Ce feu a jeté sa dernière lueur, et Garouda, étonné lui-même de ce résultat, s’écrie : « Quelle doit être un

■ jour la force du feu qui brûlera les mondes à la fin des âges, si celui-ci < a pu altérer la couleur du sage Crichna ! Mais je vois en ce moment rcu- « nis ensemble trois feux capables sans doute de consumer les trois mondes, « Crichna, Sancarchana et le vaillant Pradyoumna. » Après avoir détruit ce grand rempart, le roi des oiseaux prit son vol, formant avec ses ailes un bruit terrible. Les Feux 7, serviteurs de Roudra, à cette vue, se demandaient : « Comment sont-ils venus ici ces trois hommes formidables, mon-

• tés sur Garouda ? Ce ne sont pas nos compagnons de la colline et du pâ- « turage *. * Et en même temps ils engagent le combat avec les trois ïâdavas. Le bruit des armes, leurs cris pareils à des rugissements de lion s'étendent au loin. Alors le roi des Feux 9 envoie scs gens sur le lieu du combat : « Hâtez-vous, ■ leur dit-il. Tel est l'ordre qu'il leur transmet de la part de Bâna. Ils arrivent, ils voient que leurs compagnons sont engagés dans un grand combat avec le fils de Vasoudéva. Ce sont Calmâcha, Cousouma, Dahana, Sochana, et le violent Tapana, c’est-à-dire les cinq Feux employés

1 Dans l'analyse que M. Wilson a donnée du

drame composé sur l'histoire de Bâna , il est dit ,

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