‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 30 sur 140 · acte 3, que la capitale de Bina était entourée · texte numérisé non relu

acte 3, que la capitale de Bina était entourée

d'une muraille de flamme perpétuelle. Voilà

pourquoi on la surnommait Agnèya-

* Ce mot s'emploie ordinairement pour dési-

gner un feu consacré, qui est pris au feu perpé-

tuel du maître de maison et qui sert pour les sacrifices.

’ On voit ici que les feux sont personnifiés :

SEFJsrçiM:.

• f»TÎ\c4sî5r^.rr:

• ïrfôrçr?;

dans l'offrande de la swâhâ ,0. D’un autre côte, se présentent avec toutes leurs forces les cinq Feux qui accompagnent la suadhd u , Pithara, Pataga, Swarna, Agâdha et BhrÂdja. Ajouter à ceux que je viens de nommer les deux Feux du Djyotichtoma ls, employés aussi dans le Vachatcàra 15t et entourés d'un éclat étincelant. Monté sur un char enflammé, armé d'un trident flamboyant, entre ces deux Feux brille le grand Ricbi Angiras; Crichna qui l’aperçoit, animé d’une ardeur héroïque, s’écrie en riant : • O Feux, ar- « rêtez : celui-ci va vous montrer ce que vous avez à craindre de moi : mes « traits ont déjà brûlé les diverses régions du ciel et surtout celle d’ Varna’4. » A ces mots Angiras s’élance avec son trident enflammé , et croit , dans sa colère, pouvoir trancher les jours de Crichna. Celui-ci, de ses traits aigus, courbés en croissant, brillants comme les feux d'Yama ou du soleil, brise le trident d’Angiras, et, poursuivant sa wctoire, d'une flèche enflammée, longue, énorme **, meurtrière, il frappe son rival dans la bouche. Angiras couvert de sang, éperdu et tremblant, tombe par terre. Tous les autres Feux et les quatre enfants de Brahmâ 14 s’enfuient aussitôt vers la ville de Bâna, et Crichna les suit jusqu'à l'endroit où est ce prince.

u Holocauste offert avec l'exclamation wjcAu/. " C’est-à-dire celle du midi.

** Littéralement , pareille à une enclume .

^TTTT^nïï tfkoiuàeama.

" Je ne sait pas quels aoot ces quatre fil» de Bralimâ, mais je soupçonne qu’il y a quelque rapport entre ces mots et ceux par lesquels dans la lecture précédente on désignait quatre espèces d holocaustes Voyez U note iU de cette lecture

“ La tuAhà est une exclamation usitée dan» les sacrifice* offerts aux dieux. On en a fait un personnage : ccst l’épouse du Feu et la déesse qui préside aux holocaustes.

" La itcadhd est l’exclamation employée dans les sacrifices offerts aux mines, et en mime temps la nourriture qu’on leur présente. On en a fait aussi une épouse d’Agni, dieu du feu.

11 Ce mot signifie uicnjïce à la lumière. On distingue ce sacrifice par le nombre de seiie prêtres qui doivent y officier.

DÉFAITE DE DJAVARA.

. Vcsampâyana dit :

A la vue de la ville de Bâna, Nârada dit à Crichna : • Voici, ù vaillant « Crichna, la ville de Sonitapoura , habitée par le grand Roudra et Rout drâui , et par Goulia 1 ; ils s'intéressent au bonheur de Bâna , et ils le

■ protègent. » Crichna répondit à Nârada : ■ Nous verrons quel sera l'effet » de cette protection, ô sage Mouni. Si Roudra veut défendre Bâna, il • faudra employer notre puissance à le combattre aussi lui-même. • En priant ainsi, ils arrivèrent promptement avec Garouda. Alors le guerrier à l'œil de lotus prenant sa conque, en tira avec force des sons qui remplissaient le ciel. En voyant cette conque rapprochée de la bouche de Crichna , on aurait dit un nuage amassé par le vent, et du sein duquel sort la lune qu'il avait dévorée. Au bruit de cet instrument redoutable, le héros entre dans la ville de Bâna, le merveilleux enchanteur. Cependant le son des conques et des tambours avait appelé rapidement l'armée de ce prince. D’après ses ordres scs satellites se précipitaient au combat par milliers, et leurs armes étincelaient au soleil. C’était une masse pareille à un immense nuage noir, une foule innombrable, infinie. Ces Dètyas , ces Dânavas, ces Râkehasas, ces Pramâthas réunis étaient conduits contre le grand Crichna; ils brandissaient leurs armes, et les yeux enflammés comme des astres rayonnants, ils s’élançaient, se baignant déjà en idée dans le sang de leurs quatre adversaires.

L'impétueux Râma, placé en face de cette troupe ennemie, dit à son frère que tant de triomphes ont illustré : « Crichna, vaillant Crichna, fais-

■ leur sentir ce qu’ils doivent craindre de toi. ■ Ainsi parlait le sage Râma :

1 Nom du dieu Cartikcva

à l'instant, d’une main exercée le grand Késava lance un trait meurtrier, que la flamme entoure, que semble pousser Yama lui-même, et qui, de son éclat éblouissant , épouvante les barbares Asouras. Crichna , sans hésiter, s’avance rapidement vers cette armée menaçante où brillent des tridents, des haches, des dards, des épées, des arcs, des massues, et qui présente une élite de Pramâtbas fameux. On les voit élevés sur des chars de forme variée, terribles et pareils à des montagnes mobiles ou à des nuages poussés par le vent. Tel était l’aspect de ces innombrables bataillons sous la masse brillante de ces arcs, de ces haches, de ces lances, de ces tridents , de ces masses de fer qu’ils agitaient de toute part.

A ce spectacle, Sancarchana , placé avec Crichna sur Garouda, dit au vainqueur de Madhou : • Crichna, j'éprouve le désir le plus vif de me mesurer « avec ces ennemis. » • Je partage ce désir, lui répondit Crichna. Il me larde « d’en venir aux mains avec ces guerriers. Qu’eu avant soit placé Garouda: • à gauche, Pradyoumna; et toi -même, à droite. Servons-nous mutuelle- ■ ment d'appui dans ce combat terrible. » C’est ainsi qu’ils parlaient, élevés sur la croupe de Garouda, et armés de massues, de haches, de socs qui ressemblaient à des pics de montagne. L’apparence du (ils de Rohini était formidable : tel on verra à la fin des siècles Cala qui doit tout dévorer. Habile dans tous les genres de combat, il frappait de sa massue, ou de son soc invincible labourait les rangs ennemis. Pradyoumna accablait de ses flèches les chefs Ddnavas. Djanârddana, pareil à une masse sombre et noire*, combattait armé de son tchacra et de sa massue, effrayant les Détyas des sons de sa conque. Le lils de Yinaiâ de ses ailes, de son bec, de scs serres harcelait ses ennemis, et, de scs coups meurtriers, les envoyait au séjour d'Yaina.

Attaquée par ces quatre adversaires, cette formidable armée des Asouras se trouvait inondée d'un déluge de flèches, et commençait déjà à plier. Alors pour la soutenir accourt Djwara5, monstre à trois pieds, à trois tètes, à six bras, à neuf yeux : son arme, c’est la cendre1 * * 4 ; aussi effroyable que Câla ,

1 Celle idée de masse notre c*t toujours ex-

primée par rjrj andjana , qui est le cosmé-

tique dont on se sert pour teindre le poil des paupières.

* Djwara est la fièvre personnifiée. M. Wil-

son croit que les poètes lui donnent trois pieds et trois têtes , pour représenter les trois périodes successives de froid, de chaleur et de transpiration. Cependant voyci la lecture suivante.

1 H y Ifhasmapraharam

aussi bruyant que mille nuages , aussi impétueux que l’ouragan , il respire avec peine, il bâille; son corps semble affaisse par le sommeil; son regard est troublé, son air effaré, son poil hérissé, son œil affaibli et son âme abattue. Transporté de colère, il gourmande en ces termes le héros qui porte le soc : « D’où te vient cette insolente confiance dans ta force ? Ne

• vois-tu pas que je viens te combattre? Arrête , arrête, tu ne peux sortir » vivant de cette lutte. * Ainsi s’exprime Djwara; il sourit, et marche au devant de Rama. 11 agite ses poings, aussi terrible que le Feu dévorant de la fin des âges. Le (ils de Rohini brandit sans relâche sa terrible massue, qu’il tourne avec rapidité. Djwara lui lance une cendre enflammée , qui vient jaillir contre la poitrine de ce grand corps, semblable à une montagne. Une partie de cette cendre brûlante s’élève de là en tourbillons jusqu’au Mérou , dont elle recouvre et déchire le sommet : le reste de cette poussière rouge et dévorante s’attache sur le frère de Crichna, qui soupire et bâille : la somnolence le gagne; son regard est incertain, sa tête éprouve des vertiges, son poil se hérisse, ses yeux s'affaiblissent, et sa raison se trouble.

Le héros éperdu dit à Crichna : « O Criclma , loi qui es l’espoir du monde,

• je brûle ; je ne sais quel feu nie consume. Comment est-il possible de

• l’éteindre ? » • Rassure-toi , * lui répond Crichna en riant; et en même temps il embrasse tendrement son frère, et le délivre des feux dont il se plaignait. Mais ensuite il s’adresse à Djwara, et lui dit avec colère : ■ Allons, « Djwara, combattons; voyons jusqu’où va ta puissance. Déploie contre moi

• toute ta valeur. » Alors Djwara, de ses deux mains, jette des poignées de cendre rouge, qui, en un instant, répandent la flamme sur tout le corps du héros. Crichna trouve le moyen d’apaiser ce feu. Djwara revient à la charge : il jette autour du cou de Crichna ses bras, pareils à des serpents, et le frappe d’un coup de poing dans la poitrine. Un bruit terrible annonce au loin ce duel de Djwara et du grand Crichna. Les coups que se portent les deux rivaux sont aussi retentissants que le fracas du tonnerre qui tombe sur la montagne. « Jamais, s’écriaient les spectateurs de cet horrible combat. « jamais on n’a rien vu de pareil. *• Mais la lutte fut bientôt terminée. Le maître de la terre saisissant de ses deux mains le monstre tout brillant de parures d’or, pour finir les tourments du monde , lui brise le corps entre ses doigts.

RETRAITE DE DJWARA.

\ ésampâyana dit :

Crichna , voyant Djwara vaincu» le jette de toute .sa force contre terre. Mais celui-ci s’attache aux bras de son ennemi, et de là, sans lâcher prise, pénètre dans son corps. Crichna , envahi par son puissant adversaire, songe à se défendre lui-méme, et sc débat avec force. 11 bâille, il soupire, il tressaille; tout son corps frémit, le sommeil l’enchaîne peu à peu. Cependant il rappelle de temps en temps toute sa fermeté ; mais malgré lui , malgré la puissance que lui donne l 'yoga, il bâille et perd sa contenance. Il sent qu’il est vaincu par Djwara. Aussitôt pour détruire cet ennemi et lui faire éprouver toute sa force, il crée un autre Djwara1, terrible, menaçant» épouvantant tout ce qui respire, et né de la substance de Vichnou. Celui-ci va saisir l’adversaire qui lui est désigné, et le livre à Crichna, qui le prend, et fait sortir de son corps les deux Djwaras. Mais dans sa colère il écrase contre terre celui qui s'était déclaré son ennemi , et se dispose à le déchirer en cent morceaux. Celui-ci s’écrie : ■ Grâce , grâce ! sauvez-moi. » En ce moment la voix d’un être invisible sc fait entendre du ciel : « O généreux Crichna , « noble enfant d’Yadou, ne tue pas ce Djwara ; conscrve-lui la vie. * En entendant ces mots, Hari le laisse aller; Djwara, se prosternant devant Hrichîkésa, se jette à ses pieds et demande sa protection. Il lui dit : « O Govinda, • permettez-moi d’exprimer un vœu, et daignez l’exaucer. Que je sois au

■ monde le seul Djwara. Maître des dieux, telle est la grâce que j’ose im-

■ plorer de vous. ■ Crichna lui répondit : « Qu’il soit fait , ô Djwara, comme

1 Je ne chercherai pu à expliquer cette fa- c*t allégorique; le lecteur *'en apercevra facile -

ble, de laquelle il résulte que Crichna guérit la ment, et trouvera lui-méme le sens de cette

fièvre par la fièvre même. Toute cette lecture énigme.

CENT-SOIXANTF. ET DIX-NEUVIÈME LECTURE. 237 ■ lu le désires. C’est un devoir d’être bienfaisant envers les faibles, et tu t’es

• rnis sous ma protection. Comme auparavant tu seras au monde le seul - Djwara. Celui que je viens de créer va cesser d'exister. ■ Ainsi parla le glorieux Crichna : il ajouta encore ces mots : « Ecoute, 6 Djwara, ce que je « vais te dire sur la manière dont tu dois te trouver dans le monde, mêlé ii « tous les êtres, animés et inanimés. Si tu veux mériter ma faveur, tu te « diviseras en trois parts, qui résideront l’une dans les quadrupèdes, la

• seconde dans les substances inanimées, et la troisième dans les hommes. « Les habitants de l’air n’échapperont pas à la juridiction. Dans cette troisième

• division on te verra sous quatre formes, désignées par le nombre d’un, « de deux, de trois ou de quatre jours pendant lesquels tu apparaîtras*. Tu « n'habiteras chez les mortels que pour leur douleur. Tu existeras aussi « dans les autres êtres. Dans les arbres tu te glisseras sous la forme d’un

• ver : tu seras la chute3 et la couleur jaune des feuilles3, et la pourriture5 « des fruits. Tu seras la teinte noirâtre® des eaux croupissantes, la maladie

• qui abat la couronne du paon7, le froid qui glace les lotus, la chalettr « qui entrouvre et sillonne la terre®, l’ocre® des montagnes, l'effrayante « épilepsie des vaches 10. C’est ainsi que tu seras revêtu de mille formes : la « vue, tou toucher tuera les êtres. Personne, sans en excepter les hommes « ni les dieux, ne pourra te résister. »

Ces paroles de Crichna transportèrent de joie Djwara , qui , la tète baissée avec respect, lui répondit : « 0 Mâdhava, je suis heureux do celte « domination que vous m’accordez sur tous les êtres. Je suis maintenant « soumis à vos ordres, que je vous prie de me communiquer. Je dois sans « doute la naissance au vainqueur de Tripoura, à Hara11, terrible adversaire

ggéfr î . Ce vers m’n semblé désigner les lièvres quotidienne, tierce, quarte , que le poète personnifie.

atancah palracah.

* tnujTsr: pàndoupatrah,

dfouryr«<w-

•jftFreii nflîcd.

; : lüUHUhL

• 3W S akharah.

; gtricah. M. Wilson fuit ce uiot du genre neutre. Le dictionnaire anglais Ira» «luit cette expression par nsrf chatk, ce qui doit être la sanguine, ou l'oxyde rouge de fer. Vov. lect. i.xx. tom. î, pag. 3oo.

-ïrcmTptr: apatmdratah .

” Nom de Siva.

HA RIVA NSA.

• «les Asouras; mais vous m'avez vaincu sur le champ de bataille : vous êtes

• désormais mon maître, et je suis votre esclave. • • Ecoute, reprit Crichna,

• les conditions «pic je te fais. ■ • Je suis trop heureux de votre bienveillance, « lui dit Djwara. Parlez, ô dieu qui portez le tckacra , dites ce qui peut

• vous faire plaisir : je promets de l'exécuter. • • Je veux, A Djwara, ajouta •« Crichna, qu'il soit exempt de la fièvre, celui qui, l'esprit fixé sur moi “ seul, lira le récit «lu grand combat où nous avons tous deux déployé la « force <lt‘ nos bms et notre courage guerrier. * ■ Ainsi sera fait, » répondit Djwara au grand Crichna. Satisfait de la grâce qu'il avait obtenu, il salua son vaimpieur avec respect, et, leur traité une fois conclu, il se retira du champ de bataille.

Page 1