COMBAT DE CIUCHNA ET DE SIVA
Ycsampâyana dit :
l-cs trois héros, montés sur Garouda, et pareils à trois flammes étincelantes, s’avancent avec rapidité et continuent le combat : ils poussent de grands cris, frappent leurs ennemis avec vigueur et couvrent au loin leurs bataillons d’une grcle de flèches. L’armée des Dânavas, sillonnée par le Ichaaa et par le soc, accablée sous une pluie de traits, frémissait de colère. L’incendie allumé par les flèches de Crichna s'étendait avec la fureur d’un feu lancé au milieu d’un amas de bois desséché, consumant sans pitié des milliers «le Dânavas, et non moins brillant que ces flammes dévorantes que «loit amener la consommation des âges. Bâna veut ranimer le courage de ces troupes brûlées ou déchirées par les armes de ses adversaires. Il s'élance au devant de ses soldats, et leur dit : «Vaillants Dêtyas, pourquoi quittez-
• vous le champ de bataille? Quoi! vous jetez vos armures, vos épées, vos « massues, vos dards, vos poignards, vos boucliers et vos haches, et vous « fuyez par les plaines de l'air! Est-ce ainsi que doivent se conduire «les
* gens qui pensent à leur origine, à leur patrie, è l'alliance qui leur donne
CKNT-QUATRE-VINGTIÈME LECTUREV
• i'appui de IlaraPPour moi, je ne céderai pas. • 11 dit; mais les Dànavas, sans faire attention à ces paroles, continuaient à fuir. Le roi, rassemblant un reste de Pramâthas dispersés, pensait encore à combattre; Coumbhànda, son ami cl son conseiller, au milieu de cette déroute générale, criait aussi aux chefs Dànavas : • Voyez votre chef, voyez Bùna vous donnant l’exemple
• du courage. Rappelez-vous que Sancara lui-même est son maître. Pour-
• quoi donc renoncer au combat, et vous laisser dominer par la crainte? « Vous sacrifiez à la fois et votre honneur de guerriers, et votre vie. » La voix de Coumbhànda n’était pas mieux écoutée; et, effrayés par les feux terribles du taheccru, les Dànavas fuyaient sur tous les points de l’horizon.
Le dieu qu’on surnomme Sthânou 1 voit cette armée dispersée par le puissant Crichna. Il se prépare lui-même au combat : son œil est rouge de colère; pour voler à la défense de Bàna, Siva monte sur son char étincelant de lumière, et conduit par Nandin \ A ses côtés est le divin Coumàra ; Roudra, en se mordant la lèvre, arrive À l'endroit où sc trouve Hari. Son char retentissant est attelé de lions, et semble dévorer l'espace5: il brille comme la lune en son plein, se dégageant des nuages qui l'obsèdent. Autour de ce char apparaissaient mille formes d’êtres fantastiques, aussi effrayants par leur aspect que par leurs cris variés : les uns avaient des tètes de lion , de tigre, de serpent, de cheval, de chameau, d'âne, d’éléphant, de chèvre, de loup, de chat ou de bélier; les autres, au lieu du cordon consacré, portaient un serpent; d’autres étaient couverts de haillons, et sur leur tète leurs cheveux s’élevaient en pointe menaçante. Quelques-uns étaient nus, et faisaient retentir le bruit des conques ou des tambours. On en voyait qui, distingués par leur extérieur, étaient ornés de guirlandes de fleurs divines et de traits guerriers. Quelques autres se présentaient sous la forme de nains, à l’épaisse carrure, vêtus de peaux de lion et de tigre, montrant leurs longues dents rouges de sang, et affamés de chair. Tel était le cortège du dieu qui a la force d’abattre les grands : et par des gestes brusques et joyeux, tous ils témoignaient le désir qu’ils avaient de commencer le combat.
Crichna, élevé comme il est sur la croupe de Garouda, aperçoit le char
naiultsa, appliquant ce mot à Nnndin, officier (le la maison du dieu Siva.
' biberumat œlherrm.
1 Surnom de Siva, signifiant fixe, ferme.
* Le texte porte nandlnrara, que
j'ai traduit comme M. Wilson traduit
HARfVANSA»
divin du puissant Roudra, et il s’avance pour l'attaquer. Ilara le voit, et dans sa colore il lui lance cent flèches. Hari , outré des atteintes qui lui sont portées, pour résister à cet ennemi terrible prend un trait nommé Pàrdjanyti \ Sons les coups de Vichnou et de Roudra la terre tremble : les éléphants, surpris de ce désordre, frémissent et lèvent leurs trompes avec inquiétude. Les montagnes, surchargées de nuages, fléchissent sous le poids, et quelques-unes même perdent leur couronne de rochers. Les points principaux de l’horizon et les points intermédiaires, la terre, l’éther, paraissent comme enflammés dans cette lutte que soutiennent l’un contre l’autre ces héros divins. De tout côté les ouragans fondent sur la terre : les Sivàs ! poussent un cri sinistre et prennent un air menaçant; les Va sous font entendre un son terrible, et du ciel tombe une pluie de sang. Sur le front de l'armée de Bâna descend un météore brûlant qui le couvre entièrement. Le vent cesse de souiller, et le jour pâlit. Les planètes sont privées de la lumière, et les oiseaux n’osent plus s’élancer dans l’air.
En ce moment Biahmâ, témoin des efforts de celui qui a détruit Tripoura, arrive, entouré de la troupe sacrée des dieux : au milieu du ciel on aperçoit des groupes de Gandliarvas, d’Apsarâs, d’Yakchas, de Vidyâdharas, de Siddhas. Le trait Pârdjanya , que Vichnou vient de lancer à Roudra, arrive à sa destination, et de tous les points du ciel tombent sur le char de ce dieu cent mille flèches aiguës. Contre cette arme terrible il se défend par une autre non moins redoutable et appelée Agncya *. O prodige! les quatre adversaires qu’il combat sc trouvent de tout côté assaillis, couverts et brûlés par des flèches enflammées : ils ont disparu à tous les yeux. Les Àsouras poussent un cri de lion : « Ce trait de feu a tué l'ennemi, • se disentils. Mais le fds de Vasoudéva est trop expérimenté dans le métier des armes pour succomber à une semblable attaque; il prend un autre trait, nommé \ drouna1; il le lance , et les flammes de son rival se trouvent bientôt éteintes.
Toujours obstiné à combattre, Siva emploie quatre traits semblables au feu destructeur des derniers âges : ce sont le Pésâtcha, le Bdkchasa, le Rôdra, et YAnginua *. A ces quatre traits Vichnou aussi répond par quatre
* C'esl à-dire, /orW «/r nuages.
* Vojoled. cjlxii , noie 7.
* C'est-à-dire, enfiunmie.
5 Ce mol veul dire marn.
1 Le premier mol signifie ordinaire aux Pt tàtcluu (voyei lect. ni, noie 5); le second, or- <ii notre aux Râkchasas (royex ibid. note 3); le troisième, terrible ou ordinaire a Itoudra , le
CEN T-Q U ATR E-VINGT1ÈM E LECTURE.
autres non moins puissants : ce sont le Vdyavya, le Sdvitra, le Vdsava et le Mohana *. Telles sont les armes dont il se sert, et qu’on distingue par le non» général de Vêcknava ,d; la Mort ouvrant sa bouche formidable est moins effrayante que lui. A cette vue, les chefs Asouras, les démons H, les Yakchas, les satellites de Bâna fuient de tout côté, emportés par la crainte, et Bâna lui-même, quand les Pramâthas ont déserté le champ de bataille, est obligé d’en sortir : il presse le pas, et cependant sa face est toujours tournée vers l’ennemi. Couvert d’armes terribles, ce vaillant prince des Dêtyas, environné de ses grands officiers, apparaît, majestueux comme le dieu du tonnerre.
Par le moyen de prières et de montras, par le charme de plantes efficaces, on essaie encore de rétablir sa fortune ll. Ce fds de Bali, avec la magnificence du dieu des richesses15, donne aux plus illustres Brahmanes des étoffes magnifiques, des vaches, des fruits, des fleurs et des monceaux d’or w. Son char l’attend, brillant comme un feu dévorant, orné de mille soleils, de mille lunes, de mille étoiles, enrichi d’or et de peintures. Bâna, son arc à la main, environné des Dânavas, s’élance encore sur ce char : il va affronter les coups des Yâdavas, et revêt la forme la plus effrayante. Comme une mer gonflée, par le vent et menaçant d’engloutir le monde sous ses vagues furieuses, cette masse de Dànavas, où s’agitent les chevaux et les guerriers, s’avance avec rapidité. Semblables à ces forêts qui couvrent le front des montagnes, ces bataillons se présentent, inspirant la terreur, hérissés de grands chars de bataille, et garnis d’archers tout prêts à lâcher leurs flèches.
quatrième , Jamifitr à Angiras. Ce Kichi rat quelquefois confondu avec le feu.
* Cwt-i-dire, le trait de Vâyou ou le Vent, le trait de Savitri ou le soleil . le trait de» W sous, et le trait qui inspire la folie.
Appartenant à t’irftnou.
ii. 3i
" Autrement 1rs Bhoùta». Voyet lecture lit, noie 6.
" WWJil-i CRf :
u Couvera.
11 C'est-à-dire, de» niefou. Voye* ce mol dans le dictionnaire de M. Wilson.