‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 32 sur 140 · HYMNE EN LHONNEUR DE HAR1HARA · texte numérisé non relu

HYMNE EN LHONNEUR DE HAR1HARA

Vê sam pavana dit :

Le monde était plongé dans l’obscurité. On ne voyait d’autre lumière que celle de Tryambaca; le char, et Nandin, et Cârtikéya 1 * avaient disparu. Brillant à la fois de sa propre nature et des feux de sa colère, le dieu dont le front est orné de trois yeux s’arme de la flèc he à quatre pointes a qui détruisit Tripourn; il l’apprête sur son arc, disposé à la décocher. En ce moment le sage Crichna, qui a deviné son dessein, saisit celui de ses traits qu’on appelle Djrimbhana 3, et à l’instant Hara ne peut s’empêcher de bâiller. En vain il veut se défendre contre l’effet du trait que son rival vient de lui lancer : son arc et sa flèche restent sans force dans ses mains. Crichna luimême céderait à la puissance de ce charme, si les sons éclatants qu’il tire de sa conque Pântchadjanya, et le bruit terrible de son arc Sârnga ne tenaient ses esprits éveillés. A la vue de ce dieu qui bâille, tous les êtres tremblent de peur. Cependant les compagnons de Roudra avaient attaque le héros qui porte sur ses enseignes la figure d'un poisson. Pradyoumna, employant contre eux des armes magiques, leur lance çà et là des traits qui les jettent dans un profond assoupissement, et frappe avec vigueur les Dànavas qui osent l’approcher.

1 J'ai substitué dans le texte le mot S

gonhah , nom de Cnrtikéyn , à l'expression !

rendrai.

* tchatourmooika : épithète que

les deux manuscrits dévanàgaris fout rapporter nu mot ^Tïïf Mna.

1 Ce mol signifie bâillant. Je n'ose prêter

un sens allégorique à toutes ces fiction* du poêle, qui peuvcul nVtre qu'un caprice de son imagination. Cependant quand il dépeint plus lw» la bouche enflammée de Siva q«i s'ouvre et se ferme tour à tour, je ne puis m'empêcher de me représenter l’effet physique que produit dans le del l'éclair de chaleur, qui par un mouvement alternatif semble aussi fermer et ouvrir l'horixou. »

De la bouche du puissant Hart, ouverte pour bâiller, sortaient des flammes étincelantes, qui embrassaient les dix régions du ciel. La Terre, pressée sous le poids des deux, combattants, vient en tremblant se présenter devant le grand Brahmâ. «Dieu des dieux, s’écrie-t-cllc, je suis la victime « de cette lutte terrible : je succombe sous le poids de Crichna et de Rou- « dra. Bientôt je serai dans l'état où je me trouve quand une mer univer- « selle couvre ma surface. Aïeul du monde, c’est un fardeau que je ne puis « supporter; fais que je sois soulagée, et que je puisse soutenir tous les « êtres animés et inanimés. » «Encore un moment de patience, répondit

• Brahmâ à la déesse surnommée Cdsyapt 1 ; bientôt tu seras délivrée. ■

Alors le dieu dit à Roudra : « Tu as accordé au grand Asoura un privi- ■ lége. Pourquoi veux-tu encore le protéger toi-même? Ta lutte avec Crichna

• m’aflligc. Ne sais-tu pas que Crichna est un autre toi-même, qu’i sa nature « divine et infinie il a uni un corps?» Roudra, par le moyen de Yyoga, considère alors les trois mondes, la nature animée et inanimée : il se voit lui-même , l’arc et la flèche à la main , et soumis À un funeste bâillement ; il reconnaît les trois rivaux qu’il combat, et se rappelle quels sont les héros de Dwâravatî. Il ne répond rien à Brahmâ, mais il cesse de menacer son adversaire ; il sait que Crichna et lui ne sont qu’une seule et même substance. Crichna aussi s’approche sans parler. Alors Roudra dit à Brahmâ :

• O dieu, c’en est fait, je ne combattrai plus contre Crichna, et la terre

• sera délivrée de nos divisions. » En même temps les deux rivaux s’embrassent, et, remplis de joie, sortent du champ de bataille. Personne ne saurait reconnaître ces dieux ainsi confondus dans leur saint yoga 4 : l'oeil seul de Brahmâ les distingue encore. L'aïeul des mondes, à la vue de cette union miraculeuse, dit au grand et sage Mouni Mârcandéya, qui se trouvait alors à ses côtés :

« Non loin de la Nalinî \ sur le flanc du Mandara, 6 saint Brahmane, « pendant le sommeil du monde, au sein de la nuit, j’ai déjà vu cette mer-

* Conquise par la fils de Djamadagni , Para* sourâma . la terre avait été donnée en présent à

Casyapa.

1 Ce mol signifie en cct endroit union; plus haut il voulait dire réflexion, méditation, union pieute avec Dieu.

• C'est un nom que fou donne au Gange du ciel. La Nalinl est encore regardée comme une rivière qui coule à l’est , arrose le pays de Caserou , et va tomber dans la grande mer. Voyez tom. VIII des Recherches asiatiques, p.

et suiv.

« veilleuse confusion de Hara et de Hari : Hara a la forme de Hari, comme » Hari a celle de Hara. Hara est couvert d’un vêlement jaune et porte dans

• ses mains la conque, le tchacra et la massue, comme Hari est vêtu d’une » peau de tigre et armé du trident et de la masse de fer. Garouda est la « bannière de Hara, comme le taureau se présente sur celle de Hari. A la - vue de ce mystérieux rapprochement , ma surprise est extrême. O divin « pénitent, considère cet étonnant prodige et tâche de l’expliquer. »

Màrcandéya répondit : • Je ne vois aucune différence entre ces deux per-

■ sonnages que tu me montres, entre Siva ressemblant à Vichnou et Vichnou « ressemblant â Siva. Je vois ici Harihara 7, forme éternelle et divine, qui

■ n'a ni commencement, ni milieu, ni fin. Celui qui est Vichnou est Rou-

• dra; celui qui est Roudra est aussi Brahmâ. Vichnou, Roudra et Brahmâ « sont trois dieux sous une seule forme *, tous trois bienfaisants, créateurs

• et maitres du momie, nés d’eux-mêmes *, à la fois mâles et femelles, et « soumis à une pénitence sévère. De même que l’eau, tombant dans l’eau,

• ne cesse pas d’être eau, ainsi Vichnou, uni â Roudra, devient Roudra sans « changer de nature : de même que le feu jeté dans le feu est toujours du » feu, ainsi Roudra s’unissant à Vichnou devient Vichnou sans altérer son « essence. De Vichnou, sous la forme de Soma, et de Roudra sous la forme » d’Agni, naît l’Agni chôma IG, source de tous les êtres animés et inanimés. » Ces dieux font et détruisent les mondes; ils sont les fondateurs de l'iini- « vers, les maîtres de la création, qu’ils gouvernent en souverains et qu'ils

• pénétrent11 de tout cdtc, première cause et premier agent, esprit supérieur,

forme de femme qui avait nu Ire foi s charme le» Asouras. Vichnou eut pour lui cette complaisance . et Siva. épris de celte beauté, la poursuivit avec ardeur. Vichnou avait cependant repris sa forme ordinaire ; mais Siva, dan» In chaleur de ses embrassements, s'était confondu avec lui comme Saliuacis avec le fds de Mercure.

•pspppr:-

w Y’oye* lect. xi, tom. I. p. i8a.

11 Cest là le sens du mol Vichnou Voyez leci. i, lom. I, p. 7.

1 Cette union toute philosophique de Siva et •le Vichnou a été exprimée par un symbole que Ion retrouve dans les Hermapollons des Grecs. La statue de ce» deux divinités confondues se nommait Hariharu : elle avait quatre pieds et deux têtes; une moitié était noire et l'autre Manche. Les poètes à ce sujet racontent qu'un jour Lakchmt et Dourgi se disputaient devant Siva sur la prééminence de leurs éf#>ux. Vichnou survint , ot pour prouver qu'il» étaient cgaux.il entra dans le corps de Siva ot ne forma plus qu'un tout avec lui. Il existe une autre légende sur l'origine de ce symbole : on dit que Siva pria un jour Vichnou de reprendre cette

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• dieux du passé, du présent et de l'avenir, instituteurs divins et infinis,

• protecteurs des êtres qui leur doivent la naissance. Us sont la pluie, le

• vent et la force qui ranime la nature; ils sont, ô Brahma, ce grand mys-

■ tère que tu nous révèles. L’homme qui lit ou entend lire ces hautes vérités « obtient, par la faveur de Roudra et de Vichnou, le séjour le plus relevé.

« Je chanterai la gloire de Hari et de Hara unis à Brahmâ. Ilari etllara « sont les premiers des dieux, et leur puissance infinie brille dans le monde

■ qui est leur ouvrage. Vichnou est l’csscncc de Roudra; Roudra est IVs-

■ sence de Vichnou; ce n’est qu’un seul être qui s’est doublé, et existe « sans cesse et partout dans la nature. Vichnou n’est pas sans Si va, et Siva

• sans Vichnou : dès le commencement ces deux divinités n’en font qu'une.

< Aumî adoration à Crichna et à Roudra ensemble confondus!

« Adoration A celui qui a trois yeux “! adoration À celui qui en a deux ! n Adoration à celui qui a les yeux rouges 1 adoration à celui dont les yeux « ressemblent au lotus !

« Adoration au maître de Cotimâra 15 ! adoration au maître de Pr&dyounu» !

* Adoration à celui qui porte le Gange u! adoration à celui qui porte la « terre!

« Adoration à celui qui effraie le paon ! adoration À celui qui porte un « bracelet sur le haut du bras ,s !

« Adoration à celui qui est orné d’une guirlande de crânes adoration « à celui qui se pare d’une guirlande de fleurs sauvages!

■ Adoration à celui dont la main est armée du trident! adoration à celui « qui lance le tchacra!

• Adoration à celui qui porte le sceptre d’or! adoration à celui qui a le

■ sceptre de la mortification !

“ Littéralement : qui a six demi-yeux.

11 Nom «le Clrtikéya . fil» de Siva.

** On dit que le Gange. descendant du ciel , tombe sur la této de Siva, et coule quelque tempe au milieu de sa chevelure.

11 Je crois que l'esprit de ce vers est tout dans une vaine opposition des mots ma

yvura et kéyoûm. An sujet de l’effroi

du paon , on raconte que Siva , voulant amuser sa femme, inventa certaines danses bruyante»

et exécutées au son d’un tambour que katloit Nandin. Son fils K&rtikéya était présent avec le paon, son oiseau favori; celui-ci, effrayé du bruit, poussa un cri qui causa un grand désordre dans la cour de Siva. Voyez le Prologue du drame de Màlatl et Mddhava.

* J’ai lu au lieu de que le

dictionnaire ne donne pas. Ces* peut-être aussi , qui signifie haillons.

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