CENT-QUATRE-YINGT-DEUXIÈME
LECTURE
APPARITION DK COTA VI.
Djanamcdjaya dit :
AP res le départ du dieu Siva \ comment se passa ce terrible combat.1
Vèsampâyana reprit :
Càrtikéya , monté sur le char guidé par Coumbhânda, se présenta devant Crichna,Balarâma cl Pradyoumna, qui, tout couverts de ses flèches, resplendissant comme trois feux , et le corps inondé de sang, répondirent aux attaques de ce nouvel adversaire. Transporté par la colère, Càrtikéya fait pleuvoir sur eux, comme en se jouant, une grêle de traits meurtriers. Les trois héros, habiles à manier les armes, lui lancent trois traits , le Vâyavya, t Agnèyit et le Pdnljanya *. Le dieu surnommé Pdvaki 8 se défend contre eux par trois autres traits, qui sont le Mla, le Vdrouna et le Sdvitra 4 ; mais ces torrents de flèches enflammées qui jaillissent de son arc brûlant sont à Tins tant dévorés par les armes magiques de ses ennemis. Alors Cârtikéya, encore plus irrité, étincelant de colère, saisit un trait de feu, trait invincible et meurtrier, nommé Jirahmasiras 5, et le lance en se mordant la lèvre. Le Brahmasiras est parti , brillant de mille rayons, menaçant et terrible pour le monde qu’il va détruire. Tous les éléments ont frémi d’effroi; mais Kc-
' U texte porte le nom de Cnchna ; roui», comme ce dieu va reparaître dans cette lecture, j’ai cru devoir substituer à 6on nom celui de Siva.
* Cestà-dire, le» trait* formes avec le veut, le feu et le nuage.
* Surnom de Cârtikéya, considéré quelquefois comme né du feu. CVst ce que nous avons vu lect. ni, 1. 1, p. 17.
* Cest-à-dire, les traits formés des roclw?r>, île la mer et du soleil.
1 Yoyes lcct- xxv, 1. 1 , p. 1 1 4.
aava, qui a vu le désastre de la nature, Késava, le vainqueur de Késin, prend son tchacra, contre lequel aucune autre amie ne saurait lutter. L’incomparable tchacra, de son éclat, éclipse le Brahmasîras : ainsi les nuages, pendant la saison des pluies, couvrent le disque du soleil.
Cârtikéya, qui voit le Brahmasîras sans force, sans éclat, sans vigueur, se sent rougir de colère : il brille dans le combat comme le feu sur lequel on verse le beurre liquide. Il prend une laucc d’or, qui est sa force et son espoir, l'effroi et la perte de ses ennemis : le monde entier redoute cette arme enflammée, qui reluit telle qu’une comète ou telle que l’incendie de la (in des âges, et qui est entourée d’un cercle de clochettes. Le dieu, qu'on nomme Urahmanya * , poussant un cri effrayant , lâche cette lance, qui déchire le ciel , et arrive tout en feu, comme pour dévorer Crichna. Indra, entouré de la troupe des Immortels , l’a vue; il en frémit et s’écrie : • Crichna « est brûlé ! * Mais celui-ci avec un ton d’autorité gourmande cette arme qui s'approche, et aussitôt elle tombe à terre. A cette vue, Indra et tous les dieux jettent un cri de lion , applaudissant à cet exploit. Cependant le fils de Vasoudéva élève le tchacra qui frappe et détruit les mondes : il va le lancer, quand, sur l’avis de Siva, et pour défendre Cârtikéya, devant lui se présente Cotavî7, sous celle de ses huit formes* que l’on distingue par le nom de Lambâ : elle n’a d’autre vêtement que l’air qui l’environne9; son corps est peint de diverses couleurs 10 ; elle tient une lance d’or, et elle se place entre les deux combattants. Le vainqueur de Madhou, en la voyant, détourne les yeux, et lui dit : « O déesse, retirez-vous! malheur! malheur! * pourquoi venez-vous arrêter mon bras prêt à donner la mort? »
A ces mots de Crichna, Cotavî, toujours disposée à défendre Cârtikéya , ne songe pas à relever ses vêtements. Alors Crichna lui dit : • Emmenez
* Surnom de Cârtikéya ; on dit aussi Saulrah manya. Qrtikéj a est ainsi surnommé ou parce qu’il est le protecteur de Tordre des Brahmanes. on parce qu'il dut sa naissance k un conseil donné aux dieux par Brahma.
1 Ce mot, qui signiGe/rm/ne nur.est un surnom de Dourgà, épouse de Siva.
* Siva est appelé le dieu aux huit formes : il est naturel que la même division existe pour
son épouse. On reconnaît aussi quelquefois huit Mâtris ; mais parmi leurs noms on ne trouve pas le mot LamM.
• Ri^TÏÏT : digvâjûh. C'est aussi un sur* nom de Siva.
** J’ai cru pouvoir rendre de cette manière le mot fer tchilrâ , qni signifie aussi adnurabU.
. Cârtikêya, et sortez promptement du cbarap de bataille. Recevez cette • preuve de mon respect : cest vous qui le délivrez aujourd’hui de mes « coups. • C’est ainsi qu’à la vue de la déesse apparaissant au milieu du combat, le divin Késava retient son tchacra. Suivant l’avis du sage Crichna, Dévi emmène Cârtikêya et va rejoindre llara.
Cependant le combat n’en continue pas moins. Après avoir vu Cârtikêya sauvé par Dévî, Bâna se présente pour lutter contre Crichna. « Cârtikêya, « se dit Bâna, a quitté la partie, et son eunemi l’a épargné. Eh bien ! c’est « moi qui vais combattre Mâdhava. *