‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 35 sur 140 · GRACES ACCORDÉES A BANA · texte numérisé non relu

GRACES ACCORDÉES A BANA

Yêsampâyana dit :

Les mauvais génies, les Yakchas, tous les soldats de Bâna s enfuyaient de tout côté, l’œil troublé par la crainte. A la vue de ses guerriers dispersés, Bâna s’avance lui-même pour combattre. De même que le maître du tonnerre entouré des grands Souras, ce prince arrive escorté d’une foule de princes Détyas, couverts d'armes terribles et montés sur des chars magnifiques. Ses prêtres et les autres sages, instruits dans la science des livres saints, pour lui ouvrir une voie favorable l, prononcent les prières cl les versets, et emploient les plantes qui ont la vertu de causer la mort d’un ennemi. Au bruit des instruments de musique, au son des tambours, aux cris de lion que poussent ses compagnons, Bâna s’approche de Crichna. En voyant cet intrépide rival qui demande le combat, Crichna monte sur Garouda, et se présente hardiment. Bâna ne peut contenir son indignation quand il

1 Coti la même expression que celle qui est mentionnée clans la note i a de la clxxx’ lecture.

CENT-QUATRE-V1NGT-TR01SIÈME LECTURE. 251 aperçoit devant lui le héros des Yâdavas, l'incomparable Crichna élevé sur la croupe du fils de Vinatà; il s’écrie :

« Arrête, arrête, tu n'auras pas impunément affronté aujourd’hui ma « présence. Tu laisseras la vie dans ce combat; ô Mâdhava, tu ne reverras « plus Dwàravati et scs habitants. Tu peux dire adieu à tes amis, à tes ar- ■ bres d’or, à tes jardins. Tu viens te mesurer avec moi! lu veux donc mou- « rir, et c’est le Trépas qui t’appelle. Tu n’as que huit bras : comment - peux-tu espérer do lutter contre moi qui en ai mille ? C’est en vain que « Garouda te sert de drapeau. Aujourd’hui tu vas avec tes compagnons

• trouver sous mes coups et la défaite et la mort. Tu vas tomber dans Soni-

• tapoura ; tu n’as plus qu'un souvenir à donner à Dwâravatî. Vois si tu peux « résister Y ces mille bras armés de glaives et de traits menaçants, et ornés « de bracelets. » Il parlait, et les paroles sortaient de sa bouche terribles et pressées, comme les flots de la mer soulevés par le vent. Ses yeux sont gonflés par la colère : tel le soleil se lève dans le ciel quand il doit dévorer le monde. Nârada, en entendant le discours menaçant de Bina, se prit a rire, mais d’un rire qui retentit au loin dans les airs. Hattachant autour de ses reins son vêtement inférieur, et ouvrant de grands yeux , le Mouni court çà et là pour mieux voir le combat.

Crichna répond à son adversaire : ■ Bâna, pourquoi ces cris insensés?

« Est-il digne d’un héros de crier? Allons, viens, combattons. Pourquoi perdre » le temps en vaines clameurs? Enfant de Diti, si des paroles suffisaient

* pour décider le sort des combats, tu serais déjà vainqueur. Commence

* par enchainer ton ennemi pour lui parler ensuite à ton aise. Allons, Bâna,

« viens me vaincre; ou bientôt, fier Asoura, tu vas, tête baissée, étendu « sur la poussière, expier ton fol orgueil. » Ainsi parle Crichna, et de ses flèches aigues i) attaque Bâna, qui répond lui-même à ses coups par une grêle de traits. Ce ne sont pas seulement des flèches acérées que le Dêtya lance à son rival, ce sont des massues, des masses de fer, des cimeterres, des dards, des lances, des épées dont il menace Késava, et de ses mille bras armés il semble, aussi prompt, aussi leste que le guerrier qui n’en a que deux, se faire un jeu de ce combat avec le héros qui a huit bras et qui porte le cimeterre, le tchacm et la massue. Le fils de Bali, le père d’Ouchâ, témoin de l’habileté de Crichna à se défendre, prend un trait qui j&~ dis appartint à lliranvacasipou, trait merveilleux et divin, donné autrefois

par Brahmâ el obtenu à force de pénitences, trait formidable et toujours invincible. Bâna le lance ; et à l’instant le ciel se couvre de ténèbres : de funestes prodiges apparaissent de tout côté. Au milieu de cette obscurité profonde l’œil ne peut plus rien distinguer. Les Dêtyas, à ce coup, encouragent Bâna par leurs acclamations. Les Dévas font déjà entendre des cris plaintifs *, Avec force et rapidité un déluge de flèches piquantes et lumineuses fondaient sur la terre. Les vents avaient cessé de souiller, les nuages étaient immobiles. Le trait de Bina allait dévorer Késava, quand celui-ci décocha à son adversaire le trait rapide et meurtrier appelé Pdnljanya \ et, au milieu des ténèbres épaisses qui couvraient le monde, les feux de l’arme du Détya se trouvèrent apaisés, aux yeux des Dânavas, étonnés de l’impuissance de leurs efforts, et des Dcvas, qui de leurs cris et de leurs rires faisaient retentir le ciel.

Ce mauvais succès de Bâna n’a fait qu’augmenter sa colère, et Késava est de nouveau exposé aux coups de ses massues, de ses cimeterres, de ses tridents. Mais le dieu, vainqueur de Késin, repousse comme en se jouant la grêle de flèches dont il est assailli. Avec les traits fulminants que décoche son arc il abat 4 le char, les chevaux, le drapeau, la bannière de son rival ; il lui brise sur son corps son armure , la garniture de son bras 5, son aigrette brillante, son arc redoutable : il le frappe lui-même à la poitrine, et Bâna, incapable de résister à cette atteinte, tombe évanoui. A la vue du Dânava pressé si vivement, étendu sans connaissance, le grand Mouni Nàrada, qui s'était assis sur le haut d'un palais *, se lève avec enthousiasme, et, se frappant les flancs1, faisant claquer ses doigts “, il pousse des cris de joie. « Oui , dit-il , je suis heureux d’être né, puisque j’ai pu voir « cet exploit de Dântodara. Noble héros, digne objet des louanges de tous ■ les dieux , achève de vaincre le Détya Bâna , et mets la dernière main à

* I/acclamation par laquelle on encourage est ff ('J tâdhoa : les exclamations de douleur

sont f^Tf hAkd dhig

* Formé de nuages.

* L'expression sanscrite est I ti lasattehaert j il réduit en morceaux, aussi petits que les graines de tila.

' Je ne suis pas sûr du sens que je donne ici au mot Icj fTT âÆi/ducpa.quo j’ai tra-

duit différemment loct. exxx, p. 38, 1. 1 1.

•cmrrçsrçTpw:

CEiST-QUÀT RE-VIN GT-TR0IS1ÈME LECTURE. 253 « l'œuvre pour laquelle [tu es descendu sur la terre. * Après avoir par ces paroles encouragé Crichna, Nârada va sur le lieu même du combat à travers les flèches qui tombaient de toute part, illuminant le ciel de rayons éclatants.

Taudis que Bâna et Késava combattaient l’un contre l’autre, leurs deux montures s’attaquaient aussi mutuellement. Garouda et Mayoûra 0 avec leurs becs, leurs serres et leurs ailes se portaient des coups terribles. Enlin le (ils de Vinatâ, emporté par la colère, saisit par la tète le brillant Mayoûra , lui fait sentir la dureté de son bec, le frappe violemment du fouet de soi» aile droite, lui enfonce ses serres dans le flanc, et après l’avoir de mille manières tourmenté, tiraillé, déchiré, il le rejette privé de connaissance. Mayoûra tombe du ciel, comme le soleil qu’un ennemi vindrait de détrôner : avec lui est précipité du haut des airs le belliqueux Bâna, qui maintenant déplore son imprudence : « Insensé que j’étais, se dit-il, de n’avoir pas suivi « les conseils de mes amis! Parmi les Dévas et les Dètyas il n’est pas d’ètrc • aussi infortuné que moi. • Cependant le dieu Houdra apprend le malheur et la défaite de Bâna; il veut le sauver, et dit â Nandin d’une voix forte : « Nandin l0, rends-toi à l’endroit où est Bâna. Prends mon char, attelé de « lions, et va joindre rapidement cet imprudent monarque. C’est assez de « combats pour moi : mon intention n’est plus de reparaître au milieu des

■ guerriers. Va défendre Bâna, que la fortune trahit aujourd'hui. • Docile aux ordres de Roudra, Nandin arrive avec le char divin À l’endroit où se trouvait Bâna, et il lui dit : • Roi des Détvas, monte promptement sur ce

■ char que je conduis, hâte-toi, et combats. * Aussitôt Bâna s'élance sur le char du sage Mahâdéva, sur ce char fabriqué par Brahmâ et donné par lui au tout-puissant Khava11. Poussé par son courage et le désir de la vengeance, il lance à son ennemi le trait redouté, indomptable, enflammé, que l’on nomme Brahmasiras ,a. A ce coup, les mondes sont agités : car ce trait a été créé pour leur destruction par le dieu qui est né du sein d’un lotus. Mais Peflet qu’il devait produire est arrêté par le tchacra du grand Crichna.

Alors ce héros, s’adressant à l’incomparable Bâna, à ce guerrier si vanté

* Ce mol signifie paon : or le paon était la monture de Càrtikéya, qui l'avait sans doute mise à U disposition de Bàna. Mais le poêle a oublié que plus haut, lecl Cixxrv, il nous a

montré ce prince porté sur un char magnifique. ’* (\e personnage est appelé ici iïandHétwam. 11 Épithète de Siva.

’* Yoyet lect. xxv, 1. 1, p. 1 14-

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