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dans le monde , s’écrie : « Eli bien ! où sont donc tes exploits, que tu racontes
• avec tant de complaisance P Pourquoi restes-tu muet aujourd’hui ? Me voilà « prêt à te combattre. Du courage, montre-nous ta vaillance. 11 fut jadis un
• guerrier célèbre, nommé Anljnuna et fils de Critavîrya : il avait mille « bras, et Ràma ne lui en a laissé que deux. Je vais aujourd’hui punir ton n fol orgueil , et couper tous ces bras qui te donnent tant d’arrogance. Ar- « réte; tu ne saurais m’cchapper. •
Cependant Nàrada sautait de joie en contemplant cet horrible combat, qui lui rappelait ceux que s'étaient jadis livrés les dieux et les Asouras. Le reste de l’armée , vaincu par le vaillant Pradyoumna, s’enfuyait, le front baissé, auprès de Mahâdéva. Crichna, jetant un cri pareil au bruit d’un nuage orageux, pour abattre les bras de Bina, lève le tchacru aux mille rayons, qui réunit en lui l'éclat des astres, de la foudre et du maître des dieux, celui du Trétâgnî les feux du BramatchArin , ceux de la science et de l'austérité des Richis, la force des mérites obtenus par la piété des femmes lidèles, le souffle vital des oiseaux, des animaux des bois, des serpents M, des Nàgas, des Rûkchasas, des Yakchas, des Gandharvas, des Apsarâs, des trois mondes enfin. Le tchacra, entouré de toute cette lumière, brillait, comme un soleil étincelant, aux yeux de Bâna épouvanté.
MaisSiva, qui a vu dans la main de Crichna cette arme resplendissante, inévitable, infaillible, dit à Roudrâni : • Voilà Crichna qui lève son tchacra, que rien dans les trois mondes ne saurait vaincre; ô déesse, il faut sccou- « rir Bâna avant que cette arme soit lancée. » Après avoir entendu ces paroles de Siva, Dévi s’adresse à Lambâ 15 : ■ Ya, dit-elle, hâle-toi de secourir i Bina, p Alors la fille d’IIimàlaya invisible pour tous, excepté pour Crichna. sc présente à ce héros. Elle est nue, et dans l’attitude d'un combattant : c’est Cotavî, n’ayant d'autre vêtement que l’air qui l’environne, et prenant Bâna sous sa protection. A la vue de l'épouse de Roudra, de Lambâ qui vient pour la seconde fois arrêter son bras, le fils de Vasoudéva lui dit :
• O déesse , vous voilà encore , nue et au milieu des combattants. Vous « voulez protéger Bâna, mais sa mort est résolue. * La déesse, protectrice
•* Voyez lecL xxvi , L I, p. 119.
“ J'ai cru pouvoir traduire ainsi le mot tchacradham. On distingue les ser-
pents par relie épithète, sans doute à cause des anneaux représentes sur leur peau.
“ Dévi s'adresse à une forme dellc-mcme Voyez la lecture précédente.
du Dêtya , lui répond d’une voix douce : « Je sais que tu es le créateur « suprême, le souverain de tous les êtres, généreux, élevé entre tous
* les dieux, inlini, mystérieux impérissable; je sais que tu es llrichi- « késa, la source primordiale du monde, et que de ton ombilic est né le « lotus. O dieu, daigne épargner ce Bâna, héros incomparable dans les ■ combats. Accorde-moi la vie de Râna, qui a sauvé lui-même celle de « ton fils II a reçu de moi un privilège, que je maintiens et que sans « doute tu respecteras. O Mâdhava, fais que ma protection ne soit pas
• vaine. ■
Ainsi parlait la déesse à l’invincible Crichna. Celui-ci lui répond : • Ecou- « ter la vérité. Râna est trop lier de ses mille bras : il faut qu'aujourd'hui « ces bras soient coupés, et qu’il n’en conserve plus que deux. Je laisserai « la vie à votre fils18, mais cet Asoura aura perdu ce qui fait son orgueil. » Ainsi parla le tout-puissant Crichna ; la déesse , mère de Cârtikéya , lui répondit : « Eh bien, que Bâna devienne un dieu! • Alors le vaillant Crichna, poursuivant le cours de sa vengeance, dit à Râna : • Combattons, combat- « tons : voilà Cotavi qui vient se mêler de nos débats. Allons , Bâna , de la « fermeté. • Il dit, et, de l’œil ajustant son arme, il lance son tchacra sur le vaillant Bâna. Ce coup a fait trembler les êtres animés et inanimés. Les mauvais génies, avides de chair19, poussent des cris de joie. Cependant Crichna, toujours enflammé par la colère, ramenant à lui son arme incomparable, brûlante comme le soleil, la lançait de nouveau contre le Ddnava : le tchacra de Yichnou, tel qu’un météore dévorant, allait coupant les bras de Râna , avec une telle rapidité que ftcil ne pouvait suivre ses mouvements. Le disque tranchant abattit les mille bras du prince, et ne lui en laissa que deux : en voyant Réna, on aurait dit un arbre privé de ses branches. Cet exploit achevé, le terrible Soudarsana 30 revint de lui-même dans la main de Crichna.
" Il me semble que ce mot peut rendre ntla, qui signifie noir, expression syno-
nyme de Crichna.
âtatprtëi
. On se sert ordinairement
du mot djhapoalra pour désigner une personne qui a le bonheur de conserver se» enfants.
“ sfh'-j* I . Je Lirais plutôt
Yoy. U clxxii* lecture, où LUn»
demande à devenir le fils de Roudràni.
w Ce sunt des lUkc basas , surnommés Cm-
ryâdat.
10 Nom qne Ton donne au tchacra de Vick-
Le dieu était vengé : son tchacra meurtrier avait mutilé le Dètya , qui , baigné dans des flots de sang, ressemblait à une montagne privée de ses cimes orgueilleuses. Le malheureux jette des cris tels que les sons qui s’échappent de la nuée orageuse. Ces cris irritent encore plus Késava, qui, pour l’achever, lève son Ichacra. En ce moment Mahàdéva, accompagné de Cârtikéya , se présente et lui dit : • Crichna , 6 vaillant Crichna, je sais
• que tu es le premier des êtres, le vainqueur de Madhou et de Kêtabha. < Oui, tu es le fils de Yasoudéva, et le souverain éternel des mondes, le
* créateur de tout ce qui existe. Dans la nature entière il n’est personne - qui puisse te vaincre, parmi les dieux, les Asouras et les hommes. Re- « tiens donc ton tchacra divin, formidable, invincible. Vainqueur de Késin, « je protège Bâna : que ma protection ne soit pas vainc , je t’en prie. * » Qu’il vive, répondit Crichna; je retiens mon tchacra. O Siva.tu mérites « d'ètre respecté de tous les dieux et des Asouras. Je t’adore, et vais achever
* l'œuvre qui m’appelle. O maitre souverain, permets-moi donc de prendre « congé de toi. » Il dit, et aussitôt, porté sur Garouda, il se rendit À l’endroit où était le fds de Pradyoumna, couvert des flèches amoncelées sur lui.
Après le départ de Crichna, Nandin dit à Bâna : « Malgré tes blessures ■ viens en la présence de Siva. » Bâna consent à suivre ce conseil, et son ami l'emporte rapidement sur son char au lieu où se trouvait le dieu. Là Nandin lui dit: « Bâna, il faut danser : c’est pour ton plus grand bien.
• C’est un moyen de l’assurer la faveur du Mahàdéva. » Et Bâna, excité par ces parole-s, quoique tout couvert de sang et tremblant encore d’épouvante, mais privé de tout moyen d'existence, dansa devant Sancara”. Le malheur le réduisit à cette extrémité : cependant un reste de honte lui faisait baisser les yeux, et la crainte agitait son cœur.
Le dieu l’aperçut, et l’espoir de Nandin se réalisa. Siva eut pitié de ce prince : il l’admit au nombre de ses serviteurs, et lui dit : « Bâna, choisis la
non , arme intelligente qui d’elle-mème revient dans la main de son maître
11 Le mol sanscrit désigne une danse accompagnée de gestes, une pantomime. S'il est permis de tirer de toutes ces üctions quelque résultat historique, on doit penser que le prince
Bàna . détrôné par Crichna . fut forcé de devenir prêtre du dieu .Siva, que la mythologie indienne représente comme environné d’un cortège de serviteurs, qui sont des» espèces de Dactyles ou de Corybantes
" Surnom de Sria.
L'V C.ooglt
CENT-QUATRE-YINGT-TROISIÈME LECTURE. 257 v • faveur qu’il te plaît de me demander. Mon amitié n'a rien à te refuser dans i ce moment. * • Faites» seigneur, répondit Bàna, que je ne connaisse jamais
• la vieillesse et la mort. Telle est la première faveur que j’ose implorer de « vous. » « Prince, reprit Siva, tu seras désormais semblable aux dieux; tu
■ ne mourras pas. Choisis une autre faveur, je suis encore prêt à exaucer tes
• vœux. » « Je demande, dit Bàna, tout couvert que je suis de sang et de « blessures , et accablé sous le poids du malheur, à naître avec la qualité de
• votre fils 2\ et à compter parmi ceux de vos vieux compagnons qui vous
• honorent par 1a danse. > Siva lui répondit: • Oui, tu seras désormais au
• nombre de ces dévots serviteurs, qui, exercés par le jeûne et la péni-
• tencc, amis de la justice et de la vérité, consacrent leurs soins aux danses
• religieuses. Je te donne encore une troisième faveur à choisir : allons, mon
• fils24, tu es certain de n'etre pas refusé. ■ « Je veux, dit Bàna, que les plaies « que m’ont causées les coups du tchacra se trouvent cicatrisées. * « Ainsi
• soit, dit Bàna, tu seras guéri; tu n’auras à souffrir d'aucune infirmité.
■ Mais profite de ma bonne volonté , et choisis une quatrième faveur. •
■ O seigneur, reprit Bàna, que je devienne le premier de vos Pramàthas,
■ et que je sois à jamais MahàcAla. • « Ton désir sera comblé, ajouta Mahà-
■ déva; par un don particulier que je t’accorde, tu auras une forme divine, « tu seras exempt de blessures, de maladies et de crainte. Noble et vail-
■ lant héros, forme un cinquième vœu, et je te promets de le remplir. ■ « Je « désire, dit Bàna, que mes membres ne présentent aucune diiTormité, et, « si je n’ai plus que deux bras, je demande à être préservé de tout défaut « corporel. » « Je te l’accorde, illustre Asoura, répondit Siva : tu es mon « serviteur, et mes serviteurs n’ont jamais éprouvé aucun refus. Tout ce que « tu as désiré se trouvera accompli. ■
Ainsi parlait à Bàna le dieu dont le front est orné de trois yeux : il était environné de son divin cortège. Bientôt il disparut aux regards de tous les êtres.
nous représente le bey de Tunis montant sur son trône, et assisté par son ministre de la justice, soupçonné d'avoir intrigué contre lui. Celui-ci, lui baisant la main, lui dit : ■ Je le < reconnais pour mon soaverain et maître, et je • suis ton esclave. * « Non . lui répondit le bey , « tu es mon fils. •
poatraiij an ma. (Test une faveur qu'il possédait déjà.
** IJsf poalra. Voyex lecture xxix, tom- I, psg. 128, note 9, le sens de ce mot JUs, dont le Journal des Débats du 1 1 juin i835 me fournit un exemple remarquable. Ce journal