CENT-QUATRE-VINGT-CINQUIÈME
LECTURE
RETOUR DE CRICHNA A ÜWARAVATI.
Quand les fêtes du mariage d’Anirouddha furent terminées, le sage et heureux vainqueur de Madhou, Crichna, entouré de tous les dieux, prit congé du puissant Koudra, objet de i adoration de tous les êtres, et songea à se mettre en route pour Dwâravati. Alors Coumbhânda , se prosternant devant lui, s’écria : ■ O dieu à l'œil de lotus, écoutez mes paroles. Bâna pos « sédait des vaches dont le lait , aussi doux que l'ambroisie , procurait la vie* * toire à celui qui le buvait. Elles sont maintenant en la possession de « Varouna. > Ces mots de Coumbhânda ranimèrent la joie de Crichna, qui n’en eut que plus d'empressement à partir. Le divin Brahmà, après avoir béni Kcsava, se retira avec son cortège au Brahmaloca. Indra, accompagné des Marouts, se dirigea du côté de Dwâravati; car Crichna attire vers lui tous ceux qui peuvent désirer la victoire. Entourée de scs compagnes, et traînée par des paons \ que dirige Dévî , Ouchâ se rendit à Dwâravati , tandis que Bala , Crichna, Pradyoumna et Anirouddha partirent de leur côté, montés sur Garouda. Sur son chemin, le roi des oiseaux déracinait les arbres, ébranlait la terre, agitait l'horizon, et semblait couvrir le ciel d'un nuage de poussière. Les rayons du soleil étaient comme obscurcis. Après
1 Nous avons vu que le paon était l'oiseau prêtée à la princesse que chérissait Dévi, comme
favori de Cârtikéya. fils de Dcvf. H n'est pas plus haut die avait été aussi mise i la disposition
ctonnant que cette espèce de monture soit ici deBâna.
CENT-QUATRE-VINGT-CINQUIÈME LECTURE. 261 avoir parcouru une longue route , les vainqueurs de Râna portés par Garoudu à travers les airs, arrivèrent dans la région de Varouna2, et aperçurent les vaches de Râna, dont le lait passait pour être divin, et qui, par milliers, erraient dans les bois marins, distinguées par leurs couleurs variées. Le vaillant et sage Crichna les reconnut à la peinture que lui en avait faite Coumbhânda, et, sachant quelles appartenaient à Bâna , il résolut de s'en emparer. Le dieu maître du monde dit k Garouda : « Dirige-toi vers le pâturage de « Bâna. On rapporte que ceux qui boivent du lait de ces vaches obtiennent « l'immortalité. Satyabhâmâ m’a recommandé de lui en amener quelques- « unes : leur lait empêche, dit-elle, les Asouras de vieillir, et de ressentir
• la maladie. Si la chose est possible, a-t-elle ajouté, je veux les avoir : s'il « existe des obstacles insurmontables, n'y pense pas. Voilà donc les vaches « dont on nous a parlé. * • Oui , répondit Garouda; mais ne t'aperçois-tu pas
• qu’à ma vue elles se réfugient dans le séjour de Varouna? Allons, il nous
• faut agir, t II dit, et du vent de son aile il agite la mer, où il pénètre luimême.
En voyant Garouda s’élancer dans l’empire de Varouna, les compagnons de ce dieu frémirent d’effroi. Une armée formidable se rassemble, et agite devant le fils de Vasoudéva des armes de toute espèce. Ce fut un combat terrible que celui qui eut lieu entre les sujets de Varouna et l’oiseau ennemi des serpents. Enfin, cette année innombrable et superbe fut mise en déroute par le grand Késava, et alla cacher sa honte au milieu des abîmes de Varouna. En vain soixante-six mille 5 chars de guerre avaient été rangés en bataille, remplis d’armes étincelantes. Ces bandes invincibles, brûlées par les flèches de Crichna et enfoncées de tout côté, ne trouvaient aucun moyen de salut, pressées par les torrents de traits acérés dont les accablaient à la fois Djanârddana, Baladéva, Pradyounina, Anirouddha et même Garouda.
Varouna, qui voit ses troupes repoussées par le tout-puissant Crichna, s'avance, effrayé, au devant de son ennemi. Ce dieu, que célèbrent de tant de manières les Richis, les Dévas, les Gandharvas et les Apsarâs, apparaît
1 Le texte porte cfT^Off vùrounJm * Voici ce nombre, tel qu’il est exprimé dans
duttm ; ce qui semblerait indiques- l’occident , et vcrs sanscrit
non le séjour de l’océan , dont Varouna est le dieu.