‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 4 sur 140 · PRIÈRE DE CASYAPA A SI VA · texte numérisé non relu

PRIÈRE DE CASYAPA A SI VA

Vèsampâyana dit :

Le grand Mouni Nârada, arrivé à DwÂravatî, se présenta devant Nârâyana , le premier des êtres, le plus vaillant des héros. Celui-ci était dans son palais assis à côté de Satyabhâmd, et tout environné de gloire et de splendeur. 11 réfléchissait à l’incident qui venait de s’élever, toujours ferme en sa

résolution, et causait tranquillement avec son épouse. A la vue de Nârada, le dieu se leva, et rendit au Brahmane les honneurs prescrits par la loi. Quand le Mouni fut assis, le vainqueur de Madhou lui demanda en souriant ce qu'il avait à lui annoncer sur le Pâridjâta. Nârada lui rapporta tout le discours d’Indra, son frère aîné. Après avoir entendu ce récit, Crichna dit au pieux solitaire : « Demain je nie rendrai dans la ville (TAmarâvati *. • Alors preoant le saint Mouni à part, il le conduisit sur le bord de la mer, et lui donna ses dernières instructions : • Vous ailes aujourd’hui retourner *au palais d’Indra, illustre Kichi : dites en mon nom au roi des dieux « d’éviter de combattre coutre moi, et de condescendre à mes désirs en « me cédant le Pàridjâta. *

Nârada, pour complaire à Crichna, revint dans le Swarga, et redit au puissant roi des dieux ce qu’il était chargé de lui annoncer. Alors Indra demanda le conseil de Vrihaspati. Après l’avoir entendu, celui-ci s’écria : « Hélas! pourquoi étais-je parti pour la demeure de Brahmâ? cette affaire

• a été mal conduite; voilà certes une division bien malheureuse. Pour- « quoi aver-vous pris, roi du ciel, une pareille résolution sans me consulter? - Le succès est dans le domaine de l’avenir, et le monde est d’une nature ■ incertaine et changeante. Toute entreprise commencée sans réflexion ne < saurait réussir : il ne peut rien sortir que de futile d’une résolution légère. • Indra répondit au grand Vrihaspati : « Le sort en est jeté : dites-moi ce qu’il

• faut faire maintenant. » Le sage Mouni , dont la pensée embrasse le passé et l’avenir, tout pensif et la tète baissée, reprit la parole : « Unissez vos « efforts avec ceux de votre fils, et combattez Djanârddana. Pour moi, je

• ferai ce qu’il faudra. ■ Il dit, et partit pour la mer de lait1 2 * *, où il raconta toute cette histoire au grand Casyapa. A ce récit, Casyapa se mit en colère; il dit à Vrihaspati : • Il est impossible d’échapper à l’avenir. Ce malheur

• arrive à Indra , pour avoir porté ses coupables désirs sur la femme d’un

• Maharchi , qui jouit de la félicité des dieux 5. C’était pour prévenir ce

• triste résultat que je m’étais rendu sur les bords de ces ondes sacrées; et

1 Ville cèles le où demeure Indra.

* La mer de lait, dam la description des

sept Dwipa» , est edie qui environne le sixième

ou le Saca-dwip*.

1 Je suppose que ce passage fait allusion à

l’aventure d'Indra avec Ahalyà. femme de Gôlama. Voyez lect. xxvii , note 8. Cependant comme Indra avait déjà été puni de celte faute , il est possible que le poète indique ici une autre galanterie «le ce dieu.

« je n'ai pu détourner le coup qui va le frapper. Cependant j'irai avec Aditi « leur mère; j’empêcherai ce funeste conflit, si toutefois le destin le per- « met. • Le pieux Vrihaspati répondit au fils de Marîtchi : • C’est ici même

• qu'il faut chercher à vous rendre le destin favorable. • « Oui , » dit Casyapa, et, prenant congé de Vrihaspati, il alla adresser ses hommages au divin Roudra , souverain des mauvais génies 4, au dieu brillant et généreux qui porte un taureau pour symbole. Le sage Casyapa, accompagné d’ Aditi, implora la faveur du maître du monde en des termes indiqués par les Vè^es, et embellis par fart de la poésie.

• Je t'adore, à dieu, qui étends au loin ton empire, qui as créé funi- « vers et formé ce monde visible, qui te distingues par ta justice et ta

• bonté, maître universel, dont le corps est ferme et solide.

• Je t'honore, roi des dieux, qui détruis les péchés, qui remplis de ta « grandeur le monde entier, qui , maître et protecteur de ce grand tout , as

• d'abord été contenu au sein des eaux *.

« Je m'humilie devant toi, souverain gardien du monde, qui, sous la

• forme d'un pénitent ®, as donné la mort aux chacals destructeurs envoyés « par Indra matrice de l’univers, dieu que l’on peint tantôt avec des yeux

• horribles, tantôt avec un regard agréable.

• Puissé-je obtenir une vigueur éternelle par toi, seigneur unique du

• monde, toi dont ce grand tout est le corps, toi dont il est impossible de

■ détruire la solidité, toi qui es le plus grand de ceux qui boivent le jonrn

■ et sont nourris de lumière •!

« Je t’adore, dieu protecteur, maître souverain, que l’on appelle Athar- « muta ®, toi que l’on célèbre pour ta belle tète , source de tous les êtres ,

* C'est ce que signifie l'épithète Bhoûtaganéneara.

* Siva est considère dans cet hymne comme étant à la fois principe spirituel et principe matériel. La t" lecture , tom. I , pag. 5 , nous a appris que les eaux avaient au commencement reçu on germe vivifiant.

* Le mot par lequel ce pénitent se trouve désigné est yati Voyes à ce sujet les lois de Manou , lect vu , si. 54 et suiv.

’ Je ne oonnais pas ce trait de l’histoire de Siva : nous avons vu, tom. I, lect. lxyi, pag.

281 . une aventure où des loups viennent ravager la campagne. Mais ces deux faits n'ont aucun rapport entre eux.

1 Le mot qui pxprirae cette idée. est maritchipâ. Un passage de la xvm* lect. tom. I, p. 85, noos a appris qu'il y avait pour les Pitris des inondes appelés Maritchigarbfuu. Je crois qu’il s'agit ici d'étres célestes . honorés par les sacrifices des hommes et habitants des régions lumineuses.

* Cette épithète de Siva est dérivée do du quatrième Véde , qui est l'Alhorwa.

• toi qui es aussi sage que vaillant, terreur des Dânavas, toi qui es U ma-

• tière du sacrifice, objet d'admiration pour ta beauté, objet de terreur

• pour ta laideur 10.

«Sois-moi toujours favorable, souverain seigneur, âme suprême dans

• laquelle se meut et s’étend la décevante magie 11 du monde, dieu d’amour •» pour les êtres qui entrent dans l’existence, planant dans un char mer-

• veilleux au-dessus de ton œuvre que tu animes,

• Je t’adore, grand dieu, père de cet univers que tu parcours par des « routes invisibles, auteur de toute beauté, de toute justice, fort et véné- « râble, arbre mystique distingué par tes brillants rameaux, déité terrible « aux mille veux, aux cent armures.

* Je te vénère, toi qui es la pureté, la dévotion, la tranquillité, toi qui

■ effaces le péché, être universel, appelé Sam b hou et Sancant ls, roi des

• mauvais génies l\ taureau puissant, qui portes le poids du monde, toi « dont le front est orné du croissant de la lune u, toi qui sers de voie aux « organes des sens.

« Je t’implore, toi qui es comme la pierre qui aiguise l’activité des êtres,

• taureau mugissant avec force, être aux aspects divers, tantôt parfait et «juste, tantôt faux et inerte, brillant de richesses, escorté d'animaux sau-

• vages, puissant, ferme en ta dévotion, et armé du trident.

« Je m’incline devant toi, dont la force est infinie et la fermeté inébran-

• labié, premier des êtres, maître et victime du sacrifice, toi qui es l’of-

• fraude de la piété, le bras des mondes, le compagnon du destin, le

■ Dwidja désiré des hommes de bien.

Je t’adore, ô rejeton de Prisai la, orné de mille qualités supérieures.

11 Siva , comme représentant la nature . renferme en lui les contrastes les plus étonnant*.

“ Ainsi est rendu le mot màjrâ , qui sert à exprimer l'idée d'une cause immédiate et active de la création toujours mubile et changeante.

" Épithètes du dieu Sîvb , qui ont rapport à U félicité qu'il procure à ses adorateurs.

“ J’ai regardé ici l’épithcte DhoâtanAtha , et plus loin celle de lihoâtapati , comme synonymes de Bhontngmiiuara.

n Sotna , qui est la luoe, avait été banni du

ciel : pour l'y faire rentrer. Lakchmt eut l'idée de le placer sur la tète de son mari, qui , ainsi orné, parut dans l'assemblée de* dieux.

M Pour se rendre compte de ce mot, il faut se rappeler que Siva peut être confondu avec Crichna dans quelques- uns de ses attributs phi losophiq ues. Or. la legende rapporte que Dévakl, mère de Gichna , avait été dans une première naissance l'épouse de l'ancien roi Soutapas, nommée Pnsnt. Au reste . ce mot priau signifie rny on et Itrrt.

« paré de ta seule beauté, couronné de gloire, ami de l'ordre, agréable « par tes formes, esprit de pureté, actif et vivifiant, source de justice pour

• les bons, source d’cgarenient pour les méchants.

« Je t’invoque, dieu consolateur, maître des quadrupèdes l6, toi qui es

• ïaam mystérieux du dévot, toi dont la tête brille 17 de tant d’éclat, dont « les actions sont si nobles et la conduite si ferme , vaillant héros, dont la ■ main tend l’arc avec tant d’habileté et manie les armes avec tant de force.

• Protége-moi, dieu unique, toi qui es aussi la volupté, et le passé et

■ l’avenir, toi qui es l’hôte de tous les êtres, qui triomphes de la mort, qui

• terrasses tes ennemis, et, souverain dispensateur des biens, répands au

• loin ta splendeur.

■ Pour l’encouragement des hommes vertueux exauce-moi, toi qui seul

• jouis en maître de l’empire des mondes, qui seul donnes aux vents leur « baleine impétueuse, qui peux dans ta bonté nous accorder une éternité « embellie par les chants du Sâma.

« Conserve-moi, ô toi qui envoies la mort à tes ennemis, toi dont les

• membres apparaissent sous tant de formes, toi qui, en qualité de Brah-

• mâ, as pris plaisir à créer les mondes les plus élevés, et en qualité de « sage Brahmane, as formé l’essence originelle111 des six devoirs, laquelle « consiste dans la récitation des mystérieuses vyâhritis.

• Sois mon défenseur, ô Sambhou, ô Sancara, ô toi qui es la véritable

■ parure et l'éternelle sagesse, toi qui es tout sentiment, qui donnes la vie,

■ qui portes sur tes épaules la peau d’un tigre , qui es la moelle du monde

• et le maître de toute pureté.

M Ces mots sont U traduction de l'épithète Pasoapati. On donne de celte épithète diverses explications , qui pourraient me forcer à modifier ma traduction. Voyez ce mot dans le dictionnaire de M. Wilson.

11 Voyet lect i , note î.

“ Cette phrase m'a paru fort diflicUe , et je ne me Batte pas d'en avoir découvert le véritable sens. J'ai rendu par mener originelle le mot ^ fj raja , qui s'entend du fluide élémentaire dans le corps humain , et j'ai pensé qu'il pouvait être ici employé par métaphore. Le chadgoana ou les six qualités exigées du Brah-

mane sont sans doute celles que cite M. W iléon, au mot chatcarmman : savoir,

renseignement des Vêdes, l'étude de la sainte écriture , le droit d'ofîrir des sacrifices , le privilège d'en faire pour les autres , la faculté de faire des présents , et celle d'en accepter. Voy. tom. I, lect. u. pag. a36. note i. Les tyâhritù sont trois mots qui probablement doivent s'entendre des trois mondes , c'est-à-dire lu terre . l'atmosphère et le ciel : ces mots sont Ihonr, bhoavah et nrar. Pour connaître la vertu des vyihrilit, voyez les lois de Manou, lect n si. 76,78, et suiv.

32 # HAR1VANSA.

« Timplore ton secours» ô Roudra , dieu des dieux, toi que Ton surnomme

• Tryambaca auteur de toute richesse, toi qui enseignes aux Brahmanes -

• leur devoir, qui combles les vœux des sacrificateurs, toi le premier des

■ biens, seigneur victorieux dans les combats.

« Sols mon soutien, ô Roudra, toi qui es la bouche des dieux ”, la mort « de l’impie, le soma du sacrifice ”, l'être parfait, le témoin de nos actions,

■ la voie de tous les êtres, le maître des mauvais génies B, le divin institu- « leur savant dans la science de la morale.

• Défends-moi, ô Roudra, toi qui es l'incomparable, le grand sacrifica-*

• leur, la fin, le milieu et le commencement du monde, formé de mille « membres et de mille têtes, toi que les dieux invoquent de tant de

• manières dans leurs actes de dévotion, seigneur composant les trois « mondes”.

• Je t’adore, 6 maître divin, toi qui as pour siège une peau de gaxelle3*,

• saint pénitent orné d’une ceinture ”, toi qui dispenses le bonheur et fais

• redouter ta colère, toi, exempt de péché, âme de tous les êtres revêtue « d’attributs matériels , toi qui portes la djatà. toi qui es le premier des liens.

« J’ai recours à toi, ô Roudra, dieu des dieux, toi qui es la pureté de

■ tout ce qui est pur, l’acte de l'homme vertueux, la lin du grand Mahat ”,

■ toi qui as cent âmes, toi qui es célébré comme le maître du taureau.

• Je me prosterne devant toi, être spirituel et caché, brillant de ta propre « lumière, toi dont le nom est un mystère, cause incessamment renaissante

• d’un monde éternel, dieu resplendissant de clarté et paré d’organes maté-

• riels.

“ Malgré l'étymologie différente que M. Wilson donne du mot tryambava .je crois plutôt que c'est un synonyme du mot tnlotchana , faisant allusion aux trois yeux avec lesquels on représente Sîva.

** Lé feu est ordinairement appdé ainsi , parce que les offrandes présentées aux dieux sont jetées dan» le foyer qui les dévore. Au reste, les dieux ont deux bouches, celle de» Brahmanes et celle du feu.

1 J'ai cru pouvoir rendre ainsi lemot

trient. M. Wilson dit que c'est une espèce de sacrifice ; mais il ne donne aucune explication.

Ce même mot peut signifier egalement tnple

" Voyex la note 1 3.

** Ces mots sont la traduction du mol tnpichtapa , qui ordinairement ne s'entend que du ciel. Cependantcn décomposant fmm . on arrive au sens que j'ai adopté. Dans le Câsi- Llianda il est question d'un phallus, nommé Tnpicktapa.

M Cette peau s'appelle adjina : elle sert au pénitent de siège et de lit.

M La ceinture porte le nom de ntdcald. Voy. les lois de Manou, lecL il, si. 4a.

M Voyex lecL i , ton». 1 , pag. b, note la.

« Préserve-moi de tout mal , ô toi cjui es à la fois la fécondité et la stéri-

• litét atome imperceptible des éléments décomposés, substance unique des

• corps organisés, ne devant ta naissance qu’à toi-même, essence universelle, « être doué de la pensée et du bonheur, brillant comme la pierre précieuse.

« Conserve-moi, ô seigneur, toi qui es placé près et loin de nous, toi qui

■ dans les cérémonies du Sràddha diriges les dévots pleins de foi , toi maître

■ des divers ordres de dieux, des gens puissants, des hommes vertueux, toi « qui perfectionnes les six espèces d’œuvres dn Brahmane

■ Efface mes péchés, ô dieu des dieux, toi qui es l’ennemi de toute faute « commise en secret ou par la pensée , toi qui par une action libre crées ou

• changes les choses, qui as été et qui seras, qui agites tes armes menaçantes,

• et qui es tout l’éclat de l’homme vertueux.

« Protége-moi, maître des dieux, toi qui renfermes l’océan de tous les

• êtres, toi qui de tes flèches terribles as brûlé les orgueilleux pécheurs qui « dans le Tripoura ** employaient la magie pour soutenir leurs perfides

■ projets.

* Sauve-moi, seigneur dieu , toi qui te plais à abattre le bonheur des heu- - reux, qui interrompis jadis le sacrifice de Dakcha w et confondis les pro-

• jets des dieux assemblés, toi qui es le seul sage, le commencement et la

• fin de tout sacrifice.

« Sois-moi toujours favorable dans les sacrifices, toi qui es l’immortelle

■ pensée, toi heureux, parfait et grand, qui, après avoir créé le monde, en « diriges les ressorts secrets, toi qui es le premier de ceux qui doivent pos- « séder les six qualités

« Accorde-moi le bonheur, ô dieu qui connais les trois temps, toi qui « es la source naturelle de toute bonté, pasteur des pasteurs, avare de tes

*’ Autrement le chüdtjouita. Voy. la note »8.

" Le Tripoura porte aujourd'hui le dodi de Tipptrah. Il renfermait trot» ville» fortes , appartenant à un Asoura qui fut brûlé par Siva. Voy. lect. ceux.

M Dakcha avait donné sa tille Sati en mariage à .Siva. Le gendre refusa un jour dans rassemblée des dieux de saluer son beau-père, qui, pour se venger de cette offense . négligea de l’inviter à un sacrifice où étaient réunis les dieux et les

Mounis. Sali , de douleur, se jeta dans le feu du sacrifice. Siva envoya les génies de sa suite afin de troubler 1a cérémonie. Tout fut renversé, les dieux frappés et mutilés, et Dakcha lui-mème décapité par son gendre. Les dieux , touché» du sort de ce Richi , lui donnèrent tint* autre tète : c'était celle d'un bélier. N’esl-ce pas là encore un conte astronomique? Cette aven> turc est le sujet d'un drame moderne en 5 actes. u Encore le mot càatÿtNuta . Voyez la note i H.

HAR1VANSA.

■ dons envers les méchants , premier être de cct univers , terrible pour tes

■ ennemis, protecteur de la vertu, toi qui autrefois as produit de ton corps

• le grand Hari, toute la création, Brahmà et scs Gis, les Brahmanes, et

• Soma, roi d'un monde qui est ton ouvrage.

• O Roudra, toi qui as douné l'existence à tous les êtres, loi qui es la

• lin et le milieu , la force et la puissance, toi de qui vient la science sacrée,

• âme vivifiante et secrète, maitre généreux et sans cesse accompagné d'ani-

■ maux sauvages , substance universelle, seigneur surnommé Tiyumbaca. toi

• qui portes le signe du linga et celui du bhaga dieu 31 qui es en même

• temps Oumà , Oumâ dont le sein contient tout; à Mabâdéva, après toi et

■ elle, il n’est pas un troisième être. Tu es tout, tu es l'Jswara 5'dc tout. •

Tel fut l'hymne adressé nu dieu dont uu taureau est l’emblème. Siva, animé par le sentiment du devoir et de la justice, se montra disposé i exaucer le vœu de Casyapa. Il lui dit avec douceur: • Illustre Pradjépati, je sais

• pour quel motif tu m’adresses cette prière. Les grands dieux Indra et Ou-

■ pendra obéiront à la nature *. Le pieux Djanérddana emportera le Pâri-

• djita, et Indra, par l’effet de la malédiction d’un saint Mouni, sera puni

■ pour avoir désiré la femme de cet illustre pénitent. Vertueux Richi , rends-

• toi avec Aditi, fille de Datcha, au palais d’Indra. Le bonheur de tes en- « fants est assuré. • Après avoir entendu celle réponse de Hara “, le sage incomparable, fils du dieu qui est sorti du lotus M, salua, plein de joie, le maître de tous les ordres de dieux , et retourna dans sa demeure.

** Ce sont là les noms des deux symbole» représentant les organes masculin et féminin.

" Ce mot dan» le texte est exprimé par

tat. Voyex le Bhagavad-gît& . loct xvu, si. a 3 et a&.

“ Voyex lect cxxix , note a.

* Ce passago m a paru obscur. J'ai pensé

que le mot praenti devait être inter-

prète dans le deuxieme sens qu'indique le dictionnaire de M Wilson. Il est encore, dans la cxxxxiv* lecture, employé pour désigner que les astres reprennent leur marche accoutumée.

* Surnom de Siva.

*• C'est-à-dire Brahmi.

COMBAT DE CRICHNA ET DINDRA.

Vèsampâyana dit :

Le soleil venait de se lever; le puissant Vichnou, sous prétexte d'aller à la chasse , se rendit sur le mont Rêvata. Il avait fait monter sur son char le vaillant fils de Satyaca, et avait dit à Pradyoumna de le suivre. Arrivé sur le mont Rêvata, le dieu dit à Dnrouca • « Arrête ici mon char, et laisse errer « les chevaux en liberté. J'ai besoin de ton secours pour la moitié de la jour- « née. Je rentrerai à DwAravati sur mon char. » Ainsi parla Crichna, et, volant à la victoire, ce sage et puissant héros monta avec Sâtyaki sur Tàrkchya Quant au vaillant Pradyoumna, il suivit son père sur un char céleste. En un clin d'œil Hari fut rendu dans le parc de Nandana, dans le jardin des dieux, et se disposa à enlever le Pâridjâta. Là, il trouva les guerriers d'Indra prêts à combattre, et couverts d’armes variées. Cependant malgré leur courage, à leur vue même, Késava, dieu fort et espoir du juste, déracina le Pâridjâta, l’enleva et le plaça sans effort sur le dos de l'oiseau Garouda. O fils de Bharata, il adressa même la parole à cet arbre, comme pour le rassurer, et lui dit : ■ O arbre, ne crains rien, Késava est généreux. » Quand le Pâridjâta fut bien établi sur Garouda, Crichna lit le tour3 de la belle ville d'Amarâvati.

Cependant les gardiens du Nandana accoururent auprès d'Indra, et lui dirent : • On enlève le Pâridjâta. » Le vainqueur de Paca, montant sur Êrâvata, et suivi de Djayanla porté sur un char, poursuivit le ravisseur. Késava arrivait à la porte de l'orient, quand Indra l'aperçut et lui dit : « Vainqueur ■ de Madhou, que signifie cette conduite?* Crichna, de dessus Garouda, saluant le roi des dieux, lui répondit î * Pour orner et purifier mon épouse, • j’emporte ton Pâridjâta. • «Crichna, reprit Indra, il n’en sera pas ainsi. « Vous ne pouvez emporter cet arbre sans combat. Généreux Késava, dirigez

1 Nom de l’uiMMU Garouda — 1 C'est-à-dire , il fit le pradaickina , en tournant sur U droite.

• d'abord vos armes contre moi. Accomplissez votre menace en levant Sur « moi votre Comodaki1 * 3. »

Alors Crichna, comme en jouant, perce de ses flèches aiguës, et pareilles à la foudre, l'éléphant du roi des dieux. Le maître du tonnerre frappe Garouda de ses traits divins, et coupe rapidement ceux de lardent Késava. Mâdhava et le vainqueur de Bala et de Vritra brisent mutuellement les flèches qu’ils se lancent l’un à l’autre. Au bruit de l’arc d’Indra, au frémissement du Sârnga 4 les habitants du ciel sont émus.

Pendant que les deux héros sont occupés à combattre, le vaillant Djayanta s'efforce d’arracher le Pâridjâta placé sur Garouda. Le vainqueur de Cansa charge Pradyounma d’éloigner ce nouvel adversaire, et le fils de Uoukmini attaque alors Djayanta. Celui-ci, comme en riant, du haut de son char prend pour but de ses flèches chacun des membres de Pradyounma; et Pradyoumna, à son tour, avec ses traits semblables à des serpents, du char où il est placé , inquiète le fils d’Indra. Le combat s’échauffe entre ces deux rivaux, et les fils de Mahcndra et d’Oupendra, célèbres par leur courage entre tous les guerriers, se distinguent par d’égales prouesses. Les dieux, les Mounis, les Siddhas, et les Tchâranas contemplaient avec admiration ce combat terrible.

Un héros du parti des dieux, nommé Pravara, s’avance pour reprendre le Pâridjàla. C’était un Brahmane élevé par sa pénitence au rang de Siddha, et nouvellement arrivé du Djambou-dvvipa •; il était habile à manier les armes, terrible pour scs ennemis, et fier surtout du privilège d’immortalité qu’il avait reçu de Brahinâ : il était venu, par amitié pour Indra, joindre ses forces à celles du vainqueur de Bala. Crichna, qui le voit s’approcher, dit À Sàtyaki ; • Tâche avec tes flèches d'éloigner Pravara, mais toutefois en

• le ménageant : c'est un Brahmane qu’il faut traiter avec douceur. • Cependant Pravara, de dessus son char, avait décoché soixante flèches sur le guerrier que portait Garouda. Le petit-fils de Sini , d’un trait habilement lancé , brise l’arc de son adversaire, et s’écrie : « On ne doit pas frapper un Brah-

• manc. Soyez tranquille, respectable Mouni : les Yàdavas savent trop ce

1 Nom de la massue de Crichna. on doit attribuer ce nom k l’Inde. Ce mot dt>

* Ainsi s'appelle l’arc de Crichna. signe une province abondante en djambous ,

1 Suivant lu Pourinos. le Djambou est le espèce d’arbre qui est le jombosicr (Fagenia

duîpa central : suivant les livres bouddhistes, jambolana i , rvteapple , pomme de rose.

« qu'ils doivent aux saints Brahmanes, même à ceux qui les attaquent. • Pravara lui répond en riant : ■ Guerrier, le sort dans les combats ne doit « pas plus épargner les Brahmanes que les autres. Yâdava , je suis un disciple

• de RAma, fils de Djamadagni 6. Mon nom est Pravara , et je me vante rPêlre

■ l'ami du sage Indra. Les dieux craignent de combattre par respect pour

■ le vainqueur de Madhou; mais moi, MAdhava, je veux payer la dette de « l’amitié. * Le combat recommence entre le petit-fils de Sini et le Brahmane : leurs traits divins se choquent d'une manière plus terrible encore. Le ciel tremble, ô fils de Courou, ainsi que les êtres divins qui remplissent les airs.

Cependant la lutte entre le fils dcCrichna et le fils d’Indra continuait toujours, et les deux rivaux se soutenaient également. Ils portaient vivement leurs coups, paraient ceux de leur adversaire 7, et tous deux avec une ardeur et une adresse sans pareilles cherchaient à obtenir la victoire. Le fils de Satchî, saisissant l'instant favorable, lance un trait rapide au fils de celui qui porte le Sârnga. Ce trait enflammé arrivait en sifflant : Pradyoumna l’arrête en sa marche par une foule de flèches aiguës. Mais, 6 miracle! les feux que porte avec elle cette arme destinée plutôt à frapper les Dânavas tombent devant le fils de Roukminî, et consument son char sans le brûler lui-même. Les efforts de Pradyoumna sont impuissants pour éteindre ces flammes qui l’assiègent. Le fils de Nârâyana s’élance hors de son char qu’il abandonne au feu, et, se soutenant au milieu de l’air, il dit A Djayanta : « Fils de Mahendra, « cent de ces traits divins, tels que tu viens d’en lancer un, ne sont pas en « état de m’abattre. Allons, développe tous les secrets de ton art; mais crois

• bien que tu n’c» pas plus habile que moi. J’en pouvais douter tant que je

• ne t’avais pas vu sur ton char de bataille et les armes à la main, mais aujourd'hui que je te connais, je puis dire que je ne te crains pas. Le Pâ- « ridjâta, qu’il n’est pas permis à ton bras de toucher, ne recevra plus

• de toi que des souvenirs. Et ce char magique que ta flèche brûlante

* Cette phrase est une menace de la part de Pravara. Panwoorâma avait été l'ennemi mortel des Kchatriya*.

7 Cette idée est «primée par deux roots qui me semblent être deux terme» techniques , employés peut-être dans l'escrime : ce sont deux

impératifs , dont le premier même est irrégulier. îTîïCTrTfëj 3TT mol CJfftÇ M trouva seul dans la cxlvii' lecture : c'est un cri de défi de 1a part de Crichnu. qui va lancer son tchacra.

HAR1VANSA.

■ vient de dévorer, je puis, si je veux, par ma science en créer des milliers • qui lui ressemblent. » À ces mots, le vaillant Djayanta lui décoche un trait que lui-même avait composé avec un art tout particulier. Pradyoumna se défend contre la rapidité de cette arme par une grêle de flèches : son rival, de quatre traits tout divins dirigés avec habileté et pareils à des météores enflammés, forme une barrière qui enferme de tout côté le grand Pradyoumna, et ne lui laisse que la vue de la voûte céleste. Le fils de Crichna avec ses flèches fend ce rempart, et perce Djayanta lui-même. Les saints répandus dans les airs firent entendre de bruyantes acclamations en voyant la force et fagilité du grand Pradyoumna.

Le petit-fils de Sini avait d’un trait perçant coupé l'arc de Pravara à l’endroit où la flèche vient s'appuyer sur la main; mais le Brahmane avait reçu d’Indra un autre arc solide et retentissant comme la foudre. 11 tire plusieurs flèches aussi brillantes que les rayons du soleil, et brisant à son tour l’arc de Sâtyaki, il le frappe lui-même dans tous ses membres. Sâtyaki, prenant un autre arc, ferme et solide, recommence ses attaques contre Pravara; et tous deux à l’envi, de leurs flèches aiguës, percent l’armure ou le corps de leur adversaire. Ainsi, d'un trait le brave Pravara coupe en deux morceaux l’arc de Sâtyaki, dont la personne reçoit aussi trois flèches. Le héros Yâdava allait s’armer d’un autre arc ; le Brahmane le prévient, et le frappe de la massue que brandit sa main légère. Sâtyaki sourit de cette attaque, et sous les coups de celte massue il saisit son épée, son bouclier et un autre arc. Pravara lui décoche des centaines de flèches, de manière À l’empêcher de faire usage de ses bras. Pradyoumna donne à son compagnon d’armes un poignard étincelant, qu’une flèche de Pravara vient briser à l’instant; Pravara, comme en riant, a touché cette arme dans le manche même, et en même temps de trois autres traits acérés il a déchiré le bouclier; puis d’un coup de lance il frappe Sâtyaki au cœur, et pousse un cri de victoire. Alors voyant son ennemi vaincu, dans le désir de prendre le Pâridjâta, il s’approche avec son char de Garouda. Celui-ci le pousse de son aile, et le Brahmane est lancé avec le char à la distance d'une gavyouti 8, où il perd connaissance. Djayanta va relever Pravara; il cherche à le ranimer, et le fait remonter sur son dur léger. D’un autre côté Pradyoumna, tenant dans

* \ ovei 1a cxxvi" lecture, note 6.

ses bras son oncle °, le petit-iils deSini, presque privé de sentiment, tâchait de rappeler ses esprits abattus : le vainqueur de Madhou touche Sâtvaki de son bras gauche, et celui-ci, par reflet de ce simple attouchement, reprend toute sa vigueur. Pradyoumna, à la droite de Crichna, et Sâtyaki, à sa gauche, attendaient l’ennemi, plus que jamais disposés à combattre.

Cependant Djayanta et Pravara, portés sur le même char, arrivent près d'Indra, qui leur dit en riant : « Il ne faut pas s’approcher de Garouda : ce ■ roi des oiseaux, ce fils de Vinatâ, est d’une force redoutable. Placez-vous

• aussi à ma droite et à ma gauche, vos armes toutes prêtes, et regardez-moi

• combattre. > Il dit, et les deux guerriers se mettent aux côtés d'indra. Le roi des dieux et Djanârddana recommencent leur combat. Indra, de ses flèches énormes dont le bruit égale celui de la foudre , frappe Garouda dans toutes les parties de son corps; l’orgueilleux (ils de Vinatâ n’aurait pu compter les coups qui lui étaient portés. De son côté, Crichna ne ménageait point l'éléphant d’Indra. Les montures des deux héros, l’éléphant et l’oiseau, combattaient eux-mêmes avec force et courage : le souffle de leur respiration était violent. Le puissant Erâvata, de ses défenses, de sa trompe, de sa tête, frappe l’ennemi des serpents 10, et pousse de grands cris. Le fils de Vinatâ, de ses serres tranchantes , et du choc de ses ailes, fatigue le roi des éléphants. Ce combat terrible et singulier entre ces deux animaux fixe un instant l’attention du monde, et jette l’épouvante dans l’âme des spectateurs. Enfin Tirkcbya donne sur la tête d’Erâvata un coup de son pied armé d’une serre vigoureuse; et l’éléphant, étourdi par cette attaque, tombe du ciel dans cette province même, ô Djauainédjaya , sur le sommet du Pâripâtra n. Indra ne voulut pas abandonner Erâvata dans sa chute autant par amitié que par compassion. Le puissant Crichna le suivit, et s’arrêta aussi sur le Pâripâtra avec Garouda. Là, les forces étant revenues à Erâvata , le vainqueur de Vritra et le grand Késava reprirent le combat interrompu, et s’attaquèrent de nouveau avec des flèches aiguës , années d’un fer meurtrier, et rapides comme des serpents. Le maître du tonnerre lança sur

* Ce n'était pas son oncle ; c'était un cousin du côté de son père , qui avait un degré sur lui. Son nom est Youyoudhina. Voyex lect. Cil.

“ Épithète de Garouda.

11 Voyex tom. I, lect. cvm, note 39. Le conte

que l’on va lire a été inventé sans doute pom expliquer labaissementde cette chaîne de montagnes , qui s'étend à l'occident sur les contins du Malwa. Voyex la lecture suivante; voyex aussi la note 9 de la civ* lecture.

40 HAR1VANSA.

Garouda, l'ennemi d'Êrâvata, la foudre dont le roi des oiseaux brava l'atteinte : car sa nature et ses mérites le mettaient à l’abri de la mort. Cependant il abaissa ses ailes comme par respect pour l’arme de celui qui était le roi des dieux , et en même temps son frère , en qualité de fds de Casyapa **. La montagne foulée par les pas de Tàrkchya s'affaisse de tout côté, ta sentiment de vénération dont elle est pénétrée pour Crichna la portait à s'humilier encore davantage. Crichna, qui la voit peu à peu s’effacer et disparaitre, s’éloigne avec Garouda, et se soutient dans l’air. Alors ce dieu, créateur de tous les êtres et âme de la nature, dit k Pradyoumna : « Dirige-

■ loi vers Dwàravâti, et sans délai amène-moi le char avec Dârouca. Va , ma

• force t'accompagnera : annonce k Balabhadra 13 et au roi des Coucourns

■ que demain je serai à Dwâravatî après avoir vaincu Indra. • « Vos ordres

• seront exécutés, • répond Pradyoumna k son père, et plein d’empressement il part, il parle à Bala et an roi des Yâdavas, et en un moment revient, monté sur le char que conduisait Dârouca .

LA MONTAGNE SANCTIFIEE.

Yésampâyana dit :

Crichna, porté sur ce cbar, revient sur le Pàripâtra , où se trouvait le roi des Souras avec Erâvata. A la vue de Djanârddana, le Pàripâtra s’abaissa, pareil à un pied de chanvre [sânapàda] , par déférence pour le fils de Vasoudéva , dont il connaissait la grandeur. Hrichikésa lui sut gré de cette prouve de respect ; il s'avançait au combat, suivi de Garouda qui était chargé du Pâridjâta, et monté par Pradyoumna et Sâtyaki : ces deux héros gardaient l’arbre conquis par Crichna.

Cependant le soleil descendait vers l’occident, la nuit approchait, et le

" Yoyeitom. I, lecl m, pag. aa. “ Nom d'une branche de* Yâdatas. Voyet

'* C'est-à-dire Bain ni ma , *on frère. tact, xxxvu. Co roi, c»t Ougmésia.

combat continuait entre Indra et Késava. Vichnou , voyant que l’éléphant Krâvata , percé do coups, n’était plus en état de résister, dit au roi des dieux : « Le grand Erâvata , frappé déjà par Garouda , n’est plus en état de combattre ; « la nuit vient, demain matin nous recommencerons, si tu le veux. • « Ainsi

• soit fait, • dit à Criclina le maître des dieux; il se rapprocha du ciel et campa sur une colline. lJi arrivèrent pendant la nuit Brahmâ, Casyapa, Aditi, tous les dieux, les Mounis, les Sàdhyas, les Viswas, les deux Aswins, les Àdityas, les Roudras, les Vasous et Couvera. Quant à Nârôyina, il resta sur le riant sommet du Pâripàtra avec son bis et Satvaki. Pour récompenser ce mont, qui par respect était descendu à la laible hauteur d’un pied de chanvre, ce dieu juste et bon lui accorda une faveur, et lui dit : « O mont, tu « seras appelé Sdnapdda. Tu posséderas la moitié de la sainteté de l’Himâlaya. « Ainsi relève-toi; tu seras le rivai du Mérou, et une foule de bêtes fauves

• t'adopteront pour leur refuge. » Après avoir témoigné sa bienveillance au Pâripâtra, Crichna, voulant honorer le dieu dont le taureau est le symbole, par sa pensée appela la rivière du Gange. Aussitôt la céleste Vichnoupadî 1 se présenta, attirée par la force seule de la réflexion du dieu; celui-ci la salua, fit ses ablutions, prit de l’eau et un fruit du bilwa *, et adressa cette oflrande au maître de l’univers, à Roudra. Alors Mahàdéva, seigneur excellent, lui qu’on nomme aussi Sonia, apparut au-dessus de cette offrande de bilwa et d'eau du Gange. Kcsava avait eu soin d’orner de fleurs le Pàridjâta, et il célébra en ces termes Iswara, souverain créateur de toutes choses.

« O dieu , toi qui t’appelles Hoadra \ parce que tu causes les pleurs des

• hommes, et Àdhidèva \ parce que tu es fauteur des formes matérielles,

• toi qui es le plus honoré et le plus chéri des êtres, tu sais unir en toi, « ô seigneur, la magnificence et la gloire.

« Tu es le maître des animaux, des bourgs et des bois , et pour cette raison « nommé Pasoupaû 8 ; tu es le créateur suprême , ô dieu des dieux, le vain- « queur de tous les ennemis des Sou ras, et dans le monde il n’est personne

• au-dessus de toi.

• Tu es le souverain des puissants et des maîtres, l’être vénérable qui

1 Voyez loti, t xxv , note 1 1 . La déesse du (lange vient fournir l'eau des «blutions.

* Cet arbre e*t appelé vulgairement Del ( Ægle marmelos).

1 La racine de ce root est rowJa , qui signifie pleurer, gémir.

1 Voyez le Bhagavad-gilA, lecL vin , sL 4- 1 Voyez la exxx* lecture, note 16.

HAR1VANSA.

« donne le bonheur et la vie, et cest pour ce motif que les hommes

• sages et instruits dans les mystères de nos livres saints t’ont nommé ha

• et Isu'ara •.

« A toi, dont la sagesse est inlinie . à toi, essence impérissable, invisible.

■ immatérielle, est duc la naissance de ce monde, et voilà pourquoi on t’ap-

■ pelle Bhava 7, l’ètre le plus élevé parmi tout ce qui est grand, tout ce qui

• est souverain.

« O grand dieu, tous les génies vaincus par toi, les Dévas et les Asouras,

• t’ont reconnu pour leur roi, et c’est ce qui t'a fait donner le nom de

■ Mahhu ara *.

« Adorable, et toujours adoré par les dieux avides du honheur éternel, « bienveillant, infiniment fort, on t’appelle le dieu des dieux, le fortuné,

■ le désiré des hommes vertueux, et tu es à jamais l’Âme de tous les êtres.

■ Maître des dieux, tu es l’essence des trois mondes, la source iniinimcnl « glorieuse de toute supériorité; et de là est venu ton premier nom de « Tryamhaca *.

■ Par ta puissance infmie tu commandes à tes ennemis; tu fais également « entendre à tous, à maître des maîtres, la voix de l’autorité; pour le bon-

■ heur commun tu es répandu partout; aussi l'on t’appelle le seigneur

■ suprême l0, bienfaisant, vivifiant comme le soleil.

« Tu maintiens la paix entre les hommes qui vivent ensemble, tu con-

■ serves la concorde entre les cousins 11 ; et voilà pourquoi les sages t’ont

■ surnommé Sancara **, A dieu d’une justice infinie.

• Jadis la foudre du roi des Souras te fit une blessure à la gorge, et te « l’a marquée d’une teinte noire, ô seigneur rempli de force e! de sagesse :

• de là t’est venu ton nom de Nilacantha 15.

* Ce* Jeu» mats signifient maître, teigneur.

* Mot dérivé da verbe (éfre).

' C’est-à-dire grand maître.

* Voyes lect. exxx , note 1 9. L*s trois yeux de Si va ne représenteraient- ils pas le» troi* monde» ?

“ Les deux manuscrits dcvanàgarit portent

tabdatyèidna ( maître de Lt

paraît ).

11 11 est singulier que le même mol sanscrit

Mrrlfrrrya signifie

à la fois tXNutii et

«MRI.

'* Cest-i-dire auteur du bonheur.

" Une antre légende donne de ce nom une explication differente L'océan , baratté par les dieux, produisit un poison mortel, que Siva avala pour sauver le genre humain : ce poison lui resta dans le gosier, et depuis ce temps le dieu a été surnommé Nilaeantka, c est-a-

« Tu portes dans le monde le signe du linga et du bhaga ; tu es tout,

• Sonia u, le monde anime et inanimé : aussi les savants Brahmanes te re- « connaissent pour l’incompréhensible Amhica l5, qui porte et contient le

• monde.

« De toi sont nés les Vèdes, les Védângas, les offrandes, les cérémonies ■ et les libéralités du sacrifice; ô dieu des dieux, il n’est, il n'a été, d ne

• scia jamais d’ètre semblable à toi.

• Moi et Brahma, C a pila 16, Ananta, et tous les sages, enfants de Brah-

• ma, o dieu des dieux, nous sommes nés de toi; tu es le maître de tout,

• l’âme du grand œuvre, l’être à jamais adorable. »

C’est en ces termes qu'était honoré le dieu dont l’emblème est un taureau. 11 étendit la main droite, et dit h Govinda : « Illustre Soura, tu ob- « tiendras lesbiens que tu désires : le PàridjAta te restera, cesse de t’in-

• quiéter. Tour prix de la dévotion dont tu as fait preuve sur le Mênâca w, « tu verras mon oracle s’accomplir; et cette pensée doit te donner du cou-

• rage. Personne ne pourra te vaincre et t’abattre : tu sauras mieux que moi « briller sur les champs de bataille. Ce que je t’annonce maintenant s’accom- « plira. Quiconque récitera avec piété la prière que tu viens de m’adresser i recueillera le fruit de sa dévotion. O Yichnou, il obtiendra la victoire « dans les combats et un honneur immortel. Tu élèveras en ce lieu une

• statue qui me représentera, et que viendront adorer les dieux et les Sid-

• dhas ; je porterai ici le nom de Bilwodakéswara Le sage qui, dévoué à « mon service, sera resté en ce lieu pendant trois nuits, 6 Djanârddana, - ira dans le monde qu'il aura désiré. En ce même pays se trouvera une « rivière du Gange M, sous le nom d'Avindhyâ : les ablutions qu'on y fera

•lire tfwer noir ou bleu. Voyez l'épisode du MahàkhâraU inséré jwir M. Wilkins dans les notes de sa traduction du Rhagavad-gilù, Voy. encore ta cxxvn* lecture du Hnrivnnsa.

w Ce mot . qui est un dm noms de In lune, est aussi une epithete de Siva. Ne serait-ce pas nu composé de Çf ta et de 3HT oum^ (cowutatos Oamà )? On sait qu'Oumà est U femme de Siva.

“ Arabica ou Atnhà est un nom de la déesse Pàrwatî : ce mot signifie mère.

" Voyez tom. I, lect. xiv, pag. 69

" Voyez tom. I, lect. cxviu, note 3a. Le Menaça est placé parmi les montagnes du midi : je crois qu ici le poète le confond avec le Pàripâtra.

" C’est-à-dire maître de bthta et de Veau.

" Cette rivière, lectures cil et cxli. sera appelée Avertit. Wilford, t.XIV des Recherches asiatiques, parmi les rivières qui se jettent dans l'Yamounâ, mentionne la Crichnagangâ , qui coule dans le Gilandjara ou Bundekund, et qui

• en récitant les montras prescrits, auront le même effet que si elles étaient « faites dans le Gange. La partie intérieure 10 de cette contrée est occupée > par les puissants Dânavas, qui y possèdent une ville nommée Chatpoura,

• et qui font de là des excursions. Ces Dêtyas, aveuglés par leurs passions, « objet de terreur pour le monde, habitent en sûreté le sommet de cette « montagne : Brahmâ leur a donné le privilège de ne pouvoir succomber

■ sous la main des dieux **. Mais toi, Késava, qui es devenu homme, tu

• auras le pouvoir de les détruire. • Ainsi parla Mahàdéva : il embrassa le noble fils de Vasoudéva, et disparut.

Après son départ et au point du jour, Govinda dit encore à la montagne :

• Sur tes flancs habitent de terribles Àsouras qui, par l’effet de la bonté ' de Brahmâ, ne sauraient être mis à mort par les Dévas. Pour le salut du « monde je serai donc obligé de t’assiéger, et de les contraindre à quitter « leurs retraites. Mais l'issue sera fermée, et ils périront tous d’après les « ordres que j’aurai donnés. Moi-meme, ô mont, j’établirai sur toi ma de- « meure a, et j’annoncerai aux redoutables Àsouras que de là je les sur- « veillerai. Le pénitent, qui, le bras élevé montera sur ton sommet, « obtiendra par ce fait un fruit pareil à celui de l’oblation de cent vaches.

■ Le dévot qui, soumis aux règles saintes, fera faire ta figure en pierre, « entrera à jamais dans ma voie. • Tel fut le privilège que le bienveillant Crichna accorda à cette montagne. Le maître des dieux y fixa une de ses habitations; et les dévots, qui ont le désir d’obtenir le monde de Yichnou,

porte aussi le nom de CriyA ou Cnyanâ. Cependant M. Wilson , au mot (,'nchnânaJ! , confond la Criehnagangâ avec la Crirhnâ, aujourd'hui le Kitsiia, qui roule dans le Decao. Je remarque aussi qu’il sort du Viîtdhya une rivierc nommée JY irvindkyd.

” Antardharanl.

" Nous avons déjà vu plusieurs fois que les Dânavas, ennemis des dieux, avaient obtenu de Brahmâ des grâces particulières. En voyant, comme ici, ces Dânavas retranchés dans les montagnes, et en pensant qu'ils se trouvent sous la protection de Brahmâ, dieu ancien, toujours respecté , mais dépourv u de culte et en quelque sorte détrôné, j’ai été tenté de croire

que ces Dânavas représentent quelquefois, dans les annales mythologiques de» Indiens, le* premiers habitants du pays, les aborigènes, espèce de Titans, enfants de la Terre, refoulés dans les muntagne» parle» conquérant*, et leur disputant avec acharnement le sol de leur vieille patrie , que Brahmâ . divinité désormais sans puissance et sans crédit, leur avait jadis accordé.

” B est probable qu’une forteresse fut construite par Crichna sur celte montagne, et que plus tard on a fait de ce lieu un endroit de pèlerinage.

** On nomme cette espèce de pénitent OiirtUhahàhou.

y viennent animés par la pieté , et font imiter en pierre la ressemblance de cette demeure d’un dieu.

RÉCONCILIATION DE CRICIINA ET DINDRA.

Le grand Crichna remontant sur son char» après avoir adoré le divin Bilwodakéswara , partit, et appela aux armes Indra qui était campé dans le voisinage du ciel avec tous les dieux. Alors Indra et Djayanta s'élancèrent aussi sur un char traîné par de légers coursiers. Ainsi volait au combat le dieu qui comble les vœux des justes, et la possession du Pâridjâta devint la cause d'une nouvelle lutte entre ces deux héros élevés sur leur char de bataille. Vichnou, habitué à triompher de ses ennemis, accablait de ses flèches rapides les troupes du roi des dieux. Cependant, malgré leur force et leur habileté, les deux rivaux ne purent se faire aucun mal. Djanârddana , de dix flèches armées d'un fer aigu, frappa chacun des chevaux de Mahendra. De son côté, Indra, de ses traits garnis d’une pointe menaçante, protégeait ses défenseurs. Èrâvata et Garouda , sans prendre part à la mêlée , se trouvaient cependant, au milieu des airs, couverts des milliers de flèches que lançaient Crichna et l’illustre vainqueur dcBala. Les chars de ces deux combattants également terribles, également courageux, faisaient sous leur poids trembler la terre qui les supportait , et qui vacillait comme le vaisseau sur l'onde. Tout l’horizon était enflammé, les montagnes chancelaient et les arbres tombaient par milliers. Les mortels, que leur vertu ne préservait pas dans cette calamité, étaient abattus sur le sol; de furieux ouragans bouleversaient les airs; les fleuves remontaient vers leur source; les vents soufflaient en désordre, et des météores effrayants tombaient du ciel. Le bruit des deux chars troublait l'âme de tous les êtres : le feu même brillait dans l’eau, et les astres allaient de tout côté se heurter contre les astres. De nombreuses étoiles se précipitaient de la voûte céleste sur la terre. Les

éléphants, gardiens des diverses régions de l'horizon, et les serpents des régions inférieures, s’agitaient en tumulte. Le riel était découpe en nuages rouges, horriblement sonores et chargés d'une pluie de sang. On ne distinguait plus ni terre, ni ciel, ni atmosphère. En voyant de leurs places ces deux rivaux se précipitant au combat , la troupe des Mounis récitait des montras pour le salut du monde, et les pieux Richis s’arrêtaient, murmurant à voix basse leurs prières

Alors le grand Brahm dit à Casyapa : « Va, pars avec Aditi ton épouse

• pour séparer tes enfants. » • Ainsi soit fait, • répondit le Mouni, (ils de Brahmâ, et, montant sur un char, il va se placer entre les deux héros. A sa vue, à celle d’ Aditi, les deux combattants descendent de leurs chars et mettent pied à terre : ils déposent leurs armes, et ces héros, pénétrés d’amour pour tous les êtres, et sachant bien, en leur qualité de pères, ce qu’ils doivent à leurs parents, s’inclinent avec respect. Aditi les prend tous deux par la main : ■ Pourquoi donc, leur dit-elle, vous faites-vous la guerre, » comme si vous n’étiez pas tous deux sortis du meme sein? C’est une chose

• horrible que de s’attaquer pour un faible intérêt. Parmi tous mes enfants ■ il n’en est aucun qui se conduise comme vous. Si vous êtes encore en état

- d'entendre la voix de votre père et de votre mère, quittez vos armes, et » suivez mon conseil. • « Votre volonté soit faite, » répondirent les dieux, et, empressés d'aller se laver de leurs souillures, ils descendirent au Gange 1 en causant ensemble.

Indra disait à Crichna : « Vous êtes le maître et l’auteur du monde : c’est « vous qui m’avez affermi sur mon trône. Vous qui m'avez élevé, pourquoi « voulez-vous maintenant me renverser? Après vous être montré si bon

- frère, après avoir reconnu mes droits d’aînesse, comment aujourd'hui « voulez-vous anéantir ma puissance? » Quand ils eurent achevé leurs ablutions dans l’eau du Gange, ils revinrent, pleins de soumission et de douceur, à l’endroit où se trouvaient Aditi et Casyapa. Ce lieu où ces deux fils se réunirent avec leurs parents fut nommé par les Mounis Priyasangamana a. Après qu’Indra eut été rassuré pour l'avenir, on se rendit au camp où étaient rassemblés les dieux. De là ils montèrent tous dans leurs chars

1 (Test sans doute la rivière dont il a été * Ce mot se traduit par ceux-ci : rencontre question dans U lecture précédente. amicale.

et prirent le chemin du ciel, transportés de la joie la plus vive. Casyapa, A diti, Indra et Djanârddana étaient sur le même char. Arrivés dans le magnifique palais du roi des dieux, ils y furent accueillis au milieu des plaisirs et des honneurs de toute espèce. La pieuse Satchi témoigna au noble et bon Casyapa et à son épouse le respect qu’ils méritaient.

Au point du jour suivant, la prudente Aditi dit k Hari empressé de faire le bonheur du monde : « Oupendra, tu vas retourner à Dwâravatî et em- « porter le Pâridjâta. Donne à ton épouse ce moyen de purification qu’elle

• désire avec tant d’ardeur. Quand Satyabhâmâ en aura joui, cet arbre sera - rapporté par toi dans le Nandana, où il doit rester. • * Vos intentions se-

• ronl remplies, • dit Crichna à la glorieuse mère des dieux, qui avait suivi les sages instructions du grand Nârada. Ensuite ayant fait ses adieux à son père et à sa mère, à Indra et k Satchi, Djanàrddana partit pour Dwâravatî. Mais auparavant la fille de Pouloman, connaissant tous les devoirs de la politesse, lui fit accepter pour scs seize mille épouses des pierreries et des étoffes magnifiques, brillantes de mille couleurs, et toutes resplendissantes d’un éclat divin.

Comblé d’honneurs par tous les saints habitants du ciel, Crichna prit le Pâridjâta, et se dirigea vers Dwâravatî. 11 arriva avec son fils et Sâtyaki sur le mont Rêvât». LA, il déposa le Pâridjâta, et envoya devant lui Sâtyaki k Dwâravatî. Il le chargea d’annoncer aux Yâdavas 5 qu’il apportait le Pàridjâta du palais de Mahendra; qu’il allait cejour-lâ même le montrer à Dwâravatî, et que l’on eût k préparer de brillantes illuminations. Sâtyaki, après avoir reçu ces ordres, s’éloigne pour les exécuter, et revient ensuite avec toute la jeunesse de Dwâravatî, avec Sâmba ctses autres compagnons. Ce fut alors que Pradyounma , remettant le Pâridjâta sur Garouda, fit son entrée triomphante dans la ville : Hari le suivait sur son char, que traînaient Sêvya * et ses autres coursiers. Sur des chars non moins magnifiques venaient après lui Sâtyaki et Sâmba, et tous les enfants de Vriclmi, qui célébraient avec joie la gloire de Crichna. Les Yâdavas, en entendant de la bouche de Sâtyaki le récit des exploits de leur héros incomparable, se sentaient pénétrés d’admiration. Les habitants de la terre ne pouvaient se rassasier de contempler

1 Le texte porte aux Bkérmt, brandie de» qui sont attelés au char de Crichna. Les trois

Yidavas descendant de Bhbna.Voy. lect. xxxvi. autres se Dominent Sougrita, Mcyhapo\ichp* et

' C'est le nom de l'un des quatre coursiers Balàhaca.

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