‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 44 sur 140 · DÉSORDRES DE LA FIN DES AGES · texte numérisé non relu

DÉSORDRES DE LA FIN DES AGES

Le fils de Soûta continue :

Djanamédjaya dit à Vyâsa : - N’ayant pas plus de connaissance des temps - à venir que je n’en avais des temps anciens, je voudrais bien savoir ce que «sera cette fin des siècles, qui doit effacer les traces du Dwâpara l. 11 me « semble que nous sommes arrivés à cette époque malheureuse où , entrai- ■ nés par l'amour du vice et de l’impiété, nous croirons, par quelques » œuvres, avoir satisfait au devoir et mérité le bonheur. ■

Sônaca prit la parole :

Daigne m’apprendre, ô pieux Mouni, à quel signe on reconnaîtra ces derniers temps qui jetteront l’inquiétude parmi les êtres, et amèneront l’extinction de la piété.

Le fils de Soûta dit :

Je te répéterai ce que répondit le divin Vyâsa , quand on le pria aussi de s’expliquer sur cet âge où tous les êtres paraîtront sortir de leurs voies. « A « la fin des siècles, dit ce grand Richi, les princes, au lieu de protéger les • sacrifices, enlèveront eux-mêmes les offrandes : ils ne connaîtront que « leurs intérêts particuliers. Des rois qui ne seront pas Kchatriyas monteront sur le trûne; des Brahmanes se mettront aux gages des Soûdras; « des Soûdras suivront les règles des Brahmanes; des soldats expliqueront

1 Nom du troisième âge qui précédé le Coli. Voyex lecL vm , loin. 1 , pag. 46-

« la sainte Écriture*; les sacrifices seront privés de leurs cérémonies. Il n’y

• aura plus de distinction dans la manière de prier3. Les hommes n'aime- « ront que les arts mécaniques*; ils excelleront dans la danse: ils se gor- « geront de viande et de vin; ils ne respecteront pas la femme d’un ami. « Les brigands deviendront rois, et les rois mèneront la vie des brigands.

• Les richesses seules seront en honneur; les pieuses coutumes seront en

• oubli. Les serviteurs ne connaîtront plus l’obéissance. Il n’y aura pour le « vice aucune espèce de contrôle.

« Les mortels, sans énergie, sans activité, laisseront pendre leurs cheveux

• et négligeront la cérémonie de la tonsure 3. Les hommes, à quinze ans, « seront déjà pères. Les simples particuliers seront tourmentés et punis 6 pai

• leur manie d'élever de superbes pavillons3, les Brahmanes par leur « amour des jouissances, les femmes par leur coquetterie \ Tout le monde « enseignera la science divine et offrira des sacrifices, les Soûdras usurperont

• les formules honorables de salutation’, les Brahmanes feront alors mai-

* J'ai rcuda de cette manière le mot snrfèïïT: srotriydh.

1 Ce» dernier» mot» «ont la traduction du mot è capanÂti , qui désigne une réu-

nion de gens appartenant à la même caste.

* liHKiqvj ! silpavontali.

* : mouJsialiétâh L’enfant , à l'âge

d'un ou trois an» , était soumis à une ceremonie religieuse, appelée tchouddcamna . qui consistait à lui raser toute la tête, à l'exception «1 nue seule mèche sur la couronne de la tète. Voyez les lois de Manou, lect. n, si. 35.

* Cette lecture est remplie de mots techniques dont la signification m'a fort embarrassé : surtout la phrase que nous traduisons ici ren-

ferme trois epithétes composées du mot

K»lJa . qui signifie ordinairement un dard, et qui s'emploie aussi pour l'arme de Sis a . c'est-àdire un trident. (I était évident pour moi que ces trois mots étaient en rapport, mai» il m’a été bien difficile do trouver l'idée commune aux

trois membres de la phrase J'avais d’abord supposé que dans ccs temps malheureux le culte de Siva devait prévaloir, et quo le toci/u , comme symbole de ce dieu cruel, apparaîtrai l partout : mais comme le mot soûla signifie aussi petnr . tourment, je me suis décidé à traduire , dan» • c sens . le sfoca que je transcris :

3?£Spr: sPir^T: m^pn^rj '7T9TT : I

CR^Ti ÏJPJHUU WTO

' Le mot «Ma dit île toute e»|Ht e île constructions , et surtout île ce» pavillon» qu'on déve sur le haut des maison».

* Le texte parle des cheveux de» femme», ht ta. Le soin donné à la chevelure comprend ici, selon moi, tou» les autres détail» rtc toilette qui occupent les femmes coquette».

' Mol à mot les Souriras diront , bhah ! Vovei lois de Manou, lect. il, si. isl

« chandise des fruits do la pénitence et du sacrifice. Les saisons mêmes « seront changées.

• Des hommes, que distingueront leurs dents blanches, la couleur dont

• ils peindront le bord de leurs yeux 10, leur tète rasée et leur vêtement « rouge 11 , se livreront aux habitudes impies des Soûdras, et suivront les « principes de Sakya-Douddha n. Comparables à des bêtes féroces, ils dé- •• truiront les vaches. Un des caractères principaux de cet âge sera la dis-

- parition des gens de bien. Les rangs seront confondus : ceux qui doivent « être à la fin se trouveront au milieu, ceux qui sont au milieu descendront « à la fin. Tous les êtres sembleront comme s’enfoncer dans l'abîme. Les « taureaux, à peine âgés de deux ans, trembleront déjà sous le joug, et les » nuages enverront à la terre des pluies surnaturelles.

« Nés de pères brigands, tous les mortels se livreront au brigandage. C’est « avec peine qu’ils pourront arriver à se faire une petite fortune. La piété

• n'existera plus parmi eux. La terre sera brûlée par le soleil , et les routes

• couvertes de voleurs. Dans le Cali-vouga tout le monde exercera le com-

• merce. Les fils dissiperont le patrimoine de leurs pères, et par le men- « songe et l’injure chercheront à réparer leurs pertes. Après avoir follement

- perdu leur jeunesse, leur beauté et leurs trésors» les femmes auront re-

- cours à la coquetterie , et s’occuperont de parer leurs cheveux. Le chef

- de maison livré à toutes les craintes et renonçant aux plaisirs, n’aura

toucladantâjulji-

Utkdulk.

! cticfuiyanitcuah. Celle < nulcur, qui e»t rouge , ou du moins brune , |>rovient ou d’une terre d’ocre, ou de fêcon» d’un arbre, appelé lodhra , vulgairement lodh ( tymplo rtu lYirvmwi). Ainsi dans le A* acte du Mntchtrharatt on voit entrer sur la scène un mendiant lmuddhistc qui porte sous son bras son vêtement encore tout humide de teinture, et qui va le laver dans un étang. Le poète représente ce mendiant avec la tète rasée. Les lois de Manou , Icct, x , si. 87 . défendent le commerce des étoffes rouges.

'* tic personnage passe pour avoir été le fon-

dateur delà secte des Bouddhistes .on ledésignr encore sous le noin de Sâkya-moani ou Sâbra sinha. Il était de la rare royale de» descendant* dTUhwâcou ; *on père était roi de Vàranisi . et se nommai» Snuddhodana ; sa mère « appelait Tchandrd ou Mtiyàtl tvt. Ce Bouddha devait vivre mille à huit cents ans avant notre ère, et les Brahmanes le considèrent quelquefois comme le dixième a va tare de Vichnou, qui est descendu sur la terre, disent-ils, pour tromper et perdre les Dètyns trop puissants. La chronique chinoise et japonaise, dont il est fait mention dans le nouveau Journal Asiatique, n° Lli . pag. 407, place la naissance de Sôkya en 1027 avant Jésus-Christ.

" Gnhtutha.

CENT-QUATRE-VINGT-NEUVIÈME LECTURE. 279 « qu'une seule épouse, avec laquelle il ne connaîtra que des jouissances uni- «formes. Les femmes, remplies de mauvaises qualités, feront un usage « répréhensible de leurs avantages extérieurs. Un des signes particuliers de

• cet âge sera le petit nombre d'hommes et la multiplicité des femmes.

« Les hommes, pauvres et mendiants, n’exerceront plus la générosité,

■ et les classes inférieures recevront les bienfaits sans reconnaissance. Sous « la verge brûlante do scs rois brigands le peuple dépérira chaque jour. « Les champs seront frappés de stérilité ; les jeunes gens passeront rapide- « ment à la vieillesse. Chacun n’aura pour règle que son vain caprice. Les

• pluies seront accompagnées d’ouragans, les laboureurs se fatigueront sur « un sol sablonneux u. On mettra en doute l’existence d'une autre vie. « Sans esprit de conduite , les hommes sc moquerout des choses saintes :

• ils s’estimeront beaucoup eux-mémes, et accuseront les Brahmanes de cu- « pidité. Les Kchatriyas exciteront le commerce et se conduiront comme

• des Vésyas : telle sera aussi avec le temps la destinée des Brahmanes ,J.

■ On verra les hommes fréquenter les méchants, et cheminer avec eux « sur le même char **. Personne ne rougira d’avoir des dettes. La bienveil-

• lance sera stérile , la colère seule portera des fruits. Les chèvres cesseront « de donner du lait. Par suite de l’ignorance , les Pandits ne pourront plus « citer les livres saints. Chacun prétendra tout savoir, la vieillesse ne sera

■ plus respectée, et tout le monde se croira le talent de poète17. I,c$ cons-

■ fellations, infidèles à leur devoir, se refuseront aux conjonctions accoutu-

■ mécs. Des rois brigands, enfants du libertinage1®, incrédules, gorgés de

■ liqueurs fortes , oseront profaner les paroles de la divine Ecriture , et

■ offrir l’Asvvamédha. Les Brahmanes, entraînés par la soif des richesses, fo- « ront des actes de religion et mangeront des mets que la loi défend. « Ils inviteront à lire les livres sacrés, et personne ne lira19. Les femmes

u Ce passage pourrait s'expliquer autrement:

• Les hommes seront petits de taille et se tral-

• lieront sur le sable. •

lf Les lois de Manou ne permettent cette dérogation que dans les temps de détresse.

Voyez leel. x , si. 81 et suivants.

14 Ce fait entraîne la dégradation. Voyez les lois de Manou . lect. u , si. 180.

" Est-ce bien U le sens du coundivricfta?

l* Mot k mot , ils diront, h ko h ! et personne ne tira. Je crois que pour avoir le sens de ce vers il faut se référer au slocu j3 de la 11* lecture des lui* de Manou.

280 IIÀRIVANSÀ,

• ne respireront que ics parfums *, et porteront des robes de couleur

• rouge **. Les étoiles perdront leur éclat , les régions du ciel seront

• déplacées, et la teinte du crépuscule se ressentira de l’incendie de l’ho-

• rizon. Les pères et les fils recevront pour leurs ouvrages les ordres de » leurs femmes et de leurs belles-mères; les disciples adresseront des re- « proches à leurs maîtres. Les hommes se livreront à des amours contre <■ nature et passeront leur vie au sein des plaisirs et de l’ivresse. Ils négli-

• geront d’entretenir le feu des sacrifices et d’offrir les saints holocaustes.

• Point d'aumône , point d’offrande pieuse , point de repos religieux. Les « épouses profiteront du sommeil de leurs maris pour s’échapper de la « maison conjugale; les maris, pendant le sommeil de leurs épouses, iront

• visiter d’autres femmes. Enfin faiblesse du corps et corruption de l’âme , « tels seront les signes distinctifs de ce dernier âge, bien différent de l’âge

« Crita*. •

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