ABOLITION DU SACRIFICE DU CHEVAL
Le fils tic Soute continue :
C’est en ces termes que le Richi VyAsa mettait sous les yeux du roi Djanamédjaya le tableau des événements et passés et futurs. Ces paroles charmaient l’assemblée, et elles étaient pour l’oreille du roi ce qu’est l’ambroisie pour le goût, et la lumière de la lune pour les yeux. Les récits variés du Maharchi, dans lesquels se trouvaient vantées les trois qualités du trivarga *, et qui étaient capables d’attendrir lame comme de l’élever, faisaient sur les assistants la plus vive impression. En entendant les paroles du fils de Parâsara, les uns répandaient des larmes, les autres restaient plongés dans la réflexion. Vyâsa , saluant le roi en tournant autour de lui par la droite1, lui dit: « Nous nous reverrons, ■ et il partit. Tous les saints pénitents qui étaient présents suivirent le savant Richi, et quand ils sc fu* rent retirés avec le divin Vyâsa , les prêtres et les héros s’approchèrent. Le roi, tirant une vengeance terrible des Nàgas, épuisa sa colère comme un serpent épuise son venin. Cepehdant le grand Mouni Astica obtint de lui la vie de Takchaca5, dont la tête brillait comme le feu du sacrifice, et retourna ensuite dans son ermitage , tandis que Djanamédjaya rentrait avec sa cour dans Hastînâpoura. Ce prince régnait, heureux du bonheur de ses sujets, quand il voulut célébrer le sacrifice du cheval. Déjà il avait fait les préparatifs nécessaires, et, suivant l'usage, avait apprêté de magnifiques présents; déjà les proclamations ordinaires étaient achevées4, et, pour se
4 Voyex U dernière note de U précédente lecture.
1 Cest-à-dirc , en faisant \e pradak china.
* Voyez lect. clxxxviii, note 3.
* Voyez dans une de» scènes de l Oa/fara- Hâmatcharitra , acte 4, quelques détails sur le
conformer aux rites indiqués, la reine, fille du roi de Câsi, et à cause de sa beauté surnommée Vapouchtamd , s’était placée près du cheval 5. En ce moment Indra la vit; charme de sa beauté, il se substitua lui-méme à la victime, et parut souiller le sacrifice de ses embrassements adultères. Cette métamorphose fut à l’instant connue : le dieu lui-méme se dénonça au Brahmane qui présidait au sacrifice : « Voilà, lui dit-il, un cheval sur le- « quel tu ne comptais pas , et qui te fait perdre le fruit de tes œuvres. • Après avoir entendu cette déclaration , le Brahman^vint raconter la chose au Râdjarchi , qui maudit sur-le-champ Indra. « Si j’ai retiré quelque fruit
- de mes sacrifices et de ma pénitence, s’écria Djanamédjaya , si j’ai mis
- quelque zèle à défendre mes sujets, que ma malédiction ait tout son effet. « Je déclare à ce roi des dieux, libertin, sans foi et sans constance, que les
• Kchatriyas ne feront plus désormais le sacrifice du cheval. • O Sônaca, ainsi parla le roi. Toujours excité par la colère, il dit ensuite aux prêtres:
• C’est votre faiblesse qui est cause que le sacrifice a manque. Vous ne pou- « vez plus rester dans mon royaume : retirez-vous avec vos familles. * En entendant ces paroles, les Brahmanes se retirèrent. Cependant les autres femmes de Djanamédjaya étaient aussi présentes; le roi, dans son amour extrême pour le devoir et dans l'indignation qui le transportait , leur intima ses ordres ; ■ Chassez de mon palais, leur dit-il, l'infâme Vapouchtamà, » qui a secoué sur ma tête ses pas empreints de poussière, qui a brisé ma
• force et flétri nia gloire. Je ne veux plus voir cette femme, qui est dé-
• sormais pour moi comme une guirlande fanée. L’homme placé près d’une « femme qu'il aime et qui a été souillée par un autre ne goûte plus de plai-
• sir» ni dans les banquets, ni sur la couche conjugale. Ne repousse-t-on
cheval du sacrifice. Ce cheval , mis en liberté pour un an, portait sur sou front une inscription ainsi conçue : ■ Je dorme la liberté * ce
• cheval destiné au sacrifice; quiconque a la « force de l'arrêter peut le faire, mai» je vien-
• drai et le délivrerai. Pour ceux qui n'ont pas
• la force de l'arrêter, ils doivent le laisser passer,
• et venir au sacrifice en apportant leur tribut. »
Le mot me parait ici désigner cette
proclamation : cependant il signifie aussi lue. immolé.
1 La reine jouait un rôle particulier dans ce kiM-rilice. Ce passage doit faire supposer qu'dic remplissait seule quelque cérémonie pieuse auprès du cheval. C'était die qui. avec le roi, lovait les pieds de l'animal. Placés prés de l'autel. tous deux ils recevaient la fumée du sacrifice qui les purifiait. Le prêtre . après avoir jeté quelques goutte» d'eau sur la face du prince et de son épouse, marquait avec de la cendre, tirée du foyer sacré , leur front , leurs épaules , leur poitrine et leur gorge.
• pas avec horreur l'offrande qui a été effleurée par la langue d’un chien? *
C’est en ces ternies que s’exhalait la colère du fils de Parikehit. Le roi des Gandharvas, Viswâvasou, lui dit : « Indra n’a pu souffrir les trois cents0 « sacrifices que tu voulais célébrer, Vapouchtamâ ton épouse n’a pas man-
■ qué à son devoir : la coupable est l’Apsarâ Rambhâ. Mais la fille du roi de
■ Câsi est la meilleure des épouses et la perle des femmes. En troublant ton « sacrifice, Indra a voulu en détruire l’effet. Il savait bien que les fruits de ta « piété devaient être de t’égaler à lui et de lui enlever sa couronne. Pour se « conserver il lui fallait interrompre ton sacrifice. H a formé une apparence
■ magique : il s’est substitué au cheval du sacrifice , et ses amours avec Ram- « bhâ ont été regardés comme un adultère commis avec Vapouchtamâ. Ce- « pendant tes Brahmanes, qui te servaient dans tes trois cents sacrifices, sont
■ devenus l’objet de ton imprécation : eux et toi , vous avez perdu “tous ces
• mérites qui devaient vous égaler à Indra. Oui , ce dieu ne le cache pas : il a
■ redouté le résultat de vos trois cents sacrifices. Il a eu recours à la magie .
■ et seul il vous a vaincus , tes Brahmanes et toi. Indra a le désir légitime de « conserver sa puissance et sa supériorité; mais il respecte ce que tout autre
■ n’oserait outrager, c'est-à-dire la femme de son petit-fils7. Il est grand sous
• le rapport de la science, de la justice, de la pénitence, de la puissance:
• et sa force devait surtout éclater contre toi qui amassais les mérites de « trois cents sacrifices. Cependant n’accuse ni Indra, ni ton prêtre, ni toi- « même, ni Vapouchtamâ : le vrai coupable, c’est le Temps, dont il est difficile « de triompher. Tu t’es emporté contre le roi des dieux qui, par un effet « de sa suprême puissance, s’était substitué 4 ton cheval. Si tu veux vivre
• heureux , il faut te réconcilier avec Indra. La contrariété est difficile à sur- « monter, aussi difficile qu’un courant contre lequel on veut lutter. Mais « calme tes esprits, et possède en paix la meilleure des femmes, dont « l’innocence est incontestable. Songe que les femmes, quand on les dé- « laisse injustement, peuvent se venger par des imprécations. O roi, les « femmes vertueuses sont des êtres divins. La lumière du soleil, la flamme « du feu, l’emplacement 8 du sacrifice, l’offrande sans tache, et la femme
* Je oe sais pa» pourquoi l'auteur parle ici de * Djanamédjaya descendait, par Abhinmtrois cents sacrifices , Ordinaire- nJ°u * *°n •'«*ul * d'Ardjouna qui «Hait considéré
„ . . , comme le fils d'Indra,
ment u n est question que de cent sacrifices ,
pour faire obtenir à un mortel le rang d'Indra.
* Autrement le vé*H.
« exempte de passions, voilà autant d’objets connus pour leur pureté. Les • sages doivent toujours rechercher, désirer, honorer les femmes ver- •> tueuses, et les adorer même comme des déesses’ du bonheur. •