CENT-QUATRE-VINGT-TREÏZÏÈME
LECTURE
MANIFESTATION DU POUCHCARA *.
Djanamédjaya dit î
Le Ricin Vyâsa a célébré la puissance du dieu qui dormait sur les eaux de l’océan, et sur l’ombilic duquel s’élevait un lotus : il a dit comment ce lotus a donné naissance aux dieux, aux divers ordres de Ricbis, aux Adityas, aux Vasous , aux Ilnudras, aux Ma rouis, aux ÜuchmapAs * , aux deux grands Aswins, à des milliers d’autres êtres, et aux Sàdhyas, et aux Viswadévas 3. Voudrais-tu bien nous redire son récit? Tu es pour nous le premier d’entre les sages, profond dans la science de I yoga, savant dans les Vèdcs et dans leurs commentaires : donne-moi les détails que je te demande. Quand j’entends célébrer la gloire de ce dieu, je ne puis plus supporter d’autre plaisir. Explique moi combien de temps dure le sommeil du souverain des êtres4, appelé Pourouchottama 5; ce qui arrive pendant ce sommeil; à quel moment se réveille le maître des Souras; comment à son réveil ce dieu produit le monde entier; quels sont les premiers PradjApatis ; par quels moyens cet être éternel reconstruit le monde ; comment , au milieu de la mer universelle où se trouvent plongés les êtres animés ou inanimés , et où gisent confondus et détruits les dieux et les Asouras, les serpents, les Râkchasas, le feu, l’éther, le vent et la terre, comment, dis-je, dans ce grand abîme où sont mêlés tous les éléments, réside et agit le maître suprême de ces éléments,
' Voyez lect. xu, tom. I, pag. 186.
1 Ce mol désigne le» Pi tris, appelé» dan» le» Sroddlins à prendre leur part de» mets chaud* qui leur roiiI offert». Voyez le» loi» de Manou, lect. ni, si. a36 et 337.
* Le texte porte IVjMWtc'anu.
' Voyez lect. vtu , tom. I, pag. 48, note ta.
* C‘e*t-à-dire le premier des Poaroackas, le premier mâle, resprit fécondant. Voyez Bhogaradgitâ, lect xv.
CENT-QUÀTRE-VINGT-TREÏZIÈME LECTURE. 291 l’être aux grandes formes , le puissant créateur, le souverain des Souras, O saint Mouni, je crois fermement à Nârâyana, et je te prie de me raconter sa gloire. J’adore ses manifestations passées et futures, et devant ces fidèles assemblés, je t’engage à me parler de sa haute puissance.
Vêsampâyana répondit :
Je suis prêt à satisfaire le désir que tu témoignes de connaître la gloire de Nârâyana, source de toute pureté. Ecoute, je te dirai ce que les dieux eux-mêmes ont consigné dans les antiques Pourânas, ce que nous avons appris de la bouche des plus illustres Brahmanes, ce que l'auguste fds de Parâsara, le savant et pieux Dvvêpâyana , aussi renommé que Vrihaspati *, a daigné me raconter. Je t’exposerai ce que je sais, et je m’acquitterai de cette tâche aussi bien que je pourrai. Et quel liichi , o fils de Bharata , serait en état de me révéler convenablement tous ces mystères? Qui peut connaître la gloire de Nârâyana , de celui qui est l’âme de toute la nature ? Brahmâ luimême ne saurait s’en flatter. Je répéterai ce que j’ai entendu : Nârâyana est le mystère des Viswadèvas et des Maharchis, le désiré de tous les dieux qui connaissent la vérité, la pensée de tous ceux qui comprennent l’être suprême nommé Adhyâtma 7, l’agent des oeuvres; parmi les choses divines, il est ce qui est supérieur à la divinité (adhidéva); parmi les êtres créés, il est ce qui est surnaturel ( adhibkoûla ); il est l’essence suprême (para) reconnue par les Maharchis, le bien [satya) enseigné par les Vèdes, et le grand principe ( tatica) entrevu par les pénitents, l’agent, l’instrument, l’intelligence, [bouddhi J, le sentiment (mamu), lame incorporée ( kchétradjna 8), la cause première (pradhâna) , l’esprit fécondant [pouroucha)t le directeur (xtùiri*), le temps, le maître du temps, le voyant (drachtri), l’indépendant (mdd/uaa), les cinq souffles 10 , la chose ferme ( dhrouvam ) , la chose inaltérable (akcharam). Il reçoit un nom de ces natures diverses auxquelles il s’assujettit : car c’est lui qui fait et défait tout, c’est lui qui nous soutient dans nos actions et nous
' C«*t le maître de» dieux.
* Voyez, pour f explication de ce mot et de quelques-uns de ceux qui vont suivre, la lec* turc viii du Bhagavad-gîtà.
* Voyez lecl. nu du Bhagavad-gilâ.
' la lecture xv du Bhagavad-glti appelle ce directeur Intara.
** Voyez lecL xl, tom. 1 , pag. i8a. L’air »e subdivise «mi cinq souffles qui agissent dans le* diverses parties du corps.
trouble dans notre désordre; maître divin (Isa u), objet constant de notre attention dans le sacrifice et hors du sacrifice n, il est celui qui parle et celui dont on doit parler; et il est moi-même en ce moment, et les saints discours que vous entendez , et le sujet même de vos conversations , les histoires que l’on vous raconte , et les mystères” des livres saints : il est ce grand tout dont l’âme est Nâràyana : souverain de toute la nature, il est aussi tous ces dieux qui y président. Enfin tout ce qu’il y a de bon , d'immortel , d’originel, tout ce qui est, a été et sera, tout ce qui dans les trois mondes est éternel, animé ou inanimé, voilà ce qui constitue cet être supérieur et infini.