‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 52 sur 140 · MYSTÈRE DU GRAND LOTUS · texte numérisé non relu

MYSTÈRE DU GRAND LOTUS

Vêsampàyana dit :

Dans ce lotus d’or, large de plusieurs yodjanas, tout resplendissant et portant l’empreinte des provinces terrestres1, Hari avait créé Iîrahmâ, le premier des Yogins, le manas de tous les êtres, l’auteur de toute la nature, le dieu dont la face se trouve partout a. C’est là le lotus que célèbrent les grands llichis, instruits dans les Pourânas, et qu’ils regardent comme la terre, sortie de Nàrftyana. Voilà pour quelle raison les poètes disent que la déesse Prithivi est assise dans son calice. Les tètes des pétales de la fleur3 sont les montagnes : comme l’ilimâlaya, le Mérou, le Nila, le Nichada \ le Kèlâsa, le Crôntcba 8, le Gandbamâdana °, le beau Mandara, mont sacré aux trois sommets, le grand Oudaya’, le Vindhya, Ces montagnes, qui réunissent les biens de toute espèce, sont les demeures des

1 Voyez le VIH* volume de» Recherche» asiatique», où WiUbrd a donne la carte du lotus terrestre. Consulta aussi Ibid.. la page 373.

' ^jrr'a,omonii}ia. On a repré-

sente- Brahma avec quatre tôles, de manière à ce qu'il envisage à la fois toutes les parties de la terre. Autrefois, disent le» mythologues, il en avait cinq , et il en perdit une à la suite d’une querelle qu'il eut avec Si va. M. Haughton explique cette fable avec autant d'esprit que de science. Les cinq tôles de BrahmA , suivant lui , représentent les cinq éléments; mais Yâcdsa,

étant moins sensible que les antres, n’a pas été reconnu par le» Rouddhistcs et par d’autres sectaire* . circonstance qui a donné lieu à la fable de la décapitation de Brahmdu

1 C’est une traduction hasardée de ces n>ols

JIHipt • Hl(l • gorbhânooanih i

* Voyez lcct. cxvm , lom. I , note 38.

* Voyei ibid. , note 3a.

* Montagne qui sépare l'OâvritUi du Bha-

dràswa . à l’est du Mérou.

* C'est la montagne orientale derrière laquelle le soleil semble se lever.

dieux , des Siddhas et des mortels pieux. Sur le prolongement de ces pétales se trouvent les divers duupas, tels que le Djamboû, convenable pour les sacrifices \ Du fond du calice découle une eau pareille au breuvage de la divine ambroisie, et qui alimente des milliers de saints tirthas et les rivières consacrées. ï^es filaments qui de toute part entourent ce lotus, ce sont ces chaînes innombrables de montagnes riches en métaux. Dans les feuilles d’en liant, à roi, reconnais les pays des Mletchhas, inaccessibles et couverts de rochers. Les feuilles d’en bas, ce sont les divers étages du Pâtàla, assignés pour demeures aux Dêtyas et aux serpents. La partie inférieure de la plante, qui est dans l’eau, sert de séjour aux grands pécheurs. L’onde * dans laquelle baigne ce lotus, c’est la grande mer, ce sont les quatre océàns s’étendant jusqu’à l'horizon.

Telle fut la première manifestation de Nârâyana, apparaissant sous la forme d’un grand lotus; et c’est pour cette raison qu’on a donné à cette manifestation le nom de Pâchcara 10. C’est là ce que les antiques Richis, qui connaissaient la vérité , qui possédaient les secrets du sacriûce et la profonde raison des Aèdes, ont appelé le mystère da lotus ( padmavidhi )u. Aihsi le dieu sut placer dans le lotus le monde entier, les montagnes, les rivières, les provinces. Ainsi ce maître incomparable, auteur de toute lumière, source divine de toute existence, Swayamhhou se créa à lui-mème un lit sur la grande mer; et ce lit, ce fut le monde, ce fut le lotus mystérieux.

M Du moi poachtaro qui signifie lotos. Voyet tom. I, pag. 186.

“ J'ai cru pouvoir rendre ainsi te mo« vtdki. qui signifie plutôt ordre que mystère.

* Le Djajnboû est l’Inde , que le sloea a3 de la irr lecture des lois de Manou reconnaît pour la terre du idcrtjîcr.

* rtwuum.

MORT DE MADHOU ET DE KÊTABHA.

Vêsampâyana dit :

A la période des mille ans 1 venait de succéder celle des quatre âges. Alors du sein des ténèbres [lamas) naquit, pour s’opposer aux desseins du créateur, un grand Asoura, nommé Madhou. Un autre, nommé Kêtabha, né au sein dû la passion [radjas), apparut pour le seconder. Ces deux Asouras , enveloppés des qualités qui leur avaient donné naissance , forts et puissants, agitaient l’eau de la grande mer. Us étaient vêtus l’un de noir, l’autre de rouge ; à travers leurs dents blanches et terribles brillait la flamme ; leurs têtes étaient ornées d’aigrettes, leurs bras de bracelets; leurs yeux étaient grands, laids et rouges, leurs poitrines larges, leurs mains longues, leurs fronts et leurs corps énormes. On aurait dit deux montagnes mouvantes : pareils, l’un h un nuage noir qui couvre le ciel, l’autre à un soleil éblouissant, les mains aussi rouges que la nue sillonnée par l’éclair, ils étaient dans leur démarche non moins rapides que le flot de la mer. Us agitèrent l’eau , et troublèrent le sommeil de Ilari : ils pénétrèrent jusque dans le lotus pour y voir le dieu qui est le premier des Yogi ns, dont l’extérieur brille comme le feu, dont la face est tournée de tous les côtés, le dieu qui, sous la direction de Nârâyana, créait tous les êtres, les dieux, les hommes et les Richis scs fils.

Ces Asouras superbes, ardents â combattre, remplis de fureur, les yeux rouges de colère, dirent à Brahmâ : • Qui es-tu donc, toi qui sièges au « milieu du lotus, distingué par ton diadème blanc et tes quatre faces, toi « qui, calme et tranquille, oses nous dédaigner? Allons, viens, combattons

HAMVANSA.

■ ensemble , enfant du lotus. 11 est impossible de résister à notre force. Qui

• es-tu? A quoi dois-tu la naissance? Qui t'a placé ici? Qui l'a créé? Qui « te conserve? Quel est ton nom? » Brahma leur répondit : ■ Quoi? vous

• ignorer qui je suis» moi qui porte mille noms dans le monde? Comment

• ne savez-vous pas que ma nature est celle du grand Tad, que ma force « est celle de Y yoga? »

Madlioit et Kélabha reprirent : • Grand Mouni, il n’est rien dans le « monde au-dessus de nous. Nous couvrons tout du (amas et du radjas ,

■ qui sont notre nature; nous sommes faits pour tourmenter les yatis , et « tromper les êtres pieux; nous délions toutes les créatures» qui ne sauraient

■ triompher de nous. Dans tous les âges nous venons pour induire le monde « en erreur. Nous sommes la richesse, le désir, les sacrifices intéressés*.

• Nous nous trouvons là où est le bonheur, la volupté, l’opulence. Entre

• tous ces biens, nous sommes précisément celui qu’on souhaite le plus. • Brahma leur dit : • 11 est un dieu qui contient ce qu'il y a de mieux dans « les yogins; qui, incréé et immatériel, possède en lui les trois gounas i ,

• mais qui excelle surtout dans le salua; dieu inaltérable et vrai, supérieur à « toute espèce de dévotion, créateur du radjas et du tamas, source de

• l’existence, d’où naissent tous les êtres et ceux, entre autres, qui sont « pénétrés du satura. C'est lui qui vous combattra, c’est lui qui saura vous « vaincre. ■

A ces mots, Madhou et Kétabha vont réveiller cl saluer l’auguste Hrichikésa, large de plusieurs yodjanas » et soutenant le lotus sur son ombilic. Ils lui disent : « O toi dont la face est tournée de tous les côtés, nous te

■ reconnaissons pour le principe actif et le principe passif de tout ce qui « existe. Nous venons pour te rendre hommage. Puisque nous avons le « bonheur de te voir, ô seigneur, que ta présence ne soit pas vainc pour « nous. Accorde-nous une grâce (tara), puissant vainqueur. Nous t'hono-

■ rons, et demandons le fruit de ta vision. • Le dieu répondit : « Illustres « Asouras, parler; je suis disposé à vous accorder la faveur que vous dé- « sim. Doués aujourd'hui de la vie, mais dévoués à la mort, voulez-vous

• que je vous accorde de renaître un jour sous la forme de puissants et

• généreux Kchatriyas? Choisissez, votre vœu sera accompli. »

•Hô=rri7ïï^r:. - • Voyez la xiv* lecture du Bhagavad-gîtil.

Madhou et Kêtabha s’écrièrent: « O maître des Souraa, frappez-nous « aujourerhui dans un endroit où la blessure ne soit pas mortelle, et « accordez-nous de naître un jour vos enfants, • • J’y consens, dit le dieu; « dans le prochain Calpa vous serez mes fils4. Cette parole aura son effet. • Ainsi parla l’étrc éternel et bienfaisant. Après avoir accorde à ces enfants du Radjas et du Tamas ce qu’ils lui demandaient, il les frappa à la cuisse 5 et justifia sur eux son titre d’ennemi des Asouras.

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