CRÉATION DE TOUS LES ETRES
\ csa m paya na dit :
Au sein du lotus était donc Brahmâ, docteur habile dans la science sacrée, pénitent livré aux plus rigoureuses austérités. Sa splendeur illuminait les ténèbres, et il brillait comme un soleil aux mille rayons. Cependant le puissant Nàrâyana, appelé aussi Sambhou , esprit éternel et incompréhensible, voulut revêtir une autre forme , et se présenta sous une double apparence, savoir, celle du brillant et glorieux maître de l’Yoga, et celle du savant maître du Sdnkhya, de l'illustre Brahmane Capila Entourés des Dévarchis, et honorés de tous les saints, les plus savants dans cette
* Voyez Icct. lii . tom. I , pag. ao4 , l'explication que j'ai cru pouvoir indiquer de cette fable de Madhou.
* oûroulalé. UoIut-H entend cette fiction différemment; car il dit : ke imote tkem U i kis ihitjh. Voyez lecture xlviii, lom. I, pag. aa5.
1 Je me garderai bien de vouloir expliquer au lecteur ce que aignifie l'apparition, dés le commencement du monde , de* maîtres de deux grands systèmes philosophiques, et qui pour-
raient être la personnification l'un de la synthèse . l'autre de l'analyse. Je m'abstiendrai de mettre de* hypothèses hasardées à côté d’un texte assez oliseur par luiméme : je me contenterai de rendre ma traduction aussi claire qu'il me sera possible, malgré la difficulté et le peu de liaison des idée». Les lectures dont nous nous occupons maintenant sont uue preuve que l'ouvrage entier du Hariransa n'appartient pas au même auteur, et qu'il est composé de poésie» diverse* assemblées après coup. En comparant cette lecture avec les lectures i et in , on
science qui embrasse la nature entière, distingués eux-mêmes par leur instruction profonde, ces deux docteurs s’approchèrent de Brahmâ' : • O toi,
• dont les formes sont si diverses, Ame universelle placée dans le monde, « chef suprême de tous les êtres et souverain de la nature, Brahmâ, com-
• mence la création. ■ Le dieu, après avoir entendu leurs paroles, créa les trois Vyâkritis a, qui sout les trois mondes, suivant la sainte tradition. 11 produisit dabord l'immortel Mânasa \ qui a la conscience du Bhoûr. A peine né, celui-ci dit à Brahmâ : « En quoi puis-je vous aider? Réponilez-
■ moi, grand dieu. • Son père lui dit : « Sois soumis à l’ordre que tu rece- « vras de celui qui est Brahmâ, Nérâyana et Capila. » Après cette réponse de Brahmâ, Bhoûr se tourna vers les deux personnages qui l’accompagnaient, et prenant la posture respectueuse de l’obéissance : ■ Qu’exigez-
• vous de moi, leur dit-il, j’attends vos ordres. ■ Les deux maîtres suprêmes lui répondirent : ■ Cherche ce qui est vrai, inaltérable, immortel, supé-
■ rieur, l’essence divine (brahma) revêtue de dix-huit formes*. » Après avoir entendu ces mots, Bhoûr partit vers le nord, et là, dirigé par l’œil de la science, il entra dans l’essence suprême (brahma.)
Le créateur produisit en second lieu Bhouvah, qu’il forma dans son esprit et de son esprit (manas). Aussitôt après sa naissance, celui-ci demanda à son père ce qu’il avait à faire; dirigé par Brahmâ et accompagné des deux Brahmanes, il s’éleva dans la région divine \ où il occupe à leur côté une place distinguée.
verra de telle* différence* jHiur le système cosmogonique et surtout pour le» nom* propres, qu'on eu devra conclure quo ce n'est pas la même main qui « écrit ces deux parties du meme ouvrage.
* Les VyAhriiit sont trois mots sacré», prononcés dans les prières. Voyez les loi» de Manou . lect. il . si. 76 et suiv. Ces mots sont bhoûr, bhouvah et tvar, qui signifient terre, atmosphère, ciel.
* Ce mot indique un être formé du mainu.
* Il me semble que ces dix-huit formes sout d'abord ce qu’on appelle dasenJriytu . ou les dix organes de sentiment et d’action, savoir : la pcao.l'wil, la langue, le nez. l’oreille, l’organe
de la parole , les mains, les pieds, l'anus et les parties génitales. Les huit autres formes sont celles que l’on distingue par le mot général d'achiamoùrilt . et qui sont les cinq éléments, le muons, le bonJdhi et l ‘ahancàra. Cependant voy. sur l'acAtamoartei le Bhagav&d-gltà, lect. vit, l’invocation de la pièce de SocountaU, et les notes de M. de Ghézy. Voyet aussi le IX* volume des Recherches asiatiques, pag. 407; consulte* encore le Mémoire de M. Colebroolc sur le Sinkhyi.
* Le texte porte seulement le mot
bhatjavatim. J'ai sous-entendu le mot tUsam,
Après le départ de ce fils, le maître du inonde en créa un troisième connu sous le nom de Bhoârbhouva *, et qui est la voie bienheureuse de la délivrance finale 7* Disposé à remplir son devoir, Bhoûrbhouva rechercha les traces du divin Nârâyana et de Capila, le chef des Yatis, qui, prenant avec eux ces trois fils du grand Brahmâ, poursuivirent leur route ordinaire.
Cependant le dieu créateur se livra à une pénitence encore plus sévère. Seul et sans hymen , de la moitié de son corps il forma une femme , déesse brillante, compagne semblable â lui pour l'ardeur de son zèle, la force de ses austérités, l'excellence de sa piété et capable de le seconder dans l’œuvre de la création \ Des amours de Brahmâ et de cette épouse divine sortirent les Pradjâpatis, les mers, les fleuves. Brahmâ donna aussi naissance à la Gâyatrî aux trois pieds9, inère des Vè des, et aux quatre Vèdcs qui naquirent de la Gâyatrî. Le père suprême des mondes tira encore de sa substance des fils qui furent les ancêtres de tout ce qui existe. C’est ainsi qu’un de ses premiers enfants fut le grand pénitent Dharma , maître souverain des êtres ,p, source sacrée des saintes lois de la dévotion. Avec Dharma naquirent Dakcba, Marîtchi, Atri, Poulastya, Poulaha, Cratou, Vasichtha, Gôtama, Bhrigouet le Mouni11 Angiras. Ces grands Brahmarchis distingués par le titre à'Athar vabhoûtas furent les souches de treize familles de Maharchis
Aditi, Diti, Danou, Câlâ, Anâyouchâ, Sinhicâ, Mouni, Prâdhâ w, Crodhâ , Sourasâ, Vinatâ, Cadrou, sont douze 14 filles de Dakcha. Ce patriarche donna aussi le jour aux vingt-sept Nakchatras. Il fit épouser les douze premières à Casyapa, noble fruit de la pénitence de Marîtchi, et les constellations (nakchatras), telles que Rohinî et ses sœurs, au grand et illustre Soma.
Lakchrnî. Kirtti, Sâdhyâ, Viswâ, et la divine Saraswatî, fille de Brahmâ, devinrent toutes les cinq épouses de Dharma ,5.
* Le nom de ce personnage devrait être ttrar, qui est la troisième vyâhriti.
1 Appelée molchu.
* Voyei Icct. i. tora-I, pag. 7.
* Voyex lect. cxcvt , note ao.
«M0dM.
“ Le manuscrit bengali remplace ce mot par celui de hfanou.
“ Ce passage est obscur, et j'ignore comment ces patriarches ont pu former treize fa-
milles. Peut-être ces mots ont-ils rapport à Casyapa, qui, suivant la 111* lecture, tom. I. pag, 1 5 , a épousé trciic filles de Dakcha. En général, le texte de celte lecture n'est pa» d'une grande netteté d'expression.
11 IjC manuscrit de M. Tod donne Tdmrd. Au lieu de Crodhâ on dit aussi CrodbaTasâ. w Voyex lect. m,pag. 17.
u La m* lecture, tom. I, pag. i5 , donne à Dharma dix épouses.
Formée de la même substance que Dbarma, l’épouse de BrahmA habile à changer de forme, Sourabhi 111 se fit vache, et son époux s'unit avec elle pour le fait de la création du monde et la production des vaches. Ce fut alors qu'il donna naissance à onze fils, compagnons de Dharma, pareils au ciel rougi par le crépuscule, et remplis d'une ardeur dévorante. A peine nés, ces enfants pleurent et courent auprès du père commun de la nature; et de ces pleurs ( rodana ), de cette course (dravana) leur est venu leur nom de Roudras Ce sont Nêrrita, Sarpya, Adjécapad, Mrigavyâdha, Pinâkin, Hara, Kiiara Ahirvradhna, GapAlin, Aparâdjita et le brillant Sénânî l0.
Sourabhi produisit les taureaux, les mâchas qui poussent sans culture*, les ficatdi*1, les petites graines les chèvres attachées A leur progéniture, le précieux trésor du lait, et les plus belles plantes.
De Lakchmî et de Dharma naquit Câma. SAdliyâ donna le jour aux SAdhvas, tels que Yyavana, Prahhava, Isàna, Sourabhi, Aranya, Marout, Viswàvasou, Baladhrouva, Mahicha, Tanoûdja, Vidhâna, Anagha, Vatsara, Vibhoûti; parmi ces Sàdhyas, que révère le monde, on compte encore Souparvvata, Vricha et N Agi.
La déesse que Vâsava25 honore (comme son aïeule) fut mère des Vasous54, dont le premier est Dhara, le second l’immortel Dhrouva, le troisième YiswAvasou, le quatrième le grand Soma, le cinquième Parwata, le sixième le chef des Y ogi ns n, le septième Vâyou et le huitième Nicriti. Ces Vasous durent la naissance à Dharma et A Sourabhi.
Les Viswadévas**, maîtres de l’univers15, naquirent aussi de Dharma et de \ isvsà : ce sont le vaillant Soudharman, le robuste SankhapAd, le coura-
“ Nous verrons tout à l'heure que Sourahhi Ml aussi l'épouse de Dbira» : ce qui me fait croire que Sourabhi n'est que Saraswuti transformée, à la fois fille et épouse de Brahmà, et unie aussi à Dharma.
” L'intention évidente de fauteur csl de dériver le mot Roudra des deux racines et
" Le ms. bengali , à U place de ce* deux noms, porte Dahana et Ineara.
** Comparez avec la ni* lecL, tom. I , pag. 17.
*• '-4)rd I • H\U\ • mâchâh. Le
nniîrAa est le légump appelé phateolat radtalut.
41 Le dictionnaire donne à ce mot le sens de table ; mais je pense qu'ici il désigne un genre de graine aussi menue que les grains de sable.
14 Nom du dieu Luira.
41 Voyez lect. ui , toro. I , p«g. 16.
4‘ Désignation bien vague, qui s'applique ordinairement à Siva.
** En sanscrit ; Mitre détdk.
" Î5Ri5TI ;
DEUX CENTIÈME LECTURE, geux Dakcha, Vapouchmàn, Ananta et Malürana , qui apparurent sous le Manou Tchâkchoucha *, Viswâvasou, Soupanvan, le glorieux Nicoumbha, et Roudra, qui, fils d’un Ricin, avait tout l'éclat du soleil.
Maroutwati fut la mère des Marouts, Agni, Tchakchous, Ha vis, Djyotis, Sâ vitra, Mitra, Àmara, Saradricliti, Sankchaya aux grands bras, Viradja, Soucra, Yiswâvasou , Yibhdvasou, Asmanta, Tcbilrarasmi, Nicbcarchin, Naboucha, Abouti, Tchâritrya, Bahoupannaga, Vrihan, Vrihadrotlpa, Para tâpana; c’est Dliarma que les Marouts reconnaissent pour père.
Aditi eut de Casyapa les Âdityas, Indra, Vichnou, Bhaga, Twachtri, Varouna, Ansa, Aryaman, Ravi, Pouchan, Mitra, Manou, et Pardjanya8’. Tels sont les noms des douze Adityas, habitants du ciel. Un d’eux rendit Sarasvvatî 90 mère de deux enfants, couple brillant, plein de beauté et de force, ornement du séjour céleste.
Aditi fut la mère des dieux, Diti des Détyas, Danou des Dânavas, Sourasâ des serpents, Càlâ des Càlakcyas51, Khasâ des Yakchas et des Râkchasas, Anâvouchà des maladies et des infirmités, Sinhicâ des planètes [grahas)3^, Mouni des Gandharvas, Prâdhâ des Apsarâs, Crodhâ des mauvais génies appelés Bhoûtas, et des Pisâtchas. Sourabhi, outre les vaches, produisit encore les oiseaux, les Gouhyacas, et tous les quadrupèdes. Garouda et Arouna naquirent de Yinatâ, et les serpents, soutiens de la terre, de Cadrou.
Telle fut l’origine de tous les dieux : c’est là ce qu’on appelle la manifestation du lotus. Cet antique récit m’a été transmis par D>\èpàyana, qui par tradition lavait appris des anciens Richis. Celui qui écoute cette histoire divine connaîtra toujours le bonheur : il verra ses désirs comblés dans ce monde, et dans l’autre il recueillera les fruits du paradis.
w Traduction fort incertaine. toirc est racontée . lect. ix , ton) I , pag. 67 , et
** Voyez lect. ni, tom. I, pag. 18, et lect. ix. qui devint nuire des deux As w ins. pag. 5o. 11 Ce mot signifie sans doute ministre et servi-
M Le nom de Sarastealt est employé pour teur Je Cala, dieu du Temps
celui de S&ndjiiù , femme du soleil . dont l’his- " C’est-à-dire de Râhou et de Kétou.