EXPLICATION SUR LE GRAND ÊTRE
Djanamcdjaya dit :
Saint Brahmane, tu m'as raconté l’histoire1 * de mes illustres ancêtres : tu m'as dépeint cette longue succession de princes recommandables par leurs hautes qualités. J'ai admiré la beauté de tes vers et de ta diction, la légèreté et la douceur de ta poésie. Tes récits m’ont représenté les effets combinés du trivarga , c'estrà-dire du devoir, des richesses et du désir aux mille formes, quand ils viennent s’incarner sous des formes humaines3. Tu as mis sous mes yeux les vertus éminentes des Brahmanes, la puissance des guerriers, la fureur des vengeances, la violation des traités, la mauvaise foi dans les trêves; j'ai vu comment la violence des Kchatriyas et de leur chef3 a concouru à la ruine de leurs familles, et comment ces princes, victimes d'une guerre terrible, ont laissé tous leurs trônes à leurs enfants; j’ai vu un descendant de Gourou4, docile aux ordres d'un dieu, arriver A la royauté, et mériter le surnom de Dkarma, titre que lui décerna la reconnaissance de ses héros pour les soins qu'il donna au bonheur des trois castes, quand il cherchait A obtenir le ciel par son attachement pour les autres êtres et par sa modestie. Aussi les quatre castes, contenues dans leurs limites légales, s’empressèrent-elles de se reproduire avec une heureuse fécondité. A la justice il joignit encore la libéralité, vertu nécessaire dans un temps où le service des dieux avait besoin de
1 K veut parler du Mahàbh&rata , dont le Harivansa est uo appendice.
’ D désigne ici Dourjodhana, l'antagoniste des Pàndavas.
1 Le nam de Cérata est donné spécialement
aux fils de Dbritarécbtra. Cependant les Pindavas descendaient comme eux de Gourou; il est ici question d'Youdbichthira , l'ainé des Pindavas , qui Tut surnommé Iiharma , et »e distingua par sa justice. Le dieu dont il avait suivi les ordres était Crichna, qui prit les armes en faveur des fils de Pàndou.
DEUX CENT ET UNIÈME LECTURE, secours et d’encouragement. Ta douce voix a célébré ces deux qualités de ce grand prince; mais il n'est guère possible en un jour, même lorsqu’on aurait l'œil de la divine science, de parcourir l’immense histoire duMahàbhlrata. Mon seul désir maintenant est de recevoir de toi quelques renseignements sommaires sur ce que l’on appelle le jour de Brahmâ.
Vêsampâyana reprit :
O roi , écoute mes paroles avec une attention soutenue et en te rendant maître de tes cinq sens. L'univers, considéré soit comme actif, soit comme passif, a ses faces formée» de Bralimà : c’est Brahmâ qui est la hase, c’est lui encore qui est lo lien de ses diverses parties. L’être éternel, spirituel, duquel on dit qu’il est et qu’il n’est pas1, se rend agent invisible, et Pourouclia qui, de sa nature, est dépouillé d'organes", naît dans les matrices des choses, distingué alors par scs formes divines, souverain de tous les êtres, incompréhensible, infini, source intarissable des âges, apparent et cependant insensible , de manière qu’on ne peut pas dire qu’il a existé et qu’il est né. Telle est l'idée que les hommes savants dans les Pourànas nous donnent de la première opération de l’ari^nlta. De tous les côtés il est main et pied, œil, tête, bouche, oreille; il couvre l'univers de son immensité, sans rien perdre de son énergie 7. On peut bien connaître le produit de l’action de celui qui est et n'est pas; l'invisible se revêt de formes visibles. Mais il est impossible de le saisir dans sa marche. L'immatériel Pouroucha s’introduit dans des organes physiques, et circule partout d’une manière incompréhensible, comme un feu caché dans le bois. Source première du passé et de l’avenir, maître suprême, père des êtres, souverain de l'univers, voici les noms qu’on lui donne.
Le grand esprit, n’ayant pas de demeure, voulut s’en créer une'; il fut alors iïdrâyana ; invisible, il se rendit visible en s’unissant à Brahmâ. En prenant la nature de Brahmâ, il obtint le nom de Sat *. Maître de tous
tout. I , pag, 6. Ce sloca #c trouve en entier dans le Bhagavad-gili, lect. xni, *1. i3-
1 M'dqH sTri:-
' Voye» la XVH* lect. du Bhagavad-gitâ.
’ HqflH sadasal.
' H'JLH : nickphahh. Ce mot veut aussi dire stérile.
f?T37FT . Vojrc» lect, i ,
les mondes, animés et inanimés, il dit : «C’est moi ( akam ); je veux être • créateur* ■ Et de lui sont sortis tous les êtres, de lui a etc formée toute la nature; lui et tout ce monde sont Âhancâra Brahma, c’est le feu11; partout répandu, indépendant, insaisissable, et toujours triomphant.
L’être incorporel, entouré de substances corporelles, objet et matière des cinq sacrifices12, étendu et pénétrant, supporte les diverses apparences de Brahmà. C’est dans cet état que, voulant se produire au monde, il a formé de lui-même l’eau dont est sortie toute la création. Au sein de cette eau il a créé le vent15, qu’il y sut contenir, et reçut pour cette raison le nom de Dhâtri. De ce vent est née la terre, qui est visitée par les dieux et personnifiée dans Saraswatî u. La séparation de l’élément liquide et de la substance solide en deux parties distinctes (prithak) a fait donner à cette terre le nom de Prithivi ,A.
L’eau (salila) avait été le séjour du principe fécondant, surnommé pour ce motif Salilodbhava (né de l’eau). Une voix forte et sonore se fit alors entendre au sein de ces flots profonds et agités : ■ Je tombe, soutiens-moi, « je demande à revenir à la surface des eaux. ■ Celte voix était celle de Prithivî * déesse brillante, née du mystérieux yoga de Brahmâ, couverte d’êtres de toute espèce, étendant de tout côté ses vastes régions. Après avoir entendu cette prière, le dieu prit la forme d’un sanglier et plongea dans la mer. 11 éleva la terre hors de l’eau : œuvre difficile, exécutée par un être qui, livré à scs profondes méditations, semblait avoir partagé la destruction générale, et cependant existait toujours.
L’éther lumineux est Brahma : il fut, comme les autres éléments, le berceau du père commun de tous les êtres. Aujourd’hui même la matrice qui renferme ce dieu, c’est le Manas dans lequel sont contenus les types élémentaires et la sagesse qui les ordonne pour le bien des créatures.
La terre venait de naître : le soleil , la fendant par la moitié , s’éleva pour
finiu-ancc du sein des eaux. Celle déesse es! Tille de Lkahmû cl devint son épOOtt , symbole de la terre qui, produite pur le souverain créateur, est aussi fécondée par lui.
u J'ai cru découvrir dans le rapprochement des mois prithai et pnlhiei l'intention de l'auteur de donner une mauvaise étymologie de ce dernier mot.
" Mot formé de aham («70} et de qui signifie agent,
" îM 1 1 rl Jj jolis au masculin.
11 Voycr les lois de Manou, îcct. m, si. 6g et suiv.
“ Voye* plus haut lecL exevu.
H Le nom lui*mérae de Sanuwali indique sa
Di g i ’ ized by C àooglc
l'échaudcr de ses rayons. Du milieu du disque solaire sortit un autre disque rival; l’immortel Brahmâ devint Soma. De la circonférence du globe lunaire naquit Pavana (l'air), qui par sa vivacité amplifia la nature impérissable de cet astre M.
Cette union merveilleuse de l’esprit et de la matière a donné naissance à un divin Pouroucha n, dont l’eau compose la substance liquide, la terre la substance solide, dont l’éther est la partie creuse, et la lumière l’œil, le vent la marche rapide, le feu le choc impétueux. De ce Pouroucha est formée la substance appelée Pâroacka , substance spirituelle connue aussi sous le nom de Mahal, esprit uni aux cinq éléments, âme des êtres (6/ioutâtman), tantôt s’enfermant dans un corps semblable au nôtre, tantôt retournant au corps éternel; elle est la sagesse mystérieuse, le sacrifice perpétuel fait par la vertu de 1 yoga, le feu qui anime les animaux, brille dans le soleil, et se mêle à tous les corps. Sa nature est de naître et de mourir, de passer du repos au mouvement. L’esprit égaré par les sens, au milieu de la création de Brahmâ, s’engage dans les œuvres et connaît la naissance, comme la mort. Tant qu’il ne cherche pas à se rapprocher du grand être, il subit ici -bas des renaissances successives. Mais lorsque, dégagé des sens, il a compris le secret de Yjroga, il s’unit à Brahmâ, à jamais affranchi de toute destruction. Arrivé dans un monde parfait, il participe à l’essence divine; il est exempt de passions et d’attachements impurs. Placé dans ce haut degré, il voit, il sait tout dans la nature, ce qu’est la mort et l’existence, la bonne et la mauvaise voie. Les organes des sens sont les voies de l’esprit (aima), et son œuvre (carma) sc manifeste dans cette création formée par Brahmâ. La pensée tourmentée par les désirs (et plus elle en admet, plus elle éprouve de peines) est comme la mer déchirée par le vent. Brahmâ l’a dit : le cœur rempli d’affections étrangères doit être ici -bas épuré par la sagesse. L’esprit est chargé des liens du corps; qu’il se crée à lui-même un autre monde, et qu’il l'obtienne par la science. Ici-bas même, revêtu déjà comme d’une forme lumineuse, qu’il se prépare une demeure sûre et permanente. Que, toujours attaché à Brahma par des œuvres de pénitence, il sc délivre de la nécessité de
** Je traduis aussi lilhrnlemcnl qu’il m'est quiTcclIecosraogoiiieauvMobscurequcconfusc. possible tous ccs détails exprimes en stylo ” Voycx la XV* lecture du Bliagavod-gîti , d'oraclc ; mais je n’ai pas la prétention d'expli- ver» la lin.
revenir habiter de nouveaux corps. Dans Vyoga on apprend à discerner ce qui est impérissable de ce qui ne l'est pas : on ne doit point mettre au nombre des choses périssables celles qui sont appuyées ici-bas sur des œuvres dignes de l'essence suprême.
CREATION DES VEDES.
Vêsampûyana dit:
Au fond d’un creux formé dans la terre par la chaleur du soleil, se plaça le mont Mènâca *. Le Mérou, avec ses larges nœuds et ses jointures ( par uan ), devint un panvata [montagne); immobile (atchala) de sa nature, il devint un atchala [montagne). Sur sa vaste cime habite un pouroucha, radieux, igné, revêtu d’organes sensibles, et animé du grand esprit qui est sa substance. Sa forme est lumineuse et brillante, et sa première place est dans la tête de Brahmâ. Il en sort par la bouche, resplendissant de tout l’éclat de son auteur, avec quatre visages et quatre bras. C'est ainsi que le grand principe ( mahabhoùta ) prit naissance : la déesse Prithivi [la terre) fut relevée de l’eau où elle était plongée. Brahmâ apparut; et l’univers sortit du néant3.
Dans la région qui est la limite du monde de l'éternel Brahma et du monde matériel 3, s’élève le sommet du Mérou. Sa hauteur est d’un million
1 Le Menaça est une montagne ou un roc que l'on place entre U partie méridionale de In presqu'île et Ceylan. Celle montagne représenterait-elle ici le pôle du midi , comme le Mérou représente celui du nord ?
’ ïFrréfr Ffrérif hh;
1 Celle idée ma semblé indiquée par le mot [MtJa , qui se représente souvent; ce mot me parait désigner le séjour apparent tic la divi-
nité, ce monde qui est en quelque sorte son escabeau , et dont ces empreintes de pieds divins , représenté* en tant de lieux, sont probablement le symbole mystérieux- Voyez les Transactions de la Société asiatique de la Grande- Bretagne , tom. III, part, i, pag. 5y. Cette même expression, pmia, est traduite par nature au mot brahmapada , dans le dictionnaire de
Wilson.
Digitiz
ed
d 'yodjanas : il a quatre faces, dont personne ne peut calculer la largeur, formées de larges rochers d’une immense étendue que l’œil meme des dieux no saurait apprécier, mais que ceux qui possèdent la science sacrée portent à plusieurs millions d 'yodjanas. Là, pour protéger la terre et ses princes, habite une foule de génies livrés aux saints exercices de Yyoga et perfectionnes par la pratique des saints préceptes; là se tient le dieu avec les Marouts, Indra, les Roudras, les Yasous, les Viswadévas, les Adityas, Vichnou, Vivaswân, Varouna et leurs divins collègues, tous revêtus de la substance de Brahmâ.
Ainsi la puissante énergie de Vichnou s'identifiant aux objets sensibles1, suivant les Brahmanes instruits dans les Yèdes et sanctifiés par la pénitence, c’est Brahmâ : Brahmâ, ce sont ces trois mondes qui apparaissent pendant le jour de ce dieu; cest l’être immatériel revêtu d’organes physiques qu’il anime par le souffle vital; c’est l’œuvre (carma) du grand esprit; c’est le réservoir de toutes les forces élémentaires; c’est la suprême unité devenue l’universalité. Le nombre de ses propriétés lui a fait donner tous les noms; il est le grand principe; de lui viennent la forme de l’univers, la forme du sentiment (mamu) et celle de l’intelligence ( bouddhi ); de lui vient encore la dualité, car c’est lui qui a créé le premier couple, c’est lui qui, avec sa divine épouse, parcourt le monde heureusement fécondé par ses amours.
Brahmâ est encore le premier de ceux qui connaissent la science sacrée, qui entrent dans la voie de l’anéantissement final , et qui veulent un jour être confondus dans l’essence suprême.
Du sein de l’onde pure des nuages Soma venait de s’élever; l’eau, avec laquelle le créateur l’avait baptisé en qualité de souverain des dieux, rendit un son ( nâda ) et devint une rivière [nadi), qui, après mille circuits dans le monde de Brahmâ, descend sur la terre, et, déesse bienfaisante, y coule par sept canaux.
Cependant, s'insinuant par mille et mille voies, le dieu organise ce monde passager et un autre monde formé d’éléments impérissables. Les principes de la nature deviennent féconds, et les êtres grandissent. Des quatre
se trouve au sloca 44 de la vi* lecture dos lois de Manou.
* Je doute cependant du sens que j’ai donné àcra n>ots,„çcj;J HMrlî JlfT ! • Cemol
bouches du maître suprême sortent ces livres qui doivent régler les actions des sages. Alors l'éternelle perfection prend une forme : alors, sous la mystique apparence d’un quadrupède, se révèle au monde le saint, l'immortel quaternaire de la science. Brahmâ, par l'effet de son heureuse fécondité, est bientôt l’aïeul de la création. Le Devoir se montre aussi avec ses quatre pieds, qui soutiennent la terre, et portent l’homme vers le ciel; savoir, les quatre états5 de brahmatckârin , de maître de maison, de goaroa, et de solitaire qui cache sa vie. L’observation des règles du devoir a sur Soma une influence telle qu’elle augmente son disque, comme la pratique des lois saintes assure la grandeur de Brahmâ et l’éternité des Vèdes, comme les offrandes pieuses réjouissent les Pitris et contribuent à la prospérité des maîtres de maison.
Mais les Richis, animés par l’amour du devoir, se sont réunis sur le sommet du Mérou. Là, au milieu d’eux, le dieu réfléchit : il est assis, les jambes croisées®, le cou tendu, le dos incliné, les mains appuyées sur le ventre, tout le corps tranquille; sa tête travaille, et de son esprit ( manas ) et par la vertu du maître de Vyoga , il produit un Vichnou sensible, et semblable pour l’apparence aux deux moitiés d’un bitnba 7. Le dieu aux formes lumineuses s’élève dans le ciel comme l’astre des nuits ou comme l’astre aux mille rayons, et brille au milieu des airs, entouré de splendeurs incomparables. L’ignorant ne voit pas que c’est là l’être éternel qui s’est rendu perceptible dans ce double disque du soleil et de la lune, et qui semble avoir placé sur son front ces deux yeux où éclate sa divine lumière. Les Brahmanes, qui possèdent la science des Vèdes et pratiquent la vertu, qui se plaisent à étudier l 'adhyâtma \ ont l'intelligence de ce mystère caché
* Ce sont les quatre Atramai, dont le troisième et le quatrième comprennent ordinairement les solitaires, tanaprasthu , et les mendiants, bhUchous. Une mitre observation à faire sur ce passage, c'est qu'on donne ailleurs pour pieds au Devoir (D/jarma) quatre vertus, et non pas les quatre àirâmas. Yoyet les lois de Manou ,
Isct. i. si. 86.
* Cette posture rappelle, pour quelques-uns de ses détails , celle que l’on nomme padmâsana.
Ces mots jambes croisées sont une traduction
de mots sanscrits plu* pittoresques : tpjljf cJTTÏÏTt- Voy. Oupnékbat, tom. II,
’ Momonbca monadelpka.
' Voyez Bhagavad-gitA . lect. vm. Le dictionnaire de \\ ilson ne donne que le nom masculin WWlH'FÎ adhyAtman. Le Bhagavad-giU et mon texte portent le neutre CJ^TTr^T
pour tous les autres : car Yadhyâtma n’est pas compris de celui qui s’écarte des règles de l’yoga et forme des attachements pernicieux, capables de le retenir dans le tourbillon de ce monde. Or l'esprit, maître des éléments ( bkoùtèsa ), est fixé sur la terre par suite des folles pensées qui poussent les hommes à des œuvres répréhensibles et les engagent constamment dans les liens de la mort; tandis que, s’il se livre à Yyoga au milieu même de ses liens corporels, s’il se recueille et aspire à l’émancipation finale ( mokeka ), il se confond un jour dans Brahma.
Brahmâ, enveloppé d'une lumière semblable à celle de la lune, s’unit à Gâyatri et dans son âme , dont le siège est placé entre ses deux yeux 1(>, il produisit un être quadruple, brillant comme lui, immatériel, éternel, stable, infini, et qui, lorsqu’il se revêt des organes des sens, resplendit comme un pur rayon de la lune. Les quatre parties de cet être sont le Rig et l’Yadjour, que le dieu créa de ses yeux, le Sâraa et l’Atharva , qu’il forma l’un de l’extrémité de sa langue, l’autre de sa tête.
Aussitôt après leur naissance, les Vèdes prennent un corps, sous lequel ils apparaissent sur la terre; et eux-mêmes, de leur propre esprit, ils produisent à leur tour un être distingué par sa forme divine, éternel et n’ayant au-dessus de lui que les auteurs sacrés de son extraction. Cet être, c’est le Sacrifice ( yadjna ); et dans sa formation, l’Alharva contribua pour la tête, le Rig pour le cou et la poitrine, le Sâma pour le cœur et les côtes, et i’Yadjour pour le ventre, les reins, les jambes et les pieds. Tel se présente l’immortel Yadjna, né de l’essence des Vèdes; par lui tous les êtres sont heureux, par lui les deux mondes sont préservés de tout mal.
Celui qui, par la connaissance des Vèdes et la pratique de Yyoga, a obtenu la perfection des œuvres, et l'éternel brahmalcharya n, et qui est ainsi remonté à la source de tous les êtres, se trouve à jamais délivré de la nécessité d’agir : les Mounis instruits dans la science sacrée lui donnent le nom de Siddha (parfait), car la perfection peut exister dans ce monde.
Les Brahmanes savants et éprouvés par la pénitence ont aussi, dans les vers des Vèdes et des Oupanichats, attribué à Vichnou la naissance d'Yadjna.
* Voyez lect. cxxiv, pag. i •jb, noie» la et i3.
Voy, coa idée* dan*
rOupnekkat , tom. II. pog. ao3 et suivante». " Voyez tom. 1 , lect. xlv, pag: a ia.
HARIVAN'SA.
Djanamédjaya dit :
Je conçois que ic Siddha maîtrise à son gré sa pensée. Mais à quelles actions doit-il se soumettre?
Yêsampâyana reprit :
Il doit s'abstenir de toute action extérieure. L’opération qui conduit le Brahmane pieux et pénitent à la connaissance de la vérité est tout intérieure, intellectuelle, mentale. Ce ne sont pas les pratiques 11 ordinaires qui peuvent porter la lumière dans l'âme du Brahmane toujours humble et soumis â la loi divine, toujours attentif à suivre les règles saintes et plein du désir d’arriver à la perfection. Sans doute il doit se maintenir dans une pureté continuelle et, soumis aux préceptes des Yèdcs, honorer son maître et prendre devant lui la posture respectueuse de l 'andjali. Mais le Mouni qui désire son émancipation finale aura soin, soir et matin, de dompter ses sens, de fixer son esprit sur l’essence divine, et de se transporter par la force de son âme dans l'éternelle demeure de Vichnou. 11 se plongera dans la méditation la plus profonde, et sa pensée ira s’anéantir dans l'être suprême ( Brahma ). Dégagé do tout intérêt personnel, libre de tout lien terrestre, il sait comment on s’affranchit de la nécessité des renaissances. Ce à quoi l'on donne le nom lYAkchara (impérissable), ce qui est l’éternel Brahma, se perd par l'attachement aux œuvres et s’obtient par l’attachement â la science véritable. Le Brahmane qui passe modeste et réservé au milieu de ce monde fécondé par Vichnou , qui s’élève au-dessus de toute la nature, et réprime toute espèce de désir, est s4r de ne pas renaître ici-bas; quoiqu’il ait participé aux œuvres, il n’en porte pas la chaîne, parce que son âme no s’y attache pas. L’être revient dans la vie par suite de l’affection qu'il a portée aux choses terrestres : il se trouve émancipé, lorsqu’il n’a eu pour elles que de l’indifférence. Cependant le Brahmane peut exercer les œuvres religieuses car telle est sa destinée
'* Par le mol carma qui est ici employé on entend le* pratiques religieuses faites dans l'espoir d'une récoi»|>cnsc future, et opposées aux
pratiques saintement désintéressées de l
u feiï '"j"t
primitive. Mais, un jour, délivre des liens des sens et admis au séjour suprême, il ne revient plus s'enchaîner dans un corps humain.
PHÉNOMÈNES DE LOUPASARGA.
Djanamédjaya dit :
Je voudrais bien avoir quelques détails circonstanciés sur l'oapaiarga *, sur l'yoga, sur l’objet des méditations du Siddha, sur la perfection et les qualités qui l'accompagnent.
Vêsampêyana répondit :
Je te dirai quels sont les effets de la méditation sur le manas de ceux qui s’élèvent jusqu'à Brahmâ : car le Brahmane , par la vertu du mystérieux yoga, tout revêtu qu’il est des cinq sens, devient Brahmà quand il renonce aux qualités des sens qui l'enveloppent. Je te parlerai plus tard des facultés de IVnraiy'u; mais je vais maintenant te détailler les mille et mille Tonnes que prend le (lieu (ou plutôt le Brahmane *), lorsqu'il réflé-
1 Ce moi .que l'autour n’expUque pa* . me «■mille signifier création trcowiaire; ce qui doit s'entendre de cette création que Drobinà exécute par ses agents. Je crois même qu'au nombre de ces agents le poêle met les saints rogins qui , parvenus à l'émancipation finale, font désormais partie du grand être, et coopèrent avec lui à la production du monde. Je n’ose affirmer que telle est la pensée de fauteur; cependant elle me parait ressortir de divers passages (le cette lecture, dont les détails sont en général assez vagues et parfois très-obscur». La difficulté provient surtout de la double signibeation du mot
Irakman , lequel s’entend du dieu créateur aussi bien que du Brahmane dévoué à
* Le seus de tout ce passage est tellement incertain que je doute si l’être que fauteur appelle ici Brahma nest pas frogia qui contemple en lui-même un microcosme, un Brahma en miniature, dans lequel se réalisent les mystères de la création. Voyez Oupnékhat, loin. I, pag. a 58 , 338, et tom. II, pag. 106. ■ 53, 3y5, et pasrim, les pratiques singulières cl les merveilleux effets de l’/ojo.
HAR1VANSA.
chit sur le sacrifice éternel. Alors Yyogin, qui se trouve comme confiné dans la cité aux neuf portes 5, que constitue l’assemblage des cinq sens , a soin de la fermer au désir et à la colère et de ne l’ouvrir qu’à la réflexion. En ce moment, dans sa tète se forment, s’agitent de grands nuages, sur le flanc desquels se peignent le noir, le rouge, le jaune et le blanc, l'éclat de la garance1, la teinte grise5 de la colombe, les couleurs du lapis-lazuli, du rubis, du cristal, les nuances du serpent5, de Yindragopa ’, du rayon lunaire, de la foudre et de la fumée. Ces nuages, assemblés en aussi grand nombre que dans la saison des pluies, semblent obstruer le ciel : on dirait autant de montagnes ailées. Ils recèlent en leur sein une onde abondante qu'ils vomissent par torrents, et qui pénètre profondément la terre.
Cependant un grand feu, né du manas de Brahmâ, s’élève aussi dans sa tète, immense, couronné de mille flammes, environné de mille et mille étincelles, qui jaillissent de tous ses membres : tel brillera l’incendie de la fin des Âges. Ces rayons lumineux sont aussi nombreux que les nuages auxquels ils s’unissent pour tomber ensemble sur la terre.
De ses oreilles 8 s’échappe un grand vent, merveilleux produit d’une perfection divine, alimenté par un souille élémentaire0, rapide, sonore, violent, vivifiant, et s’associant au feu et aux autres éléments pour former mille et mille figures variées.
Le feu, le vent, l’eau et la terre, tels sont les agents conservateurs détachés de Brahmâ : ils sc combinent, cl deviennent des germes remplis d’une énergie divine. Entre les yeux de Brahmâ siège un être principe, c’est Virùdj. Ces yeux eux-mémes sont le foyer de beaucoup d’autres principes, créés par Pourouchollama, autrement par Viclinou, divin Pradjâpati, doué d’une double nature, spirituelle et matérielle, immense réser-
* Ainsi sc nomme le corps humain. Vojes Oupnélhat, tain. II, pag. i 98 , et Bhagavadgît», lect, v, si. i3. L'Oupnékhat, tom. I, pag. 79 , appelle le corps la cité de BrahmA.
4 MmuljichthA [ruiw manjilh).
1 Ce sens m'est donné par M. Wilson au mot
3FOTFTR-
juîye/uira. Cependant le mot ndga
s’emploie aussi pour signifier étain , plomb; Hiiga ifivbha et nâgatlja veulent dire numiun.
7 Coccinella.
* Les manuscrits portent C|Ull^4 I tarn^~
bhvdm. J'ai cru pouvoir lire cÿ)lill^4l &rn/l' bhyâtn.
’W* toiiichma.
voir de tous les êtres, destructeur du monde qui fut son ouvrage. Le dieu est comme vêtu des éléments : les agonts de Brahmâ pénètrent dans sa tête, et tous ces principes vivifiants, doués de la science du bien et du mai , commencent à agir. Les formes déterminées par le créateur se dessinent, et, perçant la terre, se répandent dans les dix régions du ciel. Les Richis, formés de Brahmâ, et qui ont subi la loi de la destruction, vont prendre chacun leur poste terrestre. Ils ne doivent plus connaître les liens de l'action, affranchis désormais des dommages que causent les œuvres, des travaux de l'émancipation et des chaînes de la matière; cependant ils se mêlent à la nature, qui reste étrangère à leurs sens. Lumineux et brillants l#, ils se couvrent d’une vapeur humide, sous laquelle ils semblent ne plus exister, quoique existant toujours, semblables au fil qui se perd et sc confond dans la trame. De la vapeur naît le nuage, du nuage l’onde pure, de l'onde la terre, de la terre la variété des fruits , des fruits le lluidc élémentaire (rtitti 11 ), du rasa le souffle des êtres animés. Or le rasa souverain, c’est Brahmâ lui-même; Brahmâ, c’est la cause première (pradhâna ), comme le disent les pieux Brahmanes, éprouvés par la pénitence et les saintes œuvres; c’est l’invisible se faisant lui-même visible, siégeant dans tous les êtres, circulant partout avec intelligence, œuvre et agent à la fois, se diversifiant pour devenir objet des sens. Il reste inconnu pour ceux dont le feu de la pénitence n’a pas brûlé les péchés, vu et compris des sages qui possèdent la science divine. Il sort de ce point qui est entre les deux sourcils de Brahmâ, et apparaît tel que le soleil qui sc débarrasse d’un nuage. Libres dans ce monde, comme les oiseaux dans l’air, dégagés de toute espèce de chaînes, ceux qui ont pratiqué l 'yoga recueillent en Brahmâ le fruit certain de leurs œuvres.
Ce dieu déjà mille fois s’est manifesté pour cesser d’être et rentrer un jour en lui-même : il naît pour mourir. Il accomplit son œuvre dans les êtres qu’il développe et livre ensuite à la destruction, établissant pour tous les règles du devoir qu'il suit lui-même avec exactitude. L’âge de Brahmâ, qui est le premier de tous les âges, sc compose de douze mille ans et
* Cette p h ni sp semble désigner les régents des étoiles.
“ Je crois que c’est ce mol raid qui, dans fOupnékhat, est rendu par aqua ou ytttla yem
talù. Voyez tom. II , peg. 39. L'idée contenue dans tout ce passage que nous expliquons se retrouve en partie dans le même ouvrage , t. U , peg. a 63.
Ai.
d’une période de mille yoatjai , au bout desquels arrive la destruction générale (samhdra) Cependant le premier principe ( soûkchma ) de la nature, invariable, insensible, subsiste toujours; et c’est ainsi que ce monde, à la fois éternel et périssable, n’est autre chose que Brahmâ, atome originel, •e manifestant par des œuvres et des qualités.
FACULTÉS DE LESWARYA.
Djanamé tljaya dit :
O saint Mouni, je désire connaître le prâgvansa 1 ou l’état de l’homme arrivé dans Brahma, pendant les deux premiers yougas 2.
Vôsampâyana dit :
Je vais m’expliquer avec quelque détail sur la vertu que la méditation donne au manas de ces êtres identifiés avec Dieu par la perfection. Le grand Iswara 5, né de BrahmA et fort de la puissance de Y yoga , a pris de l’accroissement, et a forme l’universalité des créatures. Le trône de Brahmâ a été posé, et ce dieu la occupé rapidement sous la forme d’une substance matérielle. Mais il se plaît surtout dans celte région, brillante de
41 Voyet toœ. I, la vm* lecture 1 Ce mot est sans doute technique, et déaigue l'état de l'jogin uni à Bralunâ , et destiné à participer à la création. Le Prûtjtanui s'entend ordinairement de la chambre qui est vis-à-vis de celle où se trouvent les offrandes du sacrifice : cette chambre contient la famille cl les amis du sacrificateur. Brahmâ est considéré comme le grand sacrificateur, quand il crée le monde, et lors de l'exercice de celte fonction il semble retenir dans une espèce de prAyixtrua les Yogins
ses amis qu'il fait parlici|>cr à son sacrifice. Telle est l'explication que j'ai cherché à me donner à moi-même pour celte expression.
* J'ignore quels yo agaj l'auteur veut ici désigner. Voyex le commencement de la ccvt* lecture.
* Incara est Dieu revêtu d'organes materiels . De ce mot est formé celui A’ittarya , qui exprime le pouvoir obtenu par le Siddha sur l'un des éléments formant une partie du grand Iswara, autrement de la nature.
science, qui est celle du salut, et de laquelle naissent mille autres régions,
Le Rralimane, qui, suivant les règles de fyoja et l'esprit des Vèdes, offre le sacrifice de Brahma l, acquiert une science profonde et les divers êsmaryat.
Le premier éswarya dont jouit l’yojin devenu Brahmâ et pénétré d’amour pour tous les êtres, c’est celui qu’on appelle <*f Itéré. Désormais immuable, le Brahmane plane dans l’immense firmament , que remplit l’essence pure et divine, et ‘dans lequel se trouvent rassemblés tous les saints instruits dans la science sacrée. Au-devant de lui se présentent, à lui se joignent aVec empressement les esprits de ceux qui par leur savoir et leur dévotion sont déjà parvenus dans ce degré suprême. ■Æ , .
Après mille épreuves rigoureuses, le Brahmane peut aussi obtenir lViwarya aerien. Il subit avec courage toutes les vicissitu des de l’atmosphère, et, siddha victorieux, il s’élance hors de son corps pour parcourir les airs , libre et indépendant, embrassant l'espace par son manas. Aurait-on autant d’yeux qu’Indra B, on ne saurait apercevoir dans ses courses célestes l’esprit subtil, que peuvent seuls distinguer ces Brahmanes qui, ayant renoncé à toutes les œuvres, ne pensent qu’à répéter l’Aum 0 mystérieux. Aum est en effet l’essence suprême, telle que la conçoivent les sages; c’est ce Brahmâ qui circule dans les êtres et y porte avec lui l’intelligence. Aum est, suivant les saints docteurs, le verbe 1 antique, né de Brahmâ, sonore, aérien, et s’exprimant par une lettre; c'est l’être dépourvu de formes sensibles et s’environnant d’une enveloppe matérielle, se mêlant aux éléments, pénétrant dans tout ce qui existe, et néanmoins toujours libre; c’est le maître enfin qui, après avoir enfanté ce monde dans sa pensée, le remplit en quelque sorte de son manas. Cependant les Brahmanes sages, purs et mortifiés, en célébrant le sacrifice dont les Vèdes sont l’âme, ont par la vertu du nom de Brahmâ obtenu une grande gloire. Aspirant à ce monde où réside l’essence divine et qu’habite Yichnou, ils accomplissent toutes les cérémonies, exempts d’infirmité, et affranchis du désir de renaître à cette vie. Par une triple offrande de guirlandes ils honorent l’esprit supérieur,
' Ce sacrifice de Brahmâ est la lecture des Vèdes, car le mot brahma s'entend aussi de la science sacrée, objet principal des études du Brahmane.
' Indra, comme on le sait, a mille s eus. * Vojea tom. I , lect. i , pag. i .
’ f^Tïïft sUyÛ'fT: 51=^: ■
Vichnou, puissant en sagesse et en vertu; par des sacrifices et des processions 8 ils témoignent de leur respect pour Brahmâ et les autres dieux. Or, ce Brahmâ, d’après les paroles des Vides, c’est l’énergie de Vichnou; quand les Brahmanes, instruits dans la science divine, purs, libres de toute œuvre, éprouvés par des pratiques de vertu et de pénitence, sont arrivés au moment de leur émancipation finale, ils sont admis à contempler le grand esprit, qui est l'essence suprême et la haute merveille de Vichnou.
Un autre éswarya est Yéswarya humide. Le courageux yogtn passe, pour l’obtenir, par plusieurs épreuves terribles. Inondé, battu par les vagues, éperdu, il se trouve couvert de flots tour à tour froids ou brûlants, submergé tantôt dans les abîmes de la mer, tantôt dans les eaux d’un fleuve. Au milieu des tourbillons qui l’environnent, il frissonne, privé de nourriture, d’abri, de sentiment. Précipité au fond d’un gouffre, il tombe la tête la première dans un torrent blanchi d'écume; et quand il lève ses yeux vers la lumière, sa vue est éblouie des lueurs blanches et jaunes de mille éclairs qui semblent jaillir du sein des nuages orageux. C’est par la voie d’une pareille initiation que le Brahmane se fait siddha et arrive à l’ijwanra humide qui a pour base le rasa : du bout de sa langue sortent de nombreuses nuées aux bords dentelés; perfectionne par Y yoga, il forme les divers fluides (rasas) qui constituent les éléments de tous les êtres.
D'autres épreuves conduisent à Yéswarya igné le Brahmane affermi dans sa résolution et triomphant des obstacles qui naissent autour de lui. Des fantômes terribles et menaçants, une verge à la main, l’œil ardent, viennent l'assaillir; ils relèvent sa paupière, et saisissent l’extrémité de sa langue; de leur bouche béante sortent des sons discordants. Ils prennent ensuite mille formes variées; ils cherchent à le charmer par leurs chants et leurs danses. Ils se changent en femmes, s'attachent au cou de Yyogin, s’efforcent d’exciter scs désirs, lui adressent les noms les plus doux; ou bien, droits sur leurs pieds, ils inclinent leurs têtes devant lui, tâchant par leurs récits, leurs danses et leurs courses d’attirer son attention et d’interrompre le cours de ses dévotions. Vainqueur de ces attaques, le Brahmane est siddha et arrive à l'&traqra igné; c’est alors qu’il est honoré à l’égal des feux, ou des rayons du soleil. Les yogins doués des qualités de cet éswarya
* Je ne suis pas sur du sens que je donne id à fwr iitcrama.
deviennent des météores lumineux, des astres qui roulent dans l’espace; ils suivent à jamais les routes du soleil et de la lune. Ils forment ce cortège ( câlatchacra j divin et brillant qui, animé par ces deux astres, accompagne le Temps dans sa marche éternelle : je veux dire les Pakchas, les mois, les saisons, les années, les Kehanas9, les Lavas, les heures, les Calâs, les CAchtbâs, les jours, les instants10, les voies des étoiles et des planètes.
Enfin Véswarya terrestre est aussi le fruit de longues vicissitudes, auxquelles sc soumettent les yogins . Ils se trouvent assaillis et renversés de leur siège. Calmes et sans désirs, ils sont battus, déchirés, terrassés à plusieurs reprises, passant à travers les organes de tous les êtres qui habitent le sol terrestre. Attaqués à la fois par les éléments de toute espèce, ils sentent les atteintes de la lance, du glaive, de la massue, de l’épée tranchante, de la flèche acérée. C’est à la suite de ces diverses épreuves que le Brahmane, désormais affranchi de tout changement, mérite le titre «le siddha, et possède lVnrûrya terrestre.
Ainsi Yyogin , absorbé dans la contemplation , contribue pour sa part à la création : il respire un parfum tout divin, il entend des choses toutes merveilleuses. Des formes divines le traversent sans le déchirer, et, uni à la nature qui lui est propre, il va, il agit comme animant la matière originelle ( pradhàna ).
' Un kchana équivaut à 4 minute», un lava Je 48 minutes. Voy tom. I, lect Vin. pag. 43. à i/a seconde, une «iM à 8 secondes , uuc câch- M Autrement ntmcchas. Voy e* ibi rf. lecture
thd k i/3o de ca/d. Une heure ou moufaxirtfti est vm , pag. 43.
HÀR1VANSA.
CORPS DK BRAHMA.
Yêsarapâyana dit :
L’aïeul des mondes, l’âme libre et le corps immobile dans la méditation *t commence son ouvrage divin, et de son manas, par la vertu de fjo^a, il tire, comme en se jouant, toute une création. De son œil il forme les belles ApsarAs; de son nez, les Gandharvas distingués par leurs riches vêtements, les Toumbourous et les autres innombrables génies, habiles à danser et à jouer des instruments, habiles à chanter les airs du Sâma. De sa pensée, toujours pieuse et féconde, le maître et l’âme des êtres animés produisit la divine, l'adorable Sri, aux yeux brillants, au noble front, aux beaux sourcils, au visage éclatant, à la douce parole, Sri, amie de la justice et ornée d’un magnifique lotus aux cent feuilles.
Avec les Apsarâs et les harmonieux Gandharvas, il fit aussi ces Brahmanes dont la voix chante les cantiques sacrés. De ses pieds il produisit une foule d'êtres animés et inanimés, hommes, Kinnaras, Yakchas, Pisâlchas, serpents, lUkchasas, éléphants, lions, tigres, antilopes, quadrupèdes divers et végétaux. Pour les mortels, qui se livrent au travail des mains, de ses mains il créa l’œuvre; pour les êtres qui désirent le bienêtre, de son fondement il créa le soulagement2, et de son penis le bonheur3 pour ceux qui sont maîtres de leurs cinq sens. De son cœur il forma les vaches, et les oiseaux, de son bras.
Les autres parties de son corps donnèrent naissance à d’autres êtres. Dans l'intervalle de ses deux sourcils, le seigneur, savant dans l’art de
1 Le mot particulier qui exprime ici cette idée de méditatiu» est t^T^TJJT «/Lirtuul. Un entend par là un exercice rdigieux dans lequel le dévot tient son âme recueillie, sa respiration sus-
pendue , toutes ses facultés naturelles comme interrompues.
•T^ranr au féminin.
ànanda.
Yyoga, enfanta deux patriarches divins, le saint et fervent Richi, Angiras, et le juste Bhrigou-, du milieu de son front il tira Nârada, puissant pour ses amis, et de sa tête, le grand Sanatcoumâra.
Ensuite il appela à la succession 4 du trône céleste Soma , qu’il sacra on qualité de chef des Brahmanes et des rois, et il le chargea d’être à jamais le flambeau de la nuit. Alors le dieu de la lune , fort par sa pénitence et accompagné des planètes, parcourut le milieu du ciel, éclairant le monde de ses rayons.
Ainsi Brahmâ, qu’avait perfectionné l 'yoga, produisit de ses membres, par la vertu de son manas, tous les êtres animés et inanimés, qu’il sema par milliers dans le monde , et lesquels vivent et agissent en lui. Et voilà ce qu’on appelle le sacrifice do Brahmâ : il faut bien comprendre ce que c’est que l'Yoga et le Sànkhya, ce que signifie la science du monde, nommée vidjnâna s; ce que l’on entend par le Kchétra de chaque nature, et le Kchrtradjna r>. 11 faut apprendre à connaître l'unité et la division de l'être, la vie et la mort, l'existence et la cessation du temps, enfin le secret du Djnèya 7.
CRÉATION DBS CASTES.
Djanamédjava dit :
O pieux Brahmane , tu m’as parlé du brahmayoaga , qui est le premier des âges. Je voudrais bien avoir quelques détails sur le Kchatrayouga *, âge aussi renomme par les austérités des pénitents et les sacrifices des
yih'ttrûdjYa- Wilson donne
* M, Wilson dit que le tuijnàiui est la science qui comprend tout excepté l'intelligence de la véritable nature de Dieu , laquelle ne peut être
obtenue que par la méditation sur les Vedes.
' La xiu* lecture du Rhagavad-gitâ explique ces mots.
* Voycx U même lecture xm* du Rbagavndgiià. si. ta.
1 Ce mot signifie Wuje d&t Krhatriyas, cl
sainte, et sur lequel les savante se sont expliqués avec plus ou moins de développements.
VôsampAyana répondit:
Je te parlerai de cet Age illustré par des œuvres de piété , par des aumônes et des actes de justice, et par sa population. C’est alors que se confondirent dans les rayons du soleil ces petite Mounis de la longueur du pouce *. Us s'étaient , loin des obstacles du monde , exercés aux œuvres qui préparent l'émancipation finale , attentifs à observer la loi dans ses défenses comme dans scs prescriptions, unis sans cesse à Drabmâ, réglés et purs dans leurs actions, suivant avec exactitude les saintes pratiques de la dévotion, et instruits dans la science sacrée. Au bout de la révolution des mille ans, ces pieux Brahmanes subirent la loi de la destruction générale (pruhiya ) , consommés dans leurs œuvres et perfectionnés dans la science.
Viclmou, mortifié par la pénitence, animé par l’yoja cl sortant de Bralimi, devint le Pradjipali Dalclia, et créa diverses espèces d'èlrcs. Les Brahmanes furent formés d'un élément solide et inaltérable 5, les Kchatriyas d'un principe fluide *, les Vésyas de parties légères comme la vapeur, les Soùilras de la fumée. Vieh.tou imagina quatre couleurs, le blanc, le rouge , le jaune et le noir : ce furent celles des castes 5, c'est-à-dire des Brahmanes, des Kchatriyas, des Vésyas et des Soùdras. Tous présentant le même extérieur0, se soutenant sur deux pieds, mais soumis à des devoir» différente, admirables dans leur organisation , remplissent avec courage leurs diverses fonctions, et suivent dans toutes leurs actions la voie qui leur est prescrite. Les Vèdes enseignent aux trois premières castes les rites qu'elles doivent observer. Tel fut le résultat de l'union de Brahmi et de Vichnou. Dans celte œuvre, Vichnou, le grand y«ym, agissant en sa qualité de fds des Pratcbétas 7, lit preuve de sagesse et de puissance. Les
jcmhle d«voir former une cp|X>*itioD avec le brahmayonga ou l'âge des Brahmanes. Mais la lecture n’explique en nucunc façon la raison de celle qualification inusitée.
* Voyez tom. I. pag. 77, note a.
*Ædiara.
ichara.
' Le mot signifie couleur et caste.
‘ ècalinga.
1 Voyctlom. I, IIe lect. pag. 1 1.
Soûdras, nés d’un principe aussi vain que ia fumée 8, ne sont tenus à aucun sacrifice; ils ne connaissent point les cérémonies du sanscâra 9, et ne lisent pas les Védes 1#. Quand Tarant 11 est agitée et produit le feu, la fumée aussi apparaît, avec ses tourbillons, mais elle ne sert de rien dans le sacrifice; de même les Soûdras existent sur la terre pour le labourage, privés des saintes cérémonies du sanscâra et des sacrifices prescrits par les Védes.
Dakcha eut encore d’autres fils, dans lesquels habita Lirait mâ, comme dans une espèce de matrice, forts, puissants, robustes, brillants, généreux dans les sacrifices. Leur père leur dit : « Je veux savoir jusqu’à quelle dis-
■ tance, sur la terre, s'étend mon influence. Je veux produire une grande « quantité d’êtres pour remplir la multitude de ces Kchêtnu 12 ; car la terre
■ n’a pas encore montré à mes yeux la forme de mes fils qui désirent jouir * de ses biens. Dans le Critayouga, elle va pour moi devenir la mère de
■ tous les êtres, des oiseaux et des plantes. » Telles furent les paroles de celui qui renfermait les êtres (dkâtri)\ la terre, qui est leur mère et qui les contient [dhâtri] , conçut aussitôt les atomes et les corps de toutes ces créatures appelées à agir.
* L'auteur qui faisait naître tout à l'heure le* Soûdrt» de U famée. . leur donne ici pour première origine l'espace, l oir,
nirvana. J'ai cherché dans ma traduction à concilier ces deux idées.
* Rites particuliers aux titn» première»
classes- Voycx ce mot dans le dictionnaire de Wilson. Ces rites sont au nombre de dix.
" Les Soûdras ne peuvent étudier ce qu'on
ap|*c!le I et «x tâftras t savoir le» Védes , les Ou* pavedas. les Védângas , les Pourânas, les livre* des lois ou Dharma , et les Darse nas. Mais cependant ils ne sont pas privés de toute espece de littérature, et ils ont pour leur usage des livres qui suppléent aux ouvrages sacrés.
" Voyez loin. I, v* lect. pag. 39, note 9.
" Le mot §Nr hehitra signifie champ et corpi .