SACRIFICE DE BRAHMA
Vésampâyana dit :
Les Brahmanes, distingués par la djatâ et la peau d’antilope noire l'âme recueillie et le corps mortifié, honoraient lo père commun des êtres sur le mont Mérou, dans une vallée couverte d’arbres épais, ceinte de rochers riches en métaux précieux, hérissée de buissons, et retentissant au loin
TÏÏTT Je crois que l’auteur désigne par ce mot le cernai hippelaphat , blacit dter of lien gai
" Qu donne aussi le nom de Dharmakchitra k une plaine voisine do Dehli , dans le nordouest de l'Inde, où sc livra la grande bataille entre les Gourous et les P&ndous.
S . J'ai adopté pour ce mol un sens que me présentait le dictionnaire de Wilson. Il pourrait s'entendre aussi de l'bomme qui vivrait en glanant.
1 Lois de Manou, lecl. il, si. Ai.
de» cinq rhythmes a qui servent pour les trois Vèdcs divins. Toujours occupés de mantras et de sacrifices, toujours livrés à leurs pieuses pratiques, ils n'avaient d'abord qu’un feu. Ces sages Mounis le divisèrent ensuite en trois espèces différentes 5 qu’ils consacrèrent par des mantras particuliers. C’est ainsi que le feu, qui était unique, devint triple. Mais celui qui mérite le nom de grand est, au moment de la swâhd \ nourri par l’oblation de beurre (havis), et ajoute un nouveau prix à la récitation des mantras.
Lui-même, le divin Dakclia, l’auteur de tous les êtres, et le père des Brahmanes, Dakcba, objet d’une vénération universelle, se présente sous l’apparence de Brahmâ 3. Portant dans scs mains la verge de l’autorité , le bouclier, la flèche, le poignard, orné d'une aigrette brillante, ayant la face resplendissante comme le lotus, l’âme exempte de désir et de colère, les sens domptés par la pénitence, il se plonge dans la méditation et sacrifie au sein du Puuchcara. Les prêtres chantent les airs du Sâma-Yéda indiqués par Indra. Le beurre, le lait, l’orge, le riz, enfin tout ce qui compose l’oblation, ainsi que l'ordonnent les Vèdcs, est apporté pour le sacrifice et rassemblé autour de Brahmâ. L’Àranî 6, formée de bois de sami, est agitée , et Brahmâ en extrait un feu nouveau. De cet instrument naît la flamme , qui se nourrit de la substance des offrandes. Les sages Mounis ajoutent encore des fruits aux diverses oblations.
Dans ce sacrifice de Brahmâ, son fils Vrihaspati remplit les fonctions iïoudgâtri 7, et récite les quatre Vèdcs avec une merveilleuse expression. Sa voix douce et harmonieuse fait ressortir, par une prononciation" savante, la beauté des rhythmes de ces livres divins. L’enceinte sacrée, qui retentit de ces accents d’origine céleste, ressemble en ce moment au monde de Brahmâ ( brakmaloca ); elle répète les pures et saintes prières qui sont jadis sorties de la bouche du dieu. Cependant çà et là sont placées les matières® qui doivent alimenter le feu, les vases pleins de jomo ou d'eau, les ustensiles du sacrifice, l’orge, le riz, le beurre, les troupeaux disposés
1 Voycx ton». I , lecL v, pg. 39, noie 9.
’ L'Om^jâiri est le prêtre chargé dans U1* sacrifice» de réciter les prière* du Sima-vodn.
* L'art do bien prononcer les mots de* Vèdcs se nomme jùtrfcd.et forme un des six Védangas.
* tanvdh.
pantchajvara.
* Voycx lotn. I, lect xxvt, pag. 119.
* Exclamation prononcée en taisant l’oblation au feu.
* Quelques auteurs regardent Datcha comme un avatare de Dralmuî.
en ordre» les vaches nourricières entourées de leurs veaux. Tout concourt à la pompe de la cérémonie, les rites pieux, les prières sacrées, la présence de la jeunesse et des saints pénitents, l’intervention religieuse de la science divine. Environné de ces Kichis, qu’on surnomme Mdnasat, et qui sont nés de lui spontanément, assisté des Marouts, Brahmà offre le sacrifice d'après le mode indiqué par les Vèdes à tout ce qui respire, sans toutefois revêtir en cette œuvre les formes de créateur radieux. La forme qu'il prend est celle de pontife, et après avoir agité l’Aranî, où le feu agit au sein de la sam(, le dieu puissant célèbre Yagnichtoma l0.
La réunion est brillante, les cérémonies touchantes, les voix douces et mélodieuses, les assistants voués aux oeuvres de mortification, instruits dans les Vèdes et les Védângas, et resplendissants comme le soleil et la lune. Au bruit de ces chants sacrés, qui rendent la terre semblable au séjour de BrahmA, tous les habitants du ciel arrivent en foule : les saints pénitents du Swarga, les docteurs de la loi sacrée, ces Brahmanes enfin qui brillent comme les trois feux allumés pour le sacrifice, forment de cette assemblée une assemblée toute céleste. Indra donne le signal, et les bouches savantes des Mounis font entendre les airs du SAma et les versets de l’Yadjour. Car à cette fête sont accourus, d’un cœur tout dévoué, ces sages qui font de la pénitence, de l’étude sainte, de la pratique des bonnes œuvres l'objet de leurs pensées habituelles. Le fils de BrahmA, l’antique Vrihaspati, qui connaît tous les mystères de la science du devoir, remplit en cette circonstance l'office de hotri u.
Le sacrifice se termine par une offrande adressée A Vichnou. Cependant les Àdityas brillent dans la région de l’occident1*, témoin de l’ardeur de leur pénitence. Le fondement du sacrifice, c’est Vichnou qui n’est point né 15 ; c'est BrahmA , insensible aux objets extérieurs et à l'entraînement des affections contraires11, Brahma, source éternelle de mille et mille lotus 15 mys-
** l.'ngnichlomo est ordinairement le sacrifice consistant en offrandes présentées au feu, et eélébrv pendant cinq jours au printemps.
" Ainsi se nomme le prêtre qui dans les sacrifice» récite les prières du Big-véda.
" QT5d Fî JT^Î patichimè tjarbhr.
“ ST sT«*^
u La perfection consiste à nous rendre insen siblcs aux affections que nuus font éprouver le plaisir comme la douleur, le froid comme le chaud . etc. , et ces sensations contraires se distinguent par le mot dteandtra
11 Le lotus est considéré comme sjrmbolc d’un monde.
térieux, indépendant, incommensurable, infini dans scs œuvres. Son souffle, ce sont ccs Mounis dont l'âme est calme et indifférente. O roi , les objets extérieurs séduisent nos sens et nous entraînent au péché. Le péché couvre l'intelligence d’un voile ténébreux. 11 faut que nous passions dans la vie en restant maîtres de nos sens et inaccessibles aux attraits des choses qui nous environnent. La seule qui mérite de nous captiver, c’est la science divine qui éclaire notre âme, dès l’instant que nous écoutons la voix des sages initiés aux saints mystères des Vèdcs et de la pénitence. Dans le ciel il est un lieu que l’on appelle le monde par excellence wf séjour des âmes pieuses, où les dieux, honorés par le Havya, ne risquent pas de périr. Aussi l’homme qui fait le sacrifice, en suivant les règles sacrées et attribuant à chacun la part qui lui est due , jouira-t-il sur la terre, en récompense, du bonheur qu’il désire avec scs épouses, préservé des incommodités de la vieillesse.
À la lin de la cérémonie, le dieu qui de son souffle anime tous les êtres, le dieu pur et bienfaisant, donna en présent aux Brahmanes le mont sur lequel il venait de sacrifier. Alors commencèrent entre eux des débats; et la dispute dégénéra en combat. Mais malgré tous leurs efforts, ils ne purent parvenir à partager la montagne. Fatigués de leurs divisions, ils tombèrent à terre, piles et accablés de douleur. Le génie de cette montagne aux riants coteaux17 se présenta devant eux, et, inclinant son front, leur dit avec douceur ; « C’est en vain que vous essaieriez do me partager entre < vous , si vous voulez rester ainsi désunis : cent années divines y suffiraient
• à peine. Mais tâchez de vous entendre; une fois que vous aurez mis un « terme à vos dissensions, le partage deviendra facile. I,a violence croît avec
• la colère et l’inimitié, ô nobles Brahmanes. Mais l'éternelle sagesse [Brahma) « en a-t-elle besoin pour augmenter son empire? Comment puis-je être pour
• vous un objet de dispute avec mes rochers aigus qui s’élèvent jusqu'au ciel, « mes veines de métaux, mes collines escarpées, mes larges coteaux, avec ■ ces troupes do serpents et de reptiles qui sillonnent la terre ou se cachent
" rïV+MÎ dtai ■ ■
” Idcc exprimée par ]c mol Sonpti mra , qui me parait une épitlicte du mont Mérou. Cependant la montagne dont il est ici question se trouve encore désignée par le mot Sélendra. qui veut dire en général roi des montagnes, mais
qui dans la ccxx' lecture s'applique n une montagne de la région occidentale, comme aussi i l'IIimàlaya. L’Agui-pouràna considère le Soupârm'a comme une des quatre divisions du Mérou ; selon cet ouvrage, c'est la brandie septentrionale.
• dans mes cavernes?» Ainsi parla le génie de la montagne; après l'avoir entendu , les Brahmanes restèrent en silence.