B ABATTEMENT DE LA MER
A l'époque où Râhou ne faisait qu'un seul corps l * *, comment les êtres se sauvèrent-ils de la destruction?
Yèsampâyana reprit :
Le souverain PradjApati et les Ricliis, voulant pourvoir à l'ordre sur la terre, avaient élevé au trône et sacré Pritbou a, fils de Véna. On était alors dans le Trétâ-youga, et les mortels se disaient en bénissant ce prince :
• Voilà notre grand roi : à lui nous devons et nos mœurs et nos arts. Par
• ses vertus il est le père de tous les êtres. ■ C'était dans ce temps que les dieux se trouvaient sur les coteaux du Gandhamàdana *, où ils se macéraient par mille austérités. Les Dànavas s'étaient réunis avec eux sur cette montagne. La saison de Mâdhava 4 venait de naître : la vue de ces lieux enchantait et les Dètyas et les dieux. Le vent apportait jusqu’à eux l’odeur délicieuse des fleurs, qui charmait leur âme. Les Dètyas surtout, étonnés et ravis, ne pouvaient contenir leur joie, et iis disaient : « Si les fleurs ont
1 Ilàlioo Ail coupé en deux par le (r Kaern de Vidinou ; M tête el sa queue ainsi si-paré*
forment , suivant Ici* astronomes , deux planètes, qui correspondent aux nœuds ascendant el descendant. Lliisloire du baratleinent de la mer est racontée plus longuement, comme nous l'avons déjà dit plusieurs fois, dans l'episode du
MnhàhlUiraUt , dont M. Wilkins a inséré 1a traduction dans ses Dotes du Bhagavad-gitâ.
' Voyei lom. 1. Icct. v, pag. 37.
' Montagne que l'on place à l'est du Mérou 1 r.Vgin-pournna en fait une brandie méridionale de cette montagne. Par abréviation on l'appelle aussi Gandha. Le mot Gandha mhlana marque que les parfums de cette montagne sont enivrant*. 11 y a aussi un bois qui porte le nom de Gandluunddmam.
* Vnyes la note 5 de la ccxua fect. ,
• un pareil parfum, que serait-ce de l'élixir qu’elles produiraient? Essayons
• de tous les moyens, quels qu’ils soient, que nous fournit l'expérience.
• Battons les plantes dans la mer de lait avec le grand et large Mandara. « Il faut d’abord baratter cette onde blanche, et pour cette opération réu-
■ nissons tous nos efforts. Que le grand Vichnou soit le directeur de l'ou- « vrage. Nous partagerons avec nos ennemis le ciel et la terre. Prenons « tout, les racines, les feuilles, les branches, les fleurs et les arbres, tout
• ce que la terre pourra nous offrir, et formons-en un heureux mélange. ■
Ainsi parlèrent les Détvas, et ils arrachèrent sur le Gandhamâdana les plantes qui garnissaient ses coteaux. Ils veulent ensuite soulever le Mandara ; mais la force de leurs bras réunis ne peut réussir à le remuer : la terre tremble sous leurs elforts. Épuisés de fatigues, les genoux énervés, ils tombent au fond de la vallée. Alors se recueillant en eux-mêmes , et brûlant leurs péchés au feu de la pénitence, ils vont trouver le père commun des êtres, et baissent devant lui leurs fronts respectueux. Brahmâ, grand et présent partout, connaissant le désir de leur cœur, leur fit une réponse inspirée par l’amour qu’il porte aux mondes dont il est le créateur, et la voix de l’ètre invisible frappa agréablement leurs oreilles. A cette voix immortelle les Adityas, les Houdras, les Marouts, les Dévas, les ViLchas, les Gandharvas et les Kinnaras répondirent par leurs chants. « Réunissez
■ tous vos efforts pour obtenir le breuvage d’immortalité, avait dit le dieu, » et vous pourrez remuer cette montagne si brillante par scs métaux. • Et aussitôt les Dévas et les Asouras soulevant ensemble la montagne, la font mouvoir avec rapidité au milieu de ce liquide aussi blanc que la neige. Les paroles de Brahmâ ont enflammé leur courage : les Dètyas aux bras vigoureux s’animent mutuellement par leurs paroles. L’eau de la mer rejaillit sur la terre, au moment où les Dévas et les Dànavas y plongèrent le Mandara qui leur servait de ribot*, et prirent le serpent Yâsouki pour être la corde qui devait le faire tourner. Cette onde, battue durant mille ans avec les diverses plantes, se changea en un lait épais, et produisit enfin l’Àmrita. Les Asouras furent les premiers à s’en emparer; mais les Dévas, furieux de cette perte, le reprirent ensuite en employant les artifices de
* Le* mot* par lesquels on désigne ici le son dit que est l'anneau qui tient la
ribot et la corde sont tjrji et M. Wil* corde.
l'amour *. De cette mer sortirent avec le breuvage d'immortalité Dhamvanlari , la liqueur enivrante 7, la déesse Sri , la pierre précieuse appelée Ctbtoubka \ la lune dans toute sa pureté , le cheval Outcbéhsravas. RAhou parvint à se glisser parmi les Dévas et à boire aussi de l’Amrita : • Aucun « autre Asoura, dirent les Dévas, n'aura cet avantage. • Alors Ilari, attaquant Râliou, lui trancha d’un coup de tchacra la tête qui depuis lors est restée avec les Pitris et les Mounis éternels. Indra prit ensuite cet Amrita et le remit à la Terre, qui, obéissant A l’ordre de Brahmâ, disparut aussitôt.