‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 64 sur 140 · INTERRUPTION DU SACRIFICE DK DAKCHA · texte numérisé non relu

INTERRUPTION DU SACRIFICE DK DAKCHA

Yésampâyana dit :

Cependant un royaume s’était formé à Mahodaya *, et les dieux étaient venus s’y établir avec les mortels. Ils se livraient ensemble aux saints exercices de la prière, et prenaient chacun une part dans l’œuvre du sacrifice. Le divin Vribaspati , accompagné des Richis, célébra un jour pour Dakcha , fils des Pratchétas, un grand ariramccMa. Ce sacrifice devint l'occasion d’une dispute qui s’éleva entre le sage Dakcha et Roudra. Celui-ci, privé de la portion qu’il désirait, vint avec Nandin se venger de cet outrage. Ce Nandin était une seconde forme de Roudra, qui se doublait ainsi pour soutenir scs droits. Déjà les saintes paroles avaient été prononcées par le pieux Richi : l’éternel sacrifice s’accomplissait, lorsque le dieu se présenta entouré de compagnons à l’extérieur hideux, aux yeux difformes, au ventre énorme comme une jarre. Les uns ont la taille d’un géant ou celle d’un nain; les autres sont d’une largeur démesurée; ils portent leurs cheveux relevés en aigrette ou en djalâ; quelques-uns ont trois yeux3; leurs oreilles sont

‘ Le dictionnaire de Wilson dit que c*e»t U un de» noms de l'antique Canote. Ce mol signifie grand oritnl , et , comme le récit que nous allons lire, est entièrement allégorique, j'ignore sd

faut voir ici le nom d'une ville réelle ou imaginaire.

* On sait que les poètes représentent ainsi le dieu Siva , et que Su* i n pour synonyme le mot

pointues; vctus d'écorces d’arbres ou de peaux, ils balancent de lourdes massues ou d'immenses sonnettes. Leur ceinture est de moundja. Des bracelets entourent leurs bras ; l’or brille à leurs oreilles. Plusieurs frappent des tambours de diverses dimensions *, ou jouent de la flûte. Le dieu , qui porte l'arc Pinâca *, apparaît lui-même avec une conque, un tambour, des cymbales dans ses mains; mais, tel que le dieu de la mort, il tient aussi un dard formidable. 11 brille au milieu du sacrifice de mille rayons terribles, semblable au feu de Cûla prêt à dévorer le monde.

Nandin et Siva ont en un instant renversé tous les apprêts du sacrifice : leurs coups sont aussi funestes que ceux du Temps à la fin des âges. Cependant une troupe de IUkcbasas accourt, les yeux rouges de colère, et répand la terreur parmi les Mounis couverts d'écorces et de peaux. Les uns trempent leurs langues dans le beurre clarifié , les autres lèchent la choir des victimes; ceux-ci arrachent les poteaux consacrés, et s’agitent avec violence; ceux-là jettent de l'eau sur le feu avec de longs éclats de rire. Quelques-uns lancent un regard profane sur le Soma, et le dérobent, ou bien dans le creux de leurs mains 5 brisent les brins de cousa> Ils arrachent les boucles qui couronnent les têtes des poteaux fendent ou percent de flèches les arbres d’or qui ornent le lieu du sacrifice, mettent tous les vases en pièces et s’amusent à remuer l’Aranî. Ils abattent et détruisent le Prâgvansa ,, prennent les offrandes, les souillent avec leurs ongles, les mangent ou les jettent.

Le Sacrifice (enertoa*) ainsi attaqué jour et nuit poussa un grand cri, pareil au bruit de l’océan déchiré par les vents. Roudra prenant le grand arc de roseau9 que lui donna jadis Swayambhou, ajuste ses flèches dont il

tlwiilra. \oyex loin. I, lect. m, pg. 17; les Moudras . prsounage» astronomiques . sont au nombre de orne.

* U me semble qu'il y a dans cotte description quelques traits qui conviennent à ces prêtres de Cykéle, frénétiques et furieux comme le* compagnons de Siva. Je ferai remarquer comme un effet singulier du hasard que les mots DinJymc et Bcrrcynthg ont quelque analogie avec les mots sanscrits dttubma et bhert employés ici même pour signifier tambours.

1 Ainsi se nomme l'arc ou le trident de Siva.

* Je ne sais pas pourquoi le poète compte ces mains à des feuilles de lotns, '-KJrM

’ Voyex la noie 1 de la ociv* lecture.

* Le sacrifice se trouve ici personnifié. Le leeleur. en consultant la note 28 de 1a exxx* lecture. verra jusqu’à quel point celte légende diffère de celle qui y est rapportée sur le môme événement.

* Voycs lect. cxlvii , note 7.

accable lo Sacrifice. Celui-ci percé de flèches s’élança dans le ciel, prit la forme d'une antilope, et vint en criant se réfugier auprès de Rrahmâ; comme il ne trouvait plus de sûreté sur la terre, il s’approcha du dieu, portant le trait dans sa blessure. Rrahmâ accueillit cette antilope avec bonté, et lui dit d'une voix forte et éclatante : * Tu resteras au ciel sous cette forme. Percée « de la flèche d’un dieu, tu te fixeras désormais dans le Nakchatrasiras

• où tu te joindras à Roudra lui-même et à l’immortel Soma u. Tu vas « faire partie des constellations célestes, astre étincelant et ferme dans ta

• marche éternelle. Ce sang divin , sorti de ta blessure , dont tu as marqué

• le ciel dans ta course rapide, et dont la couleur est empreinte sur la face

• de Kélou “, deviendra pour les êtres un signe infaillible de pluie »

Si l’ouïe est pour les mortels une source de bonheur ou de malheur, quand ils entendent dans le ciel la foudre d'Indra, la vue ne leur procure pas moins de jouissance ou de crainte. O prince, nos yeux contemplent avec admiration et transmettent à l’âme le spectacle merveilleux et varié de cet univers. La nuit voile sans doute une partie de cette ravissante création; mais le jour vient nous développer ce grand ouvrage, qui s’étend de la terre jusque dans les plaines de l'éther.

Tous les autres Pratchétas11 arrivent également en grand nombre, pour* suivis par la crainte des flèches du grand Roudra. Nandin, le Pinâca à la main, apparait avec tous les génies compagnons d’un dieu terrible; tel sera le sceptre flamboyant de Rrahmâ, quand il annoncera la fin des siècles. Alors Vichnou saisit son arc qu’il élève à la hauteur de son front; ses autres mains soutiennent son tchacra, sa massue retentissante et son poignard. En face de Roudra toujours menaçant, llari frappant des mains le doigt

* Le poêle par ce root désigne le premier de* .Nakcbatras , appelé Mrigaiims, figuré par une t*te d’antilope, et contenant trois étoiles dont une est le a d’Orion. La mot Mriganras a servi « former le nom du mois Mârgasira ( novembre décembre) autrement appelé AjrnhAymn, parce que, suivant l’ancien système, il était le premier de l’année indienne.

11 Les Nakehntras ou constellations lunaires sont considérées comme les épouses du dieu Soma , qui est la luoe.

11 Noeud descendant, regardé comme un des neufjru/uu ou planètes.

a lecteur remarquera que les poètes latins

donnent aussi à Orion le surnom d’dÿuonu. parce que son lever annonce la pluie et l’orage.

11 Je regarde ici ce mot comme un nom de iamille : ce sont tous les enfants de Dakeha, qui lui-méme était né des Prelchétas. Voyez tom. I, lect.ii.pag.il.

" HÇrïïflfëT : tamhalûndjaltlt-

défendu contre la corde par un cuir protecteur, tenant sa conque incomparable, son arc et ses flèches rapides, sc montre à la tête des siens, comme la lune environnée de nuages. Les Âdityas, les Vasous couverts d’armes divines, se tiennent devant Vichnou , pareils à des feux brillants. Plus rapproches de Poudra sont les Marouts et les Viswas, avec les Gandharvas, les Kinnaras, les dragons, les Yakchas, les serpents; les Richis, appuyés sur leurs butons ia, se trouvent à droite et â gauche , priant pour la paix et le salut des mondes.

Roudra le premier frappe Vichnou d’une flèche aiguë qui le touche au cœur; mais Vichnou, âme de l’univers et premier auteur de Brahmâ, Vichnou n’a jmïs chancelé : il conserve toute sa fermeté et l’usage des six sens17. Il tend son arc, ajuste sa flèche comparable au sceptre terrible de Brahma , et vise à l’épaule le fier Mahâdéva. Celui-ci n’a point tremblé sous le coup : ainsi le superbe Mandant reste inébranlable aux atteintes de la foudre. Alors l’éternel Vichnou, s'élançant avec violence, va prendre Roudra à la gorge, circonstance qui a fait donner à ce dernier le surnom de Nilar cantka « O dieu, qui ne connais ni commencement ni lin, épargne- « moi! • Ainsi parlait Roudra à celui qui est le corps universel, le maître de la création, l'être immuable. Car, ô lils de Bharata, Vichnou fait et défait ce qui existe ; il est par sa bonté le premier de tous les êtres. Il s’enferme lui-même dans son œuvre. Des deux substances qui existent il est la plus noble : c'est lui qui a créé l’autre.

Des cris d’admiration se font entendre dans le ciel. « Adoration éter- « ncllo à Vichnou 1 ■ disaient les Siddhas. Cependant l’autre Roudra, Nandin, irrité tend son arc et atteint Vichnou à la tète. Le chef des Souris, le père de tous les êtres, regarde Xandin en riant et l’arrête. Pareil à Brahmâ et tout rayonnant, constant et ferme comme une montagne, ce dieu incompréhensible, infini, inconnu et vainqueur, le grand Ilari, calme et tranquille, aussi brillant que le feu de la fm des âges, Vichnou enlin, sait triompher de son ressentiment; équitable et bon, il assigne au sage Roudra la portion qu’il demandait. 11 établit pour l’avenir l’ordre du sacrifice la et marque à chaque ordre de dieux la place qu’il doit occuper.

“ • nyattadamUh. ** Voycx la lecture cxxxu, et la noie i3 de

11 Nous avons déjà vu que le* Indiens consi- ni^me lec*11**-

déraient le manas comme un sixième sens. '* Nous avons vu ailleurs que cette idée de sa-

Voilà ce qui a été raconté sur le combat que sc livrèrent Vichnou et Siva * à l'occasion du sacrifice de Dakcha, sur l’interruption de ce sacrifice et le tumulte qui se répandit dans le monde. Le sacrifice éternel est établi pour tous les êtres, ô roi; Daicha, comme les autres Pradjâpatis, en a recueilli les fruits.

Telle est la manifestation de Vichnou, qui porte le nom de Pôckcara, c'est-à-dire son apparition dans l'antique Pouchcara. Cette histoire m’a été racontée par DwêpAyaua, qui la tenait par tradition des premiers Richis.

Celui qui, sage, pur et mortifié, écoute ce récit divin de la bouche des Brahmanes, et qui étudie la nature de l’Adhyâtma **, parviendra un jour au Dévaloca 33 : s’il a toujours avec joie entendu parier de l'être antique et suprême, après avoir vu combler ici-bas tous ses désirs, il passera dans l’autre monde sans connaître l'inquiétude, et jouira de la félicité du Swarga.

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