FORMATION DE LŒUF DU MONDE
Djanamédjaya dit ;
O Brahmane, les saints racontent dans les Pourânas l'apparition du grand Vichnou sous la forme de sanglier; c’est une histoire dont j’ignore les détails et les circonstances. Quelle fut la sainteté de cette œuvre? Quel en fut le motif, l’intention? Pourquoi ce sanglier vint-il au jour? Que signifiait cette forme? Quel dieu l'animait? Pour quelle raison ce dieu se sou-
crifico entraîne l’idce de devoir constant et consacré par la religinn. Le sacrifice ici désigné, c’est l'accomplissement des devoirs imposés à chaque génie dans l’administration de l’univers. L’histoire de Dakcha a été interprétée de diverses manière» ; les uns y ont vu une querpUe de» partisan» de Vichnou et de Siva; les
autres n'y ont aperçu qu’une légende astronomique. Telle qu’elle est présentée ici , elle ne me paraît faire allusion qu'à l'histoire du ciel , et nullement à l’histoire des hommes.
u Le teste lui donne le nom d'Oa^ra " Esprit supérieur.
” Monde des dieux.
mit-il à cette existence? Pourquoi déploya-t-il ce pouvoir? Pourquoi daignat-il agir ainsi? Raconte-moi l’histoire entière de ce sauglier devant ces pieux Brahmanes assemblés ici pour le sacrifice.
Vèsampâyana répondit :
Je te dirai la sainte et antique histoire du grand sanglier; écoute, ô Djanamédjaya, comment ce dieu qui fut plus tard l’admirable Crichna, comment ce Nârâyana, si saint, si pur, si terrible, célébré si magnifiquement par les poètes, se fit sanglier et releva sur une de scs défenses la terre submergée. Mais l’homme qui pour son bonheur a connu cette histoire noble, antique et pure, dont parlent les Vèdes et que mentionnent mille récits pieux, doit, comme celui qui a étudié le Sânkhya et l’Yoga, éviter d’en donner communication à un incrédule.
Les Viswadévas, les Sâdhyas, les Roudras, les Âdityas, les Aswins, les Pradjâpalis, les sept Maharehis, les Richis surnommés Mânasas *, les saints nés dès l’origine des choses, les Vasous, les Apsarâs, les (iandharvas, les Yakchas, les Râkchasas, les Détyas, les Pisâtchas, les serpents, les génies2 de tous les ordres, les Brahmanes, les Kchatriyas, les Vèsyas, les Soûdras, les Mlctchhas et les autres habitants de la terre, les quadrupèdes, les oiseaux, tous les êtres enfin vivants et animés, approchaient du moment 5 de leur anéantissement; la période de mille yougas s'accomplissait, le jour de Brahmà venait de finir *. Les phénomènes les plus funestes apparaissaient au ciel. Vrichûcapi 5, à la semence d’or a, à la triple aigrette 7, se montre en ce moment, souillant sur le monde le feu de ses aigrettes et desséchant tout ce qui vit. Brûlés par scs rayons dévorants, défigurés et privés "de ^ tout leur éclat, les Vcdes, le Ycdângas, les Oupani chats, les Itihâsas *, la Science sacrée, les Cérémonies, b Piété, le Devoir, se présentèrent devant Brahmâ, auteur de toutes choses, et offrant de tout côté sa
' Voyez lom. I, lect. i. pag. 6.
* Ceux qu’on désigne par le nom rie bhoifa.
* Cel état s'appelle jllj mrtrdfwrin.
* Voyez tom. I. lect. vm, pag. 45.
’ La m* lecture, tom. 1, pag. 17, donne le nom de Vrichàcapi comme celui d'uu Roudra.
" r|^ hirunyarètaj Cette épi-
thète s’emploie pour le feu , le soleil et Siva.
7 triiikha. Ce mot peut aussi dé-
signer les trois pointes du truoâla de Siva.
1 Nom que l'ou donne aux récits historiques.
face vénérable. Ils étaient accompagnes de ces trente-trois ordres® de dieux à qui la sagesse du créateur a donné avec la vie des devoirs à remplir.
En effet le jour de Brahmà était fini, mais pour renaître; en attendant ils entrent dans ce dieu qui est l’âme suprême, l’essence spirituelle et indestructible, le maître puissant par Yyoga, Hari, Nârâyana. C’est ainsi que pour ces êtres il y a successivement destruction et vie { nidhanotpatti ); car de même que le soleil se lève et se couche pour nous, il y a aussi pour la création des alternatives d’existence et de mort. A la fin des mille yougas arrive le moment où le Calpa se trouve complet. A cette époque la vie est éteinte partout, et Brahmâ, enlevant les mondes avec les dieux, les Asouras et les serpents, les renferme en son sein, et reste seul, maître souverain de toutes choses; car cet univers dépend de ce dieu invisible et éternel, qui â chaque nouveau Calpa renouvelle sa création.
Ainsi le monde n’est plus vivifié par les rayons du soleil et de la lune: plus de fumée, de feu, d’air; plus de sacrifices, de libations, de cérémonies; les oiseaux ne traversent plus les plaines du ciel, les animaux ne foulent plus la terre; l’horreur, la confusion et les ténèbres régnent de tout côté; partout l’obscurité, partout l'inertie; plus de mouvement de sympathie ou d’opposition; les éléments, dont Ndrâyana était l’âme, sc trouvent dissous. Cependant le maître suprême, HrichiLésa, sc livre au sommeil; son vêtement est jaune, ses yeux rouges; sa chevelure, ramassée en djatd sur sa tète, y forme mille aigrettes; sa poitrine sacrée et marquée de sandal, porte le signe du Srîvatsa; il éblouit comme le nuage chargé d’éclairs. Mille lotus composent sa guirlande. Près de lui est Lakchmî son épouse qui le tient embrassé. Il dort, le père de tous les mondes, il dort, l’être juste et puissant. Mais quand la révolution des mille ans est achevée, le grand esprit, le dieu des dieux, s’éveille de lui-même pour prouver sa force. Créateur souverain, il forme d’abord en lui-même un nouveau type de ce monde avec les Pitris, les dieux, les Asouras et les hommes; car, toujours ferme et invincible, il est le grand Pradjâpali et la source de cet univers, qu’il fait, défait et renferme en lui, qu’il porte et contient, qu’il régie, réforme et sanctifie. Il n’a rien existé, il n’existera rien au-dessus de Nârâyana, ni les Vèdes, ni les cérémonies, ni les sacrifices, ni les saintes traditions, ni la délivrance finale, ni la voie du salut, ni la science, ni la
• Vo je* loin. I, lcct. tu, p*g. 18, note 3a.
pénitence, ni la vérité; Nârâyana est plus grand que ce qui est vraiment grand; il est Swayambhou, Brahmâ, le roi de la terre; il est l’air, le sacrifice, le maître de cette nature qu’il a créée. On peut dire de lui qu’il est et qu’il n’est pas 10. 11 sait tout. 11 connaît ce que connaissent les dieux; mais les dieux ignorent ce qu’il veut savoir seul. Les Pradjâpatis, les sept Richis, tous les immortels ne peuvent lui trouver de bornes; de là vient que l’écriture l’appelle Ananta (infini). Les dieux ne voient pas sa forme première : ils honorent celle qu'il manifeste dans ses diverses incarnations. Ils n’aperçoivent que cerqu’il leur montre. Mais ce qu’il ne révèle pas, qui peut se flatter de le découvrir?
Chef de tous les êtres, feu, voie des deux vents opposés11, trésor de splendeur, de pénitence et d’ambroisie, protecteur des quatre ordres de dévots (asrama), consumant les fruits des quatre holocaustes1*, circonférence des quatre mers, révolution des quatre âges, ce dieu voulant reformer le monde qu'il a renfermé dans son sein , produisit un œuf qu’il conserva mille ans; et c’est ainsi que le grand Yogin, le premier des Pradjâpatis, l’auteur sacré des Vèdes, créa de lui-même ce monde qui contient les Souras et les Asouras, les Oiseaux et Les serpents, les Apsarâs, les plantes, les montagnes, les Yakchas, les Goubiacas, les R&kchasas.