‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 74 sur 140 · TERREUR UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

TERREUR UNIVERSELLE

Vêsampâyana répond :

Les Dêtyas, trompés dans l'espoir que leur donnait leur science magique, abattus et découragés, demandent l'intervention d'Hiranyacasipou lui-môme. Celui-ci, enflammé de colère, comme s’il devait tout brûler du feu qui le dévore, s’élance, et sous son poids ébranle la terre. Toutes les mers en sont troublées, les collines tremblent avec les forêts qui les couronnent. Le courroux du Dètya répand les ténèbres sur le monde, où l’œil ne peut plus rien distinguer. En ce moment les sept vents, Àvaha, Pravaba, Vivaha, Parâvaha, Sam va ha, le puissant Oudvaha, et Parivaha *, fameux par les craintes qu’ils inspirent, sc trouvent détournés de leur route céleste. Les météores, qui n’apparaissent qu’aux derniers jours du monde, se montrent en toute liberté. La lune, sans régie et sans mesure3, erre dans les constellations. La nuit règne au ciel, où brillent les planètes et les étoiles. Le soleil, en plein jour, perd sa splendeur. On ne voit plus dans les airs qu’un vaste cadavre1 * d'une couleur noire, d'où s’exhale une épaisse et horrible fumée, qu'échauffe la présence de l’astre voilé. Des soleils effrayants s’élèvent dans le ciel, et

1 Dana la lecture ccxvnt, VrichÂcapi est aussi représenté avec une triple aigrette.

* Suivant la mythologie . le Gange se partage

en trois courants qui forment le Gange céleste , le Gange terrestre, et le Gange des enfers.

1 Voyez lecture cxcv, note a. Vçye* aussi la lecture ni, tom. I, pag. a5.

* |é|ri î ayogatak les Yogas],

’ cabandha.

DEUX CENT-TRENTE ET UNIÈME LECTURE. 399 au lieu de sept rayons4 lumineux ne présentent que sept mèches fumantes. Les planètes dirigent leur course au-dessus de la lune5. Soucra5 ct.Vrihaspati T, placés à droite et à gauche, Sanêstchara 8, au corps rouge, à la lumière sanglante , enfin tous les corps célestes vont occuper des postes trop élevés pour eux, et qu'ils ne prennent qu’à la fin des âges. Le Dieu de lu lune, dont la marche est entravée par les constellations et les sept9 planètes, au grand détriment des êtres animés et inanimés, ne songe plus à ses amours pour Rohinî. Saisi par Râhou 10, il heurte contre des comètes formidables et brûlantes, qui tombent sur lui. Le roi des dieux n'envoie plus à la terre que des pluies de sang. Du haut des airs se précipite un météore qui brille comme l’éclair et retentit comme la foudre. Tous les arbres se couvrent de fleurs et de fruits hors de la saison : abondance funeste, présage mortel pour les Dêtyas. Le fruit naît sur le fruit, la fleur sur la fleur. Les figures de tous les dieux ouvrent et ferment les yeux, rient et pleurent, gémissent profondément, jettent de la fumée ou des flammes, comme si elles annonçaient la fin du monde. Les animaux sauvages et domestiques, et les oiseaux, poussent des cris horribles à la vue de ce lion qui soutient un si terrible combat. Les fleuves épouvantés retournent vers leur source. Au milieu de la nuit profonde qui semble présager la dernière catastrophe, les régions célestes apparaissent comme couvertes d’une poussière rouge. Le figuier sacré 11 ne reçoit plus les hommages accoutumés : abattu par la violence du vent, il se brise en gémissant. L’ombre a cessé de tourner autour des êtres quelle accompagnait autrefois. Durant l’obscurité, une matière visqueuse et pareille au miel est tombée sur le palais d'Uiranyacasipou, et a pénétré dans son arsenal et dans sa salle d'armes, où tourbillonne encore une sombre fumée.

A la vue de tous ces prodiges, le Dêtya s’adresse à Soucra, son poarohita l:!, et lui dit : « Prêtre divin, que signifient tous ces phénomènes? J’ai le plus • grand désir de savoir ce qu’ils annoncent. • Soucra lui répondit : • O roi

* Los Indiens donnent au fbu sept rayons ou sept flamme*.

* Nous avons ru ailleurs que les Indiens considèrent la lune comme 1a plus élevée des planètes. Voye* lect. lxxv, 10m. I, pag. 3i8-

* Vénus.

1 Jupiter.

' Autrement appelé Sani, Saturne.

* Ordinairement les Indiens en comptent neuf, en y comprenant les deux nœuds sous les noms de Hdhou et de Kéton.

14 Le noeud ascendant, l'éclipse personnifiée. u Vota (Jiau indien).

w Prêtre de la famille.

■ des Asouras, retiens bien ce que je te déclare à l'occasion de ces pro-

• diges menaçants. Quand de semblables présages se montrent dans un em-

* pire, le prince est averti qu'il va perdre et le trône et la vie. Vois donc

■ si la science t'indique les moyens de prévenir ici ce résultat. Certes, 6

■ roi, le danger est grand. > Ainsi parla Soucra à lliranyacasipou; puis il le bénit 15 et retourna dans sa demeure.

Après son départ, le roi des Dêtyas médita longtemps sur sa position : le malheureux se rassurait en se rappelant les paroles de Brahm&. Cependant il était clair que tous ces prodiges effrayants, et beaucoup d’autres encore, venaient de Càla, proclamant d’avance la victoire des Souras, la mort des Asouras et de leur prince. Alors lliranyacasipou, brandissant sa massue, accourt avec impétuosité, et sous les pas du Dètya courroucé le monde entier tremblait. Ce prince irrité et se mordant la lèvre apparaissait tel que l'antique sanglier. La terre frémit de ses mouvements : du sein des montagnes ébranlées dans leurs fondements s'élancent les grands serpents éperdus de crainte, vomissant de leurs gueules la flamme et le venin, serpents k quatre, à cinq, à sept tètes, tels que Yâsouki u, Takchaca, Carcotaca, Dhanandjaya, Klàpatra, Câliya, le robuste Mahâpadma. Le serpent aux mille tètes, qui sur son étendard porte un palmier d’or 14, l'immortel Sécha, gardien inébranlable de la terre, se trouve lui-même ébranlé. Les brillants soutiens du globe, qui ont leurs pieds dans l'eau, participent à la commotion générale. Les serpents, heureux habitants du Pàtâla, sont effrayés, et leur trouble se communique aux ondes tranquilles qui coulent dans ce même lieu et qui leur doivent leur éclat. Tout s’émeut à la fois; la Bhâgirathi w, la Sarayoû, la Côsiki l’Yamounô, la Câveri, la Crichnavennfl w, l’illustre Souvennâ la Godâvarî, lu Tcharmanvati, le Sindhou, le roi des fleuves et des rivières, le Sona qui sort du Mécâla, et dont les ondes ont l’éclat des pierres précieuses, la paisible Narmadâ20, la Tchétra-

” Il lui dit ttrmfi (béni «#)•

" Y o jex loin. I, lerL m, pag. ».

“ Le serpent Sécha «‘est incarné *ou* U forme de Baladera . lequel porte sur son étendard un palmier.

“ Bkdgfmtki est un nom du Gange. Yoyex tom. I , lect. xv , pag. 7 1 . Presque tou» le* autre» nom» de rivière» ici mentionnées se retrouvent

dan» 1a cxvm* lecture. Yoyex les note» de cette

Rivière du Buhar. aujourd'hui Cou ou Coata.

’* Les mss. dévanÂgaris portent Cnchnatènà.

11 La mé-me sans doute que la Venni de la cxvm* lecture.

" Le Nerbudda

DEUX CENT-TRENTE ET UNIÈME LECTURE. 401 vati, la Gomati, bordée de riches pâturages, la Saraswati, la Mahî, la Càlamabi, la Tamasâ, la Poucbpavâhinî , la Sîtâ31, llkchoumatî, la grande Dévicâ25, le Djâmboûnada”, resplendissant de l’éclat des pierres précieuses, et orné de mines d’or, le grand Lohitya *, entouré de rochers et de forêts magnifiques. Dans ce tumulte s’agite et tremble la ville des Cùsicâras30, le Drâvida* tout brillant d’or, le pays des illustres Mâgadhas*7, des Pôndras, des Rangas, des Soubmas, des Mallas5*, des Vidéhas, des Mâlavas, des Càsis, des Cosalas; le palais du fils ailé de Yinatâ, construit par Viswacarman sur le sommet du Kèlâsa; la mer aux ondes rouges, aux Ilots orageux, appelée Lohitya; celle qu’on nomme Kchîroda **, et qui a la couleur d’un nuage doré; le mont Oudaya, élevé de cent yodjanas, habité par les serpents et les Yakcbas, étalant ses plateaux et ses arbres aussi éblouissants que l’or, aussi resplendissants que le soleil, et couverts de sd/aj50, de palmiers, de tamâlas 5I, de carnicâras ** fleuris; le mont Ayomoukha, riche en métaux; le brillant Malaya33, embaumé par scs bois de tamâlas; la région des Sourâchtras des Soubâhlicas des Soûrabhîras, des Bbodjas, des Pândyas, des Calingas des Tâmraliptaeas37, des Ûdras38, des Vàmaboûlas w, des Kéralas*. La crainte et la confusion s'étendent jusqu’au séjour des dieux, parmi les Apsarâs, même dans l’inaccessible demeure d’Agastya, fré-

11 On dit que la Sitâ est une des quatre branches du Gange céleste, laquelle coule vers l’est dans le Rhudràswa.

11 W il fort croit que la Déticâ cal In même que la Sarayoû, Cependant les tables géographique» les distinguent ainsi que mon texte.

” Riviere descendant du Mérou, et que les |Kiéle» représentent comme le Pactole indien.

M Celte rivicre doit couler dans la presqu'île orientale de l'Inde.

M Je n’ai aucune notion sur ce mot.

** La cétc de Coromandel.

*’ Le Bahar méridional. Quant aux autres noms de peuples, TOjtt la lecture xc. tom. 1, (“= 38...

** Suivant Quintc-Curce, les Malli sont sur le» borda de l'IIydraote, au delà de l'Acésine.

H Le Varâsanhila place dans l’est une rivière Luhilva, cl une mer qu i! appelle Kchîroda.

M Sdt tne.

" Xanthocy mut tinctorial.

” Plervtpermam actrijolium . communément Caniyar.

" Les Gliale» occidentales.

M Surate.

14 Je suppose que c’est lo même peuple que les Râhlicas qui habitaient le pays de Rolkh. Les Abhiras se trouvaient dans le Candeish. I r. mot abhira s’entend d'un peuple berger ; aussi les géographe» placent de» Ahhiras sur divers points. Le Tarâtanlra dit que l'Abhira s'étend du Concana au sud vers la rive occidentale de la Tapi.

* Voyez ces mots , lect. xc , et ailleurs.

41 Le pays de TamlooL.

M La contrée d’Orissa.

*• Mot incertain.

" Le Malabar.

quentéc par les Siddhas, les Tchâranas et les Apsarâs, distinguée par la variété de ses arbres fleuris et de scs oiseaux harmonieux, et par la beauté de ses collines dorées. On voit trembler le Lakchmîvân, agréable et fleuri, qui du sein de la mer élève vers le ciel scs pics rivaux, pour leur éclat et leur hauteur, du soleil et de la lune; le Vidyoutwân , qui a cent yodjanas, et qui va braver dans les nuages les éclairs et la foudre; le Richabha, qui ressemble à un taureau*1; le Coundjara, qui fut habité par Agastya; Bhogavatî, la ville des serpents, aux larges rues, aux remparts invincibles; le grand Méghagiri , le Pftripâtra *2, le Tchacravân, le Vàrâha; la cité dorée de Prâgdjyoticha*3, où demeure l'impie Dànava, nommé Naraca ; le mont Mégha, qui retentit du bruit terrible des nuages; enfin soixante mille montagnes ressentent la secousse qu'imprimait à la terre le terrible Dânava, et qui ébranlait aussi le roi des monts, le Mérou aux pics dorés, sainte demeure des dieux, aussi brillante que le soleil; l'IIémagarblia, le Méghasakha, le Kèlâsa , beau, riche et solide, couvert d'arbres toujours en fleurs, présentant ses grottes charmantes pour retraites aux Yakchas, aux Râkchasas, aux Gandharvas, et glorieux de ses lotus d’or et de ses ravins délicieux; le Mânasa **, peuplé de cygnes et de canards; la montagne au triple sommet; la belle rivière de la Coumâfi4*; le Mandara, semblable à une masse de glace; l'Ousîravîdja , le grand Oudraprastha , le mont Pouchcara, sur lequel habite le suprême Pradjàpati ; le Dévâvridha, le Bâlouca, le Crôntcha **, le mont des Saptarcliis, le Dhoûmravama. Ces montagnes et bien d’autres encore, ces pays, ces peuples, ces rivières et ces mers frémissaient doncsous les p$ d'IJiranyacasipou.

11 Ou Y richabha. Yoyc« leel. or,xx. Le* traités de géographie mettent clan» la prr«qu‘ilc occidentale deux pays nommes ftickabha et toantljara.

" Chaîne occidentale du Y indhyo.

** Ancienne capitale de l Asam . aujourd'hui Goliati, dit WHfanL

44 Autrement le M&nasarovara , lac situé sur rilimàlaya.

44 Rivière qui, suivant le Brahmànda-pourâna, descend du SouktimAn. qui est une de» sept principales chaînes de montagnes de l'Inde.

“ Partie orientale de l'Himâlaya , an nord de l'Asam.

MORT DHIRANYACASIPOU.

Vésampâyana dit :

Alors les Adityas , les Sâdhyas, les Viswas, les Roudras, les Vasous, cl tous les dieux s approchent de ce lion qui brillait comme le soleil, et, tremblant de crainte pour le monde , ils lui disent : « O Dieu , triomphe de ce « funeste et impie Détya, qui par son exemple excite au mal tous les Asouras. « Toi seul peux détruire ces Détyas. Que leur chef reçoive la mort de ta * main; qu'il périsse pour le bonheur du monde , et que ton nom soit béni ; « car tu es le maître, le roi et le père des mondes : le salut ne peut jamais ■ leur venir que de toi. »

En entendant ces mots, le dieu de qui découlent tous les êtres poussa un grand cri. Ce cri alla retentir au cœur des chefs Asouras, et leurs âmes en furent profondément émues. A ce bruit frémirent les Crodhavasas \ les Câlakéyas, les Angapoutras, les Bâhousâlins, les Vegas, les Yégaléyas, les Sènhikéyas, les Samhrâdiyas à la voix puissante, les Vidwéchas, Capila, fils de la Terre, Vyâghrâkcha, assez fort pour ébranler le sol, les oiseaux, enfants de la nuit, les habitants du PâtdJa, et les Rôdras, armés de serres, dont l'œil ressemble au soleil, dont la voix retentit comme le nuage, et qui s'élancent dans l’air, aussi redoutables par leur vitesse que par la cruauté de leurs œuvres.

Alors le terrible Hiranyacasipou, armé du tonnerre et du trident, aussi brillant et aussi rapide que la nuée, retentissant, éblouissant comme elle,

1 Je suppose que les être* dont il asl ici parlent des Crodhavasas, des Câlakéyas et des

question sont tous des génies du mal et de la Sènhikéyas. Je n’ai aucune notion sur le» au-

destruction. Les lectures in (lom. I.), ccetoci, très.

l'ennemi des dieux» le (ils orgueilleux de Diti % malgré sa force de léopard» malgré la foule des Détyas qui l'entourent , est saisi par l’homme-lion , qui s'élance sur lui, le déchire de ses ongles puissants, et, secondé d'Ouracâra3, lui donne le coup de la mort. Le monde entier, la terre, la lune, le ciel, les planètes, le soleil, les régions célestes, les fleuves, les montagnes, les mers, par la mort du Détya, recouvrèrent leur ancien éclat.

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