‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 75 sur 140 · ÉLOGE DE LHOMME-LION · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE LHOMME-LION

Yésampâyana dit :

Alors les dieux et les saints Richis, pénétrés de joie, élevèrent leurs actions de grâces vers le Dieu suprême et éternel. • O dieu, dirent-ils, cette • forme d’homme-lion est ton ouvrage : les mortels instruits dans la science « divine l’honorcront comme nous. Tous les mondes, tous les êtres exalte- « ront ta puissance. Les Mounis te célébreront à jamais sous le nom de lion :

■ par toi , ô seigneur, nous avons recouvré notre dignité. »

Après les dieux, Brahmâ, qui partageait la joie générale, prononça luimême l'éloge de Vichnou fait homme-lion.

■ Tu es la substance indestructible, immatérielle, mystérieuse, supé- « rieure, éternelle, inaltérable, universelle, incrééc; la pensée ne peut te « concevoir. Tu es la science enseignée par le Sànkhya et l’Yoga; ton esprit,

■ ce sont les Vèdes eux-mêmes. Dieu fécondant, immortel, immuable, par « toi existe tout ce monde, animé et inanimé. Nous-mcmes, nous ne sommes

■ qu’en toi; tu es notre souffle, notre seigneur. Maître et instituteur de tous

■ les mondes, tu aimes les quatre formes; souverain des quatre mille you-

* Voyez, au sujet de l'intervention de ce personnage, U lecture ccxxvi , note 5.

• gas \ par toi meurt la mort de tous les êtres; tu es les quatre Vèdes, les

• quatre sacrifices1 * 3, l’âme des combinaisons quaternaires. En toi réside l’éter-

■ nité, l'inûni, la force, la vertu, la qualité supérieure dans tous les êtres:

« tu es la voix suprême de Capila et des autres Richis. Tu n’as ni commeu-

• cernent, ni milieu, ni fin; tu animes tout, être spirituel. Unique essence

• du monde, tu le crées et tu le détruis. Tu es Brahmâ, Roudra, Indra, Va- « rouna, Varna; tu fais et délais l’univers, qui sans cesse renaît par toi. Pou-

■ roucha antique et supérieur, tu es ce qu’il y a de plus grand dans la per-

■ fection, l’essence divine, les montras, la pénitence, le devoir et la gloire;

• dans la vérité , l’holocauste , le gazon sacré , la voie sainte 3, le sacrifice et

• l'offrande; parmi les corps, les demeures, les unions4 *; dans la voix, le « rire et le chemin du salut; dans la sagesse, le plaisir, le savoir, l’expé-

■ rience, la science divine et la haute intelligence; tu es au-dessus de a*

• qu’il y a de plus grand dans les mondes, dans les mystères, dans l’univer- « salité des choses, dans les jours et dans les saktis *; parmi les dieux et les « souverains, dans les secrets de la nature et les éléments. Enfin c’est ta

• substance supérieure et sainte qui , unie à tout ce qui existe , le conserve

• et le vivifie. »

Après avoir en ces mots loué Nârâyana, le dieu aïeul du monde retourna dans sa demeure. Alors, au milieu du bruit des instruments de musique et des danses des Apsarâs, le grand Vichnou se rendit sur les rives septentrionales de la mer de lait6: le dieu, dont Garouda est le drapeau et dont la nature est immatérielle, arriva dans sa région, porté sur un beau char à huit roues, que traînaient des génies T; et là , quittant sa forme d'honinie-lion, il reprit son ancienne apparence. C’est ainsi que l'ennemi des dieux, Iliranyacasipou, fut tué par le grand Vichnou revêtu de la forme d’hommedion.

1 L'auteur, voulant poursuivre son idée, qui

eit que Vichnou a de la préférence pour les divi-

ai on s par quatre, ! , compte

4,ooo yougas, lorsqu'il ne devrait en admettre que quatre.

* Voyex lecl. clxxvi , note aâ.

* w rndre/a : j’aimerais mieux le mot

Mlîl . "Kl"#.. qui aurait le sens de purijinttum

* Je rends ainsi le mot yoga.

* On appelle SaAti l'énergie active d'un dieu . personnifiée comme étant sa femme. Lalccbm! est la Saiti de Vichnou.

* Kchiroda.

’ HcFTfTÎ bhoâtayoaJtta.

es. o

SACRE DE fi ALI.

Vésampâyana dit :

Je t'ai raconté l’histoire de l’hommc-lion; je vais te dire maintenant à quelle occasion le plus beau des êtres prit la forme d’un nain. Le puissant Bali faisait un sacrifice; le puissant Vichnou s’y présenta, et en trois pas occupa les trois mondes. 11 prit cette terre couverte de forêts et entourée de mers, et la donna à Indra, roi des Souras.

Djanamédjaya dit :

O pieux Brahmane, ici une pensée de doute me trouble et m’embarrasse. Quoil le divin Nârâyana s’est fait nain, lui que les Pourânas, dont il est l’esprit , nous représentent comme le maître et le père des êtres , lui qui de son ombilic fit naître le grand Lotus! N’est-il pas en effet le dieu des dieux, le souverain des Souras, fort, immuable, infini, substance des trois mondes où il tient le premier rang, éternel, sans commencement, sans milieu et sans fin, Crichna *, objet de nos adorations, sacrificateur auguste qui présente à la fois et consomme l’offrande? Maître suprême, comment naquit-il dans le sein d’Aditi? Créateur d’Indra, comment était-il son frère puîné? Dieu des dieux, comment devint-il Vichnou dans le ciel? Raconte-moi donc, 6 Brahmane, l’apparition de ce grand dieu.

1 L'avalare de Crichna est postérieur à celui depuis Crichna . Peut-être aussi cette expression du nain, ei l'anachronisme disparaitrait, si Ion Crichna, laquelle signifie notr, a-t-elle un sens

forçait un peu le texte , en ajoutant cahn çui fat mystique-

VêsampÔyana reprit :

Ecoute, ô roi, un récit divin, objet de respect pour les Richis, récit transmis par les anciens poètes, et extrait de nos livres sacrés. Le grand Soura, Casyapa, fils de Marîtchi, eut deux épouses, Aditi et Diti. D’Aditi et de Casyapa naquirent les Dévas, Dhàtri, Aryaman, Mitra, Yarouna, Ansa, Bhaga, Indra, Vivaswân , Poûchan, Pardjanya, Twachtri , et Vieil nou le douzième. Diti fut mère du puissant Hiranyacasipou , qui eut pour frère3 le superbe Hiranyàkcha. Hiranyacasipou donna le jour à cinq fils redoutables par leur force , Prahlâda, Ilrâda, Samhrâda, Djambha et Anouhrâda. Le fils de Prahlâda fut Virotcbana; le fils de Virotcbana, Bali.

La postérité de Diti s était multipliée d'une manière inconcevable; une foule innombrable de Détyas, sages, puissants, et ennemis des Souras, s’était étendue sur mille régions. Ces Détyas, après avoir vu Hiranyacasipou immolé par Hiomme-lion, résolurent, pour parvenir à se venger des Dévas, de se choisir un roi : ce fut Bali. Ils avaient remarqué que toujours ami de la justice, sage en ses discours, austère en sa conduite, aussi brave que savant, il était instruit dans tous les détails de la grande science, et voyait clairement la vérité. Brillant et magnifique, comme Hiranyacasipou, il haïssait les Souras. Ce fut donc à Bali, fils de Virotcbana, le fort par excellence, que les Détyas décernèrent le souverain pouvoir : il fut sacré solennellement, et lîrahmà lui-méme se réjouit de le voir assis sur le trône d’IIiranyacasipou. Du sein des vases d'or l'eau sainte fut versée sur sa tète, et les Dânavas firent en son honneur retentir le cri de victoire, au moment où ce prince apparut sur son siège royal. Après la cérémonie de l'inauguration, se prosternant la tète contre terre, ils lui dirent : « Roi des Détyas, tu

■ sais qu’Hiranyacasipou a possédé les trois mondes, et qu’il a régné sur

■ tous les êtres animés et inanimés. Les Souras, tes ennemis, après avoir « donné la mort à ton aïeul, se sont emparés de ses domaines, et ont pris • Indra pour leur roi. Il te convient de recouvrer le royaume d'Hiranyacasi- « pou; avec notre secours, seigneur, il te sera donné de rentrer dans ton

* Me» tnanu»criU ne *onl p«* d’accord en /rérr puîné; le dévanàgari de Pari* porte au coucet endroit : le bengali et celai de M. Tod disent traire frère atné.

« héritage, dans ia possession des trois mondes. Environné de ces milliers

• d'Asouras qui te promettent l'appui de leurs bras, tu dois triompher des

• dieux et de leur roi ; ta puissance est immense , et par tes vertus tu l’em-

• portes sur ton aïeul. •

ARMEMENT DES DÊTYAS.

Yèsampâyana dit :

A ces mots, le sage et vaillant Bali, transporté de joie, dit aux Dètyas :

* Aujourd’hui nous allons reconquérir les trois mondes. » Après avoir entendu ces paroles du fils de Yirotchana, les belliqueux Dànavas se préparèrent au combat. On distinguait parmi eux Mahâpadma, Nicoumbha, le vaillant Coumbhacama, Cântchan&kcha , (’apiscandha , Mênâca, qui ébranle la terre, Sitakésa, Ardhakcsa, Vadjranâbha, dont les cheveux se redressent en djatâ, Vicatcha aux mille bras, Vyâghrâkcha 1 à fusil flatteur, Mounda, qui n’a qu'un œil et qu’un pied, Yidyoudakcha, armé de ses quatre bras, Gadjodara. Gadjasiras, Gadjasrandha, Gadjekcbana, Acbtadancbtra, Tchatourvaktra, Méghanükla, Djalandhama, Cardia, DjwAladjilnva, Satânga, Satalotchana . Soumoukha aux mille pieds, le grand Crichna, Ranotcata, Ddnapati, Sélacampin, Coulâtcbala, Samoudra, Nabbasa, Tcbanda le terrible, Dboûmra, Govradja, le formidable Gokchoura, Godanta, l'inébranlable Swastica, Mân* sapa, Mânsabbakcba, le rapide Kétoumân, Sivi, Pancadigdba, Sarira, Yribatkîrtti, MabAbanou, Yicoumbh&nda, non moins illustre que les autres, YiroûpAkcha, Haro, Ahara, Swclasircba, Tcbatourbanou, Tcbandraban,

1 Le manuscrit de M . Tod porte vyâghrâsin. «ont que des épithètes , comme aussi je puis tra-

Je ferai remorquer que dans ce passage je donne du ire comme épithètes d'autres mots qui sont

peut-être comme noms propres des mol» qui ne des nom» propres.

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Tchandratâpana, Vikchara, Dirghqbâhou, Madyapa, Màroutâsana, le célèbre Tàladjangha, Salahha, Sarabha, Cratha, Samoudramathana , Nâdin, le robuste Fitbara, Pralaml>a, Naraca, Bàlin, Dhénouca, CAJalotchana, Varichtha, Gavichtha, le puissant Bhoûtalonmathana, SouprasAda à l’aigrette brillante, le grand Vaktra, armé d’un trident, SoubAhou, Coumbbabâhou, Carouna, Calasodara, Somapa, Dévayâdjin, Pravara, Yîramardana, l'obéissant Kbandasakti, Cousinétra, Sasidhwadja, et bien d’autres que citent les livres dépositaires de nos traditions: tous illustres guerriers et brillants de parures, portes sur des chars de bataille, couverts de vêtements magnifiques, de guirlandes élégantes, de riches armures. Leurs étendards flottent dans les airs, leurs traits éblouissent les yeux, et les larges roues de leurs chars font trembler la terre. Les cris qu’ils jettent au loin ressemblent au fracas des nuages d’automne. Ces enfants de Diti, les yeux rouges comme le sang, le cœur plein d’une ardeur belliqueuse, élèvent leurs bras menaçants et pareils A de grands serpents qui s’agitent. Aussi brillants que le soleil, la lune ou le feu, aussi rapides que le tonnerre d’Indra, Us font grincer leurs dents et secouent leur chevelure ardente* ou noire.

Le fils de Bali, Bâna aux mille bras, conduit des millions de chars qui portent d’innombrables Dêtyas, habiles dans l’art de la magie et armés de traits magiques, orgueilleux de leur force et fiers des privilèges qu’ils ont jadis obtenus, comparables à des montagnes d’or, vêtus de soie jaune, ornés de diadèmes, d’aigrettes, de turbans, de parures magnifiques, remarquables par leur armure et leurs enseignes d’or; sur leurs chars élevés ils brillent comme les étoiles sur un ciel d’automne; et leurs ornements, qui étincellent avec tout l’éclat de la flamme, leur donnent l’npparcnce de kinsoukas 3 fleuris et placés sur le sommet du Mérou1. Au milieu d’eux sc présente Bâna, tel que le nuage qui s’élève dans la saison des pluies. Il agite dans ses mains sa lance et sa massue; il est monté sur un char long de trois Raiwas*, rempli de massues et de haches, et admirable pour ses ornements d'or, pour la richesse de son essieu, de son drapeau, de son joug et de scs divers compartiments. Il s’avance escorté de scs Dêtyas, qui l’environnent

' Appelé ici YHémapurwala, ou montagne d’oc.

'Un naîtra (orme àoo coudées.

* Cc«t ainsi que je rends ici le mot hari , qu’ai) leur» j'ai traduit par venLllre.

* liulea frondota .

410 H4K1VANSA.

comme les Bâlakhilyss* entourent le soleil, et qui, dressant en tumulte leurs armes menaçantes, ressemblent à une armée de serpents à la dent envenimée. Mais surtout cinq guerriers Dânavas renommés pour leur bravoure, Soubâhou, Méghanâda, Bbimavéga, Gaganamoùrddlian, et le rapide Kctoumân, se tiennent près de ce char, où l’or et l'argent brillent de tout côte, et qui, léger comme l'oiseau, retentissant comme le nuage, est lancé pour la perte des Souras.

Un fils d'Anâyouchà 7, Bala, vient entouré de cent mille chars d une forme effrayante. Celui que monte le vaillant Bala est attelé de mille ours, forgé d’un fer noir, orné de ligures de corbeaux, formidable à la vue seule, et terrible dans le combat. Le Dânava lui-même, couvert de vêtements noirs et pareil à un mont de lapis-lazuli, se distingue, au milieu de cette foule de combattants, tel que le soleil qui le matin s’élève au-dessus de l’océan. Uesplendissant comme l’or, brillant comme la lune ou comme l’éclair, il balance sur son front une aigrette étincelante, qui s’élève semblable au pic d’une haute montagne.

L’Asoura Namoutchi conduit au combat soixante mille chars traînés par <les ânes, et bruyants comme le nuage orageux. Les guerriers qui les dirigent sont armés de traits divers; légers, courageux et pareils à ces noires vapeurs qui couvrent le ciel. Leur chef, brave et impétueux, couvert de pierres précieuses, sc montre à tous les yeux sur un char attelé de mille tigres. L’image d’un léopard flotte sur son enseigne d’or, qui, parmi celles des autres Asouras, reluit de même que le soleil â son midi. Aussi robuste que rapide, le terrible Dètya, l’arc en main, ressemble au mont Himalaya; son vêtement est noir et rattaché par une ceinture dorée : tel apparaît, orné de sa large sangle, un des éléphants qui président aux régions célestes.

D'un autre côté, sur un char garni d’or et de sonnettes bruyantes, surmonté de drapeaux, pareil au nuage qui se lève avec le crépuscule, porté sur quatre roues, long de huit nalwas, brillant comme le disque de Câla, chargé d’armes de toute espèce, couvert de peaux de tigre, orné sur ses divers compartiments de ligures de loups, rempli de carquois, de lances, de massues et de haches d’armes, sur ce char enfin, attelé de mille ours

* Voycx lom. I, loct. xvti, noie a , png. 77. on peut le voir lect. cc, pag. 3oç> et 3» 1 , et

T Nom d’une de» femme» de Caayapa, comme loct. uixii , pag. 375.

DEUX CENT-TREIfTE*S|^JÈME LECTURE. 411

aux poils pondants, remarquable par sa bannière d'argent avec l'effigie d'un lion, et poussé par une force toute magique, se montre le Détya Maya, tel que le soleil sur le mont Oudaya*. Tou» Ici membres de ce chef sont chargés d'ornements formés d’un or pur; sur les diverses parties de sou corps reluisent l’or et les pierres précieuses. Des millions de cbars le suivent au combat d'une course précipitée.

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