‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 80 sur 140 · BATAILLE ENTRE LES DEVAS ET LES ASOLRAS · texte numérisé non relu

BATAILLE ENTRE LES DEVAS ET LES ASOLRAS

VèsampAyana dit :

Les deux armées avaient engagé le combat, et les trois mondes frémissaient de leurs cris : le son de mille trompettes, des tambours et des cymbales, retentissait au loin dans le ciel. Ainsi, au milieu du bruit et du tumulte et sur un champ de bataille, se célèbre l’horrible sacrifice dans lequel le Dêtya PrahlAda sert de directeur (né/ri), Virotchana de prêtre récitant l’Yadjour ( adwaryou ) , Nanioutclii de Brahmane chantant le Big (hotri), Vritra d'assistant ( oupacalpa ); où, suivant les avis de son père, le vaillant Bâna fait l’office de sacrificateur ( yacktri ); où les Muniras employés ne sont autre chose que les plus illustres Dètyas; où ccs Montras, sur les indications d’Ànouhrâda, sont dirigés contre les poteaux sacrés d’Indra, de Siva, de

a Noms de deux Richis.

Brahmâ; où le terrible Maya, remplissant les fonctions de lecteur (ou dgâtri), étonne d'abord de sa voix l’armée que sa force renverse; enfin où Bali , aussi brillant que le dieu Agni et occupé de prières et d'oblations, est revêtu de la dignité de Brahman l * *. Le feu de ce sacrifice, c’est celui du combat qu'alimente la haine des Asouras ; les sons des conques guerrières et le bruit des tambours y représentent le murmure de la prière. Bala, Balaca, et Pouloman y font les invocations qui doivent assurer la paix et le bonheur. Les noirs dandat, larges et tachés de sang, sont les poteaux de cette cruelle cérémonie; les flèches barbelées8, les dards, les haches d armes, les arcs, en voilà les instruments; les os, les entrailles, les crânes, les têtes, en voilà les offrandes. Le sang y coule à la place du beurre consacré; les massues y servent à attiser le feu. Ilayagrîva, Asiloman, Râhou, Késin, Virotchana, Djambha, le robuste Coudjamhha, le vaillant Vipratchitti y composent l'auditoire (sadasydh) : des flèches aussi larges que l’essieu d’un char, des arcs garnis de leurs cordes y remplacent les cuillers qui versent i eghrita. Vrichaparvvan y remplit la charge de maître des cérémonies5 * *. Dans ce sacrifice que célèbre Bali, l’armée est son épouse4, qu'il initie à son œuvre fatale. Samhara y fait les fonctions de Sàmitra pour la partie appelée atirâ- /raa; le grand Câlanémi pourvoit aux présents ordinaires; c’est lui encore qui dans le Vétâna 5 est le feu qui emporte l’offrande (havyavâh). C’est le sang des Dévas privés de vie qui fournit le bain (sarana) des Dêtyas : c’est encore ce sang qui remplace pour eux le Soma; et, dans la fureur qui les transporte, ils s’écrient : ■ Quand le grand Bali aura vaincu les Souras, nous • aurons encore à célébrer le sacrifice supplémentaire [avabritha). • Tels sont les rites affreux qu’accomplissent les Asouras, pareils à de saints pénitents,

1 Le lecteur doit être acroulumé aux mots

techniques employés pour les détails des sacri-

fices indiens , de manière à ce que ccttc longue comparaison ne lui offre rien de difficile à expliquer. La plupart des noms donnés aux officiers

des sacrifices se retrouvent lecture cscvi.

1 Ici est placé le mot vaüadanla,

qui désigne sans doute une espèce particulière

de flcchc.

' wfrtwtüdM'ii Irj •

* La reine intervenait dans fanrainèdAa, dont elle recevait avec son époux la fumée, qui les purifiait tous deux.

1 Je n’ai aucun renseignement sur ce mot, qui semble désigner la partie d'une fêle que l'on prolonge dans la nuit.

* Cérémonie qui consiste à prendre du feu dan* le trou creusé pour celui des trois feux qu'on appelle gtirhapalya, et à le porter dans les deux trous préparés pour les feux qu'on nomme âhavantya et daichina.

HAR1VANSA.

vêtus de la peau de l’antilope noire, parés du cordon de moandja \ savants dans les Vides et dans la science des mœurs, et magnifiques dans leurs présents; tous ces héros consentent à perdre la vie, pourvu que la victoire et la conquête des trois inondes soient le prix de leur dévouement.

Les Souras et lesDdnavas, brandissant toute espèce d’armes et courant çà et là avec vitesse, formaient le tumulte le plus épouvantable, dans lequel se confondaient des clameurs pareilles aux cris de l'éléphant, le fracas des roues, le son des conques et des tambours, les hennissements des chevaux, le bruit de ces guerriers dont les mains, les pieds, les ongles se heurtaient. C’est alors que les deux partis firent éclater la grandeur de leur courage par de terribles exploits. Les éléphants et les chars, tout brillants d’or, apparaissaient comme des nuages charges d'éclairs. De chaque armée s’élevaient des lueurs menaçantes que renvoyaient les piques, les cimeterres, les brûlantes massues, les tridents, les lances et les haches. On pouvait comparer ces milliers de chars de guerre , avec leurs sommets dorés, à des montagnes resplendissantes; ces bataillons rivaux, avec leurs armures également dorées, à des soleils éblouissants; les combattants eux-mêmes, à des astres. Les Souras, aux yeux de taureau, briguaient tous les premiers rangs, élevant leurs armes , se distinguant par leurs drapeaux et couvrant leur bras gauche de la pièce de cuir appelée tala. Le vent agitait les bannières diverses et les enseignes flottantes. Le soleil frappait de ses rayons lumineux ces riches étoffes, ces cuirasses, ces armures. Sous les pieds de ces innombrables combattants s’élevaient des tourbillons d’une poussière jaune qui, comme un vêtement de soie, couvrait l’horizon. Le feu semblait jaillir de tous leurs traits, de toutes leurs armures; et, placés en présence les uns des autres, les dieux et les Dànavas, portés sur leurs chars, allaient, ainsi que de hautes montagnes, se heurter mutuellement, se frappant de leurs flèches brillantes, aigues, ailées, inévitables, de leurs massues, de leurs tridents, de leurs mortiers de fer8, de leurs foudres, de leurs cimeterres, de leurs disques.

Voici les principaux incidents de cette merveilleuse bataille. Bâna , attaquant Sâvitra , prend son arc et couvre son ennemi d’une multitude de flèches. Pareil au feu du sacrifice, il s’élève avec éclat, et de ses flèches

1 Saccfuintm munja. — * ••

brûlantes il dessèche les flots de l’armée des Dévas, comme les rayons du soleil dessèchent la mer. Le Mârouta rapide, Sâvitra , dirige contre le fils de Bali une lance énorme : ainsi Indra frappe une montagne de sa foudre. Cette lance, arrivant telle qu'une comète flamboyante, se trouve brisée par une flèche de Bâna. Pour répondre à son étonnant rival, Sâvitra saisit un cimeterre, ouvrage admirable de Yisvvacarman, arme funeste pour les Dètyas : ce cimeterre éclatant est allongé comme un serpent et courbé comme le croissant de la lune. Sâvitra le brandit dans l’air et s’approche de Bâna. A cette vue, le fils de Bali, roulant ses yeux non moins rouges que le sang, agitant ses longs bras, pousse un cri et attaque son adversaire. Il prend des traits aussi brillants que les rayons du soleil aussi rapides que la foudre, aussi déliés que le serpent; leur tête est d’or, leur pointe est enflammée. Le héros tire jusqu'à son oreille la corde de son arc, cl lâche ces terribles flèches qui reluisent comme le feu et vont couvrir Sâvitra, de même que les nuages couvrent le Kélâsa. Le Soura baisse la tête et s’éloigne avec son char et sa bannière. Bâna, fier de sa victoire, élève son arc formidable et s'avance vers le char d’Indra lui-même.

Le chef Asoura, Bala, prenant sa lourde massue, en assène un coup sur la tête de Dbrouva, brise ses armes d’or, et le terrasse. A l'instant tous les autres Vasous, outrés de colère, lancent sur le Dêtya leurs traits divins, qui le cachent à tous les yeux de même que les nuages cachent le soleil. Accablé sous leur nombre, Bala descend de son char et se précipite, la massue à la main. Il frappe la tête de ses ennemis, et les met en fuite dans toutes les directions : telle éclate avec fracas la foudre d’Indra. Poursuivis avec la rapidité de l’éclair, étourdis par le bruit de cette massue, les Vasous effrayés abandonnaient même leurs chars. Des rangs ainsi rompus de l’armée «les Dévas, naguère resplendissante comme le soleil, bruyante comme le nuage orageux, partait une grêle de flèches aiguës9. Cette nouvelle attaque ne fit qu’irriter davantage le grand Bala 10, qui, tel que la Mort dévorante, pareil à un soleil éblouissant, à un incendie brûlant, semble tarir 11 toutes ces flèches divines. 11 s’élevait avec la fureur de l’océan courroucé, répandant

* Ce ver* cile plusieurs espaces de flèche* : le kchourapra, dont U lète ressemble » un fer à cheval ; le bhalla, qui probablement • la forme d‘un croissant; le tilimoukha et le vattadanta.

dont la forme ne in'est aucunement connue. " Le teste lui donne ici le nom de Balaca. [hibou fient).

HAR1VANSA.

la terreur autour de lui , abattant les dieux avec une violence égale à celle des flots de la mer qui renversent les montagnes, ou du vent qui brise les arbres. Telle était l’ardeur du Dânava , combattant avec Maya contre les Vasous. En vain Àpa et Anila ia, accoutumés à vaincre leurs ennemis, lancent une pluie de traits qui tombent sur lui comme l'eau du sein des nuages : ces flèches, dans leur vol rapide, sont brisées par la massue de Bala. Dhrouva, indigné, revient au combat. Les deux nobles héros s’attaquent, se harcèlent avec leurs flèches, ou du haut de leurs chars se déchirent de leurs longues lances comme des léopards font avec leurs ongles, ou les éléphants avec leurs défenses. Tantôt ils se présentent de face, tantôt ils se détournent pour revenir à la charge, poussés tous deux par la colère, tous deux excités par l’orgueil. Ces guerriers, remarquables par leur large poitrine et leurs longs bras, s’élevant ainsi que deux hautes collines, frappent de leur cimeterre pesant la cuirasse ou le carquois de leur rival, ou bien, avec toute la vigueur de leurs bras, élèvent, abaissent, retirent leurs masses de fer. Le bruit de cette lutte acharnée ressemblait à celui de la foudre retentissant dans la montagne. Tels que deux éléphants ou deux taureaux s’attaquant avec leurs défenses ou leurs cornes, tels Bala et Dhrouva combattaient avec acharnement; mais enfin le Déva succombe sous les coups du Dêtya : il abandonne son char, tremblant de peur et le front abattu.

11 Noms de deux Yasous. Voycx toiu. 1, iec* \ îrTî- Voilà pourquoi je lui ai donné le-

tort ni, pag. 16. piü*** de

1 La ace particulière appelée lance de char.

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