‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 81 sur 140 · SUITE DE LA BATAILLE · texte numérisé non relu

SUITE DE LA BATAILLE

Yésampâyana dit :

Ensuite commença le combat entre l’Asoura Namoutchi et le grand Dliara ; vaillants et intrépides, habiles à manier l'arc, et animés par la colère, tous les deux semblaient vouloir se brûler de leurs regards. Le Vasou, armant son arc, combattait décidé à vaincre ou À mourir, et de ses flèches innombrables et aiguisées il couvrait le char du Dêtya, et obscurcissait le jour. Mais Namoutchi rit de ses vains efforts, et répond à ces flèches par des traits enflammés et rapides, difliciles à vaincre. Fort, vaillant et léger, du haut de son char il décoche neuf flèches à Dhara. Furieux comme l'éléphant qui se sent percer, celui-ci s’avance vers son adversaire, qui lui-méme se présente à lui, animé de la même colère : tels se rencontrent dans la forêt deux éléphants sauvages. Namoutchi fait retentir une conque qui résonne autant que cent tambours, et trouble çette armée qui forme une espèce de mer agitée. 11 presse scs coursiers semblables au* étoiles contre les chevaux de son rival dont la couleur est aussi blanche que le plumage du cygne, et en même temps il remplit l’air de ses traits. En voyant les chars du Vasou et du Dètya ainsi rapprochés, l’armée des Dévas a frémi. Les deux combattants, les yeux rouges de colère, se considèrent mutuellement, et grondent comme deux tigres ou comme deux éléphants furieux. Leur lutte, au milieu de cette multitude confuse d'hommes, de chevaux et de chars fut terrible : le royaume d’Yama n’offre rien de plus épouvantable. Les guerriers s’arrêtaient pour contempler ce combat, et chacun souhaitait la victoire à son champion. Les Siddhas, les Gandharvas, les Mounis d’un coté, et les Dana vas de l'autre, regardaient les efforts prodigieux de ces deux adver-

’saires, qui, l'arc toujours tendu, s’envoyaient des flèches acérées dont le ciel était tout obscurci, et qui, au milieu des menaces qu’ils se faisaient l’un à l’autre, ressemblaient à deux nuages chargés de pluie. On anrait cru que les flèches dorées qu’ils se décochaient étaient autant de comètes qui traversaient les airs ou bien une file de canards sauvages qui dans l’automne sillonnent le ciel. Les corps des dieux, des chevaux et des éléphants, en un instant couvrent la terre, comme les nuages jonchent l’atmosphère. Enfin Namoutchi lance à Dhara un disque tranchant, non moins éblouissant que le disque du soleil, et aussitôt le char resplendissant du Déva, avec sa bannière et son drapeau, est réduit en cendres. Dhara , privé de son char et pressé par la crainte que lui inspire le Dêtya, fuit jusque dans sa demeure. Après ce triomphe, Namoutchi, lier de sa force, poursuit sa marche avec son armée et se rapproche de l’armée des Souras.

Les deux héros qui parmi les Dévas et les Dêtyas sont renommes pour leur habileté dans les arts et dans les secrets de la magie. Maya et Twachtri, commencèrent ensuite le combat le plus acharné. A l’envi l’un de l’autre ils s'attaquent avec violence : Twachtri lance au superbe Dêtya trente flèches, auxquelles Maya répond par d’autres flèches acérées, rapides, reluisantes et dorées. En frappant le Dêtya, Twachtri pousse un cri de colère, menaçant pour toute l’armée ennemie. Il prend une lance terrible, dont la hampe est ornée d’or et de lapis-lazuli, et dont le fer brille comme le feu ou le soleil : dans sa main cette lance ressemble à la foudre d’Indra. Maya décoche sept flèches brillantes qui la brisent; d’autres garnies de plumes de paon sont lancées aussi sur Twachtri lui-même par cet ennemi forcené qui semble braver la mort; mais ces flèches du Dêtya se trouvent dans leur vol rapide arrêtées par les traits brillants, affilés et dorés de Twachtri. Tels que deux taureaux ou deux tigres qui se disputent une femelle, en grondant ils se précipitent l’un sur l'autre, sc portant des coups "terribles, cherchant à se donner la mort, et s’observant ainsi que deux serpents irrités. De même que deux éléphants s’attaquent avec leurs défenses, de même ces deux rivaux se harcèlent incesSsammcnt de leurs lougues flèches. Maya élève avec fureur une massue large, brillante, meurtrière, garnie de cercles d’or : il en frappe le char et les chevaux de Twachtri, comme Indra de sa foudre frappe les montagnes. En même temps il lance deux traits aigus ét Iran-

chants 1 qui brisent le char du Déva, abattent sa bannière, précipitent son écuyer dans le séjour d’Yama , et tuent ses chevaux vigoureux et rapides. A cette vue, Twachtri quitte son char, et, descendant à terre, il sc met en défense en agitant son arc. Ses mouvements n’échappent point à Maya; le succès accroît le courage de celui-ci; resplendissant comme une montagne, formidable comme le dieu de la mort, il semble qu’il dévore les balail- Ions ennemis, de même que l’incendie consume la forêt. De son arc fatal s’échappent quatorze flèches ardentes, aiguës, précieuses d'or et d’ornements, lesquelles vont s’abreuver du sang des Dévas, ainsi que des serpents furieux excités par Cala. Ces flèches, toutes baignées de sang, retombent sur la terre, où elles entrent de la moitié de leur longueur, telles que des reptiles qui se réfugient dans leurs trous. Twachtri, à son tour, lui lance aussi quatorze flèches dorées, qui traversent le bras gauche du Dêtya en le déchirant horriblement, et vont ensuite s’enfoncer en terre, semblables à de rapides serpents, ou bien aux rayons du jour qui se concentrent dans le soleil descendant à l’horizon. Maya lui répond par trois autres flèches ailées, brûlantes, avides de sang, qui atteignent Twachtri, et le forcent à quitter honteusement le combat. Le Dana va , en voyant son rival sans char, sans écuyer, sans chevaux, tel qu’un serpent sans venin, triomphe avec orgueil, agite son arc éblouissant et orné d’anneaux d’or, et se dresse sur le champ de bataille, ainsi que le feu du sacrifice.

Le robuste et superbe Pouloman mesure scs forces avec celles de Vâyou que traînent des chevaux blancs, et que les Brahmanes célèbrent comme le souffle vital de tous les êtres. Ce dieu, aussi terrible que Càla, en entendant résonner la corde de l’arc de Pouloman, ne peut retenir sa colère : tel frémit l’éléphant qui entend le cri de son rival. Les flèches lancées par le Dêtya couvrent les dix régions du ciel; de même le monde se trouve enveloppé des rayons du soleil. Vâyou, les yeux rouges de colère, souffle comme un serpent, et sous les flèches qui le couvrent rayonne comme le soleil voilé par les nuages. Les flèches de Pouloman, garnies de plumes de paon et ornées d’une tête d’or, ressemblent â une troupe de cygnes voyageant dans l’air : clics tombent par milliers sur les arcs, les bannières, les drapeaux des ennemis, sur leurs parasols et les diverses parties de leurs

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