‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 82 sur 140 · H AR IVAN SA · texte numérisé non relu

H AR IVAN SA

chars/ Eli les voyant avfcc tant de promptitude, avec tant d’éclat traverser le ciel, on croit voir une armée de sauterelles sc précipiter vers le feu. Vâyou, hors de lui-même à la vue do cet adversaire qui se présente coJhnie un autre Câla, accourt et le frappe de neuf flèches; mais trouvant qu’elles restent sans effet, il s’arme de toute sa violence, il souille une multitude de traits, dont vingt surtout, aigus et affilés, sont destinés à Pouloman. En cet instant dix chefs des Marouts, distingués par lcVir agilité, poussent un cri de lion, et l’encouragent de leurs acclamations. À ce bruit horrible, accourent en courroux les lils de Pouloman. Ils remplissent l’air d’une grêle de flèches, de même que dans l'automne les nuages déchargent sur les montagnes le poids de leurs ondes. Ces sept guerriers harcèlent Vâyou, comme à l’époque de l’anéantissement des êtres sept grahas * poursuivront la lune. Alors Vâyou élève sa main invincible et ornée de pierres précieuses, sa main aussi subtile que la trompe d’un éléphant : il la laisse tomber sur la tête de ces Dêtyas, qui succombent tous les sept sous la violence des coups. Pouloman désespéré lui décoche neuf flèches enflammées; mais Vâyou, qui s’aperçoit qu’il ne peut rien sur lui, sans s’inquiéter de cette grêle de traits, s’acharne sur les Dânavas dont les aigrettes couvertes de sang ressemblent à des arbres chargés d’ocre rouge5, et qui, les nerfs déchires, les membres brisés, sont comme des arbres fleuris qu’une troupe d’éléphants vient de saccager. De leurs corps en lambeaux coulait un ruisseau de sang, capable de frapper de terreur non seulement de faibles femmes, mais encore l’âme la plus ferme; horrible ruisseau où se confondait le sang des Dévas et des Dânavas, des éléphants, des chevaux. Le champ de bataille était affreux à contempler; des milliers de cadavres d'Yakchas et de Râkchasas étendus sans vie; des chars abattus, des étendards et des drapeaux traînés dans la poussière, des éléphants ornés de sonnettes et le front enfoncé, des flèches aux ailes dorées naguère brûlantes et rapides en sortant des arcs des Dévas ou des Dânavas et maintenant sans mouvement comme des serpents sans poison; des dards, des niasses, des traits, des lances, des cimeterres, des haches, des ares brillants d’or, des massues, des piques, des bracelets d’or, des pendants d’orèilles de pierres précieuses, des cui-

* Ce*t Je nom généra) qu'on donne aux pla- 1 nom de ceUe substance est ÿêrica, dont

notes, mais en particulier à Râhou, qui est le il a déjà été question dons la lecture clxxix , nœud ascendant ou l'éclipse personnifiée. note 9.

rasses, de» gardes d’épéc, des colliers de perles, des amas de richesses, des parures de toute espèce dispersées çà et là; dos Dêtyas, par milliers, privés de vie, quelques-uns sans amies et sans char, les autrés foulés aux pieds ou percés de coups telle était l'apparence que présentait ce combat des Dévas et des Ddnavas, théâtre de confusion où parmi les débris de chars et les lambeaux de bannières gisaient les corps des chevaux et des éléphants. Alors mille Dêtyas, fils de Pouloraan, la massue à la main, environnent le terrible Vâyou, et le frappent tous à la fois. A cette attaque, Vâyou frémit comme l'éléphant piqué par le croc de son conducteur. Il s’ouvre un chemin à travers ces combattants, dont il tue huit cents; cette belle et large voie est encore dans le ciel apparente aux yeux desSiddhas, et se nomme Vdyoupatha 4.

Le Détya Hayagriva, s'approchant de Poûchan, pousse un cri pareil à celui d’un lion formidable. 11 agite son arc tout enrichi d'or, et jette à son ennemi des regards menaçants et courroucés. Aussitôt bander son arc, ajuster la flèche, la décocher, ramener la corde, tout cela n’est que l'aflaire d’un instant. Cet arc incessamment tendu avait l’air d'un disque arrondi et brûlant; et le Dana va possédait l’art de le tirer de la main droite comme de la main gauche *. Ses flèches aux ailes dorées, à la pointe acérée, remplissaient le ciel et obscurcissaient la lumière du soleil. Elles traversaient les airs avec la rapidité de l'oiseau, innombrables, meurtrières, et, en partant de l'arc qui s’élevait comme le pic d'une colline, elles ressemblaient à une ligne de hérons voyageurs. Ornées de plumes de vautour et enrichies d’or, rapides, aiguës, affilées, elles enveloppaient tout le corps de Poûchan, et brillaient dans le ciel, telles que ces feux qui en été voltigent dans l’atmosphère; elles couvraient le dieu de même que dans l’automne les nuages inondent la montagne. En ce moment éclata aux yeux des Dévas l'admirable courage de Poûchan : il montra toute sa force, sa constance, sa valeur, sa sagesse. Sans faire attention au déluge de traits dont il était assailli, il s'approche en courroux du Détya, il tend son grand arc doré, qui retentit comme la foudre d’Indra, et, de ses flèches garnies de plumes

* Ce passage dénote asseï que ces grands combats ne sont que des allégories méléorolopques.

1 Le guerrier qui possède ce talent est désigné

par l'épithète savyasàuhil. Ainsi

était surnommé le fameux Ardjouna, l'un des frères Panda vas.

HAR1VANSA.

tic héron, il remplit les plaines de l’air, où, portées sur leurs ailes dorées, elles forment une espèce de guirlande allongée. Mais tous ces traits, en se rencontrant, se brisent l’un l’autre, et le ciel est plein de débris qui volent et tombent de toute part. Si d’un côté Poûchan accablait Hayagriva de ses flèches aiguës, aussi brillantes que le soleil, garnies d’un or pur et marquées de son nom6, le Dânava furieux, et pareil à un feu dévorant, lui répondait de son côté par une grêle de traits plus funestes encore, car bientôt il eut renversé h terre la bannière de Poûchan, son drapeau, son arc, le frein et le joug «le scs chevaux; avec quatre autres il perça le char et les chevaux cux-mëmes, et précipita l’écuyer qui les conduisait. Le Déva, privé de son char, éprouva un sentiment de crainte, et frémit comme les flots d’une mer agitée. Poursuivi par son ennemi , il alla chercher un refuge près du char d'Indra.

Ce combat fut suivi d’une lutte terrible entre Sambara et Bhaga. Sambara, les yeux rouges de colère, tenait dans scs mains un arc large de sept coudées’ et long de douze, résonnant comme le tonnerre d’Indra, lourd et pourvu d’une excellente corde. Les flèches qu’il lançait étaient aussi fortes que l’essieu d’un char. En le voyant, les dieux tremblaient de même que les vagues de la mer. A l’approche de cet ennemi horrible de figure et redoutable pour son habileté dans toutes les sciences, Bhaga , dont les lèvres frémissent d’impatience, s’avance pour l’attaquer. Tendant sou arc divin, il inonde de ses traits l’armée des Dânavas, et arrive en face du Détya, tel que l'éléphant ou le taureau qui va combattre un rival. Ces deux adversaires s’accablent mutuellement des flèches que décochent leurs arcs pesants. Rencontre effrayante et sans pareille 1 De leurs traits longs et meurtriers ils se fendaient leurs noires cuirasses, et, tout ébranlés de ces cruelles atteintes, tout couverts de sang, ils ne pouvaient môme s’apercevoir l’un l’autre au milieu de cetlc obscurité qu’ils créaient cux-mëmes. Le Dêtya , l’œil enflammé , le corps aussi noir que Cala , ne cessait de harceler Bhaga , et scs flèches, brillantes de l’éclat du soleil, arrivaient sur son rival avec la rapidité de Garouda venant par les routes de l’air attaquer les serpents.

* L'épithète que j'ai traduite de cette manière est | H I £ nâmànca.

T CeUe phrase renferme deux mots qui ont la

même signification k: chenu et

ratni. Le rut ni est U distance du coude au poing fermé.

Mais la plupart n’atteignaient pas leur but, brisées dans leur vol par celles de Bhaga, auxquelles l’Asoura répondit par d’autres au nombre de soixante et quatorze.

Cette lutte se soutint longtemps & peu près égale. Mais Sambara, employant l'art de la magie, disparaît tout à coup. On entend seulement le bruit de l’arc qui se tend, et qui retentit comme le tonnerre; on entend le bruit d’un guerrier placé sur le char, mais sans l'apercevoir. Cependant les chevaux de Bhaga sont frappés, son étendard abattu ; une grêle de traits fond sur le Déva lui*même. Aucune partie de son corps n était épargnée , pas même le doigt. Bliaga cherchait , par ses armes divines , à repousser l’attaque du Dêtya, qui, recourant à mille métamorphoses magiques, trompait adroitement son ennemi. Tantôt il paraissait couvert de mille flèches, et tombait comme privé de vie; tantôt il revenait au combat plein de force, se redressait avec fierté et monté sur un des éléphants qui président aux régions célestes; quelquefois il n’est pas plus long que l'intervalle qui sépare le pouce et le premier doigt étendu #; ensuite il apparaît élevé comme une montagne; plus tard c’est un grand nuage ou un oiseau qui plane majestueusement. Enfin il se revêt de toute espèce de formes affreuses, sous lesquelles il épouvante l’armée des Dévas. Ceux-ci, remplis d'effroi, fuient de même que les taureaux h l'aspect du lion. On voit Sambara, prenant un corps nouveau et brillant, s'élancer dans les airs qu’il remplit d’un bruit terrible et d’où il tombe en pluie comme Indra. Tantôt il est l’ouragan qui dévaste la terre, tantôt le feu puissant qui consume le monde; dans un moment, c’est un monstre qui a cent télés, ornées de cent aigrettes, et qui dévore les Souris; dans un autre, c’est une montagne à cent pics, à cent collines, qui, telle que le KèlAsa, paraît être une colonne du ciel. Tous les traits que lancent les Adityas, les Sâdhvas, les Viswas sont absorbés par l'Asoura, qui, au milieu du combat, disparaît tout à coup, semblable à une ville de Gandharvas. La valeur étonnante qu’il déploie, les ressources magiques auxquelles il a recours, la terreur qui l'environne, tout concourt h étonner les Dévas. L'illustre Bhaga épouvanté abandonne son char, et va implorer le secours d'Indra. Le superbe Dânava, vainqueur de ce Déva, s’approche de l’endroit où brillait Agni; il l’iusulte

'i38 HARIVA’NSA.

par scs paroles : ■ C'est moi , lui dit-il, qtii te donnerai la mort, » et aussitôt il disparaît.

C’est alors que paraît sur la scène le grand roi des Brahmanes, Soma aux froids rayons, pareil à un pic du Kêlâsa et entouré des planètes resplendissaules. Armé du Jamla, il ressemble à la Mort: il frappe les Dêtyas, renverse les chars et les chevaux avec la force destructive que montrera Cala à la fin des âges. Sous ses pieds il brise les armes de ses ennemis; il les enveloppe eux-mêmes et les consume, tel qu'un incendie dévorant. II écrase les conducteurs de chars sous leurs roues, les maîtres des éléphants sous la masse de ces animaux, les cavaliers sous le dos de leurs coursiers, et les fantassins contre terre. Comme le vent dessèche les arbres, lui de sa froide haleine il glace Tannée des Dêtyas. Sou arme est trempée du sang de ses ennemis, de même que le Pinâea’ du terrible Roudra Test du sang des animaux. Semblable au soleil de la fin des âges, il tombe sur les Dêtyas, et met en fuite leurs innombrables bataillons. En le voyant arriver sur eux comme le dieu de la destruction, ceux-ci restent interdits. De quelque côté que Soma lance son trait glacial , il chasse devant lui les Dànavas, qui reconnaissent en fuyant son ascendant et sa force. A l'aspect de ce redoutable Soma, qui semble, ainsi que Câla, dévorer leur armée, ceux qui chez les Dêtyas sont le soleil et la lune, Salabha et Sarabba, tendent leurs arcs faits de bois de palmier, et de leurs flèches couvrent Soma, de même que deux nuages couvriraient la plaine de leurs ondes.

En ce moment le bruit que faisaient les arcs des So uras et des Asouras était si fort qu'il s'élevait jusqu'au ciel et portait l'effroi dans tous les cœurs. A ce bruit se mêlaient les cris des éléphants, les hennissements des chevaux, le son des tambours et des conques. Tous ces rivaux ardents et superbes, emportés par la colère et le désir de la victoire, s'attaquaient avec fureur, comme les taureaux dans les pâturages. Les tètes qui tombaient tranchées par le fer ressemblaient à ces pluies de pierres qui traversent le ciel. On les voyait rouler sur la poussière, chargées de diadèmes, de pendants d’oreilles, de couronnes d’or et d’autres parures. Des membres percés de flèches, des bras coupés et tenant encore Tare, d’autres couverts de mille ornements, des mains toutes sanglantes et abattues, des

corps revêtùs de «brasses, des jambes déchirée^, des têtes larges comme le disque loua ire et jvarces de pendants d’oreilles, des débris épais çà et là d*élé[>ln|its, dô chevaux çt de guerrieftr, tel fut le spectacle^quC^a terre offrit ei^peu d’instants. Les arcs retentissaient au loin, les arme^étincelaient comme l’éclair, les montures des combattant^ poussant des cria aussi effrayants que le tonnerre. Les succès semblaient se balancer entre Ica Souras cl les Dànavas. Le combat s’échauffait, le sang coulai^ à Ilots, l’horreur était à son comble , "des grêles de ilèches toinBaient.dcs deux côtéÜ?Les éléphants criaient percés de tous ces traits, et les’chevaux, après la mort de leurs cavaliers, erraient çà et là à l’aventure. Les flèches portaient U confusion, et troublaient «gaiement soldats, chevaux, éléphants. Le bruit continuel des cordes de tous ces arcs empêchait de rien distinguer. Les flèches, les lances, les massues, les cimeterres étaient des instruments de mort dont se 'servaient également les deux partis pour «s accabler. On voyait sur ce champ de bataille voler les bras, les tètes, les débris d’arcs. Des choraux, des éléphants, des chars sans nombre tombaient sous les coups des Souras et des Asouras. Les massues, les épées, les dards, les flèches meurtrières abattaient les guerriers comme les éléphants et les chevaux. Entre les deux armées coulait un fleuve de sang, rapide et impétueux, où les chevelures des combattants tenaient lieu de sévalas 10 et de gazon. Les dieux irappés par les Dètyas jetaient des cris de douleur. Ainsi se poursuivait entre les Dévas et les Asouras cette lutte épouvantable, horrible à voir, pleine de terreur et de désastres.

Le Sâdhya Yiswakséna, l’œil tout rempli de sang, se distinguait par son adresse à tirer de l’arc : Virotchana l’attaque. Le grand Viswakscna, en le voyant arriver, lui lance trois flèches à la poitrine. Le Dêtya irrité de ces coups, et semblable à l’éléphant que presse le croc du conducteur, brille dans sa colère tel que le feu au moment du sacrifice, et lui-mème de sept flèches aiguës, rapides et brûlantes, frappe Yiswakséna. Celui-ci, étourdi de ces atteintes, perd un instant connaissance et se retient à sa bannière. Mais bientôt, reprenant ses esprits, il s’élance de nouveau au milieu des Dètyas, son arc à la main. Cependant le vaillant Yirotchana continue à troubler avec ses traits aigus l’ordre des bataillons Souras. Ses cris s'élèvent comme

" Valluneria octandra. On écrit aussi tfvàla

les sous du tonnerre : il éclate sur l’armée des Dcvas, tel que le nuage brûlant, chargé d'éclairs, de tonnerre el daérolithes. La terreur de ses armes poursuit ses ennemis sur tous les points de l’horizon : ils fuyaient épouvantés; les chars se trouvaient sans conducteurs, les chevaux sans cavaliers, les fantassins étaient renversés par terre. Au bruit foudroyant de l’arc de Virotchana, les rangs des Souras semblaient se confondre; les guerriers, précipités du haut de leurs chars, s’enfuyaient avec la foule des piétons du côté d’Indra. Quatorze mille gardes du Sûdhya Viswakséna tombèrent sous les coups du Dôtya , qui frappait à la fois les chevaux, les éléphants, les chars et les fantassins. Étendu au-dessus de l’armée ennemie comme un vautour aux ailes déployées, il ne cessait de fendre et d’abattre les tètes. Les cavaliers, les chars et les fantassins qui restaient encore se réunirent à Viswakséna pour venir attaquer Virotchana. Dirigeant contre lui seul leurs épées, leurs massues, leurs lances, leurs haches, leurs dards, leurs masses de fer, ils poussent le cri du lion; mais le Dânava élève rapidement son glaive; il abat les têtes et les arcs, atteignant sans distinction les conducteurs et leurs chars, les éléphants et les chevaux. Les vingt et une manières d’attaquer un ennemi sont connues et employées par lui; il tourne, il revient sur ses pas, il recule, il avance, il escarmouche, il bondit, il se baisse, il se hausse M. Quelques-uns, frappés de son épée, avaient les nerfs coupés, et tombaient en poussant un dernier cri. Les éléphants blessés dans le dos se retournaient en fureur contre ceux de leur propre parti qu’ils écrasaient. On voyait tomber du ciel à terre sous les coups de ce vigoureux archer les haches d’armes, les arcs et les tètes des maîtres d’éléphants. En vain les éléphants détournaient la tête, en vain les chevaux se lançaient à la course; il les atteignait, comme aussi il abattait de loin les têtes ou brisait les arcs des conducteurs de chars. Quelquefois il se précipitait sur eux, les attaquait de près, et de son cimeterre pourfendait les chars et tuait les écuyers. Les Souras admiraient avec terreur l'agilité du Dânava qui, se portant sur tous les points de l’horizon, les poursuivait partout et les assaillait de toutes les manières. 11 saisissait les uns par le pied el les secouait pour

11 Sans doute ces mots désignent quelquesunes des vingt et une manières d 'attaquer un ennemi. J'ignore si j'ai bien rendu cm mots techniques, que je crois devoir transcrire ici :

. DEUX CENT-QUARANTE ET UNIÈME LECTURE. 441 leur donner la mort, les autres expiraient sous son cimeterre; ceux-ci étaient effrayés de ses cris, ceux-là tombaient par terre arrêtés par la jambe; quelques-uns enfin mouraient de frayeur à sa seule vue.

Dans cette sanglante mêlée de chars, de chevaux, d'éléphants et de héros, le chef Asoura, Coudjamhha, attaqua l'Aditya Ansa, de même qu’un taureau attaque un autre taureau son rival. Pareil à une haute montagne, fort comme un éléphant, il lance ses flèches aiguës, brûlantes, rapides, et les guerriers Dévas sur leurs chars n’osent approcher à la portée de ses traits. Tout gémissait dans la nature, le ciel était obscur, et le malheur pesait sur les dieux. Le puissant Ansa, il est vrai, détruisit un corps de dix mille éléphants Dânavas, et marcha avec les siens vers l’ennemi; mais, à cette vue, Coudjambha descend de son char, tenant à sa main sa lourde massue; il court au devant de ces éléphants, semblable au génie dévorant de la Mort; il les frappe, brise leurs défenses, fracasse leurs fronts, et les harcèle sans relâche. Ces animaux ainsi maltraités fuient en désordre de tout côté. Les terribles Dânavas, compagnons de Coudjambha, lançaient leurs flèches aiguës sur les guerriers qui montaient ces éléphants. Le chef Dêtya s’armant de toute espèce d’armes, de sabres, de flèches, de dards, de disques13 tranchants, abattait les têtes, qui jonchaient la terre comme le ferait une pluie de pierres. Les bras tombaient serrant encore le cimeterre. Quelques-uns de ces guerriers dont la tète venait d’ètre tranchée, retenus sur le dos des éléphants ou des chevaux, ressemblaient à de hauts palmiers privés de leur cime. Le grand éléphant d’Ansa devint surtout le but d'une des flèches de Coudjambha qui parvint à lui couper la tète; les autres tombèrent sous les coups de sa massue, aux yeux mêmes des Souras, qui les voyaient étendus par terre comme de larges montagnes écrasées sous la foudre d’Indra. Coudjambha était pour les Dévas Câla personnifié, et produisait sur eux l’effet que produit sur les autres animaux l’odeur seule du lion. La bouche ouverte, l’air formidable, il criait et brandissait sa massue teinte du sang des éléphants. Tel que le dieu destructeur des êtres, f Asoura

11 Le texte porte ici un mot que le dictionnaire n’explique pas. çtlrfîfc ou l<-H. J’ai supposé que c’était une orme qui pouvait avoir 1a forme arrondie de Yandjoli, et

ressembler à nn disque. Mais si ce mot eet un adjectif, amijantca pourrait signifier noir; et andjaltca. recourbé, ou peut-être rfjiti comme an lézard.

HAR1VANSA.

semblait sc jouer avec son arme terrible au milieu du combat; ou tel qu'un souverain armé de son danda , il avait l'air de passer en revue ses éléphants. Aux yeux des Sou ras il apparaissait comme le dieu de la Mort élevant dans l'air sa verge fatale. Ainsi la plupart des éléphants, privés de leur» conducteurs, périrent abattus par sa massue ou percés par ses flèches. Incapables de résister à l’impétuosité de son attaque, ils fuyaient foulant aux pieds les bataillons des Dévas. De même que le souille du vent chasse les nuages, Coudjambha avec sa massue repoussait les éléphants : il était sur le champ de bataille comme l’ouragan de la lin des âges.

CONTINUATION DU MÊME SUJET

Vésampâyana dit :

Alors, par l’ordre du roi des dieux, se présentèrent au combat tous les corps de son armée, en poussant des cris terribles : armée innombrable et belliqueuse, composée de chars, d’éléphants, de chevaux, animée par le son des conques et des tambours, difficile à vaincre, partout couverte de poussière , mer immense dont les vagues sont aussi vastes que celles de l’empire des poissons, assemblage incalculable, étonnant, magnifique, incroyable de forces toutes diverses. A l’instant Coudjambha , ferme comme le Mérou, sc mit en devoir de soutenir cette attaque, et sa massue à la main, il commença à repousser cette armée, qui, étonnée de cette résistance, s'arrêta d’abord sans mouvement.

Le combat recommença bientôt. Asiloman et Hari s’avancèrent l'un contre l’autre. Asiloman, fier de sa force et poussé par la colère, s'élevait tel qu'un Dhoûmakétou 1 pour l’armée des Dévas. De même que le soleil dissipe

1 On se rappelle que c'est le nœud descen- dans la mythologie. On le nomme aussi simdant personnifié, et regardé comme sinistre planent AVtosi.

les ténèbres, de même ce héros disperse les Souras; son char brille de mille rayons; ses flèches sont comme une pluie qui tombe, ardente et horrible, sur l'armée ennemie. Tel est le rival de Hari, rival formidable, cruel, invincible, impitoyable ; il apparaît aux premiers rangs de l’armée, aussi redoutable par la vigueur de ses flèches que par son extérieur; il foule sous ses pieds les éléphants, et tranche les tètes des Souras. Monstre dévorant, ses flèches sont ses dents, son épée est sa langue, le tchacra ses bras, l'arc sa main, la hache scs ongles, le son du tambour sa voix. Moins fort, moins actif so montre le tigre des forêts. On peut comparer cet Asoura k un vaste nuage, le bruit de la corde de son arc au tonnerre, ses flèches aux gouttes d'eau qui s'allongent, son arc à l'éclair. Qu’on se figure pour cette grande scène une mer impétueuse, dont les alligators se reconnaîtraient dans les bras des combattants, les vagues dans les arcs tremblants, les tourbillons dans les flèches rapides, les poissons dans les massues et les épées, les monstres dans les fantassins, le flux et le reflux dans le mouvement de la corde de l'arc manié avec adresse, le bruissement dans les clameurs du combat. Le terrible Dctya submergeait dans cette horrible mer chevaux, éléphants, fantassins, chars et conducteurs; tout succombait sous ses efforts. Les dieux le voyaient couvert d'une armure étincelante de l’or le plus pur et resplendissant comme le feu. Personne ne pou* vait regarder en face ce Dànava non moins éblouissant que le soleil à midi. Tel qu’un bois sec consumé par les ardeurs de l’été, tels sont les Souras consumés par les rayons de leur ennemi. Les deux années poussent de grands cris; partout la fureur, partout la confusion. Les héros, fiers de leur force et montés sur leurs éléphants, leurs chevaux ou leurs chars, veulent se montrer dignes d’eux-mêmes et soutiennent le combat avec fermeté, l^a lutte était horrible, le champ de bataille inondé de sang. Troublés, agites, ils ne reconnaissent plu» rien autour d’eux, et ne distinguent pas les traits qui viennent de l'ennemi. Furieux , ils se jettent les uns sur les autres, sans distinguer leurs amis ou leurs adversaires. Ils se prennent par les cheveux, et les plus forts, en se mordant la lèvre de fureur, coupent la tète du plus faible. Quelques-uns, jetant leurs armes, déploient dans le combat la force seule de leurs bras et de leurs poings qui tombent comme la foudre : rencontre tumultueuse, meurtrière, qui excite la terreur dans toutes les âmes et va ébranler même la porte du ciel. Les chevaux , les éléphants , les guerriers

se précipitaient tous les uns sur les autres et s’attaquaient avec rage. Les chefs les plus distingués parmi les Souras et les Asouras faisaient généreusement le sacrifice de leur vie. Les cheveux épars, sans cuirasse, sans char, sans arc, ils combattaient encore des pieds et des mains. Hari lance une lléche, qui va frapper le haut de l'arc de son rival et qui l’abat: il envoie cent autres flèches meurtrières au Dânava. Ces traits poussés par le vent pénétraient dans le corps d'Asiloman, pareils aux rayons du soleil qui se plongent dans l’eau ou à des serpents qui entrent dans le flanc d’une montagne. Le Dètya, dont les membres étaient affaissés et baignés de sang, ressemblait au Mérou tout couvert d’un métal rouge. Outré de colère, il saisit un autre arc, et décoche à son ennemi des flèches rapides et garnies d’ailes dorées. Les nerfs de Hari en sont frappés, et tout son corps est couvert de ces traits qui le piquent comme des serpents, de la même manière qu'une montagne est couverte de larges nuages. Enfin le Dânava ajuste une dernière flèche que Cdla lui-même semble animer, flèche fatale, soutenue sur une aile légère et aussi brillante que le soleil. Atteint de ce trait redoutable, le dieu perd connaissance et tombe à terre. Des cris plaintifs s’élèvent de toute part à la chute de Hari; le monde est comme frappé en même temps que lui, on dirait que le soleil lui-même vient de tomber. L’Asoura frappe aussi trente et un mille guerriers, compagnons de Hari; et, paré de ses trophées, resplendissant comme le feu, il s’élance, son arc à la main, vers le char d’Indra.

Ixs deux Aswins prennent part au combat, et avec leurs troupes viennent combattre le courageux Vritra. Le Dètya, non moins élevé qu’une montagne, déterminé à vaincre ou à périr, est armé d’un arc avec sa flèche et d’un cimeterre. 11 attaque les Aswins. 11 souffle dans sa conque et en tire un son effrayant. Tous les êtres frémissent en entendant le bruit de la corde de son arc. Sa conque retentit comme le mugissement des flots, et fait frissonner la troupe des Yakchas, des Râkchasas et des Dévas. Dans leurs mains brillaient les massues et les masses de fer, les sabres, les lances, les trideuts, les haches. Vritra avec ses flèches rapides et sonores brise toutes ces armes qu'agitent ces géants. Sur la terre, dans le ciel retentissent les cris de ces Dévas que le Dètya frappe comme en se jouant. Ses flèches percent les corps et les têtes des Yakchas et des Râkchasas, et une pluie de sang, coulant des blessures faites aux dieux par les massues, tombe

DEUX CENT-QUARÀNTE-DEUXIÈME LECTURE. 445 sur la terre. Un instant le terrible Dêtya se trouva couvert de leurs flèches, et semblable à un soleil privé de ses rayons; mais bientôt comme un astre lumineux il se dégagea de cette obscurité , et leur Gt sentir ses brûlantes atteintes : vaillant et irrité, il les perça de ses traits acérés. 11 avait bien poussé quelques cris de douleur et de rage , il avait senti l'approche cruelle des épées, des lances, des massues, des masses de fer, des haches, des tridents, mais ses ennemis n'avaient pas eu le plaisir de le voir tomber sans connaissance. C'est alors que, transporté de colère, pour venger ses affronts il leur décoche cent flèches envoyées d’une main ferme et sûre. Les dieux tremblants et harcelés par le Dêtya poussent un cri de détresse : ils jettent leurs massues, leurs lances, leurs tridents, leurs épées, leurs haches d’armes, leurs tonnerres, et s'enfuient du côté du septentrion. Vritra, étalant sa large poitrine et ses longs bras, brandissant $on trident et sa massue, effrayait de son seul aspect les êtres animés et inanimés. Un des deux Àswins, armé d’un trident, accourut pour arrêter l'incomparable Dêtya, qui s’avançait comme un éléphant furieux, et lui lança dans le flanc trois flèches. L’illustre guerrier a senti la blessure; non moins adroit à manier la massue qu’à tirer de l’arc, il prend sa lourde et terrible massue, s’élance vers l’Aswin et le frappe avec violence. Celui-ci, aussi fort que Hara lui-même, donne au Dêtya un coup de son trident large, ferme, étincelant. Du bout de sa massue l’habile Vritra brise ce trident, et se jette rapidement sur l’Aswin comme G&rouda sur un serpent. Il s’élève dans les airs, agitant sa massue pareille à un pic de montagne et en assène un coup sur la poitrine de Nâsatya 1 ; celui-ci blessé laisse son trident et s’échappe vers le côté ou combat Indra. Vainqueur du redoutable Àswin, Vritra jouit avec orgueil de la gloire de son triomphe.

1 Nom de l'un des deux Aswins.

CONTINUATION DU MEME SUJET

Vêsampâyana dit :

Le Sâdhya llanâdji vient tenter aussi la fortune des armes contre le sage Kcatchacra. 1-cs gens de ce Dètya s'avançaient sur des chars de bataille et poussaient de grands cris : une pluie de flèches arrive sur eux. Ces guerriers y répondent à coups de tridents, de lances et de massues, coups difficiles à parer et funestes pour les êtres animés et inanimés. Les Dévas et les Asouras sont en présence , forts, courageux et semblables à de grands arbres. Ecatchacra était, comme le grand Hiranyacasipou , porté sur un char attelé de cent chevaux. Les Souras succombaient par milliers sous les pas des éléphants, sous les roues des chars retentissants, sous les coups des flèches aiguës. Leurs traits innombrables se trouvaient brisés par les flèches légères, brillantes et meurtrières du Dünava. Néanmoins les traits des Dévas arrivaient aussi jusqu’aux éléphants et aux chevaux Dêtyas qui étaient ainsi arrêtés par la mort. Les Dêtyas, en voyant ce désastre, prennent leurs meilleures amies, décidés À tout pour se venger. Les points principaux et intermédiaires de l’horizon étaient occupés par eux , et de leurs traits acérés ils frappaient les dieux. llanâdji lance sur le' Dètya un javelot formidable et enflammé, appelé Mathana. Kcatchacra, de son côté, par la force de son arme brisait par milliers les lances et les tridents affilés de scs adversaires; en même temps il lançait dix flèches aiguës au Sâdhva, et, tout en détournant les coups qu’on lui portait, il accablait les compagnons de son rival de ses traits rapides et brûlants. De leurs membres coupés le sang coulait à flots, tel qu'en automne l'eau découle du sommet des monts arrosés par la pluie. Atteints par ces armes meurtrières, inévitables, foudroyantes , les héros Dévas étaient consternés. Kcatchacra vit alors s’avancer

DEUX CENT-QUARANTE-TROISIÈME LECTURE. 447 un corps d'éléphants chargés d’ornements retentissants, grondant de même qu’une mer furieuse, marchant en ordre, pleins d’orgueil et de force, montés par de vaillants guerriers, bien dressés et pareils à Er&vata. Ils attaquèrent avec ardeur les éléphants du parti contraire, furieux1 * * *, emportés, bruyants comme le tonnerre, élevés comme de grands arbres, présentant une largeur démesurée , couverts d’ornements et de caparaçons d’or, et aussi brillants que le soleil à son lever. Ecatchacra, semblable lui-même à un vigoureux éléphant, frappe de sa massue ces monstrueux animaux, et les chasse devant lui, de même que le vent pousse les vastes nuages. 11 aperçoit ensuite une multitude de chevaux impétueux qui présentaient à l’œil les couleurs diverses du perroquet, du taureau, du paon, de la colombe, du cygne, du héron ; les uns ont des regards effrayants , les autres offrent autour de leurs yeux des taches blanches comme le jasmin*. Ecatchacra, toujours armé de sa redoutable massue, repousse cette vaillante troupe de Dévas; et Ran&dji , témoin des exploits de cet ennemi des Souras, malgré sa force étonnante et l’ardeur de ses compagnons, malgré son habileté dans l’art de manier la massue et de conduire un char, renonça au combat et se retira du cûté où était Indra. Après avoir immolé trois millions d’ennemis, le Dêtya apparaissait sur le champ de bataille tel qu’un feu se dégageant de la fumée.

Un superbe Asoura, Bala, mesura de nouveau5 ses forces contre le généreux Mrigavyâdha, invincible Roudra dont les compagnons, à la vue de Bala, se précipitèrent au combat, brillant comme le feu du sacrifice, poussant en avant leurs éléphants furieux, leurs chars magnifiques, leurs chevaux rapides, et lançant leurs javelots aigus et leurs flèches brûlantes. Cependant l'illustre Asoura leur apparaissait aussi rayonnant que le soleil, grand et fort, plein d’ardeur, de sagesse, de prudence, d’impétuosité, remplissant de sa masse toutes les régions célestes. Ils l'attaquent de toute part avec fureur, et Mrigavy&dha frappe la tête de ce Dètva, aussi haute qu’une montagne, de flèches de fer affilées et pointues. Bala, percé de ces

1 Le texte renferme une idée que je n'ai pas

rendue : |c(^Vi | fejT viieharanto

marlum tridhâ. On appelle mada l'humeur qui

coule des tempes de l'éléphant dans le temps

de ses amours. J'ignore la portée de l'adverbe tridhâ ' tnpltciter).

* *TTt?T^frR5T malhcâkchn.

* U a déjà combattu contre Dhrouvo.

traits, s’élance dans les airs et fait retentir de son cri les dix régions. Le dieu, rempli de joie, pousse son char vers lui, Tare tendu, et le couvre au milieu des airs d'une grêle de traits, de même que le nuage orageux, à la lin de l’été, couvre de pluie la montagne. Alors le DAnava pousse un cri aussi formidable que la voix de la tempête. 11 bondit avec force et arrive près du char de Mrigavyâdha avec la légèreté d’une montagne ailée. Il brise le char du Roudra, qui est obligé de descendre A terre pour le combattre. Les compagnons de celui-ci, en le voyant hors de son char, accourent à travers les plaines de l’air; la colère enflamme leurs yeux, ils agitent leurs massues, et ramènent avec eux leur chef qu’ils ont relevé. Pressé de leurs coups de massue, comme l’arbre est frappé par les haches des bûcherons, l’Asoura se défend avec vigueur. Il descend A terre aussi rapide que Garouda, déracine un arbre orné de toutes scs branches, et assomme avec celte arme ses nombreux ennemis. De leurs corps coule un torrent de sang où se baigne le DAnava, semblable au soleil à son premier lever. Il arrache ensuite un pic de montagne tout chargé de scs cerfs, de ses serpents, de ses arbres, il en écrase les gens de Mrigavyâdha, et renverse le reste de cette troupe sur les corps de leurs compagnons, jetant les chevaux sur les chevaux, les éléphants sur les éléphants, les guerriers sur les guerriers, les chars sur les chars, aussi destructeur que le sera Câla A la fin des âges. Après cet épouvantable désastre, la terre se trouva encombrée des corps des Dévas. Ainsi combattaient le Détya Bala et le vaillant Mrigavyâdha, tels que deux éléphants furieux.

Un autre combat avait lieu entre Râhou et un autre Roudra, Adjêcapâd, connu dans les trois inondes; combat épouvantable, horrible entre deux rivaux également avides de victoire. Le champ de bataille était traversé par un fleuve sanglant, qui roulait les cotps des Dévas et des Dànavas, et offrait au lieu d’herbes les chevelures des guerriers. Le Roudra, dans sa colère impitoyable, frappait Râhou aux cent têtes; pour punir ce Dêtya, qui avait osé lancer sur l’armée d’Indra ses flèches meurtrières, Adjêcapâd n’épargnait ni le char doré, ni les chevaux, ni l’écuyer de son adversaire : un de ses compagnons avec une longue lance perça la poitrine du DAnava. Celui-ci, assailli par le Roudra et par sa troupe, s’approche en colère du char de son ennemi, et l’ébranle d’un coup de sa main. Aux flèches que lui lance le puissant Déva il répond par une grêle de traits dont il accable

DEUX CENT -QUARANTE-TROISIÈME LECTURE. 449 les gens d’Adjêcapâd : celui-ci continue à le harceler de scs flèches acérées.

A la suite de ce combat plein d’horreur, des fleuves de sang inondaient la plaine. Tel que le soleil frappe le Mérou de ses rayons, tel le Roudru épuise scs flèches brûlantes sur le noir Dânava. Les chefs Dêtyas, armés de lances, de tridents et de haches et pareils à des montagnes, tombaient de tout côte. Dans cet affreux combat, au bruit des tambours et des timbales, au son des conques et des flûtes, se mêlaient les gémissements des Dêtyas blessés et les cris redoutables des Dévas. Une poussière épaisse couvrait la terre sous les pas des chevaux et les roues des chars, et empêchait les r/ combattants de rien voir. Le sol au lieu de fleurs ne présentait que des armes, de la chair et du sang au lieu de lotus : spectacle affreux dont la vue était justement révoltée ! Des Ichacras, des massues, des cimeterres, des lances, des javelines brisées, des chars de bataille fracassés, des éléphants, des dieux, des Dit na vas étendus sans vie, des essieux, des jougs, des armes, des flèches éparses çà et là, tel était l’aspect de ce champ de bataille, qui offrait une pâture abondante aux oiseaux de proie. Des cadavres gisaient de tout côté , triste fruit de la haine qui animait ces héros avides de triomphe, et combattant avec intrépidité sous les ordres d’Adjêcapâd et du vaillant Râhou. Ces armées en se heurtant formaient le même bruit que feront les mers soulevées à la fin des temps. Le terrible Roudra, les yeux roqges de colère, frappa le Dêtya de son trident, brandissant aussi dans scs mains une lance, une massue, une hache d'armes. En même temps ses compagnons, non moins formidables que lui, suivaient son exemple, portant des armes de toute espèce.

C'est alors que l’invincible Késin, les oreilles ornées de pendants d’or, monta sur son char, et, entouré de ses Dànavas, se précipita vers l’ennemi.

De la bouche de ce héros altéré de combats et redoutable pour sa vigueur sortaient des tourbillons de flammes. Il a les épaules du lion, la force du tigre, la couleur du nuage orageux, la voix du tambour. Il arrive environné d'une troupe de Dânavas, et les cris qu’il pousse troublent le ciel. L’armée ennemie s'effraie de ce bruit, et combat armée de rochers et d’arbres. Le monde tremblait de la rencontre tumultueuse de ces fiers rivaux, et frémissait de les voir se heurter avec fureur, décidés à acheter la victoire au prix de leur vie : tous, héros courageux, s’élevant comme de hautes montagnes, habiles dans toute espèce d’exercices, adroits à manier toutes H. 57

le» armes. Ils s’élancent avec force , et jettent des clameurs terribles qui épouvantent les êtres animes et inanimés. Une poussière jaunâtre * s’élève sous les pas de cette foule de Dévas et de Dôtyas et obscurcit l'horuon. Les combattants paraissent comme enveloppés d’un voile épais de la même couleur que la soie; on ne distingue ni étendard, ni drapeau, ni arme, ni cuirasse, ni cheval, ni char, ni écuyer; on n’entend que les cris forcenés des guerriers, on ne voit pas leurs formes. Au milieu du tumulte, des Dévas tombèrent sous les coups des Dévas, ainsi que des Dânavas sous ceux des Dânavas. Les Asouras frappaient indistinctement dans l’obscurité amis et ennemis; les deux partis baignaient la terre de leur sang, et la poussière ainsi détrempée formait sous leurs pieds une boue glissante. Des milliers de cadavres jonchaient le sol. Les tridents, les lances, les massues, les cimeterres, les barbes d’armes, les javelots, les quartiers de rochers, tels étaient les instruments de mort dont se servaient ces ennemis les uns contre les autres. Les compagnons du Roudra frappaient les Dânavas, qui à leur tour les accablaient sous une masse d’arbres et de rochers. Le grand Késin, transporté de colère et enivré de l’ardeur du combat, ranime ses troupes; lui-même, il lance un tonnerre qui terrasse tous ces guerriers jusqu’alors invincibles. Eperdus et frappés de cette arme terrible, ensevelis sous les arbres que leur jettent leurs ennemis, ils tombent comme des rochers atteints de la foudre. Ainsi se termina le merveilleux combat entre Késin et le Roudra.

* Le nom de celte couleur esl aroann

COMBAT DK VRICHAPAHWAN ET DK CALA.

Yêsampàyana dit:

Le Dêtya Vrichaparwan se chargea d'attaquer un puissant Visvva, Nichcambhnu, qui brille tel que le soleil quand sa teinte est rouge; habile archer, il mord sa lèvre de colère à la vue de l'armée ennemie, et dit À son écuyer : «Tara, allons, pousse rapidement mon char. Ces De vas pressent « nos bataillons, je veux confondre leur orgueil, et réparer cette brèche • qu'ils viennent de faire dans nos rangs. • Alors, de dessus son char emporté par des chevaux vigoureux, il lance à ses ennemis une grêle de flèches. Les dieux ne sauraient soutenir son attaque, et, percés de ces traits, sans oser résister ils se retirent devant lui. Nichcambhou, qui voit ses parents devenus la proie d’Yama \ prétend arrêter le Dêtya; et les Dévas les plus vaillants, témoins de sa résolution, se sentent plus forts de sa force et de ses armes, et l’environnent pour combattre avec lui. Nichcambhou se pré- . sentait aussi ferme qu’un rocher. Vrichaparwan le couvre de ses flèches, de même qu’lndra couvre une montagne de ses nuages; mais le Déva, sans faire attention à tous ces traits qui viennent frapper son char, se présente avec majesté à la tête de sa troupe, et semble se rire des efforts de Vrichaparwan. Il s’avance avec rapidité, et la terre tremble sous lui. Son apparence est terrible, et, entouré du plus brillant éclat, il ressemble au soleil dans toute sa splendeur. Bientôt le guerrier aux yeux de lotus descend de son char, déracine un arbre qui s’élève comme une haute montagne, et le jette à Vrichaparwan. Celui-ci, d'une seule main, saisit cet arbre, et avec un bruit horrible le brandit sur sa tète; il en frappe les Dévas, les éléphants

1 Dieu de in mort.

ÜARIVANSA.

avec leurs conducteurs, les chars avec leurs écuyers. Les dieux fuyaient (tomme s’ils eussent vu dans Vrichaparwan Cila l'exterminateur. Nichcambhou a rougi de la craitite de scs compagnons; à la vue de cet ennemi qui approche, il s'indigne et pousse uu cri. 11 lance au Dânava trente flèches .acérées et meurtrières; mais lui-même, exposé au milieu du champ de bataille aux flèches, aux lances des Dètyas, assailli de tout côté, perdait des flots de sang, tandis que scs guerriers, épuisés, les cheveux épars, haletants, humiliés dans leur orgueil, pressés par la terreur que leur inspirait le belliqueux Vrichaparwan, fuyaient, éperdus, se frappant eux-mêmes par erreur, osant à peine regarder derrière eux, et jetant honteusement leurs armes.

Cala fut lui-même aussi attaqué par le fils d’Iliranyacasipou, PrahlAda aux yeux rouges et enflammés. Pour mettre le héros Danava en état de soutenir la lutte contre Cilla, le fila de Bhrigou* pratiqua promptement les cérémonies qui devaient lui assurer la victoire. Le feu fut allumé par les Brahmanes et les prières prononcées; le vent répandit dans les airs le parfum du beurre consacré; des montrai particuliers donnèrent à des guirlandes diverses la puissance de procurer le triomphe, et Ousanas lui-même, au moment du combat, les attacha sur la tête du brillant PrahlAda, pour lui garantir l’objet de ses vœux. Dix mille disciples du fils de lihrigou remplissaient en même temps les mêmes fonctions auprès des héros DAnavas, récitant le divin Atharwa et les hymnes extraits des Yèdes, et célébrant le rite préparatoire au combat appelé Vcdjayica. C’est alors que tous ces héros, habiles dans l’art des batailles, initiés à la science sacrée et aux secrets de la pénitence, après avoir fait bénir leurs armes, se réunirent, agitant leurs arcs et couverts de leurs cuirasses. Ils présentèrent d’abord leurs hommages au roi Bali, et de là se rendirent auprès de Prahlâda qu’ils entourèrent, montés sur des chars magnifiques, solides, environnés d'armes de toute espèce, et pareils à la montagne que couvre un cercle de canards sauvages. En un instant le sommet du Mérou retentit de clameurs assourdissantes; ainsi résonne le ciel à l'approche des nuages orageux. Ornés de leurs parures et de leurs guirlandes de lotus, ces héros embrassent leurs parents et vont prendre leurs rangs. Parmi eux on distingue leur chef à ses armes grandes et brillantes, au casque dont il défend sa tête, à l’arc qui doit le rendre

* C’est-à-dire Ousanas ou Soocra , prélrc et instituteur des A$oura*.

DEUX CENT-QUÀRÀNtE-QUÀTRIÈME LECTURE. 455

invincible. L’avant-garde se compose de cent mille Détyas, qui ont l’extérieur de lions ou de léopards, tout étincelants d’or, et remplissant l'air de cris menaçants. Sur les flancs s’avancent soixante et dix mille chars de guerre, et autant d’éléphants. Au centre de cette division, sur un char, s’élève le grand Câlanéini, qui agite son arc formidable, et jette des cris accompagnés de rires sardoniques. De chaque côté sont aussi disposes cent mille Dênavas, courageux et forts comme Indra, puissants contre tous les efforts des Dévas; ils portent des armes de toute espèce, des arcs, des massues, des haches, des sabres, des tridents. Leur ardeur éclate en bruyantes clameurs, et les cris sont bientôt suivis de terribles effets. L’air répète au loin le son de mille instruments de musique, des conques et des tambours aussi retentissants que la foudre , le frémissement des chevaux et des éléphants, et le fracas des chars. Environné de cette mer immense de soldats, Prahiâda combat, semblable lui-même k Cala. Le bruit formidable que faisait ce puissant ennemi s’étendait dans les trois mondes, et troublait tous les êtres. Une comète tombe du ciel, le vent souffle avec violence, et les «rôdi* vomissent un feu efîrayant et jettent des cris sinistres. L’invincible Prahlâda, souriant d’espérance, tint à ses compagnons ce discours, pour les engager k résister à Câla :

■ Ce jour va être témoin de la force de mon bras : vous verrez aujonr-

• d’hui tomber sous mes flèches ces Dévas, qui ont immolé nos parents. « Leurs corps seront aujourd’hui livrés en proie aux bêtes sauvages, et la

• poussière du champ de bataille se trouvera détrempée dans des flots de « sang ennemi. Mes flèches, comme des météores, traverseront l’air privé « de la lumière du soleil, et rougi d’une poussière épaisse. Livrez-vous à « la joie, et laissez ces terreurs que vous inspiraient ces dieux. Aujourd’hui ■ meme mon arc triomphera de Càla. Je réjouirai le cœur du grand roi « Bali en perçant de mes flèches meurtrières ces innombrables Dévas. Mon

• carquois est inépuisable, et mes flèches rapides comme des serpents.

• Qui peut aimer la vie et se présenter devant moi sur le champ de ba- - taille? Le bonheur et la gloire des héros sont dans la mort de leurs « ennemis. Celui qui expire dans le combat est certain d’habiter le ciel;

• c’est môme la voie la plus sure pour y arriver. Illustres Dânavas, pour-

« .suivez vos ennemis, ôtez-leur une odieuse vie, et les plaisirs du Nandana ■ vous attendent. »

Ainsi parla le vaillant Prahlâda à son armée, au moment d'attaquer Càla. Habile à manier toutes les armes, il était fier de la force de son bras, toujours intrépide et toujours invincible. 11 entraînait à sa suite soixante mille chars armés en guerre et montés par ses propres bis; race féconde de héros obtenus par de nombreux et magnifiques sacrifices, tous sages, vertueux, aimant 1a piété et la pénitence, généreux, bienveillants, expérimentés dans l’art de la guerre, toujours réglés dans leurs amours, amis de la vérité et de la science divine, occupés de sacrifices et de saintes lectures, habiles à tirer de l'arc, à se servir de toutes les armes, à diriger les éléphants, remplis de connaissances, foulant à leurs pieds les bataillons ennemis, faisant par le bruit de leurs pas frémir* leurs rivaux, sans cesse occupés de batailles; les yeux rouges de colère, ces Dêtyas se mordent la lèvre et poussent des cris tels que les éclats du tonnerre, pour s’encourager mutuellement. Au sou des flûtes et des conques, au bruit de ces cris de lion, ils se précipitent ensemble au combat; leurs longs bras tendent un arc aussi élevé qu’un palmier, et la flèche s'agite sous leur main impatiente. Ils vont combattre un ennemi ordinairement invincible. L'or étincelle dans leurs parures, leurs vêtements sont blancs; remplis d'orgueil, ils appellent de tous leurs vœux la victoire et la mort de leurs ennemis, et aspirent à la possession du swanju. Telle est l’apparence de cette armée superbe, ornée de mille drapeaux et bannières, mêlée d’éléphants, de chars et de chevaux.

De l'autre côté s'avance Câla, fort de la terreur qu’il inspire, géant dont la voix s’élève avec violence, et qui marche escorté des Maladies. Ses regards se portent sur cette immense armée de vaillants Dànavas déjà triomphant en idée, et le provoquant avec audace. La présence de Cala et de ses compagnons arrête subitement la marche rapide des Dànavas. Lui, aussitôt, pénètre dans leurs rangs : les yeux enflammés, et suivi de sa troupe, il attaque l’armée menaçante de Prahlâda et le vaillant Prahlâda

‘ Traduction décolorée d'une expression qui me semble marquer un de* effets de 1a peur, et qui est d'une trivialité trop orduriére pour être rendue littéralement :

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WFT

DEUX CENT-QUÀRANTE-QUÀTKIKME LECTURE. 455

lui-même, et les frappe de son danda, de sa massue, de sa hache d'armes. Les Maladies sc servent aussi contre les Dânavas de massues, de haches, de marteaux, (Tares, et de ces instruments qui tuent cent guerriers. Les deux partis comptent également déjà bien des victimes : les uns sont percés par les tridents, les autres coupes par les haches, quelques-uns écrasés par les massues, d’autres taillés en deux parties par les cimeterres. Les Dànavas d’un côté, les Maladies de l'autre, employaient avec une dextérité meurtrière les armes diverses dont ils étaient pourvus, les sabres affilés, les javelots, les masses de fer, les tridents, les cognées, leurs poings memes. Ils vomissaient un sang noir; leur regard restait iixe et morne : c’était un concert épouvantable de plaintes douloureuses et de menaces hautaines. Les guerriers les plus redoutables allaient mesurer la terre, abattus par les coups de poing qui tombaient sur leurs tètes, ou les flèches qui déchiraient leurs membres. Un fleuve de sang coulait avec rapidité, retentissant au loin de sinistres clameurs, et présentant, au lieu d’écume, les vêtements des guerriers, au lieu de tourbillons des drapeaux, au lieu de serpents d’eau des bras coupés, au lieu de poissons des tridents et des lances, au lieu d’alligators des arcs, au lieu de digues des timons de chars, au lieu d’arbres des étendards. Les Dêtyas et Càla formaient avec leurs flèches comme deux nuages, où leurs arcs servaient d’arc-en-cicl, où les éclairs étaient leurs bracelets d'or. Arrivant en fureur sur leurs chars ou leurs éléphants, ils ressemblaient à des niasses de vapeurs orageuses. Ornés d’un or pur et de perles magnifiques, ils brillaient de même que le soleil; et, pareils à de grands nuages, ils se frappaient les uns les autres d’armes qui retentissaient ainsi que la foudre. Le combat était terrible des deux côtés, comme entre gens qui avaient fait le sacrifice de leur vie. Percés de flèches, tout couverts de sang, les principaux guerriers tombaient mutucdlement blessés. La terre était jonchée de cadavres; à peine tombé, on était foulé sous les pieds des combattants acharnés. Il n’y avait point d’intervalle entre le moment où l’archer prenait sa flèche et celui où il la lançait, et l’œil trompé croyait voir l’arc toujours arrondi par la tension : telle était l’ardeur, telle était la prestesse de ces héros ivres de combats. Enlin, dispersée par les flèches de Prahlàda, l’armée de Càla s’enfuit de tout côté, comme chassée par un vent violent. Prahlàda, après avoir dompté l’orgueil de ses ennemis, apprenant que son rival avait quitté le combat, acheva son

IIAR1YANSA.

triomphe et anéantit l’armée qui lui avait été opposée. Cette rencontre de Càla et de Prahlâda fut telle que dans tous les mondes on n’en vit et on n’en verra jamais de pareille. C’est ainsi que par l’issue de ce combat l’illustre Prahlâda vit augmenter sa gloire, et que Câla fut obligé de renoncer à la lutte.

COMBAT DANOUHRADV KT DK COUVERA.

Yésampâyana dit :

Lejeune frère de Prahlâda, Anouhrâda, attaqua avec son armée le dieu des richesses et la troupe des Yakchas; son courroux s'enflamma à la vue des Dévas et de leurs armes menaçantes. Superbe et fort de son habileté à tirer de l’arc, il jeta un cri formidable. A l’instant les vagues des deux armées s’agitèrent et sc confondirent. La terre se trouva bientôt couverte des corps des Dévas et des Dânavas, accumulés comme des montagnes. Le Mérou parut teint de sang, tel que les kinsoucas1 couverts de fleurs au mois de Mâdbftva *. Le sang des guerriers, des éléphants, des chevaux, forme un torrent impétueux, qui va engraisser les domaines d’Yama; dont les excréments des animaux et la moelle des morts forment la vase; qui offre à l’œil des intestins déchirés au lieu de sévalas §; des corps, des têtes meurtries au lieu de poissons; des jambes, des membres coupés au lieu de sable; des vautours affamés à la place de cygnes; des corbeaux à la place de hérons; de la graisse écrasée au lieu d’écume : torrent redoutable, dont les bords, retentissant de cris foudroyants, font frémir le mauvais soldat; aussi large que le fleuve dont l'automne a grossi le cours, et que visitent les oies sau-

1 fiuleafrondûsa. * Plante aquatique appelée u allimena oc tan-

Nou» du moi» de Vêaikha (avril-mai). dra.

vages et les grues. Quant aux Dévas et aux Dânavas, ils le traversent avec cette ardeur que montre l’éléphant céleste lorsqu’il se baigne dans la Nalinî 4, teinte du pollen des lotus. Couvéra, qui voit Anouhrâda de dessus son char accabler de ses traits la troupe des Y'akchas, outré de colère, charge à son tour l’armée des Détyas, tel que le vent dans le ciel, quand il chasse devant lui les nuages amoncelés. Anouhrôda pousse aussitôt du côté de son rival son char aussi brillant que le soleil, et, tendant son arc, il écarte avec ses flèches celles de Couvera. Il s’approche, frappe Couvera lui-même, et atteint dans leur fuite les Yakchas et les Kàkchasas. Le dieu, percé de ces traits brûlants, s'élance vers Anouhrâda, et fait aussi pleuvoir sur lui une grêle de traits. De même que le taureau, qui ne peut se défendre contre la pluie d’automne, la reçoit en clignant les yeux, de même le Dêtya soutient, en fronçant le sourcil, les attaques de Couvéra. Dans la colère que lui causent les flèches de son ennemi, Anouhrâda aperçoit devant lui un arbre pareil à l'étendard d’Indra a, large, touffu et couvert de jeunes rameaux; il l’arrache avec scs branches et ses fruits, et s’en sert pour frapper les chevaux impétueux de Couvéra. A cet exploit de leur chef, les Asouras poussent un cri de lion. Le dieu et le Dêtya se livrent le plus terrible des combats. Tous deux, les yeux rouges de colère, se portent des coups violents avec toute espèce d’armes. A leur exemple, les Dévas harcèlent les Dânavas, qui de leur côté renversent leurs ennemis, et les percent de leurs flèches aiguës, étincelantes, garnies de plumes de héron. Poursuivis à toute outrance, les dieux, malgré leurs pertes, continuaient à faire preuve d’intrépidité. Leurs massues, leurs haches d’armes, leurs tridents frappaient les Détyas; et ceux-ci, dont les membres étaient percés de flèches et les poitrines sillonnées par le cimeterre, prenaient pour leur répondre des pierres et des arbres. Us redoublaient de fureur, et abattaient les Dévas par milliers : lutte horrible et tumultueuse, où les mains des guerriers balancent des quartiers de rochers, des arbres entiers, des masses de fer, des tridents, des flèches, des haches. Parmi ces combattants, les uus sont étendus, la tète tranchée ou le corps meurtri; les autres sont

* Nom du Gange céleste.

* indrndhvadja : on donne le nom de dhwadja et a l'étendard lui-même , et à l'être réel ou fantastique qui est le symbole d’une divinité. Ga-

rouda est le dJaeadja de Yichnou, le taureau celui de Siva , comme l'éléphant, qui porte le nom particulier à' Erâvata, est celui d'Indra, roi du ciel.

HAKIVANSA.

couches à terre dans leur propre sang; quelques-uns fuient; d’autres donnent et reçoivent la mort; ceux-ci ont le cœur percé, ceux-là les pieds coupés; un certain nombre ont expiré sous les tridents qui les ont déchirés. C’était une épouvantable mêlée que celle où ces dieux et ces Dânavas, à leurs armes ordinaires, joignaient encore des arbres et des masses de rochers. C’était un aifreux concert que ce combat de Gandharvas, où les instruments à cordes étaient les arcs, où la mesure était marquée par le râle de la mort, où les tons divers étaient les plaintes des blessés.

Couvera, l’arc à la main, obscurcissait tout l'horizon de ses flèches. Anouhrâda, voyant plier devant lui les Dânavas, accourt et s’arme d’une large pierre. Sa colère redouble et rougit ses yeux, sa force est égale à celle de son père. 11 lance cette pierre sur le char de Couvéra, qui, la voyant arriver, ne prend que sa massue cl s’élance à terre avec précipitation. Iji pierre brise les roues et le timon, l’étendard, le carquois, écrase les chevaux, et roule ensuite sur le sol. Après avoir frappé le char de Couvéra, le jeune frère de Prahlâda, avec les arbres qu’il arrache, fait un cruel carnage parmi les Souras. La tète fracassée, les membres rompus, tout dégouttants de sang, les Dévas tombaient à terre. Anouhrâda, après sa victoire, s’approche encore de Couvéra, le menaçant d’un énorme quartier de rocher. A cette vue, le dieu des richesses lève sa massue; il crie, provoque le vaillant Dânava , et lui décharge sur la poitrine un coup de son arme pesante. La fureur transportait également les deux rivaux. Le Détya se venge de ce coup en lançant son rocher sur Couvéra. Le dieu â l’œil jaune *, écrasé sous ce poids, tombe lourdement, et sur la terre où il est étendu il ressemble à une montagne qui vient de perdre ses ailes. Les Yakchas et les lldkchasas, à la chute de leur chef, accourent et l’environnent pour le défendre. Le lils de Yisravas, un instant étourdi, reprend bientôt ses esprits et se relève promptement. Il pousse un cri qui retentit dans les trois mondes; le son se prolonge au loin dans les montagnes qui le répètent. I^es Dânavas, en voyant sc relever celui qu’ils avaient cru mort, et reconnaissant qu’il est immortel, prennent la fuite à son approche. Anouhrâda les retient; il leur parle, il apostrophe Câlanémi, Sounémi,

* Le dieu dm richesse* jwsse pour avoir une t*che jeune à In place d*un de scs ycu*. Les Indiens traitent leur Plutus aussi mal que les

Grecs ont traité le leur : ce dieu a trois jambes et huit dents seulement, et son corps, naturellement noir, est blanchi par la lepre.

Mahânémi, il leur rappelle ce qu'ils sont, leur naissance : • Où allez-vous,

• leur «lit-il , poursuivis par la peur comme des lâches? Dànavas, arrêtez,

• usez de votre bravoure pour défendre au moins votre vie. Revenez au

• combat, et rougissez qu’un Râkchasa vous ait causé tant de frayeur. Ve-

• nez, je vais dissiper comme une vaine fumée cet objet de vos craintes; ■ arrêtez-vous, illustres Asouras. *

Et ccs Asouras s’arrêtent, grondant comme des éléphants furieux. Us reviennent à la charge , et attaquent de nouveau les Dévas. Quelques-uns dont les armes ont été brisées élèvent orgueilleusement leurs bras, frémissant avec le bruit du nuage orageux. Us s'arment de pierres ou d’arbres, ou bien ils balancent leurs bras et menacent l’ennemi de leurs poings, de la paume de leurs mains et de leurs ongles. Anouhrâda s’élance en courroux sur cette armée de Dévas, tel que l'incendie qui se répand dans une forêt. Les plus braves guerriers tombèrent bientôt sous ses coups, noyés dans leur sang, pareils à ccs arbres dont la fleur est rouge et que la hache aurait abattus. Cependant Couvera, toujours invincible, ne cessait d’accabler de ses flèches le rival qui l'attaquait. Anouhrâda était outré de* ses blessures, et des rayons d’une lumière sombre dardaient de ses yeux. Mille de ses flèches vinrent frapper le dieu, et dans sa fureur il apparaissait comme Câla avec sa verge effrayante. Percé de coups, Couvera perdait tout son sang, qui coulait avec l’abondance des sources que produit la montagne. Par un dernier effort il saisit sa massue, et, cédant à la colère, il veut frapper le Dêtya; mais son arme, avant d’arriver à son but, est brisée par eeUe de l’Asoura, qui rugit furieux et menaçant. O constance prodigieuse! (Couvera prend une autre massue, et attaque encore le Dânava. Alors Anouhrâda, qui le voit approcher, déracine un pic de montagne pareil au Kèlâsa, et vient au devant de son rival; tel que la Mort dévorante, et capable de braver les efforts de tous les Souras, il accourait, et semblait dans sa colère prêt à écraser les trois mondes. A cette vue. Couvera tremblant abandonne le combat; il frémit de l’audace de son adversaire, et se retire du côté où se tenait le divin époux de Satchî.

HAR1VÀNSA.

COMBAT DE VIPRATCHITTI ET DE VAROUNA.

Vêsampâyana dit :

Vipratchitti lança au grand Varouna une grêle de flèches aussi acérées que la langue des serpents. Ces flèches brûlent et déchirent le dieu des eaux, qui ne savait encore comment s’en défendre. Comparable au souverain Pradjâpati, Varouna ne pouvait résister à Vipratchitti, qui avait l'air du maître de tous les mondes. Celui-ci avait fait prendre à son armée l’ordre de bataille appelé vadjra l, présentant de tout cûté un front impénétrable. C’était ainsi que les Dânavaa attaquaient les Dévas, brillant comme le feu, resplendissant comme le soleil. Cependant le puissant Varouna contemplait les efforts de Vipratchitti, et brûlait du désir de lui disputer la victoire. Chargé de guirlandes et de couronnes, orné de pendants d’oreilles et de bracelets, le Dètva prend sa niasse de fer, pareille À un pic du Kêlâsa , entourée de franges et de festons d’or, masse aussi terrible que la verge d’Yama, espoir et soutien des Dànavas : elle s’élève de meme que l’étendard d’Indra, et Vipratchitti, en la balançant dans les airs, ouvre la bouche pour laisser échapper des cris elfrayants. Ainsi, la poitrine chargée d’un riche collier, les bras entourés d’anneaux, les oreilles parées de pendants précieux, le front orné d'une couronne d’or, il se montre tel que le nuage ceint de l’arc d’Indra. Quand sa masse repose sur son épaule gauche, il brille comme le feu qui dégage ses rayons des tourbillons de la fumée. Quand il brandit cette même masse, on dirait en même temps qu’il ébranle le ciel, avec ses planètes et ses constellations, avec le soleil et la lune, avec

1 Voyez les lois de Manou, lect. vu, si. 187 vadjra consiste à ranger Ici troupes en une et 191. Le ryod/itf ou ordre de bataille appelé longue lilc. ou en trois corps.

Ica Vidyâdharas, les villes des Gandharvas, la cité d’Amarâvatî et les mondes des Siddhas. Vipratchitti porte avec Orgueil larme qui le rend invincible; et le feu dont il reluit ressemble au feu de la fin des siècles, et ce sont les Souras qui lui servent d'aliment. En vain les dieux et Varouna essayaient de lutter contre lui. Seul, le roi du ciel, le üls de Cousica, paraissait être à l’abri de ses coups.

Avec sa masse terrible, aussi éblouissante que le soleil, Vipratchitti attaque les troupes du maître des ondes, et immole dix mille de ses guerriers. L arme pesante ne tombait que pour briser leurs membres, et cent météores réunis n'auraient pas eu dans le ciel un aspect plus effrayant. Enfin le Dctya, faisant encore une fois tourner sa masse de fer, en porte un coup à Varouna lui-même; mais de ce coup, l'arme se brise, et ses débris, en volant dans l'air, brillent comme autant de météores. Le roi des ondes a frémi de cette attaque, ainsi qu'une montagne agitée par un tremblement de terre. En voyant scs soldats blessés, accablés de toute part, il se sentit un instant troublé; cependant, reprenant ses forces, il se raffermit et rassembla contre son ennemi toutes les ressources dont il pouvait disposer. Environné des quatre mers et des terribles serpents, tout couvert de coquillages, de perles, de pierreries, il a pris sa forme aqueuse. Vêtu d’une robe jaune, orné de bracelets précieux, armé d’un lacet, escorté de tortues et de poissons, il s’adresse à ses compagnons et cherche à les pénétrer de ses ressentiments : « Combattez sans crainte les Dânavas, leur dit-il; je vais vous donner l’exem- « pie. * Alors tous ces serpents, habitants de la mer, attaquent les Dêtyas. Ardents et pleins d’espoir, ils sifflent, et ces compagnons de Varouna frappent les superbes Ddnavas de leurs flèches ou de leurs massues. Mais le puissant Vipratchitti fait sentir à ces serpents le souille de sa colère, et, avec une espèce de traits particuliers, qui sont des Garoudas * ennemis des serpents, il repousse ces terribles ennemis. Ces traits enrichis d’or et aussi brillants que le soleil percent le corps des défenseurs de Varouna, et ceuxci, déchirés sans relâche, tombent comme de faibles éléphants victimes d’éléphants plus robustes. Tel que l’astre du jour avec ses rayons brûlants, tel était Vipratchitti avec ses flèches dévorantes. Varouna, irrité, s'élance

* On se rappelle que Garouda est l'oiseau Et • quels il ne cesse de faire une guerre d'exlcrmi-

vori de Vieil nou . el l'ennemi des serpents , aux- nation.

vers lui, et les Dànavas à leur tour se trouvent percés de mille traits, et s'enfuient éperdus sur tous les points. Le dieu des eaux, se dévouant pour la cause d'Indra, poussait des cris en combattant, et lançait son lacet avec adresse. Scs compagnons, le poing menaçant ou le bras chargé d'un rocher, accouraient pour combattre Vipratehilti. Celui-ci, avec toute espèce d’armes et surtout avec de larges pierres, répondait à ses agresseurs. Enfin ses flèches rapides , éblouissantes, atteignirent les chevaux impétueux de Yarouna. Cet exploit alluma soudain sou ardeur : ainsi s’enflamme le feu du sacrifice quand il dévore le beurre consacré. Il accable de flèches également sûres, brillantes et rapides, l'armée entière de Varouna, qui, les armes brisées, le désespoir dans l'ânie, fuit dans toutes les directions sur un champ de bataille inondé de son sang. Le Détya triomphe, et le roi des eaux, craignant les armes de Vipratchitti, va se mettre sous la protection d’Indra.

ÉLOGE DAGNI.

VcsampAyana dit :

Le grand Agni, témoin de la défaite des dieux, résolut de mettre un . terme, avec les Brahmarchis, au triomphe des Dètyas. Ce dieu, que soutient le havya, naquit un jour de la brillante Sândilî1; sa semence est dorée, ses yeux jaunes, son teint rouge, son cou de la même couleur, ses cheveux blanchâtres, sa trace noire; élevé au rang des dieux, il mange le sacrifice, qu’il ne reçoit que pour le dévorer. On le surnomme l’holocauste [havis) , le poète (cari), le purificateur (prîvaca); il consomme tout, dieu puissant et

1 Agni ordinairement est fils de Casyapa et diln . père d'une famille particulière de Brahd'Aditi. J'ignore la légende qui le fait naître de mânes. Du nom de Sàndili , on surnomme Agni

Sàndiii , laquelle doit être une fille du sage San- SdniLlya- Vo yct lect. cxxxvm , note ad.

DEUX CE NT-QUAR ANTE -SEPTIÈME LECTURE. 463 suprême, feu divin, âme de Brahma, plein de beauté, étincelant de mille rayons, trésor de lumières (ixèAdttaJOs), riche en clartés diverses, prince souverain, témoin du monde, invoqué par les Brahmanes, cher à celui qui fait le vachat^i brillant et radieux, il dévore le havya; né au sein de la sami \ et lier de son heureuse naissance, il préside à toutes les cérémonies, purifie tous les êtres, garde précieusement les mérites des dieux, efface les péchés; de sa langue il effleure l’offrande; saint et pénitent, il est le centre de la promenade pieuse appelée pradafichina*> l'ornement des sacrifices, le maître du passé et de l’avenir; il boit le soma et mange l’holocauste, remarquable par son éclat, souverain, âme, créateur et destructeur des êtres, invincible, pur, merveilleux, roi de la Swadhâ*, époux de Swâhâ*, célébré par le Sâma-véda, couronné de splendeur, dieu des dieux, esprit terrible de Roudra, chanté par les livres saints.

Ce Déva est porté sur un char que traînent des chevaux rouges, et à qui les vents servent de roues. Vêtu de noir, il a pour étendard et pour aigrette la fumée. 11 lève un trait flamboyant, dont il brîile des raillions de Dânuvas : aussi funeste sera un jour le dernier embrasement du monde. Ce dieu, qui se quintuple pour être le souffle vital1 * * * * * 7 de tous les êtres, qui dévore l'holocauste, qui est le grand moteur du monde, l’ami, le maître, le souverain des hommes, le destructeur de toute la nature à la fin des âges, dont la naissance est chantée sur les sept tons *, qui habite l'éther, rapide, léger comme le son, qui fait et défait tout ici-bas, voie suprême de ceux qui ont une voie, père des Vèdes®, éternel, égal dans ce monde à Brahmâ; ce dieu, dis-je, dont on ne connaît pas la forme, et qui est le plus grand des éléments, s’élance en tourbillons de feu qui s’élèvent jusqu au ciel et touchent les dix régions. Il aspire à l’anéantissement des Dâ-

1 Exclamation usitée au moment de l'holocauste.

* Xojm lom, ! , lent, v, pag. -a 9 , noie 9.

* Elle consiste , comme nous l'avons vu , à

tourner par la droite autour du foyer sacré.

* Exclamation etii|4oyée dans les offrande*

bit es en l'honneur des Mânes. Les poètes en ont (ait une nymphe qui , comme Swihi , est l'épouse d'Agni.

* Stcdhâ est une exclamation usitée dans les

offrandes adressées aux dieux. Elle a été personnifiée . et le» jKK-tes l'ont donnée |»ou réponse au dieu du feu.

1 Vovextom. I, lect. il, pag. 81a.

* sap tançant. Yoyex Recherches asiatiques, ton*. IX.

* Une légende fait sortir les Yèdcs de la bouche d'Agni ; de là vient l’épithète de Djdtavidât qu'on a donnée à oc dien.

pavas , aussi dévorant que l'incendie *de la fin des âges. Les Dêtyas sont effrayés de le voir dessécher ce fleuve formé par la bataille , où le sang tient lieu d’eau, la moelle de limon, les cheveux de sâvalas et de gazon, les aigrettes de cailloux, les cadavres des éléphants de digues. Tous les compagnons de Prahlâda, vaincus par Agni , poussent des clameurs inutiles. Là ce sont leurs aigrettes, leurs vêtements, leurs chars ou leurs étendards, ici leurs cheveux, leurs bras, leurs visages ou leurs jambes qu’embrase et consume l'élément furieux. Les Dêtyas abandonnent leurs armes, leurs chars et leurs drapeaux : brûlés, vaincus par Agni, ils fuient de tout côté : ce n’est pas la ligure du dieu qu’ils voient au front de bataille; c’est l’horizon, le ciel, la terre, les nuages tout en feu. Effrayés et troublés par la peur, les Dânavas s’écrient que la fin des temps est arrivée, que le dieu sorti du lotus veut détruire son ouvrage. Cependant Maya et Sambara , pour opposer l’onde au feu, imaginent des armes magiques formées avec les éléments de Varouna et de Pardjanya w. Ces armes éteignent les feux d’Agni sous des torrents pareils à ceux qui descendent des nuages.

L’illustre et brillant Vrihaspati, voyant que le dieu funeste aux Dêtyas avait perdu toute son énergie , lui adressa ce discours :

« Reprends courage, ô Dieu fort, toi dont la semence est dorée, l’aigrette

• éclatante, la flamme indestructible, la bouche garnie de sept langues 11 ;

• toi qui dévores tout et laisses partout ton empreinte ineffaçable. Ton « souffle, c’est le vent; ton corps, ce sont les plantes; ton berceau, ce sont

• les eaux tt. En haut, en bas, de tout côté vont et s’étendent tes rayons ; - ta prééminence est incontestable. O Agni, tu es tout; en toi est ce monde;

• tu contiens les êtres et tu portes la terre. C’est toi qui reçois le havya,

• c’est toi qui es l'holocauste (éaeis) lui-même, et par qui se fait le sacri-

• ficc perpétuel. Tu es la nourriture des êtres, et le monde te sert de nour-

• riture et de breuvage. De toi dépend la victoire, en toi existe toute la

• nature. Tu te contentes longtemps du havya , mais quand les temps sont

• venus, tu fais ta pâture des trois mondes. De toi sont nés les Vides : les

" Varouna o»t la mer et Pardjanya le nuage. ** Le» Indien» donnent au (eu sept rayons, qu'ils appellent ses sept langue».

" Celle idée eut sans doute une allusion aux diverses cosmugonies que nous connaissons , et

qui représentent le monde comme détruit par le feu. submergé ensuite par les eaux, puis séché encore par le feu. Le premier livre des lois de Manou, si. 76, fait sortir l'eau du feu ou de la lumière.

■ vaches savent que de toi seul vient la chaleur. En toi on reconnaît Vrichâ-

• capi 13 et le maître de la mer; tu es dans les sacrifices le solitaire sain-

• tement détaché de tout1*. Tu as l’énergie merveilleuse, et la force pro-

• ductrice de l’univers, la qualité dominante de chaque être. Tes rayons

• forment les eaux, les plantes et leurs saveurs diverses. C’est toi qui, à la « fin des temps, renfermes le monde, et toi qui le crées de nouveau, quand

• le jour de la création est venu. O Agni , les dieux te célèbrent comme

• étant la source de tous les êtres : pour leur salut tu avais dans le coin-

• bat donné la mort aux Dànavas. O Dieu dont tant de sacrifices attestent

■ la gloire, l’eau sans doute est ton berceau; mais pourquoi te renfermer « aujourd’hui dans ce berceau funeste pour nous? Défends les dieux contre

• les Dêtyas, à toi qui consommes l’holocauste, toi dont l’œil est jaune, le « cou rouge, et les empreintes noires. »

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