‹ Harivansa ou Histoire de la famille de Hari ouvrage formant un appendice du Mahabharata et traduit sur l'original sanscritChapitre 92 sur 140 · MANIFESTATION DE LA FORME UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

MANIFESTATION DE LA FORME UNIVERSELLE

Le nain merveilleux rassura les dieux par ces paroles : « Que l’illustre

• et savant Maharchi Vrihaspati, fils d’Angiras, me conduise au lieu où se

• passe le sacrifice. Là je ferai ce qu’il faudra pour enlever les trois mondes « aux Détyas. ■ Alors le sage Vrihaspati le mena à l’endroit où le grand roi des Dânavas célébrait son sacrifice. L’auguste nain , qui n’est autre que le niait re du monde, honoré de tous les Souras et de Brabmà lui-même,

avait pris la ceinture de monndja 1 et le cordon consacré1 * 3 *; il porte un parasol 5 *, un bâton *, une peau d'antilope noire 5; ses cheveux sont relevés en djatd; il a l'apparence d'un faible enfant. Lui qui ne connaît pas la vieillesse, il a toute la gravité d’un vieillard. Ce dieu, que l’esprit ne saurait comprendre, entre dans l’enceinte du sacrifice, où venait d’arriver le .roi des Dânavas, Bali, fils de Virotchana. Il pénètre rapidement par une porte que gardait une troupe nombreuse de soldats, et encombrée d’une multitude immense de Dânavas. Il s’approche sans crainte du prince qu’entourait une foule de prêtres attentifs k réciter leurs montras. Une fois arrivé dans ce lieu rempli de Richis* illustres, Vichnou se met à disserter sur la cérémonie. Lui qui est le sacrifice éternel, il décrivait les rites convenables à cette espèce de sacrifice. Il avertissait de leurs devoirs etSoucra7 et les autres prêtres, et les rendait muets d’étonnement et de confusion. En présence de Bali et de son pieux auditoire, il expliquait, avec la science la plus variée et la plus profonde, l’origine, les motifs, les détails des diverses cérémonies, telles que les Vèdes les ordonnent. Les Richis se voyaient, malgré leur vieillesse et l’éclat de leur extérieur, vaincus par un enfant et un nain.

A ce spectacle, le fils de Virotchana ne put s’empêcher de soupçonner dans ce fait quelque miracle; et, baissant la tête avec respect, il lui dit : » D'où viens-tu? qui es-tu? quelle est ta famille? quel motif t’amène en « ces lieux? je n’ai jamais vu de Brahmane aussi instruit que toi. Tu parais * enfant, et cependant tu es le premier des docteurs pour la science des « choses divines et humaines : tu as autant de beauté que de savoir, et tu « charmes les yeux aussi bien que l’esprit. Tels ne sont pas les enfants des

■ Dévas, des Richis, des Nflgos *, des Yakchas, des Asouras, des Râkchasas,

■ des Pitris, des Siddhas, des Gandharvas. Qui que tu sois, je t'honore*

■ dis ce que je puis faire pour toi. *

Le sage et incompréhensible nain sourit d’abord et répondit ensuite à

1 Loi* de Miinou, lect. Il, *1. 4a.

’ Ibid. si. 44.

‘ l.e* loi* de Manou no parlent pas de cet

instrument de luxe, quand elles font la descrip-

tion du jeune Brahmane.

* Loi* de Manou, lecl. i , *1. 45.

1 Ibid. si. 4>.

‘ Les personnages distingués par leur piété , même parmi les Dinava» , portent le nom de JUchii. •

’ Soucia , régent de la planète de Vénus, est le prêtre et le précepteur des Asouras, et préside À leur* sacrifices.

* Cest-à-dire le* *erpenl*.

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ces paroles : ■ Prince des Asouras, ton sacrifice est magnifique, et aussi

• riche que celui que fit autrefois Rralimâ. Le roi des Souras, Indra, Yama « ni Varouna n'en ont jamais fait de semblable. Tu veux, et ton intention « est excellente, immoler un cheval pour effacer tous tes péchés et gagner

• le Swarga. Oui, certes l'aswamédha, au jugement de toutes les personnes « instruites, est le plus grand de tous les sacrifices : c’est celui qui comble

■ tous les vœux. Il est superbe® et riche, source féconde de considération « et d’argent, de grandeur, de force et de pureté : tendant vers le ciel, il

■ a le sein rempli d’or, il enfante tous les biens. U sert aux hommes à leur

■ faire passer heureusement la mer du péché : aussi les Brahmanes qui

• connaissent les Vèdes appellent-ils le cheval de ce sacrifice Vêsivânara 10.

• L'état de père de famille [grihastha) est le premier des Asramas; les

• Brahmanes, les premiers des hommes; toi, le plus grand des Asouras, « et Yasuamcdha , le plus grand des sacrifices. *

A ce discours du nain, le roi des Détyas, transporté de plaisir, lui dit :

• Quelle est ta famille, bon Brahmane? je t’accorderai tout ce que tu vou-

• dras. Choisis un présent, et, quel qu’il soit, tu l’obtiendras. * Le nain lui répondit : ■ Je ne veux ni royaume, ni chars, ni pierres précieuses, ni « femmes. Si tu es content de moi, si tu as le dessein, suivant l’usage, de « gratifier un Brahmane, accorde-moi en terre la valeur de trois pas, et « cela pour l’honneur du feu de ton sacrifice. Tel est le vœu que je forme. • « Mais, illustre Brahmane, reprit Bali, qu’csl-ce que trois pas pour toi, « quand tu as autour de toi tant de millions de pieds? •

i Grand roi, interrompit Soucra, n’accordez rien. Vous ne connaissez

• pas ce Brahmane. C’est Ilari lui-mème ainsi déguisé. Sous la forme d’un

• nain et l’apparence d’un jeune Brahmane, il cherche à vous tromper pour

• servir Indra son ami. ■ A ces mots de Soucra, Bali resta quelque temps pensif. Mais bientôt, se livrant à un accès de joie et entraîné par son destin, il demande un vase d'or, et, le tenant à la main, il s'écrie : • Brahmane « à l’œil de lotus, tourne-toi comme moi vers l’orient. Parle, que veux-tu? « la terre? non, trois pas. Je te les donne. Reçois cette libation d'eau : « qu’ainsi ma parole ne soit pas vaine. ■ ■ Un instant, criait toujours Sou-

* Le texte dit : tottvarmunnga , " Ce mot signifie : bon, convenable pour tout

expression que je n’ai pu traduire littéralement, 1** homme», Cette épithète, formée du nom de

et qui lignifie aareoj coma. ViiwAnara , le donne aussi au feu.

• cra; prince, connaissez-vous ce Brahmane? Je vous le répété, c’est Vichnou.

• Quel est donc voire plaisir de vous laisser volontairement tromper? » «Comment, lui répondait Bali, Vichnou, le grand Vichnou honorerait

• mon sacrifice de sa présence? Eh bien, s’il veut accepter de moi un pré-

- sent, je suis prêt à le lui accorder. Et quel autre en serait plus digne que

• lui? » Eu disant ces mots, Bali se mit en devoir de répandre l’eau.

Le nain lui dit : ■ Roi des Detyas, je ne veux que trois pas. Je tiens à « ma première demande. • En entendant ces derniers mots du nain, le fds de Virotchana, prenant le bord" de sa peau d’antilope noire, dit aussitôt : « Ainsi soit fait ! » et il commença à répandre l’eau du vase. Le nain, saisissant le moment fatal pour le roi des A sou ras , avança rapidement la main qui leur était si funeste; et le prince, tourné vers l’orient, et le cœur rempli de bienveillance, versa toute l’eau sur cette main. Cependant Prahlâda, placé devant lui et les yeux attachés sur cette forme de l’être infini et incompréhensible, de l’être extraordinaire qui allait ravir aux Asouras leur puissance, crut reconnaître en clic des signes inquiétants : «O prince, « s’écriait-il , ne versez pas l'eau sur la main de Vichnou déguisé en nain.

- Oui, c’est là ce Vichnou qui jadis a tué votre bisaïeul, et qui vient vous

• tromper aujourd’hui. ■ Bali lui répondit ; «raccorderai à ce dieu tout ce

• qu’il me demandera. Je veux me le rendre propice, et m’en faire un pro* « tectcur plus sur que Brahmà. Nécessairement je dois des présents aux •* saints Brahmanes qui assistent à notre sacriiice > Et c'est ainsi que le fils de Virotchana. au milieu de cette foule d’ Asouras, accorda au dieu Vichnou les trois pas qu’il avait demandés.

n Roi des Dànavas, répétait Prahlâda, ne donnez pas à ce Brahmane ce « qu'il sollicite. Je ne le crois pas enfant de Brahmane; son apparence est

• trompeuse, croyez-en mes paroles. Je pense que c’est l’homme-lion qui

• revient parmi nous. • Tels étaient les discours de Prahlâda; Bali lui répondit pour le rappeler aux principes : * Quand un homme demande un « bienfait et qu’un autre le lui refuse, il arrive que l’infortune du premier

- passe au second. Celui qui ne tient pas la promesse qu'il a faite â un

• Brahmane commet un péché, et, malheureux pendant sa vie, tourmenté

11 Ce passage n'est pu clair sur I* traie, et pas suffisamment indiquée ^t^ljillslH I* l'action que je désigne dans ma traduction n'est

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■ par la crainte malgré ses amis et la famille à laquelle il appartient, il

■ finit par tomber dans l’enfer. Je donne la terre à ce Brahmane, parce

■ que je le trouve supérieur à tout. J'éprouve en mon cœur une joie exlra-

■ ordinaire à la vue de ce saint personnage qui, sous la forme d’un nain,

■ m’adresse une demande. Ainsi c’est sans regret que je fais droit à sa « requête. » Puis, s’adressant encore au nain : • O Brahmane, tu as tort de « ne demander que trois pas; je te donne toute la terre jusqu’aux mers

• qui l’entourent. ■ Le nain répondit : ■ Je ne demande pas toute la terre;

• je suis content de trois pas. Tel a été mon premier vœu, et j’y persiste. »

■ Ainsi soit! • dit Bali avec joie; et les trois pas furent accordés au toutpuissant Vichnou.

Mais à peine l’eau eut-elle été versée dans sa main, que le nain cessa d’être nain. Il développa toute sa forme divine. La terre devint scs pieds, le ciel sa tête, la lune et le soleil ses yeux, les Pisâtchas les doigts de ses pieds, les Gouhyacas les doigts de ses mains, les Viswadévas ses genoux, les Sàdliyas scs jambes, les Yakchas scs ongles, les Apsarâs les lignes tracées sur son visage , les éclairs ses regards, les rayons du soleil scs cheveux , les étoiles les places velues de son corps, les Maharchis scs poils, les points intermédiaires de l’horizon ses bras, les poiuts principaux la partie extérieure de ses oreilles, les Aswins l’intérieur de ses oreilles13, Yâyou son nez, Tchandramas l’éclat de sa face l5, le devoir son sentiment [marias), la vérité sa voix, la divine Saraswatî sa langue, Aditi son cou, la lumière du soleil son plais, la porte du ciel son ombilic* Mitra et Twachtri ses sourcils, Agni sa bouche, Pradjâpati ses testicules, le dieu Brahmâ son cœur, le Mouni Casyapa sa semence, les Vasous son dos, les Marouts scs jointures, les Tchbandas scs dents, les astres les doux reflets de son corps, le grand Roudra ses cuisses, l’océan son assiette ferme et solide, les Gandbarvas et les serpents son ventre, la prospérité, la réflexion, la constance, la grâce, la science, ses reins; sur son front siège le grand esprit, les plus belles constellations et Indra, roi des dieux, sont l’ardente vigueur de ce souverain dieu; les Yèdes, les sacrifices, les liens des victimes et les œuvres des Brahmanes sont ses seins, ses flancs et ses lèvres. A la vue de cette forme

11 J’ai cru devoir établir cette différence.

frvtra et rraraaa.prij pour synonymes

non indiquée par le dictionnaire, entre ^ jsf

divine de Vichnou, les Asouras irrités se précipitent vers lui, comme les sauterelles vers un foyer ardent.

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