SCÈNE m
Par des vierges aussi, mais de race étrangère. Enfin, le groupe armé des danseurs, imitants Les combats de Pallas, funestes aux Titans, Précède le navire où flotte et se déploie Le voile triomphal brode d'or et de soie.
L'industrieux tissu déroule en ses longs plis La gloire des tpavaux par la vierge accomplis. Balancé comme au gré des zéphyrs et des lames, Le terrestre vaisseau semble mû par des rames. Je ne sais si Dédale aurait pu, dans son art, Mieux que nos ouvriers étonner le regard ; Mais sur la toile ainsi, jamais les jeunes filles N'ont fait de nos pinceaux triompher leurs aiguilles. Les femmes de l'Attique, en ce jour fortuné, Pour honorer Pallas ont su vaincre Arachné.
56 IIARMODIUS.
Jamais pompe, chez nous, n'a lui plus éclatante, Déesse au casque d'or, tu dois être contente !
SIMONIDE
Hipparque est l'homme heureux qui nous fit ces splendeurs.
Vous portez un génie égal à vos grandeurs,
Pisislratides, chers aux Muses immortelles !
Athènes vous devra ses gloires les plus belles.
Sa plus riche moisson de vers mélodieux.
Ses routes et ses ports, l'autel des douze Dieux,
Sa palestre nouvelle aux jardins du Lycée,
Le luxe de l'Asie au fond du gynécée.
Des fontaines, des bois de lauriers toujours vert<,
Des stades et des bains à tout le peuple ouverts.
C'est par vous qu'assurant l'éternité d'Homère,
SCKNE III. r>7
Athène est désormais sa véritable mère.
Et Zeus olympien, par vous seuls, aujourd hui,
Voit s'élever son temple immense comme lui.
IIIPPARQUE.
Rappelle aussi mon culte à des dieux moins austères, Dont j'aime à célébrer avec toi les mystères : Aphrodite et Bacchus, Éros, d'autres encor, Tous ceux qu'on réjouit au bruit des coupes d'or ; Sans oublier non plus, entre ceux que je fête, Que l'aveugle divin n'est pas mon seul poète ; Qu'Anacréon, Thcspis, h mes banquets admis, De leur joyeux tyran sont les meilleurs amis, Et qu'llipparque, en buvant, préfère à toutes choses Les vers de Simonide et le parfum des roses.
58 IIÂRVIODIUS.
S'adressant à llarmodiiis.
Mais de quel air farouche entends-tu mes discours, bel Harmodius ! Tu bouderas toujours ?
Fuyant pour m'évilcr les plaisirs de son âge, Fia colombe vivra comme un aiglon sauvage ?
Des plus sombres vieillards je te vois entouré ; Va prendre ailleurs ta place au cortège sacré. Où faut-il te ranger? Tu n'oserais, je pense, T'armer du bouclier et tenir une lance.
Choisiras-tu, parmi les blonds adolescents.
Le panier de gâteaux, ou bien Turne d*encens ? Ou, de tes jeunes sœurs ornant la Théorie, Vierge, y porteras-tu la corbeille fleurie?
A voir ce frais visage, on demeure incertain*