‹ Harmodius: tragédieChapitre 38 sur 72 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Qu'en punissant de mort des paroles hautaines, J'étais moins ton vengeur que le vengeur d'Athènes; Que je revendiquais les droits de ma cité, Et qu'enfin, si je meurs, c'est pour la liberté.

ARISTOGITON

Ami, je m'associe à ta double vengeance, Avec tous tes amours je suis d'intelligence, Et je mourrais heureux de servir à la fois La sœur d'Harmodius, la patrie et les lois.

ISMÈNE

Ah ! maudits soient mes pleurs et ma lâche colère! L'injure semblait faite à ma race, à mon père... Mais j'aurais honte, ici, quand le sang peut couler,

Si je ne sentais pas tout dépit s'envoler.

Par la sainte pitié, par l'amour qui nous lie, Oubliez cette offense, ainsi que je l'oublie. Si cet homme est cruel, s'il règne injustement, Laissons à Némésis le soin du châtiment, Frère ! et n'aiguise pas ton courroux et tes armes Pour un ennui qui vaut à peine quelques larmes.

Aux hommes seuls, ma sœur, il doit appartenir De juger d'un affront, d'absoudre ou de punir. Le devoir d'une femme astreinte à la décence Est, sur ces questions, de garder le silence. Viens, la maison t'attend : c'est ton domaine, à toi ; De nombreux serviteurs y bénissent ta loi.

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